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Full text of "Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme"

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A 



\ 









SOCIÉTÉ DÉPARTEMENTALE 

D'ARCHÉOLOGIE & de STATISTIQUE 

©E LcA 'D'ROfME 



TOME VINGT-CINQUIÈME 



J 



I 



1 



VALENCE. - IMPRIMERIE JULES CÉAS ET FILS 



i 



BULLETIN 

DE LA 

SOCIÉTÉ(jpÉ'Po4TiTEmEU^TcÂLE\ 

D'ARCHÉOLOGIE 

ET 

DE STATISTIQUE 

DE LA DROME 

CoUigite ne pereant, 
TOME VINGT-C[NQU[ÈME 



ValLET^CE 

AU SECRÉTARIAT DE LA SOCIÉTÉ. RUE FARNERIE, 3 1 



M.DCCC.LXXXXl 



1 






* • 
» • 



i 



S--'-t-l.7 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE 



Nicolas Breolupe&re. — Eprauves de sa jeunesse. 

L'an ir54, le 2 décembre, le Saint-Siège devenait 
vacantparlamortd'Anastase IV; le lendemain, j décem- 
bre, la Providence désignait pour le remplacer Nicolas 
Breckspeare, Hastijragus, qui veut dire Brise-Lance, 
ainsi que le rappellent ses armes nobiliaires (planche i). 



Sceau ponlificnl du Pape Adrien IV. 



6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Nicolas Breckspeare était Anglais de naissance ; il 
est le seul de sa nation qui ait porté la tiare. Il eut le 
malheur pour berceau, la pauvreté pour nourrice. A la 
suite d'un tel début, son avènement au premier trône du 
monde, n'est pas un fait inouï dans les fastes de la dy- 
nastie pontificale. L'Église est coutumière de ces ascen- 
sions inopinées où il lui est arrivé de dérober à une 
cabane, à une mansarde, les favoris du Thabor de ses 
gloires. 

Libérale, et pour ainsi parler divinement égalitaire, 
elle voit tous les humains du même œil. Quand elle est 
libre, quand la médiocrité envieuse, l'ambition épaulée, 
la manie de la grandeur ne lui forcent pas la main pour 
laisser passer ce un indigne dans le patrimoine du Cru- 
cifié (i) », alors elle n'a égard qu'à la vertu et au vrai 
mérite. « Quel est l'Anglais, dit un ancien annaliste, qui 
ol eût jamais pensé que Nicolas, le petit mendiant d'Al- 
« bane, parviendrait au plus haut sommet des dignités 
a de l'Église ? (2) » 

Il naquit, en effet, très pauvre et suça la misère avec 
le lait. Tout le village d'Albane, son lieu natal, « le sa- 
« vait dénué de tout et d'une extrême indigence (j) » ; 
au moment des repas, il errait de porte en porte, « mal 
« équipé, en haillons, abandonné de tous les siens. » 

Albane possédait alors un monastère de Bénédictins, 
une de ces maisons bénies, la Providence du peuple, 
où l'infortune est une envoyée du Ciel, où Dieu et le 



(i) Lettre d'Henn II à Adrien IV, 

(3) ClACONIUS, 1. I, p. 1,05a. 

(3) Hic enim in patrià squalidus et miser, ib. i»o52. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 7 

pauvre sont accueillis au même titre et servis avec un 
même amour. 

Nicolas recourut à ce monastère ; longtemps la porte 
lui en fut obligeamment ouverte, mais un jour elle se 
ferma. Soit raison, soit amour, une mère repousse impi- 
toyablement du nid l'oiseau qu'a fini d'élever sa ten- 
dresse, pour le forcer à compter sur ses propres ailes et 
à se suffire pleinement. 

L'enfant avait grandi ; il fut soupçonné de paresse. 
On craignit, au couvent, de prêter main-forte à un oisif, 
mais cette crainte n'était pas justifiée. On se méprenait 
sur les sentiments du jeune indigent. Le moment n'était 
encore venu pour personne de deviner ce génie naissant 
et d'en pressentir la haute destinée. Il fallait qu'il quittât 
sa patrie natale ; c'était ailleurs que Dieu dressait le 
piédestal de sa future grandeur. 

Poussé à bout par des sévices odieux et immérités, il 
déserta son pays, sa patrie, et s'en exila de lui-même. 

Le pauvre enfant ne méritait pas ces sévérités. Les 
biographes de ses premières années en font un portrait 
charmant: « Il avait, disent-ils, l'esprit fin, la conception 
« prompte, la parole aisée, la taille élégante, l'air ou- 
« vert ; il était sémillant de bonne grâce et d'aimable 
« jovialité (i). » 

C'était un cœur bien né, sensible, vibrant de patrio- 
tisme, éminemment anglais Si inhospitalière à ses pre- 
miers ans qu'eût été la Grande-Bretagne, il n'en parla 
jamais qu'avec l'accent du plus tendre amour. 



(i) Erat acri ingenio» expedita facundia, eleganti corpore, facieque lœta et 
bilan. 



8 SOCIÉTÉ d'archéolog[e et de statistique. 

Dieu voulait se préparer en lui « un robuste d'Is- 
raël ». L'homme fort naît de Tépreuve ; c'est au gym- 
nase du malheur qu'il revêt la ceinture des vaillants et se 
familiarise avec les plus glorieux triomphes. 

Nicolas ne connut, toute sa vie, que le régime de 
l'infortune. S'il alla de dignité en dignité, il n'y arriva 
jamais que d'épreuve en épreuve. Pape et au milieu,des 
splendeurs du trône, il appelle « la chaire papale un 
ce siège d'épines, sa tiare, une couronne de feu qui lui 
(( ensanglante le front et le brûle (i) » ; il ajoute cette 
métaphore énergique que, « s'il s'est élevé parmi les 
« grandeurs du monde, ce n'a jamais été qu'à la manière 
« du fer qui ne s'allonge que sur l'enclume et à coups 
« de marteau (2). » 

Telles furent, en Angleterre, les premières années 
de Breckspeare. Plus tard, quand il fut devenu Pape, 
sa patrie se glorifia de son élévation. Dès lors, elle l'ap- 
pela volontiers son fils, satisfaite et fière de lui avoir 
donné le jour, si pauvre qu'eût été son berceau chez 
elle. 

Le roi d'Angleterre, Henri II, lui écrivit : « Tous les 
« peuples vont appeler bienheureuse la nation de votre 
« Béatitude. Tout notre Occident se réjouit d'avoir pu 
« fournir à l'univers cette lumière nouvelle, ce soleil 
a de la chrétienté. Nous admirons comment la main de 



(i) Dicebat cathedram Romani Pontificis magnis et acutissimis unaquâque 
consertam aculeis, tantœque molis ut robustissimos pretnat humeros; coro* 
nam et phrygiam clara merit6 videri quoniam ignea sunt. Oldoinus, cité par 
CiACONius, I. I, p. 1,063. 

(2) Jean de Salisbury, cité par Ciaconids. 1. I, p. 1,062. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 9 

t Dieu a transplanté de notre terre, dans le milieu de 
€ son paradis, Votre Révérendissime personne (i). » 

Il paya royalement sa dette filiale à la Grande- 
Bretagne, sa mère-patrie ; il lui fit don de l'Irlande, à la 
condition de s'en constituer Tapôtre, d'achever d'en faire 
une nation catholique et un peuple de gens de bien. 

Avec la bulle d'institution, le Pape fit remettre au roi 
un anneau d'or au chaton duquel brillait une large ème« 
raude, gracieuse image de cette île célèbre, a la verte 
Erin »>, dont Henri II recevait l'investiture (2) et la sainte 
garde. Mission, hélas ! trop méconnue, où l'apôtre a 
trahi et n'a fait de son peuple frère qu'un peuple martyr ; 
mais la vérité et la justice prédisent de meilleurs jours 
et l'émeraude n'est-elle pas l'emblème de l'espérance ? 
. Les richesses de l'Église ne le tentèrent pas ; il n'en 
retint rien ni pour lui ni pour ses proches. Sa table person- 
nelle, au palais papal, continua ses traditions de simpli- 
cité et de frugalité monacales ; il prenait plaisir à dîner 
avec Jean Salisbury, son compatriote, son intime ami 
« et à user avec lui, comme il arrive aux pauvres gens 
« qui s'entr'aiment, du même verre et de la même as- 
« sîette (j). » ' 

Il légua par testament, aux églises et aux pauvres, 
tout ce dont il put disposer. Quant à sa mère, il la re- 
commanda, en mourant, au monastère de St-Âlbane, sort 
village, comme le Christ avait légué sa Mère à l'amitié 
et aux soins de Jean, le disciple bien-aimé. Ce fut là 
tout son legs filial. 

(i) Lettre de Henri II à Adrien IV. Rorhbacher, I. XVL 
(3) Hisi. de VÉglUe, par RoRHBikCHiR, 1. XVI. 

(3) RORHBACHER, 1. XVI, p. 3 3. 



10 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Il ne fallait rien moins que ce détachement total des 
biens de la terre dans la personne d'un Pape, à une épo- 
que où les mœurs chrétiennes et cléricales déchéaient et 
s'amollissaient dans le culte du bien-être et l'habitude 
prise de toutes les superfluités de la vie. Les âmes justes 
et les cœurs droits reprirent une ferme espérance quand 
ils virent la Pauvreté, a cette roturière anoblie par le 
« Christ (i) », arriver aux honneurs avec Adrien IV, 
monter avec lui sur le trône pontifical et s'y montrer 
inaltérablement fidèle à elle-même. 



II 



Nioolajt Breokspeare au Prieuré de Valence- 

Nicolas partit donc pour la France en quête d'un 
asile et de son pain de chaque jour. On s'imagine aisé- 
ment tout ce que ce long voyage fait à pied, sans une 
obole, sans guide, dut lui coûter de privations et de 
souffrances. Enfin, Dieu lui tendit la main et lui ouvrit 
un asile. 

De ville en ville, nous dit Tannaliste Ciaconius, « le jeune 
Nicolas arriva à Valence des Cavarcs, sur le Rhône, se pré- 
senta à la maison de St-Ruf que les Calvinistes ont récemment 
ruinée de fond en comble. Introduit dans la maison, il s*ap- 
pliqua à s'y rendre agréable à tous par la docilité de son 
caractère et le liant de son humeur. Il se fit aimer de toute la 

(i) B088UBT : Sermon sur réminente dignité dee pauvres. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. I f 

maison ; son admission étant mise aux voix, il conquit tous 
les suffrages, fut porté pour la prise d'habit et reçu chanoine 
régulier de TOrdre. » 

c II résida un certain nombre d'années dans ce même 
monastère (St- Jacques de Valence), observateur modèle de la 
discipline canoniale et y obtint la direction du PRIEURÉ. » (i) 

Ce sommaire historique est formel. Il y a dans ces 
quelques lignes toutes les couleurs de la vérité^ et nous 
allons arriver, en le prenant pour fil conducteur de notre 
récit, à conclure qu'elles sont l'expression de la vérité 
même. 

Ce fut vers iioo ou iio^ que Nicolas se rendit à 
Valence. Il pouvait avoir de douze à seize ans ; c'est 
ce que nous présumons d'après les dates fermes et cer- 
taines concomitances chronologiques que nous aurons à 
exposer subséquemment. 

Arrivé dans notre ville, l'enfant se rendit au couvent 
de St-Ruf ; il s'y présenta avec tous les a allants et ve- 
nants » pèlerins de St-Jacques et tous les autres assistés 
de la charité chrétienne, toujours en si grand nombre, 
ainsi que nous l'avons dit à l'occasion de St-Bruno. 
D'ailleurs, le soin des pauvres était un point de règle 
dans l'Ordre. 



(i) lUe veniens juxta Valentiam Cavarum quam urbem Rhodanus flumen 
abluit in templo Sancti Ruffî quod nuper à Calvinianac sectac impiis defen- 
8oribu8 eversum est substitit, occasionem que ibi reperiens quibus potuit 
obsequiis iîsdem 8e patribus commendare curayit. Placuit omnibus ad con- 
sortium suum recipere et canonici ordinis illi habitun impertiri. 

Annis plurimis ibidem resedit regularis inprimis disciplinée œmulator: 
Prior^tum in ipsâ domo prius obtinuit. — Ciaconius, t. I, p. 1056. 



12 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Il est ordonné, disent les statuts de St-Ruf, au chanoine 
chargé de la distribution des aumônes, d'organiser le service 
des pauvres et de pourvoir à leurs besoins. Chaque jour de la 
semaine, il doit assister douze pauvres indigents ou infirmes 
et les servir à table, dans le parloir extérieur, en dehors des 
lieux cloîtrés, (i) 

A cette règle, déjà si positive, s'ajoute dans les mêmes 
Statuts une pratique cérémonielle émouvante ; la charité 
envers les pauvres et la piété eucharistique s'y montrent 
d'inséparables alliées : les mêmes religieux qui officient 
à Tautel doivent présider à la table des indigents. 

Les réformateurs, dit le même manuscrit, fermement attachés 
aux antiques usages et prenant acte de nos plus anciennes 
mœurs, ont ordonné que le chanoine hebdomadier ou celui qui 
a célébré la grand'Messe à sa place, l'Abbé lui-même, quand 
son tour est venu d'officier, se rende avec les diacre et sogs- 
diacre qui l'ont servi à l'autel, au réfectoire des pauvres, récite 
le « Mandatum » au milieu d'eux, bénisse la table, leur lave 
les mains et les serve avec bonté. Que si l'hebdomadier et ses 
diacre et sous-diacre manquent à ce devoir, ils seront eux- 
mêmes privés de pitance et de vin. (2) 

(i) Ordinantes insuper quod eleemosynarius habeat providere de uno 
servitio ad recipiendum pauperes, invitandum singulis diebus infaillîbiliter 
quam maxime, magis egenos pauperes usque ad duodecim ad prandium 
sumendum in Mandato... in loco solito in parlatorio. 

Manuscrit des statuts de St-Ruf, p. 171 ; archives de la Drôme. 

(2) Prœfati Reformatores inhœrendo antiquis usibus ordinaverunf quate- 
nus singulis diebus hebdomadarius vei qui majorem missam celebraverit 
etiam si Dominus Âbbas fuerit, cùm suis ministris diacono et subdiacono 
accédât ad locum refectionis pauperum et ibi dicat autiphonam : Mandatum 
novum lavando manus pauperum benedicat mensam. 

Et si defectus ad hoc fuerit priveiur hebdomarius nec non diaconuset sub- 
diaconus vino et pitantiâ. 

Manuscrit des statuts de St-Ruf, déjà cité dans V Étude de S. Bruno. Ar- 
chives de la Préfecture. 



LE PAPE ADRIEN fV A VALENCE. l3 

Voilà une charmante et sublime interprétation de la 
devise populaire : Ubi missa ibi mensa. Ici la concomi- 
tance prend un aspect ravissant. La table du Christ et 
celle des pauvres ne font qu'une même table : on va de 
Tune à Tautre. Le Christ, l'indigent ont les mêmes offi- 
ciers à leurs ordres ; ce sont les agapes chrétiennes an- 
tiques ; la table des pauvres continue la sainte Messe et 
l'achève. 

C'est dans ce large esprit d'humanité que le couvent 
de St-Ruf ouvrit sa porte au jeune Anglais. Les religieux 
Ty reçurent avec bonté. Sa jeunesse les intéressa, son 
malheur les émut. Toutefois, on n'immola pas, tant s'en 
faut, le a veau gras », il n'y fut pas question pour lui 
« d'anneau d'or » ; il prit rang parmi le commun des pau- 
vres, puis parmi les domestiques de la maison, « famu- 
lus »• Il fut enfin distingué d'eux tous et traité comme 
un enfant du monastère. 

Ce milieu l'épanouit ; il sentit son âme revivre sous 
l'influence d'une' bienveillance si voisine de la tendresse, 
à laquelle il n'était pas accoutumé. Pour plaire et se faire 
aimer, il n'eut d'ailleurs qu'à laisser libre cours à ses heu- 
reuses qualités naturelles ; « il ne perdit aucune occasion 
« de se rendre agréable à toute la maison », où bientôt 
il compta autant d'admirateurs et d'amis que de frères. 

Dès lors, il ne fut bruit dans le couvent que des mérites 
du jeune étranger et de ses qualités attachantes ; et lors- 
que, se sentant lui-même appelé de Dieu, il demanda de 
postuler, « il n'y eut qu'une voix pour obtempérer à sa 
« prière et l'admettre à la prise d'habit de l'Ordre (i).» 

(i) CiACONius, déjà cité. 



C4 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Il commença ses études sous les meilleurs maîtres, y 
révéla une facilité surprenante pour tous les genres de 
savoir, mérita des éloges publics dont nous citons les 
termes et où Ton y glorifie dans sa personne le savant et 
le saint, l'homme de génie et Thomme de Dieu. 

// était doux, y est-il dit, dune aménité ravissante, 
très versé dans les lettres grecques et latines ; il avait une 
parole aisée, un style châtié, une diction pure, une élo- 
quence entraînante; personne n'égalait son érudition et 
ses connaissances pratiques en matière de plaine-chant ; il 
était lent à sévir, prompt à faire miséricorde; il donnait 
largement et toujours le sourire sur les lèvres ; la pureté de 
sa vie fut celle dun ange, jamais une seule ombre n'en ter- 
nit V éclat {i). 

Les sciences et les arts (lorissaient alors à St-Ruf. Le 
culte du savoir et celui de la prière s'exerçaient à Tom- 
bre du même autel. Dès le XI* siècle, nous l'avons déjà 
dit, l'abbaye d'Avignon était fort renommée par son 
école de dessin, d'architecture et ses ateliers de sculp* 
ture sacrée. Le prieuré de Valence ne l'était pas moins, 
paraît-il, par ses cours de Philosophie et de Belles- 
Lettres. Nicolas y fit ses études. Tout porte à croire 
* qu'il n'étudia nulle autre part ailleurs ; le précis biogra- 
phique de Ciaconius le suppose et même indirectement 
l'affirme. Il n'en fut pas moins un esprit très cultivé ; ses 



( 1 ) Vir valde benignus, mitis et patiens et in grmck et latinA linguâ peri- 
tuSy sermone facundus, eloquentiA politus et in cantu ecclesiastico pracci- 
puus ; prKdiçator egregius, ad irascendum tardus , ad ignoscendum velox, 
bilans dator, eleemosynarius et omni monim compositione prœclanis. 

Cité par CiACONiua, verbo: Adrianus IV, 1. I, p. i,o6a. 



LE PA^E ADRIEN IV A VALENCE. l5 

œuvres l'attestent ; on en cite plusieurs importantes et 
estimées (i). 

Valence n'était donc pas, à cette époque, une ville 
arriérée et sans culture, a Les Lettres Grecques, Lati- 
nes, la Philosophie, l'Harmonie liturgique y étaient en 
honneur, au moins à St-Ruf »• Dès leur origine, les reli- 
gieux suffirent à la grande éducation de leurs novices et 
de leurs profés ; ils n'eurent ni le besoin, ni la coutume 
d'envoyer leurs étudiants a alumnos d, aux Écoles de 
Reims, comme on le suppose, sans preuves, pour les 
deux Etienne. 

Si Valence posséda plus tard une Université si floris- 
sante, si renommée de siècle en siècle, si connue des 
étudiants au temps de Cujas, si supérieure aux Univer- 
sités de la région que celle de Grenoble lui fut annexée, 
n'est-ce pas aux religieux de St-Ruf qu'il est permis 
d'attribuer cette gloire ? Quant à nous, nous ne pouvons 
nous défendre de présumer que leurs écoles, déjà si 
fortes sous Adrien IV, ont de quelque manière inauguré 
notre Université célèbre, en ont du moins été l'aube 

naissante. 

> 

Hommes d'étude, les Ruffistes ont toujours eu à cœur 
le progrès des Arts liturgiques et Tapostolat des Lettres 
chrétiennes. Nous les voyons, vers ij6o, fonder le 
collège de Montpellier ; ce fut l'œuvre du cardinal Gri- 
mord de Grisac (2), frère du Pape Martin V, d'abord 

( I ) Il a laissé une histoire de sa mission en Angleterre en qualité de légat, 
un groupe d* homélies et un traité de Tlmmaculée Conception de la Mère de 
Dieu. 

(a) CiACONius, t. II. p. 5. 



i6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

abbé de St-Ruf, puis archevêque d'Avignon, qui l'établit 
probablement sur le modèle et d'après le programme 
des Études de Valence, ce où il se glorifiait d'avoir été 
a élevé (i), » 



III 



Nicolas Breokspeare. Prieur de pt-Ruf à Valence 
devient Abbé à Avignon. 

Le vraie génie appelle de soi la confiance et le res- 
pect; il les commande. Nicolas ne tarda pas à conquérir 
ce noble ascendant parmi ses frères, si bien que, la 
charge priorale venant à vaquer, il y fut nommé à l'una- 
nimité des voix et se vit ainsi à la tête de ce même cou- 
vent où il avait été reçu par miséricorde. 

Peu de temps après, Guillaume, treizième abbé de 
St-Ruf, mourut. Le choix de son successeur ne se fit pas 
longtemps attendre; le. prieur de St-Jacques de Valence 
«; fut promu, d'un commun avis et comme par açclama- 
oc tion, au siège abbatial de I'Orore. p 

La maison de Valence était demeurée fidèle à ses fer- 
veurs premières ; elle n'avait rien perdu de la virilité 
d'Âme et^ de la sainteté cénobitiqi4e$ dont l'amitié de 



(i) D'après plusieurs auteurs, il ordonna que son corps fût porté et inhumé 
dans Téglise abbatiale, près de Valence, où il avait fait son éducation. (An^ 
tiquitis de l'Église de Valence, par Mgr de Catelan, p. 315.) 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. I7 

S. Hugues, la vertu des deux jeunes Etienne, la halte de 
S. Bruno avaient dû lui laisser la dévote senteur. 

Nicolas résumait en lui toutes ces excellences ; son 
application avait été de les maintenir à Valence, où 
il les avait apprises. Il ne les retrouva plus à l'abbaye 
d'Avignon. 

Le caractère léger, la vie peut-être trop facile y avaient 
créé une coalition d'esprits indévots, aigris, brouillons 
qui le mit aux prises avec toutes sortes de susceptibilités 
monacales. Ce n'était pas le milieu d'âmes du S. Abbé. 

Cependant, tout alla passablement au début et tant 
qu'il crut pouvoir donner momentanément carte blanche 
aux anomalies irrégulières passées en coutumes. Mais 
lorsque, homme de Dieu, il voulut saisir les âmes, les 
ranger à la discipline et aux fortes vertus de leur état, 
son prestige s'éclipsa ; il déplut et sa houlette n'eut plus 
à compter qu'avec des mécontents. 

Dès lors, ce grand cœur vit se dresser de nouveau 
devant lui le Gethsémani de son enfance avec le calice 
de ses plus amères douleurs d'autrefois. 

Exaspérés de la fermeté de son gouvernement, les religieux 
de Tabbayc le prirent à partie ; ils s'en voulurent amèrement à 
eux-mêmes d'avoir élu, dirent-ils, cet étranger et de s'être 
donné pour chef un tyran au lieu d'un Père. Leur malveillance 
travestit en défauts ses qualités les plus aimables ; lui, autre- 
fois si applaudi, n'avait plus rien qui trouvât grâce à leurs yeux, 
ni même qui méritât la moindre indulgence. Ils n'omirent rien 
de ce qui pouvait le pousser à bout et le contraindre à abdi- 
quer, (i) 

(i) C1ACONIU8, L. I. Adrien IV. 

2* SÉRIE. XXV* Volume. - 1891. 2 



i8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Mais une autorité ne peut être que ferme et sûre de 
soi quand elle se sent légitime. Née de Dieu, elle ne 
saurait le céder aux hommes ; comment ne serait-elle 
forte de son droit que pour trahir son devoir ? 

A tant d*amertume causée par des fils, le saint Abbé n'op- 
posa jamais qu'une longanimité de père. Las, euxrmêmes, de 
leur inutile violence à lasser son courage, les religieux réso- 
lurent de lui intenter une action canonique en Cour de Rome ; 
ils y dépêchèrent des accusateurs avec un mémoire libellé par 
la calomnie et le forcèrent d'y comparaître. Le pape Eugène lïl 
écouta leurs inculpations, interrogea le saint Abbé qui n'em- 
prunta de défense qu'à des arguments d'une bonté et d'une 
indulgence ineffables. Cette angélique aménité apaisa les re- 
belles; ils revinrent de leurs violences ; Eugène IlI les renvoya 
réconciliés et tranquilles (i). 

Mais ce ne fut qu'une paix éphémère. Les agitateurs 
ne firent que reprendre haleine ; la discorde éclata de 
nouveau dans Tabbaye et « Ton y entendit gronder plus 
« terribles que jamais la foudre et Torage ». 

Les dissidents recoururent une seconde fois au St- 
Siège ; mais le Pape prêta peu d'attention à leurs plaintes, 
où, d'ailleurs, il ne vit de vrais que leurs torts. Loin de 
nuire à leur noble victime, ils lui valurent une très haute 
estinrie dans l'esprit du Souverain-Pontife qui leur dit : 
« Allez, je vous connais et je vous juge. Le démon vous 
« a troublé la tête ; vous pouvez vous élire un Père 
a avec qui toutes vos méchancetés vous permettent de 
« vivre. Quant à votre saint abbé, il est mien, je le 
« garde (2). » 

( I ) Extrait de Ciaconius, p . 1055. 
(a) Extrait de Cuconius, p 1657. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. ig 

Le Pape promut Breckspeare aux titres et fonctions 
de cardinal-évêque d'Albane, près de Rome (1146). 
Depuis, ce nom d'Albane retentit avec une douceur 
particulière dans le cœur du nouvel élu ; il lui rappelait 
son village natal d'Âlbane et sa chère patrie, qu'il ne 
pouvait entendre nommer sans en être attendri. 

Cette promotion inattendue le délivrait de tous les 
chagrins dont Tabreuvaient des moines, ses fils, et du 
même coup le portait sur les marches du trône pontifi- 
cal où, hélas ! de plus terribles assauts attendaient en- 
core ce grand caractère. 

Son règne fut des plus courts, mais non des moins 
glorieux. Les cinq ans de son pontificat furent une pé- 
riode de perfidies sourdes et d'insurrections éclatantes où 
sa grande âme eut à tenir tète aux empereurs, au Sénat, 
au clergé, aux patriciefis, au peuple, ameutés contre la 
vérité, la justice et le droit. Il lui arriva de gémir sous 
récrasant fardeau de sa charge, mais il ne plia jamais. 
Finalement, il eut raison des ennemis de Dieu et de 
rÉglise. 

Notre tâche, pour le moment, n'est pas d'écrire le 
panégyrique de ce grand Pontife, mais seulement de 
revendiquer l'honneur qui revient à notre pays d'avoir 
de longue main préparé ce génie aux sublimes destinées 
que lui réservait la Providence. 



20 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



IV 



Nicolas Breokspeare réside à Valence. 
Discossion et preuves de ce fait historique 

Valence fut, en effet, le berceau de sa vocation reli- 
gieuse, Técole de ses grandes études théologiques et 
littéraires, le premier échelon des dignités éminentes 
dont, par la suite, il fut successivement investi. Les an- 
nalistes sont généralement d'accord sur ce point. Le 
groupe de dissidents qui contredit cette assertion est 
peu nombreux, va peu au fond des choses, souscrit gra- 
vement à des inadvertances notoires et à des affirma- 
tions dénuées de preuves , parfois même de toute 
vraisemblance. On sait, par notre étude sur S. Bruno, 
jusqu'où sont arrivées les méprises, à propos de Valence. 
L'erreur, ici, est toujours la même, à savoir : la confusion 
des titres de prieuré et d'abbaye et l'oubli de ce fait ca- 
pital que nous avons eu un simple monastère de St-Ruf, 
dès le XI' siècle, puis, cent ans plus tard, l'abbaye de 
cet Ordre, non intra muros, mais dans la banlieue de 
la ville. 

A défaut de ce point de repère, plusieurs critiques 
s'évertuent à une étrange gymnastique d'hypothèses con- 
tradictoires. 

• Les uns établissent le jeune Anglais à Valence-sur- 
Rhône dans \e pa/s des Cavares: ils oublient, prétend-on, 
que, dire Cavares, c'est désigner Avignon, ce qui fait 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 2Î 

qu'ils écrivent Avignon capitale des Cavares et rayent 
Valence (i). 

Les autres nomment « le prieuré » d'Avignon, alors 
que cette ville possédait^ non un monastère de ce nom, 
mais l'abbaye de St-Ruf. 

Enfin, quelques autres se prononcent pour Avignon, 
ajoutant que ce siège de V ordre fut ruiné par les calvi- 
nistes^ tandis que Tabbaye de St-Ruf, ruinée par les cal- 
vinistes, ne fut autre que celle des îles de TÉparvière 
pillée, brûlée, démolie en 1562, après quatre cents ans 
de mérites et de gloire. 

Nous lisons, ce qui est plus vrai, dans le De Vitis 
Pontificum : « Adrien IV, chanoine régulier et abbé de 
a St-Ruf à Valence, dans les Gaules », et encore : 
« Anastase IV, chanoine régulier et abbé de St-Ruf 
« au diocèse de Valence, dans les Gaules (2) ». 

Ce n'est pourtant pas à Valence que ces deux Pontifes 
ont pu être abbés de St-Ruf, puisque l'abbaye de cet Ordre 
était à Avignon et y fut jusqu'à l'année 1 1 56, mais bien 
à Valence qu'ils ont vécu chanoines réguliers de St-Ruf 

(1) Le nom de Cavares, attribué aux habitants de Valence, n^est pas une 
singularité aussi erronée qu'on veut bien le dire. 

M. Tabbé Roucbier {Hist. du VivaraiSf 1. I, p. 8a) affirme, contrairement 
k Ptolémée, mais d'accord avec Pline et Strabon, que le territoire des Cava- 
res s'étendait de la Durance à l'Isère. 

(Bulletin (f archéologie de la Drame, t. VI, p. 132.) 

(2) Adrianus IV canonicus regularis et abbas Sti Ruffi Valentis in Galliis 
Anastasius IV canonicus regularis et abbas Sti Ruffi Valentiœ diœceseos in 
Galliis. (De vitis Pontificum. Victor Platinius.) 

Ce seraient donc trois Papes que la ville de Valence aurait eu l'honneur 
de préparer à la souveraineté papale : Anastase IV (11 54}, Adrien IV 
(1154), et plus tard (1503-1513), Jules II, lui aussi, abbé de St-Ruf, à 
Valence. 



22 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

avant d'arriver à l'abbatialat où ils se succédèrent, comme 
plus tard, sur le trône pontifical. 

On le voit^ la mêlée est désespérante dans le camp 
des historiographes, touchant le sujet qui nous occupe. 
On comprend que, de guerre lasse, on ait laissé courir 
l'erreur à son aise, sans se soucier de discipliner une si 
folle allure et de la ramener de tels écarts. 

La critique a compté toutefois des témoins plus éprou* 
vés de la vérité, des polémistes plus discrets et plus sa- 
ges. Leur opinion prévaudra sans peine, dans Tesprit de 
nos lecteurs, quand ils les auront entendus. 

Le tissu historiographique que nous venons de pro- 
duire est tout entier, chaîne et trame, de Ciaconius. 
Cet auteur n'a pas écrit de lui-même et par l'effet d'une 
intuition plus ou moins sûre ; il invoque un grand nom- 
bre d'auteurs qui eux-mêmes ont puisé à des auteurs et 
à des documents véridiques (i). 

Or, Ciaconius attribue Valence pour résidence à Ni- 
colas Breckspeare,dès son arrivée en France (2). Cette 
attribution n'a rien d'hésité ni d'incertain. Il désigne fer- 
mement a Valence dans les Gaules », c Valentiam in 
<K Galliis». Il n'a que faire de Valence en Espagne, 
persévérammeht indiquée par Wion. C'est la « ville 

(1) FerJinandus Ughellus, Augustinus Oldoinus, Panvinius, Baronius, 
Peuius, dont les dires s'alimentent souvent aux archives vatîcanes. Enfin, 
Jean Salisbury» compatriote d'Adrien IV et son ami. 

(2) M. Darras donne Arles pour résidence à notre héros ; l'erreur est ma- 
nifeste ; elle n'est probablement qu'une induction dérivée des Annales cister- 
ciennes qui désignent a un petit lieu, Malgorio, dans le diocèse de Mague- 
ff lonne, comme premier pied-à-terre de Nicolas, mais d'où il partit bientôt 
« pour aller frapper à la porte de St-Ruf. » Annales cisterciennes, citées par 
Ciaconius. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 23 

'< dont le Rhône baigne les murs, <c quam urben flumen 
oc Rhodanus abluit, juxta âuenta Rhodani ». Ces termes 
répètent littéralement ceux des deux Etienne. Nicolas 
a y réside durant plusieurs années ; annis plurimis ibi- 
« dem resedit ». Le nombre de ces années, d'après Ol- 
doin, « fut considérable ; in qua iUe multorum anno- 
« rum spatio ducit vitam suam.]> 

Nous avions alors, non le siège abbatial, « mais un 
« PRIEURÉ de rOrdre, où notre saint religieux obtint la 
« dignité du Priorat, Prioratum in ipsa domo prias 
« obtinuit. 7> 

Nos lecteurs n'ont pas oublié nos données historio- 
graphiques et architectoniques sur cet antique prieuré. 
Ces dernières se rapportent au temps précis où notre 
héros en devint l'hôte attitré et permanent, c'est-à-dire 
dès l'aube du XI T siècle. 

Mais voici un témoignage d'une irréfutable valeur his- 
torique. Dès son avènement au souverain pontificat, 
nous l'avons déjà raconté, Adrien IV vit d'effroyables 
tempêtes assaillir la barque de Pierre ; il leur tint tête le 
front haut, l'âme forte, la main ferme au gouvernail. 
Mais, maître invincible de l'orage, il ne le fut pas tou- 
jours aussi aisément de son cœur. Sa modestie lui fut 
une conseillère indiscrète et mal avisée ; elle le tour- 
menta de la crainte d'être impropre à ses hautes fonc- 
tions ; il s'estima très malheureux d'être si grand ; on le 
vit inconsolable de se sentir « si faible », disait-il, sous 
le poids si honorable mais si lourd de tant de responsa- 
bilités. Il en a le cœur angoissé, l'âme mourante. Il 
ne voit devant lui que douleurs, cr Le Vatican lui est. 



24 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

« dit-il, un Calvaire, la pourpre papale un pallium d'épi- 
« nés qui Tensanglantent par tous les côtés à la fois ; 
a la tiare, un feu qui lui brûle la tête ; la houlette des 
« houlettes, un sceptre écrasant. » 

C'est alors, non vers la florissante abbaye d'Avignon 
mais vers sa paisible cellule canoniale de Valence, que 
le saint homme tourne un regard suppliant et, de nou- 
veau indigent, mais d'une toute autre indigence, y vient 
chercher, comme une aumône, un souvenir de sa jeu- 
nesse qui détende son esprit et repose son cœur. 

Ce souvenir de Valence, c'est le Pape lui-même qui 
l'évoque ; ses paroles sont d'une authenticité formelle et 
sûre ; nous les recueillons de la plume fidèle du plus 
fidèle de ses amis, Jean de Salisbury, son compatriote, 
qui vécut avec lui au Vatican sous le même toit, à la 
même table, avec le laisser-aller d'une commensalité in- 
génue et naïve, les deux saints personnages « usant de 
a la même assiette, buvant au même verre », et s'ouvrant 
l'un à l'autre dans les épanchements d'une tendresse in- 
finie et réciproque. 

a Le pontificat d'Adrien IV, dit Ferdinand Oldoin, sa- 
« vant annaliste de la compagnie de Jésus, ne fut qu'une 
« ininterrompue et lourde chaîne d'épreuves. Écoutons 
« ses plaintes émouvantes à Jean de Salisbury, son ami, 
a que nous citons lui-même » 

Le Pape m'avouait un jour qu^il n'avait eu qu'afflictions 
sur afflictions dans sa vie, mais que toutes ensemble, à côté 
de celles dont sa charge pontificale l'accablaient^ n'étaient 
que douceur et béatitude ; que^ certes^ jamais il n'eût accepté 
une telle responsabilité et de tels devoirs^ s'il eût osé résister 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 2D 

aux desseins de Dieu et contrevenir à sa volonté souveraine. 
Plût à Dieu, disait-il, que je n'eusse jamais quittée An- 
gleterre^ ma patrie ! Plût à Dieu qu'on ne m'eût jamais 
arraché à mon cloître du bienheureux S. Ruf, a 
Valence, et que je vécusse encore a son ombre, 

« AUT ET CLAUSTRO BEATI RuFI APUD VaLENTIAM 
a PERPETUO LATUISSE (l). » 

Ce document couronne la série de nos preuves et 
les serre dans un infrangible anneau ; notre étude sur 
S. Bruno et son passage à Valence s'en trouve elle- 
même renforcée ; on y voit confirmer l'existence d'un 
couvent de St-Ruf et d'un alumnat de cet Ordre, même 
d'une école, du moins d'un cours de hautes études, où 
les deux Etienne avaient pu s'instruire et puiser ce grave 
esprit religieux, ce haut savoir qui lui ont assigné un 
rang si élevé dans la dynastie des Souverains- Pontifes 
et conquis un immortel renom. 



Le Pape Adrien IV et l'Abbaye de St-Ruf 
aux lies de l'Eparyière. 

Le juste a le culte de la clémence ; il est doux même 
aux méchants, et indulgent jusqu'à leur savoir gré, le 
bienfaiteur étant méconnu, d'agréer du moins ses bien- 
faits . 

(i) CucoMfus, loc. cit. 



26 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Nicolas Breckspeare professa d'instinct ces divines 
théories et, vengeur bienveillant, il n'usa jamais, dans sa 
propre cause, que de bienfaisantes représailles. 

Sa haute fortune lui en fournit l'occasion ; abbé de 
St-Ruf à Avignon, il souffrait depuis quatre ans douleurs 
sur douleurs; sa droiture d'âme était calomniée, sa vertu 
honnie, sa personne outragée. Tout à coup, le pape 
Eugène III le prend en amitié ; oc il arrache cette douce 
<K brebis abbatiale à son bercail rebelle » et l'attache à 
son auguste personne. 

Élu pape à son tour, Adrien IV avait tout pour se 
donner la raison du plus fort contre ses frères et sujets 
de St-Ruf; il n'y pensa même pas. Rien d'amer n'oc- 
cupa contre eux sa mémoire ; l'indulgence y jfit table- 
rase de tout ressentiment ; il n'y resta de place que 
pour le souvenir de la bonté avec laquelle ils avaient 
si tendrement accueilli sa jeunesse et pourvu à son édu- 
cation. 

A peine sur le trône pontifical, il adresse à Raymond, 
abbé de St-Ruf, une bulle où l'obligé, l'ami, le père effa- 
cent absolument le Maître ; son âme s'y répand en témoi- 
gnages de gratitude envers son Ordre, a Ah ! dit-il, // 
« est bien juste que dans mon élévation je considère comme 
« mes premiers enfants ceux qui^ autrefois, m'ont servi de 
« père et de mère dans les jeunes années de ma vie (i) ». 

L'auguste obligé ne s'en tint pas à ces effusions cor- 
diales ; sa munificence y joignit les plus opulentes lar- 
gesses. 

(i) Bulle en date de 1 155. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 27 

Vente des îles de TEparviôre 
nu profit de l'Ordre de Saint-Ruf. 

La piété filiale allonge nos jours ; Toubli de ce devoir 
les abrège. Les fils ingrats ne sauraient a vivre longue- 
ment ». Le Ciel ne tarda pas à punir Tabbaye d'Avignon 
d'avoir méconnu le plus doux des pères. 

Les Albigeois (j 156) infestent la Provence ; ils tom- 
bent sur Avignon, l'investissent, en dévastent les alen- 
tours, envahissent dès les premiers jours la collégiale de 
St-Ruf établie dans la banlieue (extra muros avenio- 
nenses), la pillent et la laissent en ruines. 

A leur approche, Raymond, alors abbé, se retire 
dans l'intérieur d'Avignon : il y attend de meilleurs jours. 
Après un an (1)57) d'illusoire espérance, il prend le 
parti de chercher une résidence abbatiale qui soit à 
Tabri de toute invasion. 

Odon, de la maison des de Chaponay, alors évêque 
de Valence, de concert avec son chapitre, lui vend les 
îles de l'Éparvière à un prix si modique, que les actes 
relatifs à cette vente la qualifient souvent de donation. 

La charte qui minute cette transaction est couverte 
de signatures, les unes des chanoines de la cathédrale, 
les autres d'un grand nombre de prieurs de St-Ruf, en- 
tre autres <t d'Etienne, prieur de St-Jacques à Valence » . 

Cet acte public demandait d'être sanctionné par le 
Souverain-Pontife. Ce fut à Nicolas Breckspeare, le 
pauvre enfant trouvé, venu d'Angleterre à Valence, de- 
venu pape sous le nom d'Adrien IV, que revint le droit 



28 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de cette haute homologation. Elle fut hâtive et du libellé 
le plus tendre : 

Adrien, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos 
très chers fils, Vabbé Raymond et à ses frères les chanoines 
réguliers de V église de St-Ruf^ salut et bénédiction ; 

Nous écoutons d'autant plus volontiers vos justes deman^ 
des, que nous aimons tendrement votre Ordre dont nous 
avons eu autrefois la conduite, et que nous nous intéressons 
toujours à ce qui regarde son bien et son avantage ; c'est 
dans cette vue que nous confirmons, par notre autorité apos- 
tolique, la donation ou vente qui vous a été faite par notre 
frère Odon, évêque de Valence (i). 

Ajoutons que ce dût être pour lui une douceur par- 
ticulière de conférer la dignité abbatiale à un prieuré qui 
avait été le vrai bienfaiteur de ses jeunes ans, et où, d'ail- 
leurs, on lui était toujours demeuré dévoué et fidèle. 

L'acquisition des îles de TEparvière consommée, les 
religieux de St-Ruf se mirent incontinent à Tœuvre. Ils 
commencèrent à bâtir le monastère, le cloître, enfin la 
basilique abbatiale elle-même. 

Les plans et devis, conformément aux règles de la 
liturgie architecturale, durent être préalablement soumis 
à l'examen du Pape et à son approbation. 

On en prépara les cartons sur le pied d'une magnifi- 
cence inouïe et à laquelle nous allons voir que la mu- 
nificence d'Adrien IV, ne demeura pas étrangère. 

Cette construction fut un heureux événement pour 
nos pères. Les abords de l'Éparvière se couvrirent de 

(i) Celte bulle est datée de 1 158. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 'ZQ 

chantiers et d'ateJiers où se donnèrent rendez-vous les 
architectes et les artistes décorateurs les plus célèbres. 
C'est ce qu'attestent communément les documents écrits, 
les ti^aditions orales et les débris de ces magnificences 
princières, trop rares, très frustes, mais précis el par- 
faitement intelligibles, que nous avons sous les yeux. 

Les chanoines de St-Ruf, dit M. Olivier dans ses Essais his- 
toriques, s*élevèrent dans leur nouvelle résidence une maison 
abbatiale et une église spacieuses. 

Le cloître était de toutTédifîce la partie la plus remarquable. 
Il était soutenu par des piliers en marbre surchargés de bas- 
reliefs représentant les principaux épisodes de l'Ancien et du 
Nouveau Testament et de TApocalypse. Ce couvent fut ruiné 
pendant les guerres de religion. 

On aperçoit encore quelques vestiges de cet édifice sur les 
ruines duquel s'est élevée une maison fermière, (i) 

Ces vestiges disparaissent chaque jour, rongés par le 
temps ou démolis par un vandalisme vulgairement utili- 
taire ou une dédaigneuse ignorance des œuvres d'art. 

Nous reproduisons ici le peu de fragments qui en 
subsiste encore pour asseoir nos convictions sur ce qui 
n'est plus et en fixer le caractère. 

La planche 2 représente un pan de mur de Téglise 
abbatiale. 

C'est un tronçon de colonne dépossédée presque en- 
tièrement des tambours de son fut. Le chapiteau qui la 
couronne reçoit le sommier de deux arcs. De ce point 
d'appui, en effet, émergent élégamment deux courbes 
naissantes dont le tracé accuse deux des grandes arca* 

(1) Essais historiques sur Valence, par M. J. OlivibRi p. 173. 



3o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



Travde colUiéralc de VigWae abbatiale de St-Ruf h l'Eparvitrt. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 3l 

des qui encadraient évidemment les travées collatérales 
de Tédifice. Les nervures qui saillent accusent la syn- 
thèse des lignes générales : leur tendance ogivale est 
patente, on la sent en pleine époque de transition* 

La façade de l'édifice prioral de St-Ruf, que nos 
lecteurs peuvent revoir appartient, au contraire, visi- 
blement aux théories romaines ; celle de TÉparvière 
en diffère à peu près de cent ans comme époque ; ces 
deux architectures corroborent ainsi approximativement 
l'une par l'autre leurs dates respectives. Et, en effet, 
l'abbaye de l'Eparvière fut bâtie a illico », immédiate- 
ment après l'acquisition du sol, c'est-à-dirç en 1158 ; 
et il est aisé de conclure^ à première vue, que le por- 
tail quintilobé(i)(pl. j) accuse une antériorité de 80 ou 
90 ans. 

Ce fait ajoute aux vraisemblances si voisines d'une 
certitude avérée dont nous avons établi le bien fondé 
touchant les deux Etienne, S. Bruno et leur co-résidence 
au prieuré de notre ville. 

Ce groupe de lignes architectoniques, colonnes, cha- 
piteaux, arcatures naissantes esquissent deux travées du 
collatéral sud de la basilique abbatiale. Ces travées, 
courant de l'ouest à l'est, suivaient l'édifice dans la di- 
rection que lui imposait l'orientation liturgique invaria- 
blement usitée à cette époque. 

Les lignes générales ont l'aird'y partir d'un grand jet 
et comportent l'allure et les dimensions d'un monument 
de premier ordre. 



(i) Monographie de S. Bruno, Bulletin d* Archéologie de la Draine^ 
t. XXIV. 



32 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

A droite, en entrant dans la maison fermière, apparaît 
un chapiteau trapu mais fort endommagé. 11 surmonte 
un angle de mur de la propriété voisine, partie intégrale, 
autrefois, du domaine abbatial. Le chapiteau présente 



Planche j 
u cloUre abbatial de Si-Ruf à l'Eparviire. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 33 

une corbeille, profondément refouillée, aux angles his- 
toriés de têtes de monstres. 

Ce travail (planche }) est d'un large et vigoureux 
crayon, d'un ciseau énergique et sûr ; il suppose un en- 
semble ornemental de formes puissantes. 

Ce n'est pas que, parmi ces magnificences monumen- 
tales, l'Esthétique ne brillât que par les côtés robustes. 
Nous y trouvons l'accusé d'un art très ferme de compo- 
sition, mais d'une souplesse parfaite à se plier aux dé- 
tails d'un décoratif délicat, caressé même et voisin de la 
coquetterie ; ce sont des entretacs à rubans, une sorte 
de guipure sculptée, empruntée aux formes dites a ve- 
neto-byzantines n, assez familières aux données de l'art 
décoratif byzantin-russe (PI. 4 A et B). Ce sont les lin- 
teaux de deux fenêtres qui éclairent une sorte de bûcher 
ou remise. 

Ce réduit est fermé au nord par un mur épais d'un très 
vieil aspect. Celait évidemment une partie de l'ancien 
cloître ; on y voit encore quelques tronçons de colonnettes 



Plihchb 4 A 
Linteau de fenêtre du dol Ire abbatial àt St-Raf k l'EpBni^e. 



2' Série. XX\> Volumk. — 1891. 



SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 



a doubleau de coionnctlea jumelles du cloUre de Sl-Ruf. 



36 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

et de chapiteaux; ils désaffleurent la lourde bâtisse où tous 
ces fragments, soit réemployés, soit à leur place originelle, 
demeurent enfouis (pi. 5). Ce chapiteau allongé, de 
tendance fusiforme, représente des personnages taillés 
d'angle : le tout s'assimile de touche, de forme, de 
masse avec le chapiteau doubleau que nous allons dé- 
crire et accuse une confraternité d'école et de ciseau 
indéniable. 



VI 



Cloître abbatial de l'Eparvière 
Thème iconographique Jugement de Salomon 

11 y a peu d'années, un intelligent Valentinois (1) dé- 
couvrait à Valence, au quartier de Vachette, une couple 
de chapiteaux d'un aspect curieux. Ce fragment a eu la 
chance fortunée de tomber sous un regard observateur et 
judicieux qui en a discerné l'intéressante facture. Nous 
devons à sa complaisance d'en reproduire les photo- 
graphies qui elles-mêmes sont son œuvre. 

Ces chapiteaux sont historiés. Le thème qu'ils tradui- 
sent a été, de prime abord, très erronément interprété. 
Les uns y voyaient une allusion à la Ste Vierge ; les 
autres, un type de déesse et l'exécution d'une victime. 

Ces velléités d'exégèse ont fait fausse route. On verra 

(i) M. Villarcl, architecte de la ville. 



LE PAPE ADRIEN IV A \ ALENCE. Z'] 

bientôt tout ce qu'a de naturel et d'obvié l'interprétation 
véritable. 

D'où viennent ces objets ? De quel monument dé- 
moli sont-ils originaires ? Nous ne pouvons leur en assi- 
gner qu'un seul : l'abbaye de l'Éparvière. 

En effet, ces chapiteaux accouplés couronnaient na- 
turellement deux colonnettes jumelles employées alors 
aux galeries qui ajouraient un cloître et en pourtour- 
naient carrément le préau central. Ils n'ont rien qui 
permette de les rapporter au cloître de la cathédrale (i). 

Leurs formes repoussent ce parti d'adaptation, non 
moins que la qualité de leur pierre ; ils sont en marbre 
et d'un marbre de choix. Ils se réfèrent exactement, par 
leur configuration, à la dernière moitié du XIP siècle, 
où fut bâtie l'abbaye et où débute cette gracieuse inno- 
vation des colonnettes jumelles surmontées de chapi- 
teaux doubleaux. 

« Les chapiteaux jumeaux des colonnettes accouplées, 
« dit Viollet-le-Duc, ont la plupart un caractère étran- 
« ger aux arts antiques. C'est pendant la deuxième 
« moitié du XIT siècle que ces influences agissent à 
a Langres (2). » 

Cette concordance de dates nous fait logiquement 
conclure en faveur de leur provenance directe du cloî- 
tre de l'Éparvière. 

Mais voici quelques indications positives et non moins 



(i) Nous en iugeons par les colonnettes du cloître de la cathédrale que 
nous avons vues et dont nous avons parlé dans notre étude sur S. Bruno 
et S. Hugues. 

(2) Dict. d'ArchitecU, 1. II. p. 297. 



38 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

caractéristiques touchant cette attribution. Nous les te- 
nons du chroniqueur Claude Rogier (1572) que, du 
reste, M. Jules Olivier, cité plus haut, a textuellement 
reproduites, moins le naïf archaïsme, cependant point 
du tout déplaisant, du style et de l'orthographe. 

Du côté méridional, Valence a les ruynes de Tabbaye des 
saints Ruf, laquelle estait bastie avec grand artifice. Les clois- 
tres estaient bastis à piliers de marbre de diverses couleurs 
aux chapiteaux desquels estaient taillées les figures du vieil et 
du nouveau Testament et Apocalypse à commencer par la 
création du monde et suivant ordre par ordre, (i) 

Cette description de la ville de Valence, par Claude 
Rogier, a été publiée par M. Guillemenet qui y joint 
cette annotation personnelle: a M. Clavaire, qui tient 
la ferme de TÉparvière bâtie sur l'emplacement de Tab- 
baye, m'a affirmé avoir vu dans son enfance des chapi- 
teaux sculptés (2) ». 

Les chapiteaux dont nous parlons, et que nous allons 
décrire, sont donc une provenance très accusée du cloî- 
tre abbatial de TÉparvière bâti « à piliers de marbre ». 
Ils sont, en effet, de marbre blanc et allongés de cor- 
beille, le tailloir peu saillant et constituant avec le cha- 
piteau (pi. 5) des œuvres indubitablement connexes. 

Les cannelures en éventail dont ils sont moulurés et 
sur le fond desquelles se détachent les motifs historiés, 
répètent le profil et le modelé des hautes lignes de la 
planche 2. 

Enfin, la scène qu'ils figurent rentre nettement dans 

(i) Claude Rogier sur Vallence. Bulletin cTarch. de la Drame. 
(2) Bulletin ^archéologie de la Drâme^ t. XI. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 3g 

Tordre des chapiteaux a auxquels estaient taillées les 
a figures du vieil et du nouveau Testament ». 

C'est effectivement une page iconographique extraite 
« du vieil et sacré Testament ». Il n'y a là aucune trace 
ni de la Mère de Dieu, ni d'Isis, ni de toute autre déité 
olympique ; c'est le simple et grave épisode du juge- 
ment de Salomon, traité selon la lettre biblique, mais 
une lettre avivée par tout ce que la flamme d'artiste peut 
donner à un ciseau de sentimentalité chaude, de vérité 
idéale et pure dans une composition où le réalisme a, 
de soi, tant de peine à demeurer discret et chaste. Ci- 
tons d'abord la page biblique où l'imagier a puisé son 
sujet : 

Deux femmes se présentent à Salomon ; l'une (Telles 
prend la parole et dit : Cette femme et moi nous habitions 
la mime maison. 

Je mis au monde un enfant che:[ elle ; trois jours après ^ 
elle eut pareillement un enfant ; nous étions toutes deux 
seules dans la maison. 

Le fils de cette femme mourut pendant la nuit; elle Va-- 
vait trouvé étouffé sous elle. 

Ety se levant durant le silence de la nuit, elle m'enleva 
mon enfant, qui était à mes côtés, et plaça son enfant mort 
près de moi. 

Dès le matin, lorsque je voulus donner le sein à mon en* 
tant, je vis qu'il était mort ; mais Payant examiné avec 
attention au grand jour^ je connus que ce n'était pas l'en- 
fant que j'avais mis au monde (i). 

(i) /// ^oisj ch. 3, verset 10,17. 



40 SOCIETE D ARCHEOLOGIE Eï DE STATISTIQUi;. 

Une vive discussion s'engagea entre les deux femmes 
en présence de Salomon et de tous les grands de la cour 
réunis ensemble dans une salle de festin. Salomon tran- 
cha la difficulté par un jugement demeuré à jamais célèbre. 

Ce sont ces assises dramatiques avec leurs péripéties 
émouvantes que le chapiteau en question représente dans 
le cadre restreint de ses quatre faces. La planche 6 
traduit le début de la scène, à savoir, la substitution 
d'enfant. 

Au centre, se dresse un lit ; il porte sur les deux cha- 
piteaux. L'artiste l'y a accroché avec une hardiesse 



Chapiteau doubleau du cloilrc abbatial de Sl-Ruf, face antérieure. 

d'emmanchement aussi adroite que fantaisiste ; une fem- 
me y est couchée ; elle dort, la tète sur un oreiller ri- 
chement brodé, étendue sous le drap fort léger qui la 
couvre. 



LR PAPE ADKIEN IV A VALENCE. 4.I 

A gauche, est une femme vêtue avec recherche, la 
taille infléchie, l'attitude hésitante, au pied du lit. D'une 
main elle relève un pan de sa robe, de l'autre elle dépose 
un enfant, dont la mort a raidi les membres, près de la 
femme endormie ; elle le glisse furtivement, d'une seule 
main, sous les plis de la couverture. 

La substitution criminelle est commise et. réussie ; 



Chapiteau doublMu, face Uià'ale droite. 



42 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

rimagier signale Tinsidieuse mégère ; son ciseau la sur- 
prend en flagrant délit et la dénonce. La sôène est vi- 
vante ; il y a tout, même ce qui fait parler les ténèbres ; 
un hibou est, en effet, planté au 'pied du lit qui traduit 
par un symbole péremptoire le « silentio noctis » du 
texte sacré. 

La nouvelle de 'cet événement s'ébruite ; elle se ré- 
pand dans la ville de Jérusalem et la soulève d'indigna- 
tion et d'eff'roi. Qui jugera entre ces deux femmes ? La 
cause est déférée à Salomon ; mais il est jeune, c'est par 
ce cas de justice qu'il débute dans la magistrature judi- 
ciaire dont la royauté l'investit. Tout le peuple est sur 
pied, dans l'attente de l'arrêt royal. 

A la suite du recto du chapiteau que nous venons de 
décrire, à droite, l'imagier représente le prince des 
sages en tenue royale, mais seul, assis, recueilli, pensif, 
gravement soucieux ; (pi. 7) il porte la main droite à 
la tête comme pour soutenir le -poids de sa perplexité. 

La suite du drame continue au verso du chapiteau 
(pi. 8). Au centre figure un satellite royal assis sur la 
courbe de Tare, la chlamyde de chef militaire agrafée 
sur l'épaule droite, un glaive à la main. Au nom du roi, 
il va trancher le différend survenu entre les deux femmes; 
il a le visage tourné vers celle qui est à gauche. 

Celle-ci a toute la désinvolture de la fausse mère ; 
le marbre, à la vérité, est très fruste. Elle y est cepen- 
dant reconnaissable à l'un des pieds , seul vestige 
caractéristique de sa personne. C'est un pied mignon, 
élégamment chaussé, très en vue à la faveur d'un bas de 
robe fort abrégé, posé sur un parquet de semis d'étoi- 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 



Chapiteau doubleau du ctoitre abbaiial d« St-Rut,'.rsc« poslérieur«. 

les. C'est la jeune Femme éhontée qui ignore la dignité 
de l'épouse et s'exempte assez gaîment de ses devoirs 
de mère. 

De l'autre côté, à droite du satellite royal, apparaît la 
pauvre mère volée, blottie dans la cavité du chapiteau, 
seule, les bras vides, le corsage fermé, les longs plis de 
sa robe lui tombant presqu'aux pieds, la taille fléchis- 
sante et dans l'attitude d'une inexprimable douleur. 

Malgré l'état avarié du bas-relief, on voit en elle, à 
travers les lignes émoussées, le mouvement d'une plai- 
gnante qui souffre du crime dont elle est victime, d'une 
mère qui pleure et qui requiert la justice. Son droit est 
formel, sa protestation indignée, ses preuves sont d'une 
sincérité de narré, d'une ferveur de conviction qui ont 



44 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

touché le roi. Mais elle n'a articulé qu'un témoignage 
ferme, le sien. Ilfallait, dans une cause si délicate, une 
sagacité surhumaine pour y dégager du premier coup le 
mensonge de la vérité. 

Éclairé par un rayon d'en-Haut, Salomon avait re- 
cours à un stratagème. Voici, en effet, l'arrêt qui avait 
été rendu : Prenef le glaive, avait dit le roi à l'un de ses 
gardes, sais isse:{' vous de V enfant qui vit^ coupe:{-le en 
deux parts et que ces deux femmes en aient chacune une 
part égale.,. C'est ce que le garde royal, le glaive en 
main, se montre prêt à exécuter. 

Aussitôt la vraie mère de s'écrier : Pardon^ mon Sei- 
gneur, ne frappe:^ pas ; ah! plutôt qu'une l'ait, mais qu'il 
vive. — On la voit qui pleure. 

L'autre femme, au contraire, applaudit à cette exé- 
cution. Qu'on le coupe en deux, dit-elle, que ce ne soit ni 
à moi, ni à vous qu'il appartienne. 

Et le roi remit l'enfant à la première femme en lui 
disant: La vraie mère^ c'est vous. Voici votre fils (i). 

La quatrième face'du chapiteau représente la vraie 
mère réintégrée dans la pleine possession de son fils 
(pi. 9). Elle est debout, la tête haute, dépassant « la 
corbeille » et posée sur la courbe rentrante du tailloir ; 
elle trône assise, fière et enivrée de son légitime triom- 
phe ; elle porte entre ses bras son fils, un enfant ma- 
gnifique qui caresse le sein maternel, heureux du lait 
abondant qu'il y puise. C'est l'apothéose de l'amour 

(i) ni^oiSy ch. 3, V. 18, 19. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE, 



Chapûeau dnuhleau du cloître nSbatiul de St-Ruf, face latérale gdu_-lie. 

maternel dans la plénitude de sa majesté et de son allé- 
gresse (i). 

Il) On voit i l'abbaye de Fonfroidc. sur un de ses bas-retiefa, une femme 
qui allaite un enfant, la Vierge, peiil-etre, avec une recherche de mise, utia 
altitude ei une élégante allure de ciseau qui rappelleni celle-ci et en coni- 
lilueni vi«iblement une similaire. (Voir M. RrroiL dans wn ourrage rar 
rArckiUcturt du nW de ta Franct, t, III). 



46 SOCIÉTÉ D^RCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



» # 



L'ensemble de ce chapiteau doubleau est d'une bonne 
école ; tout y est ingénieux d'invention, d'une composi- 
tion savante. Les motifs y sont harmonieusement grou- 
pés, le sens très lisible ; chaque personnage y revêt des 
formes, une attitude judicieuses, relevées par un modelé 
moelleux et ferme, hardi mais vrai ; la note juste de la 
gamme décorative y est bien entendue et rationnelle. 

Le sujet iconographique du jugement de Salomon ré- 
pond donc parfaitement aux données de Claude Rogier 
sur le cloître et Téglise de l'abbaye de TEparviére baslis, 
dit-il, à piliers de marbre de diverses couleurs, aux chapi- 
teaux desquels estaient taillées les figures du vieil et nou' 
veau Testament, à commencer par la création du monde et 
suivant ordre par ordre ( i ) . 

C'est dans cet a ordre par ordre » que le joli docu- 
ment que nous venons de décrire a naturellement trouvé 
sa place. Ainsi, par tous les motifs déjà énoncés, nous 
ne doutons pas qu'il n'ait fait partie de la synthèse ico- 
nographique de Tabbaye de TEparvière. 

Les bâtiments de l'abbaye s'étendaient au levant ; on 
en retrouve quelques traces dans l'habitation de M. Ber- 
ger, président de section au conseil d'État, entre autres 
une tour dont il a bien voulu nous signaler la souche, mais 
dont il "nous est difficile de spécifier la configuration 
totale et originelle. Cette tour appartenait probablement 

(i) Valence j par Claude Rogier. BuUetin cT archéologie de la Drame, 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 4? 

aux remparts claustraux, en flanquait l'un des angles et 
y remplissait le rôle de tour de guet. 

« Le moyen âge féodal, écrit M. Viollet-le-Duc, ne 
« pratiqua pas le brigandage et ne Téleva pas à la hau- 
« teur d'une institution, ainsi que plusieurs feignent de 
« le croire pour arriver à nous démontrer que l'histoire 
a de la civilisation ne date que du XV I"* siècle. La féo- 
<r dalité, au contraire, entreprit de détruire le brigan- 
« dage ; la féodalité fut une véritable gendarmerie, une 
« magistrature armée (i) » pour la protection du faible 
et la défense du droit. Les monastères, à cette époque, 
ne se désintéressèrent pas de ce progrès d'une civilisa- 
tion d'ailleurs toute chrétienne. Souvent ils se virent 
investis, par la confiance et le suffrage populaires, des 
droits seigneuriaux, de basse et même de haute justice, 
saisis du noble devoir de défendre leurs vassaux, leurs 
récoltes, leurs bestiaux, leur sol, leur vie. Aussi la plu- 
part des grands monastères, Cluny, Tournus, la Chaise- 
Dieu ont laissé tout un système de remparts de défense 
avec tours flanquantes, ou, au moins, au centre des bâ- 
timents, une four de guetteur. 

L'abbaye de l'Eparvière avait sa tour de guet pour 
être à même de prêter main-forte et servir de refuge aux 
populations rurales dont l'abbé était le suzerain. 

(i) Diction, d'archit , t. IX, p. 256. 



■48 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



VII 



L'abbaye de TEparvière se construit aux frais d'Adrien IV. 

La célèbre abbaye seigneuriale de Valence s'acquît 
un grand renom, comme création architecturale, parmi 
les chefs-d'œuvre de la zone archéologique de France 
et même de la chrétienté. Les parties nobles, le cloître 
et la basilique abbatiale y étaient en matériaux de choix, 
souvent en marbres de prix, le travail exécuté par tout 
ce que les grandes écoles chrétiennes possédaient alors 
d'artistes d'élite et d'hommes de génie; un monument de 
cette envergure entraîna inévitablement des dépenses 
incalculables. 

Le soupçon nous était depuis longtemps venu à l'es- 
prit que le pape Adrien IV, qui, à cette époque, dispo- 
sait des trésors de la chrétienté, dut contribuer aux frais 
si dispendieux d'un tel édifice ; le fait a confirmé nos 
pressentiments ; Adrien IV en fut, en effet, le royal 
bienfaiteur. 

ft II est vrai, écrit un chroniqueur, que le i ^ mars 1 1 ç8, 
« sous le pontificat d'Adrien IV, Raymond, abbé de 
« St-Ruf, acheta de messire Odon, évéque de Valence 
a et de son chapître, les îles de l'Éparvière, sous la 
« ville de Valence, pour y construire Tabbaye de St- 
« Ruf, et que par les bienfaits du pape Adrien IV 
« et des comtes de La Voulte, l'abbaye y fut superbe- 
« ment bâtie (1) ». 

(i; Mgr de Calelan. Guide de Valence, par M. Tabbé Jouve, chanoine de 
Valence. 



LE PAPE ADRIEN IV A VALENCE. 49 

L'auteur de Gallia Chrisiiana corrobore ce docu- 
ment par des affirmations explicites : « Le Pape^ dit-il, 
prit en main la protection de la nouvelle abbaye ( i ) . » 

Il en fit son œuvre, y intéressa Tempereur, et dès 
lors on jeta les fondements de Vabbaye nouvelle avec 
l'approbation d'Adrien IV et de l'empereur Frédéric, et 
sur leur ordre de mettre immédiatement la main à l'œu- 
vre (2)» Les trésors de l'Empire et ceux du St-Siège en 
firent donc les frais : on voulut en faire un chef-d'œuvre 
de l'univers catholique ; tout nous affirme que le succès 
répondit à l'attente des deux augustes bienfaiteurs. 






Que sont devenues ces hautes magnificences de notre 
art religieux et national ? Où sont-elles ensevelies ces 
œuvres d'un savoir si profond, si délicat et si pur ? La 
maison abbatiale compte quelques ruines disséminées çà 
et là ; l'église, son cloître ont disparu, au moins en par- 
tie, sous l'épaisse couche de terre meuble qu'y ont 
accumulées les alluvions successives du Rhône dans ses 
fortes crues ; un jardin légumier, on nous l'affirme et nous 
le croyons, y recouvre une quantité considérable de ces 
précieux débris du docte génie de nos pères. 

De patientes recherches arriveraient sans peine et sans 
grands frais à les rendre à nos admirations ; ce serait une 



(i) Quam Adrianus, Papa IV, proiegendam suscepit. 

(a) Ubi sub id temporis Abbatiœ nova: fundamenta posica fuere approban- 
tîbus hanc illico fundationem Adriano Papa IV* et Frederico I** imperatore. 
(Gailia christ., t. XVI.) 

2* SÉRIE. XXV* Volume. — 1891. 4 



5o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

œuvre filiale de réhabilitation artistique à conseiller à 
ceux de nos compatriotes qui, archéologues, artistes, 
chercheurs du passé, ont en particulier, avec la fortune, 
la. soucieuse et tendre affection de nos vieilles gloires 
locales. 

Nous venons, quant ànous, de leur payer le tribut de 
nos hommages. Les deux études historiographiques que 
nous publions restituent à la ville de Valence, par son 
prieuré de St-Jacques, Thonneur d'avoir obligé deux 
grands hommes dont l'un a enrichi l'Église de l'auguste 
et sainte famille cartusienne, dont l'autre a illustré la 
dynastie pontificale de l'un de ses représentants les plus 
sages et les plus vaillants. 

Nous nous estimerons bien heureux si, comme nous 

l'espérons, nous avons réussi à remettre en lumière 

l'honneur qui revient à Valence de ces deux renommées 

immortelles. 

Charles DIDELOT. 



AVI 

Soîis presse^ un opuscule comprenant la double iconogra^ 
phie (T Adrien IV et de S. Bruno, cette dernière modifiée en 
plusieurs points^ notamment par rapport à la charte soi^ 
disant de 1 1 lo qui y est citée. 

Nous publierons^ dans le prochain numéro du Bulletin, 
cette charte photographiée en entier, La photographie porte 
la date de 1 1 lOy mais en y regardant de très près on s'aper^ 
qoit qu'un C a disparu, sous l'action sans doute d'un grattoir 
intéressé et faussaire. Le Répertoire lui-même homologue 
cette supercherie et porte iiio. Nous retranchons, bien 
entendu, de la monographie de S, Bruno cette charte falsi" 
fiée,, dont l'importance, d'ailleurs^ est infiniment secondaire 
dans l'ensemble de nos démonstrations. 



UN ATELIER MONÉTAIRE 

A NYONS 



A la faveur des guerres de religion, les faux monnayeurs 
inondèrent le royaume de pièces grossièrement imitées et que 
Ton exhume du sol encore en assez grand nombre. Au com- 
mencement du règne d'Henri IV, les maîtres de quelques 
Monnaies, principalement des ateliers temporaires, n'hési- 
tèrent même pas, sur divers points de la France, à proiSter 
des troubles, pour jeter clandestinement dans la circulation 
des monnaies de billon n'ayant ni le titre, ni le poids prévus 
par les ordonnances. Des faits d'une autre nature eurent lieu 
à Nyons. 

René de la Tour, seigneur de Gouvernet, gouverneur de 
Nyons, décida, en 1592, d'y faire établir un atelier tempo- 
raire analogue à ceux qui fonctionnaient dans d'autres villes 
et d'y faire frapper des doubles sols parisis, vulgairement 
appelés pinatelles^ « affin d'en tirer quelque fondz pour ayder 
à payer la despance quy luy convenait fere à la fabrication de 
la citadelle de Nyons ». Il accepta les offres de Puymejan ou 
Puméjan, habitant de Carpentras, pour la direction de l'ate- 
lier, sous réserve expresse cependant de l'autorisation préa- 
lable d'Henri IV. Selon l'usage, le gouverneur de Nyons 
adressa dans ce but une requête. Au XVI* siècle, comme de 
nos jours, les formalités administratives étaient compliquées, 
et leur accomplissement exigeait un laps de temps assez long. 
Tandis qu'il attendait le résultat de sa démarche, René de la 
Tour fut appelé en Piémont pour le service du Roi. Profi- 
tant de son absence, Puméjan s^empressa de terminer les 



i)2 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

préparatifs nécessaires à la fabrication des pinatelles. Les 
coins furent bientôt prêts et le billon acheté en quantité suffi- 
sante. En dépit des observations présentées par les Consuls 
de la ville, Puméjan fit travailler ses ouvriers au mois de 
novembre 1592. Les espèces furent immédiatement livrées 
au public, à peu près sans contrôle. La fabrication ne cessa 
qu'au mois de décembre, après avoir duré 27 jours consécu- 
tifs. René de la Tour, ayant été informé, lors de son retour, 
de la conduite de Puméjan, ordonna au vi-baiili du Buis, 
Louis Cayrel, « docteur ès-droictz, conseiller du Roi », de 
commencer, sans retard, une procédure criminelle contre ce 
dernier et de faire briser les coings. Sur ces entrefaites, Pu- 
méjan avait disparu, emportant avec lui le bénéfice réalisé sur 
la fabrication des monnaies (i). 

Les pinatelles de Nyons sont devenues aujourd'hui introu- 
vables, ou du moins il est impossible de les discerner de 
celles fabriquées dans les autres ateliers ouverts à la même épo- 
que. Les seulsYenseignements un peu précis que j'ai pu recueil- 
lir se trouvent dans un arrêt rendu trois mois après, le 1 1 mars 

1593, par le Parlement de Grenoble. « Celles de Nyons 

vault le marc ung escu quinze solz quatre deniers ; l'once : 
neuf solz cinq deniers ; le denier : quatre deniers deux tiers 
et vingt-quatrième de denier ; le grain : sixième et trente- 
deuxième de denier ; la pièce à la dite raison, la forte non 
tirée de la foyble et l'une portant l'autre, pesant ung denier 
vingt-deux grains et demy, vault neuf deniers trente-ung 

nouante septième de denier (2) ». Le poids moyen de 

chaque pièce était donc d'i d. 22 gr. et 1/2, ce qui indique 
que la taille fut faite à raison de 100 au marc de Paris: 

4,608 grains . . . ^ o 1 

■^ = 46 grams 2/25 = i d. 22 grains 2/25. Sous le 

100 

(i) Archives de V Isère, registre B, 2,915, coté « Dowfiesme Generalia», 
LVIII, 6° 3 V*, Adveu pour le seigneur de Gouvernet, 

(2) Archives de l'Isère, registre B. 2,916, IV, Arrest sur Voffàiblis- 
sèment des monnaies ». 



UN ATELIER MONETAIRE A NYONS. i>3 

rapport du poids, l'affaiblissement était sensible. Les pina- 
telles fabriquées à Grenoble, à partir du mois d'août 1592, 
furent taillées à raison de 84 au même marc. Le titre et la 
valeur des pinatelles émises clandestinement à Nyons ne lais- 
saient pas moins à désirer, puisqu'ils étaient respectivement 
de 2 deniers i/3 et de 9 deniers 31/97, au lieu de 3 deniers et 
de 14 deniers des pinatelles de Grenoble émises la même 
année (i). Ces pinatelles de Grenoble étaient elles-mêmes 
très affaiblies. Aussi l'émission de ces monnaies ne iit-^elle 
qu'accroître les difficultés auxquelles se heurtait déjà le com- 
merce à Nyons. L'émission sur le pied de 3o deniers tournois 
de pièces ne valant en réalité que 9 deniers i/3 environ ne 
peut avoir que des conséquences désastreuses. 

Quant au type de ces monnaies, l'arrêt du 1 1 mars 1693 ne 
nous fournit aucune indication. On peut affirmer cependant 
qu*elles étaient identiques aux doubles sols parisis frappés sous 
Henri III, c'est-à-dire qu'au droit se trouvait un H couronné 
entouré par trois fleurs de lys, au revers une croix évidée et 
fleurdelisée aux cantons vides. 

La procédure suivit son cours. On flt enquête sur enquête, 
mais il semble que Puméjan ne put être incarcéré. Le dos- 
sier formé par le vi-bailli du Buis resta déposé entre les mains 
de son secrétaire ou greffier Etienne Barnouin. 

L'arrêt du 1 1 mars 1693 ordonna que toutes les pinatelles 
affaiblies, frappées en divers lieux et circulant en Dau- 
phiné, seraient a cizalhiées et portées de huicteyne en huic- 
teyne à la Monnaie de ceste ville de Grenoble » par les chan- 
geurs qui les auraient recueillies. Les consuls de chaque ville 
étaient, en effet, autorisés à « commettre, chacun en droict 
soy, ung changeur à l'estaing de la chandelle et celluy qui 
moings dira et fera la condition du peuple meilleure pour 
recepvoir les dites pièces descriées ». De là l'extrême rareté 



■ 1 1 « I 



(i) Roger Vallentiw: Les pinatelles frappées en Dauphiné en i5gt 
et i^g^r p. 8. 



b4 SOCIÉTÉ d'archéologie kt de statistique. 

de toutes ces pinatelles au nom d'Henri IV, sauf cependant 
de celles fabriquées à Grenoble en iSgi. 

La calomnie aidant, René de la Tour fut accusé presque 
ouvertement d'avoir facilité les opérations de l'infidèle Pu- 
méjan et d'avoir retiré une partie des profits. Une enquête 
sérieuse prouva la fausseté de ces bruits, et le gouverneur de 
Nyons put obtenir des lettres patentes de a deschargement » 
signées à Lyon, le 23 septembre iSgS, par Henri IV, dont 
voici la teneur : 

Henry, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, 
Dauphin de Viennoys, Comte de Vallantinoys et Diois. A 
tous ceux que ces présentes veront. Salut, 

Notre amé et féal, le sieur de Gouvernet, cappitene de 
cinquante homes d'armes de nos ordonnances et gouverneur 
de notre ville de Nions, nous a fait dire et remonstrer que en 
l'année mil Vc IIIIxx XII, voyant que aulcuns de nos lieute- 
nans généraulx ez provinces de Dauphiné, Provence et aul- 
tres et mesmes des gouverneurs ez villes particulières d'elles 
faisaient avec notre permission fabriquer des monnoyes et 
ne pouvant notre pauvre peuple supporter tant de charges, 
lequel par le moyen de la dite fabrîquation pouvoit estre beau- 
coup soulagé auroict deslibéré de fere battre et fabriquer mon- 
noie en notre dite ville de Nihons, comme doubles soulz pa- 
risis, vulgairement appelés pinatelles, affin d'en tirer quelque 
fondz pour ayder à payer la despence quy luy convenoit fére 
à la fabrication de notre cidatelle de Nyons de grande impor- 
tance pour notre service. Et à ceste fin de nous fere très hum- 
ble supplication et requête de luy permettre l'ouverture de la 
dite monnoye pour tel temps qu'il nous plairoict, pour cest 
efifait auroict despéchié vers nous, pour en avoyr les provi- 
sions nécessaires ; et pendant ce, ung nomé Pumie Jeanne ^Wcy 
de Carpentras auroit prié le dict sieur de Gouvernet luy per- 
mettre de fere les préparatifs de tout ce quy est de besoingfs en 
la dite fabrique, avec promesse quy n'y passeroict plus advant 
jusques à ce que le dit sieur de Gouvernet heust sur ce sceu 



UN ATELIER MONETAIRE A NYONS. 5b 

notre voUonté, ce que le dit sieur de Gouvernet luy auroict 
accourdé. Mais voiant le dit Puyme Jeanne que le dit sieur 
de Gouvernet estoit occupé au siège de Cavoms, en Piedmont, 
pour notre service, il ne se seroict contante de fere les dits pré- 
paratifs, mays auroict commansé à fere travaillier en la dite 
monnoye ; dont adverty le dit sieur de Gouvernet, à son re- 
tour du dit voyage, faict appeller le Vibailly et Juge du Buys, 
se seroient ensamblement acheminés pour fere cesser et rom- 
pre les coings et tous les outilz quy y servoient. De quoy 
ayant le dit Puyme Jaulnefsic) advis esvada, sy bien qu'ilz n'eu- 
rent moyen le fere saizir et prendre, et s'estant enquis com- 
bien de jours on y avoict travailhié, il sceust par les Consuls 
et privaux habitants de la dite ville n'avoir duré que vingt 
sept jours dans les mois de novembre et déxembre en la dite 
année 1 1 1 I^x XI I (sic). Et encore qu'en cela nry avoict aulcune- 
ment de la faulte ou consantement du dit sieur de Gouvernet. 
Toutesfoys il craindroict que luy ou les siens en fusent re- 
cherchés à l'advenir comme ayant le sieur de Gouvernet com- 
mandement en la dite ville de Nions pour notre service, s'il 
n'avoict sur ce nos lettres nécessaires, lesquelles il nous a 
très humblement supplié et requis luy octroyer. Nous, à ces 
causes, vouUant le relever de toute poine et le favorablement 
traicter en tout ce qu'il nous sera possible pour les bons et 
recomandables services qu'il nous a cy devant et dès long- 
temps faictes comme nous espérons qu'il faira cy après. 
Avons dict et déclairé et ordonné, disons, déclairons et or- 
donnons que nous n'avons entendu et n'entendons que le dit 
sieur de Gouvernet soict aulcunement recherché, ny les siens, 
à Tadvenir, pour raison de la dite fabrication de monnoie, 
ainsyfaicte par le dict PuiméJame/^^iVy, en la dite ville de Nions, 
en la dite année mil Vc IIIIxx XII, durant les dicts moys de 
novembre et déxembre. Ains voilons et nous plaict qu'il en 
soict entièrement deschargé, ensemble tous les siens et dont 
l'en deschargeons de notre grâce especialle, plaine puissance 
et auttorité royalle, par ces présentes et en avons imposé et 



56 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

imposons silence perpétuelle à nous procureurs générauix 
présents et advenir, leurs sustituts et tous autres. 

Sy, donnons en mandement a noz amez et féaulx les gens 
tenantz notre cour de parlement et de noz comptes en notre 
pays de Dauphiné et à tous aultres justiciers et officiers qu'il 
apartiendra que de noz déclaration, descharge et contenu cy 
dessus, facent, soffrent et laissent le dit sieur de Gouvernet 
jouir, usier plainement et paysiblement, sans luy fere, ne 
souffrir luy estre faict, mys, ou donné empêchement, au con- 
trere lequel sy faict estoit ostent et ne mettent ou facent mec- 
tre incontinent et sans deley à plaine et entière délivrance et 
au premier estât et deub. Car tel est nostre plaisir, nonous- 
tant quelconques édicts, ordonnances, mandemens, défian- 
ces, et lettres, à ce contraires, aulquelz et avons desrougé et 
desrogeons par ces présentes. 

Donné à Lion le vingt troiziesme jour de septembre Tan 
de grâce mil Vc III Ux XV et de notre règne le septième. 

Henry. 
Par le Roy Dauphin : Forget (i). 

René de la Tour poursuivit ensuite, devant le parlement de 
Grenoble, l'entérinement de ces lettres patentes et lui adressa 
le 27 novembre la requête suivante: 

A Nosseigneurs de Parlement et Chambre des Comptes, 
Supplie humblement Messyre Reyné de la Tour, Seigneur 
de la Tour (sicj^ Seigneur de Gouvernet, Baron d'Ays et aultres 
plasses, cappitene de cinquante hommes d'armes des ordon- 
nances de sa Magesté et son Gouverneur de la ville de Nyons 
et du pays des Baronnies et Dioys, 

Sera le bon plaisir de la Cour et de la Chambre inthériner 
et homologuer au proffict du suppliant et à son descharge- 
ment les lettres patentes de sa Magesté, données à Lion le 



(i) Archives de V Isère, B, 2,915, pièce LVIII « Adveu pour le sieur 
de Gouvernet ». 



UN ATELIER MONETAIRE A NYONS. bj 

XXI II« de septembre dernier, deuement signées: Henry et 

Fourget, et aussy scellées, cy humblement joinctes selon leur 

fourme et teneur. Et feres bien. 

Armand. 

Soit monstre au Procureur Général du Roy. Fait en par- 
lement le XXVI I« novembre iSgS. 

Lovât (i). 

Le 28 novembre, J. Boffin, avocat général, requit la com- 
munication de Tenquête faite par le vi-bailli du Buis. 

Le procureur de René de la Tour fit opposition à cette 
demande dans les termes suivants : 

A Nos Seigneurs de Parlement. ' 

Supplie humblement Messire René de la Tour, seigneur 
de Gouvernet, Baron d*Aix et aultres plasses, cappiteine de 
cinquante homes d'armes des ordonnances de sa Majesté et 
son Gouverneur de la ville de Nions et des pays des Baron- 
nies du Dioys. 

Sera le bon plaisir de la Cour, nonobstant les conclusions 
prinses par Messieurs les Gens du Roy, pourveoyr audict sup- 
pliant suz les fins et conclusions de sa précédante requête. Et 

feres bien. 

Armand (i). 

Le 1 5 décembre, le Parlement décida que les réquisitions 
de l'avocat général étaient fondées. Barthélémy Pelât, sergent 
à Nyons, signifia le 1 6 mars 1 596 cet arrêt au vi-bailii du Buis. 
Soit négligence, soit mauvaise volonté, l'avocat général F. 
Boffin fit traîner l'affaire en longueur et René de la Tour dut 
présenter aux mois de mars et de juillet iSgô deux nouvelles 
requêtes au Parlement pour faire hâter Tentérinement des 
lettres patentes qu'il avait obtenues d'Henri IV. L'avocat 



(i) Archives de l'Isère^ B, 2,916, pièce LVIII nAdveupour le sieur 
de Gouvernet 9. 



58 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

général se borna à répondre que la communication de la pro- 
cédure criminelle, faite à Nyons, ne lui suffisait pas et qu'il 
lui était nécessaire d'interroger le vi-bailli du Buis. Il se dé- 
cida enfin, le lo juillet iSgj, à consentir à l'exécution delà 
requête du Gouverneur de Nyons : 

Attandu Tarrest intervenu pour raison des dites procédures 
et procès-verbal faicts par le dict Vibailly, considéré les pré- 
jugés faicts par la dicte Cour pour ceux qui semblablement 
avoyent faict battre de monnoie, c'est pourquoy nous consen- 
tons à la vériffication des dictes lettres avec les inhibitions 
requises. 

Faict ce X« juillet 1 597. 

F. Boffin, avocat général (i). 

L'arrêt d'entérinement et de vérification fut rendu le 18 juil- 
let 1597, après des formalités qui avaient duré près de deux 
ans. 

François de Borboun, prince de Conty, Gouverneur et Lieu- 
tenant Général pour le Roy en Dauphiné, à tous ceux quy ses 
présentes veront, Sallut. 

Scavoyr faisons que, sur la requête présentée par noble 
Renne de la Tour, seigneur de Gouvernet, tendant à ce qu'il 
plaise à la Cour et Chambre des Comptes de volloyr veriffier 
et inthériner les lettres parantes par luy obtenues de Sa Ma- 
jesté, le vingt-troisième septembre i SgS, pour en jouir suyvant 
et à la fourme d'icelles, veu les dites lettres patantes par les- 
quels le Roy veult que le dit sieur de Gouvernet ne soict 
aucunement recherché, ny les siens, pour raison de la fabri- 
cation des monnoyes, faicte par Puyme Jeanne en la ville de 
Nions, et autrement, comme est pourté par les dites lettres 
patantes, requête du suppliant tendant à ce qu'il pleust à la 
cour veriffier les dites lettres, les conclusions du procureur 



(i) Archives de Vlsère^ B, 2.915, pièce LVIII, «Adveu pour le sieur de 
Gouvernet ». 



UN ATELIER MONÉTAIRE A NYONS. Bq 

général du Roy, mises au bas de la dite requête et décret de 
la Cour, mis sur requête du suppliant, du XV« décembre 
iSgS, par lequel est ordonné que les procédures et procès- 
verbal, faict par le vibailly du Buys, sur la dite fabrication, 
seroient rapportés et remises entre les mains du procureur 
général du Roy, pour icelles veues estre pourveu aux parties 
comme il appartiendroit, les lettres compulsoires à ces fins 
avec Texploict du sergent qui a fait le commandement aux 
fins civilles et le dit procès-verbal du dit Vibailly du Buys, 
requête du dit sieur demandeur tendant à ce qu*il pleust à la 
cour passer outre à la vériffication d'icelles, puisque les dites 
procédures et procès-verbal ont esté veues par le dit avocat 
général du Roy, autres conclusions du procureur général du 
X* juilhiet 1597, par lesquelles il conclut à la vériffication 
d'icelles lettres, les conclusions du procureur des troys estatz 
et tout ce que faict avoit et considéré. 

La Cour, les chambres assamblées, où estoient les gens des 
comptes, en cnthérinant la requête du suppliant, a vériffié et 
inthériné les dites lettres patentes pour en jouyr par le sup- 
pliant et les siens suyvantet à la fourme d'icelles, faisant inhi- 
bitions et deffances tant au suppliant qu'à tous aultres de 
quelque condition et quallité qu'ilz soient, de par ci-après 
fere fabriquer monnoye soict par eulx ou par interposition, 
tant au greffe de céans que chambres des comptes. En foi et 
tesmoing de quoy nous avons à ces dites présentes faict met- 
tre et apposer le scel royal dalphinal en tel cas requis et acos- 
tumé. 

Donné à Grenoble en Parlement le XVIII* Juilhiet 1597. 

Par la Cour : 

Besson (i). 

L'atelier temporaire de Nyons n'avait été signalé par per- 
sonne jusqu'à ce jour. 



(i) Archives de VIsère, B, 2,915, ib., LVIII. 



6o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Personne n'ignore le rôle actif joué en Dauphiné par Gou- 
vernet, que Henri IV tenait en haute estime. Les protestants, 
ses coreligionnaires, en firent un héros. Guy Allard prétend 
qu' « il fit des actions d'une éternelle mémoire (i) ». En réa- 
lité, il se montra cruel et inhumain, et son nom inspirait un 
effroi universel. David Rigaud, le poète de Crest, ayant à 
remercier un des descendants du gouverneur de Nyons, ne 
manqua pas d'évoquer son souvenir : 

C*est un eschantillon de la force et sagesse 

Du brave Montauban, yssu des Gouvernets, 

Vous êtes le tableau et naturelle image 

Des plus vaillants guerriers qu'ayt esclairé le jour. 

C'est du grand Montauban et René de la Tour 

De qui vous hérités le cœur et le visage (2). 

Si une notice, même succincte, sur René de la Tour, serait 
déplacée ici, quelques mots sur la famille Puméjan ne seront 
pas inutiles. Le 19 novembre i53o, un mandat de 8 écus 
d'or fut délivré par les Consuls d'Avignon en faveur de Pierre 
de Puméjan, maître de la Monnaie de Tarascon (3). Jeanne 
Puméjan épousa un peu plus tard Jean Ferrier de Benoît, 
habitant Avignon, dont elle eut trois enfants, Jean, Nicolas 
et Marguerite, mariée en iS/o, à Jean Salvador (4). Jean de 
Puméjan, qui se qualifie de noble, fut maître de la Monnaie 
de Villeneuve-lez-Avignon de 1572 environ à 1584. Thomas 
de Puméjan, son frère, résidait tantôt à Avignon, tantôt à 
Villeneuve, et dans tous les actes où il est question de lui, il 
ne prend jamais le titre de noble. Jean épousa Magdeleine 
de Rhodes, fille de Barthélémy de Rhodes, sieur d'Auriac et 



(i) Dict. hist. du Dauphiné, t. II, p. 679. 

(2) Recueil des œuvres poétiques du sieur David Rigaud, etc., p. 100- 

lOI. 

(3) Archives de la ville d* Avignon, compte de i53o, mandat n» 119. 

(4) PiTHON CuRT. Histoire de la noblesse du Comté Venaissin, t. III, 
p. 95. 



UN ATELIER MONETAIRE A NYONS. 6l 

conseiller de l'hôtel de ville d'Avignon en i563. Il en eut un 
fils, noble Benoît de Puméjan. Jean de Puméjan était d'un 
caractère violent. En i583, il loua des co-héritiers Brunet 
« le logis du Lion », situé rue des Arcs, à Villeneuve. Huit 
jours plus tard^ il résilia son bail et installa la Monnaie dans 
la maison Gent, rue de l'Amelier. Son maintien comme maî- 
tre de la Monnaie étant devenu impossible, il ne tarda pas à 
être remplacé par Pierre Thierri, à qui la ferme de la Mon- 
naie fut adjugée en mars 1584 pour une durée de six ans, à 
partir du !«" janvier i585 (i). Bien que les documents relatifs 
à la fabrication des pinatelles à Nyons ne donnent pas le pré- 
nom du maître improvisé Puméjan, il est fort possible que 
ce soit l'ancien maître de la Monnaie de Villeneuve, car ce 
dernier fixa, en i585, son domicile dans le Comtat-Venais^in. 



(i) Minutes de M* Michel Dupuy, notaire royal à Villeneuve, passîm. 



Roger VALLENTIN. 



62 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



LES 



AMIS DE JEAN DRAGON 

*F¥ofe$seur à l' <^cadémie ^¥oieetante 

de ®ie. 



(Suite. — Voir les 90% 91% 92% 93% 94* et 95* livraisons). 



^\/Vm<S«%^>^>/V\/SMy\M^tAMi^ 



VII 

Daniel Boverius, i6ii (i). 

Cet ami de Jean Dragon n'ayant été reçu pasteur qu'en 
16 17, il faut supposer qu'il n'était plus un tout jeune 
homme à ce moment-là ; car la pensée qu'il a formulée 
dans notre album, six ans plus tôt, n'est vraisemblable- 
ment pas d'un enfant, — Vita sine amicis non est pita, — 
En tout cas, provisoirement chargé, tout d'abord, de 
réglise protestante de Corps (2), il en devint l'an suivant, 
pasteur titulaire à la demande de ses ouailles, et transféré 
à Barraux en 1620, il revint quatre ans après à Corps, 
où il paraît être décédé en i63o (3). 

Ce pasteur était, croyons-nous, le frère d'un sieur 
Bouvier ou Bovier, de Grenoble, que le synode provincial 
de 1606 condamna « à faire reconnaissance publique de 



(i) Fol. i6a. 

(a) Chef-lieu de canton de Tarrond. de Grenoble (Isère). 
(3) Actes des synodes de St-Marcellin (i6o6), de Nyons (1617), d'Embrun 
(1618), de Briançon (i6ao), d*Embrun (1626) et de Die (1630). 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 63 

sa faute, sans qu'aucun colloque ni consistoire puisse Ten 

dispenser », pour avoir « baillé sa fille en mariage à un 

papiste » (i). 

VIII 

Stephanus Candidus, i6ii (2). 

Bachelier en philosophie, qui ne nous est pas autre- 
ment connu, Etienne Candide ne s'est pas contenté d'écrire 
quelques mots élogieux pour Dragon dans l'album de ce 
dernier, il y a joint, sous forme de maxime, un conseil 
qui est un irrécusable témoignage de la tension des rap- 
ports de notre professeur avec certains de ses collègues, 
au moment où il abandonna définitivement sa chaire, 
pour devenir pasteur à Crest : Magnum genus vindicta 
est ignoscere. 

IX 

Charbonnerius (3). 

L'autographe sans date, signé de ce nom, sous lequel 
on lit le mot MVSICA, écrit de la même main, peut être 
attribué au genevois Jean Charbonnier, qui faisait sa 
théologie à l'académie de sa ville natale en i583 ; mais 
nous croyons qu'il est plutôt d'un « escolier du Monteyl- 
limard », pour l'entretien et logement duquel le consis- 
toire de Die, à qui il avait été recommandé par Ghamier, 
s'engagea à donner quarante sous par mois, attendu que 
« ledit escolier estoit poure ». C'était au mois de janvier 
1607. Trois ans après, cet étudiant Charbonnier, qui sui- 
vait le cours de philosophie de l'italien Visconti, bien 
qu'il ne figure pas sur la liste des étudiants de Tacadémie 

(i) Actes du syn. de St-Marcellin (1606). 
{2) Fol. 181. 
{3) Fol. 151. 



64 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

de Die en 1610, était traduit devant le Conseil académi- 
que pour une lettre d'injures par lui adressée au second 
professeur de philosophie, Le Fèvre. Et le piquant de 
l'affaire, c'est que Le Fèvre ayant alors prétendu qu'en 
cette circonstance, l'étudiant n'avait été que l'instrument 
de son professeur. Charbonnier après avoir tout d'abord 
soutenu qu'il avait simplement voulu se venger de Le 
Fèvre, celui-ci l'ayant invectivé quelques jours aupara- 
vant en pleine rue, parce qu'il était d'un autre avis que 
lui, touchant certaine thèse latine, convint finalement que 
Visconti avait vu le brouillon de sa lettre. Ce qui donna 
occasion à Le Fèvre de s'élever violemment contre son 
collègue, l'accusant de s'être vanté « de faire le pis qu'il 
« pourroit contre lui » et de lui avoir enlevé des élèves ; 
ensuite de quoi il mit le Conseil académique en demeure 
de déclarer que Visconti était un homme de trouble et le 
fauteur de toutes les querelles dont Die était alors le théâ- 
tre. Mais, habitué qu'il était à de semblables orages, le 
Conseil se contenta de faire faire des excuses au professeur 
offensé, par Charbonnier, qui n'en obtint pas moins, sept 
mois après, l'autorisation de présenter sa thèse de bache- 
lier (i). 

X 

Stephanus Chastetus, Diensis 161 1 (2). 

Cet Etienne Chastet, que l'on a pris pour son frère aîné, 
suivait le cours de théologie de l'académie de Die, lorsqu'il 
écrivit dans notre album, quelques phrases latines sur 
l'amitié. Et cependant il n'était pas âgé de moins de 20 



(i) Livre du recteur. — Délib. du consistoire de Die. — Conclusions aca 
démiques. 
(2) Fol. 180. 



LES ÂMlS DE JEAN DRAGON. bb 

ans à ce moment-là, attendu que nous savons par son acte 
de décès, qu'il avait. 68 ans lorsqu'il mourut à Die, le 3o 
juillet 1659. Seulement il est borï de dire, qu'il fut tou- 
jours un écolier peu discipliné ; car indépendamment de 
ce qu'il se compromit de la manière la plus grave, 
dans une révolte en 1609, nous savons qu'il finit par 
être renvoyé de l'Académie en 161 5, « pour ne s'estre 
(( pleinement justifié de quelques accusations dont il estoit 
c chargé. » Ce qui lui fit abandonner la théologie pour le 
droit et de candidat au « saint-ministère » devenir un avo- 
cat, qui ne tarda pas à prendre place dans les conseils de 
la ville, dont il était consul en 1648 (i). 

Pour ce qui est de son frère aîné, avec qui on l'a con- 
fondu, il s'appelait comme son père, le capitaine Pierre 
Chastet, était un médecin qu'une enquête faite en i63o, 
nous montre soignant, onze ans auparavant, le fameux 
Gouvernet, dans sa dernière maladie, et, provisoirement 
chargé d'un cours de philosophie, à l'académie de Die, au 
mois de janvier 1621, dans les singulières circonstances, 
que nous avons rapportées en parlant de Jean Dragon, il 
en devint ensuite professeur titulaire, dans des circons- 
tances non moins singulières. 

En confiant provisoirement aux candidats Escoffier et 
Chastet, les deux chaires de philosophie, pour lesquelles 
ils avaient été trouvés tout d'abord insuflBsants, le Conseil 
académique voulait surtout, nous l'avons dit, empêcher 
qu'elles fussent confiées à des pasteurs. Or après cinq 
mois de ce provisoire, le Synode provincial dont les ten- 
dances étaient en opposition avec celles du Conseil aca- 
démique, décida que ceux de ses membres qui procédè- 

(i) Mortuaires de l'égl. réformée de Die. ~- Conclus, acad. — Actes du 
syn. de Mens (1615). — Arch. mun. de Die. 

2- SÉRIE. XXV Volume. - 1891. 5 



66 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

raient à la visite annuelle de TAcadémie, devraient alors 
s'entendre avec les chefs de celle-ci,- pour faire choix de 
bons professeurs de phiTosophie, « admettant à la dispute 
« des pasteurs, s^ils sont trouvés capables et si la nécessité 
ce des temps et la violence des adversaires les contrai- 
« gnent de quitter leur troupeau. » Mais le Conseil aca- 
démique para aussitôt le coup, en procédant à de nou- 
veaux examens, sans attendre l'arrivée des délégués du 
Synode et c'est ainsi que de professeurs provisoires Es- 
cofBer et Chastet devinrent professeurs titulaires (i). 

En d'autres termes, la nomination du médecin Pierre 
Chastet, comme professeur de philosophie, le 2 1 novem- 
bre 1621, est un des nombreux incidents de la sourde 
lutte qu'il y eut toujours au sein de l'académie de Die 
entre l'élément laïque, et les pasteurs et professeur, Chastet 
le fut jusqu'à sa mort arrivée le 28 août 1647, c'est-à-dire 
vingt-six années, pendant lesquelles on ne relève pas d'au- 
tre fait saillant le concernant, qu'une révolte des étudiants 
de son cours le 21 juin 1624 (révolte durant laquelle on 
tira, selon l'usage, des coups de feu par la fenêtre et 
brisa « les bancs et paupitres »), et son élection comme 
principal du collège en 1625, 1625, 1629, t632, i633, 
1634, 1639, 1640, 1644 et 164'^ (2). 

XI 

S. Cherlerus Germany^ 161 1 (3). 

Bien qu'il se dise germain, au bas des dix-sept vers 
latins par lui écrits dans l'album de Jean Dragon, et que 

(i) Mortuaires de Téglise de Die. — Conclus, acad. 
(3) Conclus, acad. 
(3) Fol. 176. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 6j 

les actes du synode provincial de 1617, le donnent comme 
étant de « Retel en Allemagne, » Samuel Cherler, dont le 
nom est écrit tour à tour, Gharlerus, Gherlet, Charlet, 
Carlet, Kerlet, Kerler et même Querlerus, était, en réa- 
lité, a natif de Basle », ainsi que Tapprend une dépo- 
sition qu'il fit le 5 mars 1611, devant le consistoire 
de Die. Etudiant à Tacadémie de cette ville, dès le mois 
de novembre 1609, il est de ceux qui se compromirent 
alors dans une révolte ; seulement il fit ensuite oublier cet 
acte d'indiscipline, en prêtant au Conseil académique, son 
concours, pour la recherche d'un professeur d'éloquence, 
quand Dragon eut abandonné sa chaire, et c'est proba- 
blement à cela qu'il dut d'être nommé régent de troisième, 
vers la fin de l'année 1 6 1 1 ; non compris que le Synode pro- 
vincial lui alloua quelques mois plus tard, a la somme de 
a six escus, pour dégrèvement d'un voyage à Basle, où il 
<c s'estoit employé à faire pourvoir la première classe d'un 
« régent capable (i). » 

Or professeur, notre bâiois eut presque aussitôt avec le 
second professeur de philosophie. Le Fèvre, une querelle, 
qui un moment assoupie au mois de février 161 5, grâce à 
l'intervention du Conseil académique, le mena deux ans 
après devant le bailli de la ville. Poursuivi pour un libelle 
injurieux contre Le Fèvre, il ne put échapper à toutes les 
conséquences de cette poursuite et dut renoncer au pro- 
fessorat, à cause de son impossibilité d'acquitter les frais 
de justice. De telle sorte, qu'une première demande d'ad- 
mission au ministère pastoral, ayant été repoussée au mois 
de juin ibiy, Cherler redevint un moment simple « es- 
colier. » Mais admis l'année suivante et nommé pour lors 



(i) Délib. du consistoire de Die. — Conclus, acad. — Actes du syn. de 
Mantouies (1613;. 



68 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

pasteur au Monestier-de-Clermont, il sut bien vite rega- 
gner les bonnes grâces du corps pastoral ; car transféré à 
Gap, au bout de quatre ans, 11 occupa ce poste jusqu'à ce 
que les infirmités l'obligeassent à se démettre de ses fonc- 
tions c'est-à-dire trente-huit années, pendant lesquelles 
ses collègues le distinguèrent plus d'une fois, d'une ma- 
nière flatteuse. Et pour ce qui est de ses ouailles, que le 
synode national de Loudun invitait à porter son traite- 
ment de 3oo à 400 livres, en 16 cg, elles témoignèrent de 
leurs sentiments pour lui, après sa mort, en accordant à 
sa veuve un secours de 3oo livres, à cause de sa nom- 
breuse famille et de son peu de fortune. 

Démissionnaire en 1660, Cherler mourut à Gap, le i5 
janvier 1662, laissant un fils, qui pasteur à Montbrun, 
devint ensuite ministre de la maison du marquis' de Ru- 
vigny, ancien député général des églises réformées de 
France (i). 

XII 

Abrahamus Coligno, ï6ii (2). 

Les Colignon qu'il ne faut pas confondre avec les Cali- 
gnon, bien que le fameux chancelier de Navarre, soit ap- 
pelé Siftrein Colignon, dans les registres de l'université de 
Valence, les Colignon, disons-nous, étaient d^obscurs arti- 
sans de Die, qui ne prétendaient pas le moins du monde 
à la particule, dont on s'est plu à les gratifier dans la suite 
et pour ce qui est de celui qui a célébré les bienfaits de 
l'amitié dans notre album, il était le fils de Didier Colignon 

(0 Conclus, acad. — Actes du syn. d'Embrun (1618) Gharonnft. Le$ 
guerres de relig, dam Us Hautes- Alpes ^ 333. — Arnaud. Hist, des frot. 
du Dauph. Il, 383. 

(a) Fol. 163. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 69 

et le frère du menuisier Daniel Colignon, que le Conseil 
académique chargea de réparer « les bancs et fenestres 
de l'Académie, » en 1610 (i). 

Étudiant de première classe, à l'académie de sa ville 
natale, en 16 10, cet Abraham Colignon fut nommé pas- 
teur à Chorges sept ans après et de Chorges, envoyé, 
en 16 19, dans le Vercors, dont les habitants refusè- 
rent, paraît-il, de pourvoir à son entretien ; car le Sy- 
node provincial de 1620, après avoir entendu les plaintes 
du jeune pasteur, décida qu'en raison de « l'ingrate non- 
« chalance de l'église du Vercors, et pour l'exciter à son 
a devoir, elle seroit comminée et, si elle ne satisfaisait 
a ledit Colignon, privé de toute subvention et de pas- 
« teur. » Ce qui ne ramena pas, quand même, les protes- 
tants du Vercors, à de meilleurs sentiments, ainsi qu'on 
peut le supposer en voyant Abraham Colignon, nom- 
mé pasteur à Barraux, peu de temps après (2). De Bar- 
raux, notre pasteur, fut transféré à Mens en 1628, suivant 
M. Arnaud, qui le donne comme occupant encore ce der- 
nier poste en 1 635, tandis qu'un acte de l'an 1676, dans 
lequel il est question de son fils Daniel, qui était alors 
médecin à Mens, dit que Abraham Colignon, mourut en 
1Ô26 (3). 

On a de ce pasteur, l'ouvrage suivant ; Thimotée ou de 
la manière de bien honorer Dieu; plus deux traités: 
/• Des combats de la chair contre l'esprit^ et 2"" deux ser- 
mons de V épreuve de soi-même, Genève, 1628, in-8% dont 
il y a une seconde édition de i635, contenant en outre: 



(i) Naoal: Histoire de Vuniv, de Valence, — Concl. acad. 
(a) Conclus, acad. — Actes du syn de Nyons (1617), de Gap (1619) et 
Briançon (i6ao). — Arnaud, Hist, des prot. du Dauph. II. 
(3) Arnaud : Ibid, — Notes de M. Ed. Maignien. 



70 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Heraclite ou de la vanité et misère de la vie humaine avec 
une dédicace à Marc Vulson, conseiller au parlement de 
Grenoble (i). 

XIII 

DuRANDus Briançonensis (i). 

De même que l'anglais Gent, dans l'album de Bongars, 
le briançonnais David Durand n'a écrit que ces mots 
dans l'album de Dragon : Abstine et sustine^ ce qui est 
d'un sage, et ce sage était un malheureux professeur, qui 
fut presque toujours aux prises avec la mauvaise fortune. 
Etudiant en théologie à l'académie de Die,en i6ro, David 
Durand ayant embrassé ensuite la carrière de l'enseigne- 
ment, ne devint en effet, presque aussitôt professeur de 
quatrième, que pour se trouver sans emploi ; et le pasteur 
Appaix, qui s'occupa toujours quelque peu de l'académie 
dont il fut le premier recteur, lui ayant alors fait accepter 
la charge de professeur de cinquième, dans cette académie, 
en lui promettant une meilleure place, dès qu'elle serait 
vacante, Durand fut ensuite le seul à se rappeler de cette 
promesse. Tellement que, de dépit, il donna sa démis- 
sion le i'*" septembre i6i3. 

Or cette démission donnée, le pauvre Durand eut non 
seulement toutes les peines du monde à obtenir le paye- 
ment de ses gages et le remboursement des frais par lui 
faits, quelque temps auparavant, allant à Grenoble, pour 
y entretenir Lesdîguières des affaires de l'Académie ; 
mais ayant demandé quelques mois après au Synode pro- 
vincial (ï6i4), de l'admettre dans le ministère pastoral, 
cette assemblée lui conseilla <r de s'adonner à quelque 

(i) Foh 13. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. yi 

« autre- vocation, pour rentretenement de sa famille. » 
Et si le pasteur Appaix fut en même temps chargé de faci- 
liter sa rentrée dans l'académie de Die et de lui. faire obte- 
nir, en attendant a quelque assistance de deniers, de MM. 
« des Comptes,» le Conseil académique décida, par contre, 
que toute chaire vacante serait dorénavant mise au con- 
cours. Redevenu, quand même, professeur à l'académie 
de Die, Durand eut ensuite la mauvaise inspiration d'ac- 
cepter les offres des protestants de Nyons qui le deman- 
daient pour « régent de leurs escoles », et conséquemment 
de se démettre une seconde fois de sa charge de professeur 
le 28 novembre 1617. Or, sept ans après, le malheureux 
Durand, congédié par suite de certaines « cabales » reve- 
nait à Die, suppliant le Conseil académique de lui venir 
en aide pour « l'entretenement de sa paoure et assez 
« ample famille. )).Ce à quoi, les membres de ce conseil 
répondirent en décidant le 25 mai 1624, qu' « en considé- 
« ration de la paoureté et affliction en laquelle se trouvent 
« la femme et quelques siens enfants du sieur Durand et 
« aussi les bons services qu'il a aflfectionnément rendus 
« durant plusieurs années, soit à l'Académie, soit à plu- 
« sieurs honorables familles de ceste ville, où il s'est tou- 
« jours comporté en homme de bien, lui est octroyé l'as- 
« seurance de la cinquième classe à laquelle il sera establi, 
« provisionnellement; lorsqu'elle sera vaquante et outre 
« ce, de lui donner lettre pour MM. de Nions, en termes 
« officieux pour son restablissement. » Seulement comme 
la lettre « pour MM. de Nions, » fut probablement sans 
effet et la classe promise trop longue à vaquer, notre brian- 
çonnais chercha bientôt aide et secours ailleurs, car l'an 
suivant, il publiait à Grenoble : Déclaration de M. David 
Durand^ Dauphinois, jadis protestant et dogmatisant en 
la religion calvinique et régent du collège de Die et es^ 



72 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

coles de Nions^ touchant sa conversion à la foy catholique^ 
1625, in-S^'de 21 et 3 pages (i). 

Deux ans après, David Durand était établi à Die, dans 
le quartier des Eygluys. 

XIV 

Paulus DuRANDus, Trievensis 1611 (2). 

Etudiant de première classe à l'académie de Die en 1610, 
cet élève de Jean Dragon, qui ne trouvait pas déplus pré- 
cieux bien, dans la mauvaise fortune, qu'un ami, — In ré- 
bus adversis pecunia melior amicus est^ — était le fils 
d'un pasteur Barthélémy Durand, qui mourut en !643, 
ayant successivement desservi les églises de Beaurepaire 
(1600-1Ô10), de Molines (1610-161 1), de Clelles{[6i2),,de 
Serres (1612-1622), deNyons(i622-i623), deSte-Euphé- 
mie(i626-[63o) et de Glelles encore (1637). Et comme il 
était du Trièveset que sa mère, Bonne de Griffon, fille de 
Jean, sieur de Bagnol, appartenait à une famille noble de 
cette contrée, nous nous demandons si le pasteur son père 
ne serait point, par hasard, quelque cadet des Durand de 
Pontaujard, autre famille noble du Trièves, qui s'établit 
dans les environs de Montélimar au XVII* siècle et dont 
les armes étaient : parti de sable et d^or^ contre parti de 
Vunen Vautre^ au chef d'argent^ chargé de trois têtes de 
léopard de gueules ? (3) 



(i) Actes du syn. du Pont-en-Royans (1614]. — Concl. acad. — Arnaud, 
Hist, desprot. du Dauph,, Il ^ 390. 
(a) Fol. 161. 
(3) Notes de M. E. Maignien. — Chômer : Etat pol. du Dauph, III, 33 1. 

(A suivre) }. BRUN-DURAND, 



LES COMTÉS DE VALENTINOIS ET DE DIOIS. yS 

MÉMOIRES 

'poun sE'Rvm cA LHis'romE 

DES 

COMTÉS DE VALENTINOIS 

ET DE DIOIS 

■ » » 
(Suite. — Voir les livraisons 85*, 86*, 88*, 89*, 90", 94* et q5«). 



Hugues d'Aix, seigneur de Bellegarde, qui, comme nous 
Pavons vu, ne devait point survivre à son frère Pierre Isoard, 
est dès le 16 août 1291 qualifié de chevalier. Use trouve 
alors au château de Chamaloc et ligure comme témoin de la 
vente de la baronnie de Mévouillon, passée par Raymond de 
Mévouillon le Jeune, au profit de Jean de Genève, évêque de 
Valence et de Die. L'année suivante, au mois de juillet, 
revêtu du titre du procureur de Tévêque, il prend, au nom du 
prélat, possession de la baronnie, allant de château en châ- 
teau pour y arborer la bannière épiscopale et y faire recon- 
naître la juridiction du nouveau suzerain (i). Hugues avait 
épousé Alix, fille de Geoffroy de Châteauneuf et de Catherine 
de Bourdeaux : cette dernière, unique héritière de Béranger, 
seigneur de Bourdeaux, avait apporté dans la maison de 
Châteauneuf les fiefs de Bourdeaux et de Poët-Célar, ainsi 
que le château et la terre de Comps (2). Tous ces biens, par 

(i) Bibliothèque de Grenoble. R. 445a, p. 6-7. — Cf. Essai hist.sur 
Die, l.v, (4. 
(2) Archives de Tlsère. Inventaire de 1698 : Oiois, t. I, F» 33a. 



74 SOCIÉTÉ D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

le mariage d'Alix, passèrent au seigneur de Bellegarde. Ils 
étaient tenus en fief du comte de Valentinois, et celui-ci ne 
tarda pas à les réunir à ses domaines par l'acquisition qu'il 
en fit de Hugues et d'Alix, sa femme, le 19 août i3i7 (i). 
Hugues ne laissa que deux enfants : Guillaume Artaud HI, 
qui suit, et Catherine Artaud, qui épousa Agout de Baux, 
seigneur de Brantes (2). 

Guillaume Artaud HI, seigneur d*Aix, de Bellegarde, de la 
Motte, etc., hérita, comme nous lavons dit, en i334, ^® son 
oncle Pierre Isoard. Il avait remplacé son père comme seigneur 
de Bellegarde dès l'année i320, car, en cette qualité, il nomme 
un fondé de pouvoirs à l'effet de rendre hommage au duc de 
Calabre de la terre du Brochet, soumise à la juridiction 
royale de la Valdoulle (3). Guillaume était, sans contredit, un 

(i) Archives de l'Isère, B, 3569 :« ... Anno Domini Mo.CCC*.XVII% 
scilicet XIX* mensis augusti, nobilisyir Hugo de Asio, dnus Belle Gar- 
de, et Philippus Boszii, florentinus, procurator.. . nobilis Àlisie, uxoris 
d. Hugonis filieque quondam d. Gaufridi de Castro Novo... vendide- 
runt... d^ A. de Pictavia, comiti Valent, et Dyen., presenti.., castnim 
de Coms et villam de Orcinacio, et etiam omne jus etomnem actionem 
quod et quam habebat... dicta Alisia seu dictus Hugo apud Castrum 
de Bordellis et apud castrum de Poieto Sealari et in eorum territoriis... 
Predicti vendiderunt eciam eidem d. comiti... pentionem triginta sep- 
tem librarum, ad quam pensionem prestandam eidem Hugoni dicebat 
dictus Hugo dictum d. comitem teneri eidem pro dicta uxore sua de 
facto seu afFari quod dicti de la Charreria et quidam alii nobiles de 
Coms habebant in dicto Castro, quod dictum factum et afFare d.d. 
cornes acquirere debebat dicto d. Gaufrido, ex causa cujusdam compo- 
sitionis seu conventionis olim facte interd.d. comitem et d.d. Gau- 
fridum,.... precio duarum mille et ducentarum librarum turonensium, 
quod precium predicti Hugo et procurator, nomine quo supra, confessi 

fuerunt se habuisse et récépissé Acta fuerunt hec apud Sauzetum, 

testibus presentibus rêver, pat. dno Ludovico, Vivariensi episcopo, 
domino L. de Pictavia primogenito dicti comitis, Giraudo Adhemari, 
dno Montilii, dno Armando de Combis, priore de Gorcia... » 

(2) D' Barthélémy. Inventaire des chartes de la maison de Baux, 
n* 1181. 

(3) Archives des Bouches-du-Rhône, B, 450. 



LES COMTÉS 'DE VALENTINOIS ET DE DIOIS. 76 

des plus riches et des plus puissants seigneurs du Diois. Il 
s'est trouvé mêlé à tous les grands événements de son temps. 
En i326, il combat à Varey, en compagnie d'Agout de Baux, 
son beau-frère, de Guillaume de Quint et d'une foule de 
seigneurs, la fleur de la noblesse dauphinoise (i). Dès qu'il 
fut en possession de la baronnie d'Aix^ un de ses premiers 
soins fut de s'acquitter des devoirs de vassalité auxquels il 
était tenu envers le Dauphin et l'évêque de Die. Le 23 sep- 
tembre i335, en présence d'Amédée Alleman, prieur de 
Saint- Laurent de Grenoble, et de Nicolas Constant, seigneur 
du Châtelard de Bordettes, procureurs d'Humbert II, il fit le 
dénombrement des châteaux et des terres qu'il tenait en fief de 
ce prince ; il prêta ensuite le serment de fidélité et se soumit 
à la cérémonie de l'hommage, comme avaient fait ses prédé- 
cesseurs. Ce dénombrement comprend les châteaux de Gresse 
et de Thoranne, ainsi qu'un certain nombre de possessions à 
Château-Bernard, à Miribel, à Ësparron, à Clelles, à Saint- 
Martin et dans la montagne de Lautaret ; on y voit, en outre, 
mentionnés deux de ses feudataires, François de Theys et 
Pierre Claret (2). Ce dernier est la tige d'une des plus nobles 
familles du Diois, qui a possédé pendant des siècles la terre 
de Treschenu ; il avait le petit fief d'Esparron, qu'il tenait, 
pour une moitié, du Dauphin, et, pour l'autre moitié, de 
Guillaume Artaud : Guignes VIII lui avait vendu, le 10 
juillet i33o, sous réserve de l'hommage, la part de ses droits 
sur cette seigneurie pour le prix de 3o livres de gros tournois 
d'argent du royaume de France, marqués à l'O rond, de bon 
aloi (3). 



(i) (Brisard). Hist. généalo. de la maison de Beaumont^t, II, p. 96. 

(2) Chevalier. Inventaire des archives des dauphins de Viennois^ en 
1346, n» 652. 

(3) Archives de l'Isère, B. 2961, f* 34. Dans cet acte de vente, il est 
fait mention de l'hôpital du col, qui payait au Dauphin deux sols de 
cens annuel pour droit de garde ; on voit qu'il y avait aussi un péage 
qui fut également vendu . Ce péage existait encore au siècle suivant, 



76 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Dans le traité qui fut conclu le 7 novembre i335, à la 
Silve-Bénîte, entre Humbert II et Aymon, comte de Savoie, 
le Dauphin donna pour garants de sa parole Albert de Sasse- 
nage, Guy de Grolée, Lantelme Eynard, Guillaume Artaud 
et plusieurs autres grands personnages (i). Ajoutons que nous 
retrouvons encore le seigneur d'Aix, avec les représentants de 
la plus haute noblesse dauphinoise, aux brillantes fêtes qui 
eurent lieu à Beauvoir, le 19 mai i336, à l'occasion du 
mariage d'Amblard de Beaumont, le célèbre conseiller du 
Dauphin, avec Béatrix Alleman de Valbonnais (2). 

Cependant les graves événements qui se passaient dans le 
nord de la France ne pouvaient manquer d'avoir un doulou- 
reux retentissement dans nos pays. Le Dauphiné commençait 
à entrer dans le mouvement de la politique française ; le roi 
y comptait depuis quelque temps des vassaux, parmi lesquels 
il faut placer en première ligne le Dauphin. Les démêlés du 
roi avec l'Angleterre traversaient alors une phase des plus 
aiguës. Edouard III, le monarque anglais, avec l'appui moral 



comme l'atteste une procédure faite le 24 avril 1460 par le vice châte- 
lain du Trièves, à la requête de Jean Claret, seigneur d*Esparron et de 
Treschenu, qui demandait que ce péage fût perçu à Treschenu et non 
à Esparron, demeuré sans habitants. Les Claret achetèrent plus tard 
aux Artaud leur portion de la terre d'Esparron et devinrent ainsi pro- 
priétaires de toute la seigneurie. Louis Claret, dernier seigneur de ce 
nom, ne laissa qu'une fille, Lucrèce, qui épousa Antoine Simiane, sei- 
gneur de Séderon, et lui porta les terres de Treschenu, d'Esparron et 
des Nonnières : ce fut en faveur de Louis de Simiane de Claret, fils de 
ces derniers, que Louis XIV érigea, au mois de juin i65i, la terre 
d'Esparron en marquisat. Au commencement de ce siècle la famille de 
Nicolaï recueillit la succession des Simiane : elle fît mettre en vente, 
aux enchères publiques, ses propriétés à Esparron, d'une contenance 
totale de 385 hectares, la plus grande portion en forât, et le 28 juillet 
i838, ces biens furent acquis pour le prix de ia5, 100 francs. Cf. 
Notre-Dame des Neiges d* Esparron. Pans, 1888, in-8*, 35 pp. 

(i) Brisard. Hist, de la maison de Beaumont, t. II, p. 376. 

(2] Brisard. Hist, de la maison de Beaumont, t. I, p. 473, et t. II, 
p. 279. 



LES COMTÉS DE VAf.ENTJNOIS ET DE DIOIS. 77 

de l'Empire, se disposait à frapper un grand coup. Le roi de 
France fit appel à tous ses vassaux. Par une lettre datée de 
Beauvoir, le 10 mai i338, Humbert II s'excusa de ne pou- 
voir se rendre à Amiens au temps marqué (i), mais l'année 
suivante, tout empêchement ayant cessé, il conduisit lui- 
même à son suzerain le contingent de troupes qu'on lui 
demandait. Le 6 novembre iSSg, eut lieu à Paris la montre 
ou revue de la petite armée dauphinoise. Nous possédons 
encore la liste officielle de tous les chevaliers bannerets qui 
avaient accompagné le Dauphin et on y retrouve les noms de 
toutes les nobles familles de la contrée : Guillaume Artaud, 
avec une suite de quatre hommes, y figure à son rang (2). 

Sans nous arrêter à relever çà et là quelques faits de minime 
importance, nous franchissons plusieurs années et nous 
arrivons à un événement qui produisit en Dauphiné une 
grande émotion et dut laisser dans les souvenirs du seigneur 
d'Aix des traces profondes. Le pape Clément VI, fidèle à la 
politique de ses prédécesseurs, n'avait cessé depuis le com- 
mencement de son pontificat de travailler à rétablir la paix 
entre les princes et à tourner leur ardeur belliqueuse contre 
les Turcs, les véritables ennemis de la chrétienté. Une pre- 
mière expédition n'avait pas eu de succès ; il songea à une 
véritable croisade. Le Dauphin Humbert II sollicita et 
obtint l'honneur d'être placé à la tête de la sainte entreprise. 
Tout préoccupé des préparatifs de cette guerre, il vint à 
Avignon, vers la fin d'avril i345, suivi de l'élite de sa 
noblesse. Guillaume Artaud était au nombre des seigneurs 
qui l'accompagnèrent. Entre autres documents où figure le 
nom du seigneur d'Aix, nous en citerons deux, qui intéres- 

(i) Valbonnats. t. II, p. 36 1, et 375. 

(2) Chevalier. Choix de documents historiques inédits sur le Dau* 
phiné, p. 59-61. Un chevalier bu un ëcuyer banneret devait être accom- 
pagné à l'armée a au moins de quatre ou cinq nobles hommes et con- 
tinuellement de douze ou seize chevaux. » Daniel. Hist. de la milice 
françoise^ t. I, p. 114. 



78 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

sent particulièrement Thistoire de nos pays. Par un traité 
solennellement conclu entre le Dauphin et Tévêque de Die 
en 1 299, Tévêque pvait été proclamé suzerain de la baronnie 
de Mévouillon et il avait été réglé que le Dauphin lui en 
ferait hommage, à chaque mutation de seigneur et de vassal. 
Pierre de Châtelus occupait le siège épiscopal depuis 1342 et 
le Dauphin lui devait encore l'hommage. L'évêque voulut 
mettre à profit les dispositions religieuses qui animaient 
alors ce prince et il se rendit à Avignon pour réclamer haute- 
ment ce qu'il considérait comme son droit. Il ne s'était point 
mépris sur les sentiments du Dauphin, car dans une première 
entrevue qu'il eut avec lui au monastère de Bon-Repos, le 17 
juillet 1345, Humbert protesta de son amour de la justice et 
promit l'hommage demandé (1). En effet, le 24 du même 
mois, en présence d'un grand nombre de seigneurs ecclésias- 
tiques et laïques, il déclara tenir en fief de Tévéque de 
Valence et de Die la baronnie de Mévouillon et en fit hom- 
mage (2). L'archevêque de Lyon et Tévêque de Grenoble, 
Leuczon de Lemps, prieur de Saint-Donat, Amblard de 
Beaumont, Amédée de Roussillon et Guillaume Artaud furent 
témoins de ces actes. 

Le départ pour la croisade ne tarda pas à s'effectuer. Le 2 
septembre i345, Humbert II s'embarquait à Marseille et dès 
le lendemain mettait à la voile. Il débarqua à Livourne, et 
pendant que le gros de l'armée, continuant sa route sur mer^ 
gagnait Samos, il traversa la péninsule et se rendit à Venise 
avec une brillante escorte. Guillaume Artaud fut du nombre 
de ceux que le Dauphin prit avec lui et qui demeurèrent 
attachés à sa personne. Nous n'avons pas à raconter ici cette 
croisade (3j ; nous dirons seulement que si elle ne produisit 

(i) Bibliothèque de Grenoble, R. 4452, f^ i52. 

(3] Ibid., f^ 8, et archives de l'Isère, B, 3614. 

(3) Chevalier. Choix de documents hist. inédits.,,, p. 96-119;^ 
Valbonnays, t. Il, 308, 3I0-I, 314, 320, 335, 338, sSs, 336-9, 34'~^7 
— Bibliothèque de V Ecole des chartes, i'* série, t. I. p. 376-8. 



LES COMTÉS DE VALENTINOIS ET DE DIOlS. 79 

pas de grands résultats, elle eut du moins Tavantage de ne 
point se terminer par un de ces épouvantables désastres qu'on 
n'eut, hélas ! que trop souvent à déplorer dans les précé- 
dentes expéditions. Nos Dauphinois revinrent â peu près tous 
sains et saufs dans leurs foyers. 

L'union du Dauphiné à la couronne de France ayant été 
consommée, Charles, fils aîné du roi, déclaré successeur du 
Dauphin, se hâta de venir dans la province recevoir les 
hommages de ses nouveaux vassaux. Guillaume Artaud lui 
fit le sien à Grenoble, dans l'habitation de l'évêque, et en 
présence de Henri de VîUars, archevêque de Lyon, le 4 mars 
1 35o : le dénombrement de ses fiefs est de tout point conforme 
à celui qu'il avait lui-même précédemment passé à Hum- 
bert (i). L'année suivante et le 23 octobre, le seigneur d'Aix 
assistait au traité conclu à Villeneuve-lès-Avignon entre, le 
roi Jean, agissant pour son fils, et le comte de Savoie (2). 

Imitant la sage conduite de son oncle Pierre Isoard, notre 
seigneur d'Aix se tint constamment en dehors de la querelle 
qui divisait l'évêque et le comte de Valentinois et qui depuis 
tant d'années déchaînait sur le pays les maux de la guerre. Il 
eut peu de contestations avec le prélat, et chaque fois on 
réussit, par voie d'arbitrage, à les mettre d'accord. C'est ainsi 
qu'en 1 359 il transigea avec lui au sujet des limites de Die 
et de Molière (3). Il réserva toute sa valeur guerrière pour de 
plus nobles causes. Nous l'avons vu, à la suite de son suze- 
rain, aller en Orient combattre les infidèles; il devait encore 
dans son propre pays tourner ses armes contre des ennemis 
non moins redoutables. 

Dès l'année i357, le Dauphiné et la Provence avaient eu à 
souffrir du passage des grandes compagnies. Les traités de 
Brétigny et de Calais laissaient sans occupation des bandes 



(i) Archives de l*Isère. Registres Pilati, B, 14, f^ 3o. 

(3) Maignibn. Généalogies et armoiries dauphinoises, p. 100. 

(3) Rappelé dans une transaction du 23 octobre 1496, citée plus loin. 



8o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

d'aventuriers qui durant la guerre de Cent-Ans vendaient 
leurs services soit à l'Angleterre, soit à la France. Elles par- 
couraient alors la France, la traitant en pays conquis. En 
1 36 1, elles descendirent la vallée du Rhône et marchèrent 
vers Avignon. Le 8 janvier. Innocent VI écrivit à l'évêque de 
Valence qui lui avait signalé le danger : louant son zèle, il 
l'engageait à s'opposer de toutes manières aux projets de ces 
misérables. Peu de temps après, le danger parut plus grand 
encore. Les provinces menacées songèrent à réunir leurs 
forces. Le recteur du Comtat était alors ce Philippe de 
Cabassole, évêque de Cavaillon, protecteur et ami de 
Pétrarque, dont le rôle fut si grand à la cour d'Urbain V. 
Devant les menaces des routiers, dont les premières bandes 
avaient déjà pénétré dans le Valentinois et le Dauphiné, il 
appela par ses lettres du 3o novembre i363 les gouverneurs 
et les seigneurs de ces provinces à la résistance. Le gouver- 
neur du Dauphiné Raoul de Loupy, le sénéchal de Provence 
Foulques d'Agoult, le comte de Valentinois Aymar de Poi- 
tiers, Guillaume Artaud, chevalier, seigneur d'Aix, représen- 
tant l'évêque de Valence, se réunirent à Avignon, dans la 
maison de Philippe de Cabassole, où ils discutèrent et arrê- 
tèrent les bases d'un traité, auquel Amédée comte de Savoie 
adhéra l'année suivante. Ce traité devait durer deux ans (i). 

Peu de temps après, pendant un des moments de tranquil- 
lité si rares à cette époque, Guillaume Artaud et Louis de 
Villars, évêque de Die, firent entre eux un échange de pro- 
priétés qui donna lieu à la rédaction de plusieurs actes 
importants, qu'on pourrait, à cause des curieux renseigne- 



(i) Bulletin hist. et arch. de Vaucluse, 2* année, p. 96-104: «...egre- 
gius vir d. Guillermus Artaudi, miles, dominus de Aysio, pro dictû 
d. Diensi et Valentinensi episcopo et comité, pro tractanda et facienda 
dicta liga... » — Guigues. Les Tard-Venus, dans Mémoires de la So- 
ciété littéraire de Lyon (i 882-5). Tirage à part: Lyon, 1886, in-80, p. 
1 1 1. — Vaissette, Histoire générale de Languedoc, t. IX (1886), p. 755 
et suiv. 



LES COMTÉS DE VALENTINOIS ET DE DIOIS. 8l 

ments qu'ils renferment sur la condition des terres féodales, 
publier avec profit dans un traité des fiefs. Les deux seigneurs 
avaient des possessions et des droits assez enchevêtrés à La 
Motte et à Valdrôme : afin de faciliter l'exercice de leurs 
juridictions et surtout la perception de leurs revenus, ils 
résolurent d'un commun accord, le 3 mars iBji (n. s.j, de se 
faire réciproquement certains abandons de manière à ce que 
chacun d'eux demeurât exclusivement et sans aucun partage 
seigneur de l'une de ces localités. En conséquence, Guillaume 
renonça en faveur de Tévêque à tout ce qu'il avait ou pouvait 
avoir à Valdrôme, et celui-ci se désista à son tour de tous ses 
droits sur La Motte, en faveur du seigneur d'Aix et de ses 
successeurs. Le document nous donne une longue énuméra- 
tion des possessions et des droits échangés. Nous ne relève- 
rons ici qu'un détail. Les hommes de l'évêque, à La Motte, 
étaient pour la plupart pauvres et sans aucune possession ; 
ceux de Guillaume, à Valdrôme, avaient au contraire des 
maisons et des terres : on convint donc que dans rechange 
un homme de Valdrôme possessionné vaudrait à lui seul deux 
hommes de La Motte. Il est ensuite signalé que l'évêque se 
réserve l'hommage de Guillaume Artaud et celui de 
Guillaume de Plaisian, ainsi que le haut domaine du lieu de 
la Motte. Cet échange se fit à Montvendre et l'acte en fut 
rédigé par François de Jean, notaire à Die, en présence de 
Girard de Lachau (de Calmaj^ doyen de Valence, de Pierre 
Mole, jurisconsulte et juge de Valence, de maître Raymond 
du Puy (de Podio), habitant de Valence, médecin (physico)^ 
et de nobles Jean de Lachau, François Baile, Barthélémy 
Bonvin, tous bourgeois de Valence. L'évêque, cela va sans 
dire, s'était fait autoriser pour passer cet acte par les chanoi- 
nes de Die et de Valence ; il en avait également sollicité et 
obtenu la permission du pape Grégoire XI (i). Ce ne fut 



(i) Archives de M-- de Félines, à Die. « Hinc est quod anno 

incarnationis dominice M».GGCo.LXXo, et die tertia mensis Martis 

2« Série. XXV Volume. - 1891. 6 



82 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

pourtant que deux ans plus tard, que toutes les formalités 
pour cet échange ayant été remplies, Tévôque nomma des 

- 

prefatus d. episcopus et cornes... et d. Gaillelmus Artaudi... atten- 
dentés dictam permutationem fore dictis partibus fructuosam, cum ea 
que seorsim detinentur potius fructuosa existant quam ea que commu- 
niter possidentur, cum communia plerumque pariant discordiam, at- 
tenta insuper per d, d. episcopum et comitem utilitate et commodo 

ecclesiarum suarum de voluntate capituli Diensis .. et canonico- 

rum dicti capituli... congregatorum ad sonum campane ut alias more 
solito capitulantium... super permutatione predicta convenerunt... 
Imprimis, cum d.d. episcopus percipere consueverit apud Mottam très 
eminas cum dimidia et dimidium quarte et quartum unius quarte fru- 
menti, servicii seu census, quod dictum frumentum tradatur et expédia- 
tur dicto militi : dictus vero miles, ex parte dicta permutationis, tra- 
dat et expédiât d.d. epo et ejus successoribus tria sestaria et eminam 
cum dimidia frumenti, seryicii seu census, apud Vallem Dromam. — 
Item, très emine frumenti estimate pro furnagio hominum afifranchito- 
rum quas percipere consuevit d.d. epus et comes apud Mottam de 
furno communi tradantur dicto : et dictus miles tradat et expédiât d.d. 
epo.. duo sestaria frumenti servicii seu census apud Vallemdromam. — 
Item, undecim sestaria bladi que percipere consuevit d. epus.. apud 
Mottam pro hommagiis.. habitantium.. expediantur. . d. militi...: 
dictus vero miles tradat... tresdecim sestaria bladi... — Item, et tria 
sestaria cumemina bladi que percipit epus... pro guidagiis.. . — Item, 
très quarteroni piperis et octova pars unius quarteroni quos percipere 
consuevit.. epus.. apud Mottam.. tradantur d. militi...: ipse vero 
tradat.. viginti libras piperis censuales apud Vallemdromam. — Item, 
viginti très libras cum dimidia cere quas percipere consuevit.. epus.. 
pro gardis apud Mottam tradantur d. militi... — Item, quattuor solidi, 
novem denarii, très pite et vigesima pars unius denarii quos percipere 
consuevit.. epus.. apud Mottam expediantur d. militi.. — Item, cum 
dictus epus.. habeat quamdam vineamapud Mottam, que fuit estimata 
per certos commissarios.. ad valorem quattuor sestariorum frumenti 
annue censualium, quod dicta vinea expediatur d. militi: dictus vero 
miles,... tradat.. epo molendium suum quod habet apud Vallemdro- 
mam. — Item, emolumentum furniproprii d. epi... — Item, quoddam 
casale quod ibidem apud Mottam... — Item, cum d. epus habeat vige- 
simam quartam partem jurisdictions communis apud Mottam et habeat 
emolumentum pro clamore et sigillo in dicto loco. . .Âcta fuerunt hecin 
Castro de Montisveneri, dioc. Valent, in caméra dicti d. epi et comitis 
infra fortalicium de loci, testibus. .Giraudo de Calma, decano Valent. .•» 



I 

j 



LES COMTÉS DE VALENTINOIS ET DE DIOIS. 83 

délégués à Teffet de prendre possession des biens qui lui 
étaient cédés à Valdrôme. Le 1 7 janvier 1 873 (n. s.), Eynard de 
Escalone^ bachelier es lois, juge mage des évêchés de Valence 
et de Die, et noble Jean de Lachau, écuyer, fondés de pou- 
voirs du prélat, furent solennellement mis en possession du 
château de Valdrôme et de tous les biens, mentionnés au con- 
trat, par Guillaume Artaud, qui se conforma de tout point au 
cérémonial usité en pareille circonstance (i). A son tour le 
seigneur d'Aix prii possession de La Motte par délégués le 
23 juillet 1373 (2). La même année et le 24 janvier, Guillaume 
Artaud avait terminé, par voie d'arbitrage, un différend qu'il 
avait avec le chapitre de Die : on décida que « l'île de Gontard 
relèverait de Recoubeau pour la juridiction, que les hom- 
mes de Menglon pourraient y passer avec leurs troupeaux et 
y prendre les verges et bâtons nécessaires aux pâtres ; que 
Tîle de Geoffroy de Reutors près du Bez et d'autres terres 
voisines seraient du territoire de Menglon », etc., etc (3). 

Guillaume Artaud III fit son testament le 2 mars 1374 
(n.s.). Cette pièce, comme toutes celles de même nature, nous 
fait d'abord connaître les œuvres pies du testateur, qui voulut 
élire sa sépulture dans Téglise des Frères Mineurs de Die, 
où il fonda une chapelle, proche du maître-autel, et à l'entre- 
tien de laquelle il assigna une rente de 10 florins d'or (4). 

(i) Archives de M"" de Félines, à Die. «... hinc est quod anno do- 
minice incarnationis M*.CCC<>.LXX<>.IIo. et die décima septima mensis 
januarii personnaiiter constitutus d. Guilieimus Ârtaudi de Aysio, do- 
minus et in parte Vallisdrome,.. dictam pareriam suam Valiisdrome... 
deliberavit penitus et omnino... Eynardo de Escaione, in legibus 
baccalario, judici majori Dien. et Vai.,lnecnon et nobiii Johanni de 

Calma, scutifero, d.d. nostri epi et comitis commissariis ipseque 

d. Guilieimus Artaudi prenominatos d. commissarios... in possessio- 
nem omnium premissorum posuit et induxit per traditionem clavis turris 
fortalicii necnon recognitionem censuum 

(2) Archives de M"« de Félines, à Die. 

(3) Invent, des arch. dauphinoises de M, Henry Morin-Pons, n» 63o. 

(4) Inventaire des archives de la chambre des comptes de Grenoble, 
1698, Ms. Diois, t. I. 



84 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Voici le nom de ses enfants: !<> Guigues Artaud, seigneur 
d'Aix, qui suit ; — 2® Hugues, seigneur de La Motte, qui 
testa le 8 février 1422 et fut enseveli dans l'église de La 
Motte: il fut le père de Louis et de Guillaume Artaud, morts 
avant lui, de Gauthier qui testa en 1427, de Jean, allié à 
Marie de Sassenage, fille de Henri et de Huguette de La Tour, 
et de Catherine, mariée à Raymond de Montauban ; — 
3* Guillaume ; — 4* Jacques, chanoine de Die, bachelier en 
droit, nommé à Tévêché de Saint-Paul-Trois-Châteaui par 
bulles du 10 juillet i364, sacré à Avignon par Anglic de 
Grimoard, évêque de cette ville et frère du pape, transféré au 
siège de Gap par bulles du 10 avril i366, mort en 1399 (i) ; 
— 50 Jean, mort avant son père, laissant une fille nommée 
Gonesse ; — 6° Eléonore, mariée à Beaudoin Eynard, sei- 
gneur de Chalancon ; — 60 Cécile, mariée à Jean Bérenger 
de Morges; — 7° Marguerite, religieuse à Bouchet. 

La date exacte de la mort de Guillaume Artaud ne nous est' 
pas connue; Guigues Artaud, son héritier, ne fit hommage 
au Dauphin que le 4 mars 1376. Il est donc probable qu'il 
vécut quelque temps encore après son testament et qu'il aura 
été témoin des épouvantables ravages des compagnies breton- 
nes dans le Diois. A la tête d'une bande de quatorze mille sol- 
dats, Olivier du Guesclin, frère du célèbre Bertrand du Gues- 
clin, pénétra dans le Diois par la vallée du Royans, gagna 
celle de la Drôme et, pillant tout sur son passage, arriva le 
18 septembre 1374 sous les murs de Die. La ville paya une 
rançon de trois mille florins, et ce fut à cette condition que 
les terribles compagnies consentirent à s'éloigner pour se 
porter dans le Trièves, où elles continuèrent leurs briganda- 
ges jusqu'à la fête de St-Jean (24 juin) de Tannée suivante (2). 

(i) kLBAnks. Histoire des évéques de St-Paul-Trois-Chateaux au XIV* 
siècle, Montbéliard, i885, in-S», p. 3 1-4 (Extrait du Bulletin d'hist, eccL 
de Valence). 

(2) Voir nos Méftuoires des frères Gay, de Die. Montbéliard, 1888, 
in-80, p. 348. — Archives de l'Isère, B, 335a, 3356. — Cf. Histoire gé- 
nérale de Languedoc, t. IX, p. 881 . 



LES COMTÉS DE VALENTINOIS ET DE DIOIS. 8b 

Nous croyons devoir arrêter à cette date Phistoire des an- 
ciens comtes de Die et de leurs descendants. A partir de 
Guignes Artaud, la filiation des seigneurs d'Aix n'offre plus 
aucune difficulté ; d'autre part, les événements auxquels ces 
seigneurs ont été mêlés se retrouveront à peu près tous, 
plus loin, dans le cours de ce récit. Qu'il nous suffise donc 
de retracer brièvement les grandes lignes de la généologie 
des successeurs de Guillaume, jusqu'au point où la famille 
des Artaud d'A^x tomba en quenouille, vers le milieu du 
XVI« siècle. 

Guigues Artaud, seigneur d'Aix, de la Motte, de la Roche, 
de Bellegarde, etc. prêta plusieurs hommages aux officiers du 
Dauphin : le 4 mars iSjô, le 28 janvier 1377, et le 16 octo- 
bre i388. Il y est fait mention des châteaux de Gresse et de 
la Bâtie, ainsi que ses autres possessions du Trièves que nous 
connaissons déjà (i). En iSgS Catherine Artaud, sa tante, 
veuve d'Agout de Baux, seigneur de Brantes, lui vendit la 
terre d'Alauson. Guigues avait épousé en premières noces, 
le 25 septembre 1376, Baudette d'Anduse, fille de Bermond 
et de Béatrix de la Roche, et en secondes noces Marguerite 
de Montauban. De son premier mariage naquirent; i^ Guil- 
laume Artaud IV, qui suit ; — 2® Louis, bailli des Baronnies, 
qui testa en 1438 ; — 3° Isabeau, mariée à Isoard de Montau- 
ban ; — 40 Béatrix, mariée le 5 mars 1389 à Georges Auger ; 
r— et 5** Catherine (2). 

Guillaume Artaud IV, seigneur d'Aix, la Roche, Belle- 
garde, etc., succéda à son père en 141 3 et fit hommage au 
roi le 27 novembre de la même année, en même temps que 
Louis, son frère et cohéritier (3). Il avait épousé le 5 juin 
1405 Isoarde de Montauban, en qui se termina la branche 
des seigneurs de Montmaur : Raymond de Montauban, son 
père, mourut en 1429, sans laisser d'enfant mâle. En secondes 

(i) Archives de l'Isère. Registre 3 Nicoleti, f« io5. 

(2) Maignien. Généalogies et armoiries dauphinoises, p. loo-i. 

(3) Archives de Tlsère. V»t liber Poneti, f» 58. 



86 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

noces, Guillaume s'unit à Jeanne de Laudun. Du pretnier lit 
il eut : Jean qui suit; du second, Jean, qui a fait la branche 
des seigneurs de la Roche et de Bellegarde (i). 

Jean Artaud, seigneur d'Aix, etc., prit le nom de Montau- 
ban ; il fut un des témoins de Pacte par lequel Louis de Poi- 
tiers, évêque de Valence et de Die, le 14 septembre 145 1, à 
Chabeuil, reconnut tenir en fief du Dauphin Louis, les châ- 



(i) Voici en quelques mots la âliation des seigneurs de la Roche(-sur- 
Buis] : Jean Artaud, seigneur de la Roche, de Bellegarde, d*Alauson, 
de Montlahuc, de Beaumont, de Charrens, et d'Aucelon, avait épousé 
Marie Alleman, sœur d'Antonie Alleman, femme de Guillaume de 
Beaumont, seigneur de Pélafol; il testa le 10 juin 1491 et choisit sa 
sépulture chez les Cordeliers de Die, Il fut père de : — Guillaume 
Artaud, qui testa le 3 avril i5i 7 et laissa de Marguerite Coct : i^ Etienne, 
qui n*eut pas d'enfant de Françoise Brottin ; 2^ Claude qui suit ; 
3° Aymon; 49 François, sacristain de St-Marcel-lès-Die; 5* Anne, reli- 
gieuse à Montfleury ; 6» Marguerite, mariée à Michel de TEpine ; — 
70 Louise, mariée à Charles de Vesc, seigneur d'Espeluche. — Claude 
Artaud, qui épousa Anne de Chaponay, laisssa huit enfants, dont Taîné: 
— Nicolas continua la lignée des seigneurs de la Roche. Le i*' juin 1 543, 
il fit avec Jean Jourdain, prieur des dominicains du Buis, une transac- 
tion pour réduire les fondations religieuses laissées par ses anc6tres. Plus 
tard, les religieux attaquèrent cette transaction, rappelant a qu'elle avoit 
été faicte par le p. Jean Jourdain, hérétique caché qui devint ministre à 
Genève. » Nicolas testa le 2 juillet 1572, et eut: i» Philibert; 2« Esprit 
qui suit ; 3* Marguerite, mariée à Jacques de Marcel. — Esprit Artaud, 
calviniste comme son père, testa le 11 novembre 1592. Il laissa :i* René 
mort sans enfant ; 2* Jacques qui suit ; 3^ Charles, seigneur de Beau- 
mont et de Bellegarde, marié le 23 avril i6i3 à Louise Le Blanc; il 
testa le 27 septembre 1654 et fut père de Charles Artaud, qui de Jeanne 
Eybert n*eut qu'un fils, Ennemond, colonel d'infanterie, mort sans 
enfant; 4* Hélène, mariée à Hercules d'Engilboud. — Jacques Artaud, 
seigneur de La Roche, eut de Marguerite d'Armand — Jean Artaud, 
qui épousa en 1657 Justine d'Yse.de Rosans, dont il n'eut qu'un fils : — 
Jean- Pierre, qui s'est fait catholique et n'a pas laissé de postérité. Dans 
un mémoire mss. des dominicains du Buis du 20 octobre 1720, l'au- 
teur en parlant de Jean-Pierre Artaud, seigneur de la Roche, fait 
remarquer « qu'il n'est pas moins calviniste quoique converti. » Archi- 
ves de la Drôme, E, 4387. 



LES COMTÉS DE VALENTfNOIS ET DE DIOIS. 87 

teaux et les terres de ses Eglises (i). Il testa le 10 octobre 1464, 
et laissa de sa femme, Marguerite Louvat: i**Gaspar Artaud, 
qui suit ; — 2® Balthazar, seigneur de Volvent, dont il sera 
question après la note consacrée à son frère ; — 3^ Melchior, 
abbé de Valcroissant, qui le 23 octobre 1496, agissant au 
nom de ses religieux, fit un règlement avec Gaspar Artaud- 
Montauban, son frère, seigneur d'Aix, au sujet des limites 
des pâturages du mandement de Valcroissant, où les habi- 
tants de Molières, Aîx et Valdrôme prétendaient avoir le droit 
de conduire leurs troupeaux (2) ; — 4° Claude, religieux ; — 
Christophe, chanoine, doyen du chapitre et officiai de révo- 
que de Die, dont les funérailles furent célébrées à Die, le 
vendredi 3 janvier 1494 (3) ; — 6** Guichard, qui hérita de 
son oncle le doyen de Die, et fit la branche de Recoubeau (4); 
— 7® Madeleine, mariée à Jean de Montorin ; — 8° Agnès, 
religieuse à Sainte-Claire de Sisteron ; — 9° Louise. 

Gaspar Ariaud-Montauban, seigneur d*Aix, de Montmaur, 
etc., épousa le 28 septembre 1467, Louise de Saint-Priest, 
tille de feu Gilet Richard, seigneur de Saint-Priest, au dio- 
cèse de Lyon, celle-ci assistée de Louis Richard, son frère, 
qui devait donner une dot à sa sœur de 3,ooo florins d*or (5). 
Gaspar rendit de grands services aux habitants de Die, qui 

(i) Archives de l'Isère, B, 2984, f» 38i. 

(2) Archives de M"« de Félines, à Die. 

(3) Voir nos Notes et documents pour servir à l'histoire des doyens de 
VEglisede Die. Montbéliard, 1880, in-8<», p. 5. 

(4) Guichard Artaud, seigneur de Recoubeau et de Volvent, hérita de 
son frère le doyen de Die en 1494. Il fut père de Raynaud de Montau- 
ban ou Artaud, qui fournit un dénombrement de ses terres devant les 
officiers du Dauphin le 4 avril 1540. On voit dans ce document que 
Raynaud avait vendu « à noble Pierre Berger, de Die, une maison, 
grange, étable au quartier Saint- Vincent et une terre hors la porte 
Saint- Vincent de Dye. » Cette maison, ;.dite la maison d'Aix, devint 
quelques années plus tard le couvent des Ursulines de Die. Raynaud 
ne laissa que deux filles de Françoise de Gênas, sa femme : Justine, 
femme de Jacques Faure de Chypres, et Lucrèce. 

(5) Archives de l'Isère, B, 2984. 



88 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

avaient souvent à souffrir du passage des troupes se rendant en 
Italie. Il mourut vers 1497, ne laissant qu'une fille, Catherine 
de Montauban, qui épousa le 23 août 1490 Louis de Cler- 
mont, seigneur de Virieu : la dot de cette dame fut de 10,000 
écus au coin du roi-dauphin, assignés sur les revenus de la 
baronnie de Gresse, plus 3oo écus pour les habits de noces (i), 

Balthazar Artaud de Montauban, baron d'Aix et de Mont- 
maur, deuxième fils de Jean et de Marguerite de Louvat, 
épousa Antoinette Aynard, fille de Raymond II, seigneur de 
Montaynard, et de Claudine de Bérenger, dont il eut: Gas- 
par, qui suit. 

Gaspar Artaud de Montauban, baron d'Aix et de Mont- 
maur, s'allia avec sa cousine Antoinette de Clermont, fille de 
Louis de Clermont et de Catherine Artaud. Par son testa- 
ment de i55o, il demande à être enseveli « au tombeau où 
est son père, dans l'église de Saint-François de Dye » et il 
veut que « les religieux aillent au lieu où son corps sera avant 
la sépulture et là récitent le psautier comme est de coutume.» 
Il institue héritiers universels « Jean-George Flotte, fils à 
demoiselle Antoinette de Montauban, sa fille, femme de 
noble Jean Flotte, seigneur baron de la Roche en Gapençais 
et le premier fils qui naîtrait du vray mariage de Marguerite 
de Montauban, sa seconde fille (2). » Ses exécuteurs testa- 
mentaires sont Barthélémy Perdrix, Charles Jonin, et Jour- 
dan FaureduVercors. Marguerite épousa dans la suite Pierre- 
Marie de Caseneuve, dont elle n'eut pas d'enfant (3). 

Avec Garpar Artaud de Montauban finit la descendance 
directe des seigneurs d'Aix : leurs biens passèrent aux comtes 
de la Roche qui ajoutèrent à leur nom de Flotte celui de 
Montauban. 

(i) Inventaire des archives hist. dauph, de M. Morin-Pons, n* 1104. 
— Archives de l'Isère, B, BSga. 

(2) Archives de la Drôme : fonds des Dominicains de Die. 

(3) Archives de la Drôme, E, iai8. 

(à suivre) Jules CHEVALIER. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. 89 

CORRESPONDANCE D'ACHARD DE GERINE 

avec M. de la Coste 

l'IH DES DOUnEBS PUSUMS i MOBTIEB DD PARLEISIT JIE JliDPfllIlE 

pendant les deux premières années de l'Emigration 

I79I-I793 



(Fin. — Voir les 74% 75% 76-, 77-, 78-, 79% 8o-, 8i% 82-, 83-, 
84% 85% 86% 88% 89% 93* et 95* livraisons). 



Aux plus éminentes qualités de Pesprit et du cœur, 
Madame de la Coste joignait un grand sens pratique et 
une haute piété. Dans son exil, elle occupa ses loisirs à 
traduire la Bible en vers français, trouvant dans cet exer- 
cice littéraire tout à la fois un aliment à son intelligence 
et une consolation à ses malheurs. Son œuvre poétique 
est contenue dans douze volumes manuscrite, format 
petit in-4®, d'une écriture élégante et régulière que nous 
croyons être de sa main. Ils sont ainsi répartis : Genèse, 
3 vol. ; livre de Tobie, épisode de Ruth et prophétie de 
Jonas, I ; livre de Job, r ; Psaumes 2 ; Proverbes, i ; 
Ecclésiastique, 2; PEcclésiaste et la Sagesse, ( ; morceaux 
divers, r. Ce dernier volume, de 3o[ pp., tables comprises, 
renferme : i* le livre de Baruch (pp. i àgo) ; 2® les Lamen- 
tations de Jérémie (pp. 91 à 1 36); 3* la prière du prophète 
Daniel (pp. 137 à 143); 4* divers cantiques tirés de TEcri- 
ture Sainte, aux nombre de 35, dont 10 extraits dlsaïe (pp. 
144 à 25o) ; 5* le Cantique des Cantiques (pp. 25 1 à 290). 

Sauf pour les livres de Job, Tobie, Baruch, Jonas et 



90 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

pour l'épisode de Ruth, l'auteur procède par quatrains, 
qui sont doublés aux Lamentations de Jérémie ; le tout 
est en vers hexamètres. Il y a de la sorte, environ 12,000 
quatrains, plus 6,5oo vers pour le livre de Job, 2,900 
pour celui de Tobie, 600 pour celui de Jonas, 2, 100 pour 
celui de Baruch, et 1,000 pour l'épisode de Ruth, soit en- 
viron 60,000 vers pour toute son œuvre. On comprendra 
sans peine que dans une composition a,ussi volumineuse, 
la quantité nuise à la qualité. Une pareille exubérance 
n'était pas de nature à favoriser la perfection du produit. 
Aussi, à part quelques rares éclaircies, où se rencontrent 
quelques traits heureux, tout y est d'une médiocrité déses- 
pérante. Le souffle poétique y fait absolument défaut, et 
la forme laisse énormément à désirer. Si l'auteur a connu 
les règles de la prosodie française, elle n'en a guère tenu 
compte : les hiatus abondent, les césures ne sont pas ob- 
servées, une foule de vers dépassent la mesure; la langue 
elle-même n'est pas toujours respectée; il y a des inver- 
sions forcées jusqu'à rendre la phrase inintelligible. Voici 
quelques-unes des strophes les moins mauvaises de la 
traduction des Psaumes; par ce spécimen, on pourra 
juger du reste : 

Du psaume 67*, Exurgat Deus^ qui ne comprend pas 
moins de 37 quatrains : 

Lui seul est notre Dieu, le Dieu qui nous délivre, 
A lui seul appartient le pouvoir de sauver. 
Le Seigneur fait mourir et le Seigneur fait vivre 
De la mort maître unique, il peut seul l'arrêter. 

Du psaume 68, Salvum me fac Deus^ premier verset : 

Sauvez-moi, ô mon Dieu ; un torrent formidable 
M'entraîne au précipice et va me submerger ; 
Ses eaux d'un cours rapide autant qu'épouvantable 
Mes jours à chaque instant semblent devoir trancher. 



CORRESPONDANCE D^ACHAFD DE GERMANE. 9I 

Du psaume 87, : Domine Deus salutis mex : 

Qu'à vous puisse arriver mon ardente prière ; 
Aux soupirs de mon cœur laissez-vous attendrir. 
Ce cœur est submergé dans sa douleur amèrc ; 
Prêtez Toreillc aux vœux qu'il ose vous ofifrir. 

Sous le poids de votre ire est mon âme accablée ; 
Mon être sous ses coups semble s'anéantir. 
Elle est comme une mer en fureur agitée, 
Dont les flots soulevés sont prêts à m'engloutir. 

Mais que dire de cette traduction du Magnificat : 

Mon âme incessamment le Seigneur magnifie, 
Et mon cœur le Très -Haut en saints transports bénit, 
Tel qu'étant des biens tous cette source infinie 
Où son amour puisa ceux qu'il me départit 

Or, c'est là le niveau moyen de la force des poésies de 
Madame de la Coste. On doit se féliciter, pour son hon- 
neur littéraire, qu'elles soient demeurées inédites. Nous 
croyons cependant pouvoir présenter, sans nuire à sa ré- 
putation, les deux fragments suivants, qui font une heu- 
reuse exception au milieu de ces pauvretés, malgré les 
fautes de prosodie qu'on y rencontre : 

Avant-propos de la préface du livre de la Sagesse, 

Mortels, accourez tous. Voilà que la Sagesse, 

Du ciel venant à vous, s'offre à vous enseigner 

La route du bonheur, que vous cherchez sans cesse, 

Sans que vous ayez su jusqu'ici la trouver]. 

A SCS douces leçons prêtez donc votre oreille ; 

Car elle seule peut vous frayer le chemin 

De la félicité durable et sans pareille. 

Que sans elle à jamais vous chercheriez en vain. 

Voici ce qu'elle dit à ceux qui sont dociles. 

De ses sages conseils connaissant tout le prix, 

Les hommes, tels qu'enfans, sont au surplus (>) puériles 

N'aimant que des objets dignes de tout mépris. 



92 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Il n*est qu*un bien unique autant que désirable 
Qui puisse les désirs du cœur humain remplir ; 
Mais cet unique bien a pour base immuable 
La crainte du Seigneur, l'ardeur à le servir. 

Introduction à TEcclésiaste de Salomon. 

Mortels, qui consumez le cours de votre vie 
En folles illusions, en songes douloureux, 
Ecoutez un grand roi, lequel tous vous convie 
A reconnaître enfin votre délire honteux. 
Désirant le bonheur, vous le cherchez sans cesse ; 
Mais hélas 1 le cherchant, vous vous en éloignez ; 
Vous pensez le trouver dans la joie et Tivresse 
Des passions et plaisirs auxquels vous vous livrez. 
Vous le cherchez encor dans les biens qui vous fuyen?t, 
Et lesquels de vos mains s*échappent à l'instant, 
Qui leurs vains amateurs même aussitôt ennuyent 
Dés lors qu'ils les ont vus d'un coup d'œil seulement. 
De l'ambition séduits, vous désirez la gloire, 
Et par de grands travaux vous pensez l'acquérir. 
Vous flattant qu'après vous vivra votre mémoire. 
Voulant en quelque sorte immortels devenir. 
Mais l'immortalité n'est pas pour cette terre; 
Le Tout-Puissant à elle autre lieu assigna. 
Celle que vous cherchez n'est autre que chimère ; 
Car la vraie à l'orgueil jamais Dieu n'accorda. 

Il y a deux versions différentes des Psaumes, des La- 
mentations, du Cantique des Cantiques et des Cantiques 
tirés de l'Ecriture Sainte. La seconde, qui paraît être le 
mis au net définitif, présente quelques variantes qui n'ont 
guère réussi à améliorer le texte primitif. Elle est en gêné-, 
rai plus développée ; ainsi, dans le premier jet, il n'y a 
que 980 strophes pour les 76 premiers psaumes, et il y en 
a 1430 dans la seconde transcription, qui du reste n'a que 
le tome i*% contenant seulement la moitié du psautier. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD' DE GERMANE. gS 

L'auteur apparemment n^a pas eu le temps de finir sa cor- 
rection. Les premiers cahiers portent les dates de 1819 
(psaumes) et de 1821 (cantiques), et la seconde édition, 
celle de 1825 (Baruch) et 1827 (psaumes) (1). Les trois vo- 
luimesde la Genèse portent les dates successives de 1828, 
1829 et i83o. Ce sont les dernières que nous trouvons. 
Comme nous Tavons dit plus haut, Madame de la Coste 
mourut en i832. 



Nous avons reçu de M. Pingaud, professeur à la faculté 
des lettres de Besançon, auteur de savantes recherches sur 
le comte d'Antraigues , de précieuses indications au sujet 
des lettres adressées à Madame de la Coste par Sophie 
Launoi, et publiées dans la précédente livraison. Elles 
sont pour nous toute une révélation et modifient consi- 
dérablement, ou plutôt détruisent entièrement, comme on 
va le voir, nos appréciations et nos hypothèses sur leur 
auteur et sur leur signification. « Vous supposez, nous dit 
(< notre honorable correspondant, que Madame de la Coste 
« en Tan VIII, exerçait le commerce et avait pour asso- 
« ciée et correspondante en France une certaine Sophie 
« Launoi ou Laulagnet. Croyez bien, que cette associa- 
« tion n^existait pas, et que tous les termes commerciaux 



(1) Le titre dii Tolume des morceaux choisis, première transcrip- 
tion, est ainsi libellé : Recueil de divers cantiques tirés de V Ecriture^ 
Saint», traduits à Venise en l'an J820. — Lans Deo. ~ Traduction du 
livre de VEcelésiaste et de celui de la Sagesse de Salomon, en vers /ran- 
paiffi terminée à Venise en Vannée 1831. Cette secojade partie ne figure 
pas dans la transcription corrigée. Chaque Yolume de celle-ci porte, 
à la fuite du titre spécial, cette mention : Traduit en vers français, 
par Madame de*** A Venise (la date). 



94 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

« employés dans la lettre de la p. 363 sont fictifs ; c'était 
<c un jargon convenu entre les émigrés, quand les lettres 
« avaient à passer la frontière et quand les lois terribles 
« de la Convention n'étaient pas encore abrogées. Sophie 
« Laulagnet eût été à la fois fort embarrassée et fort hu- 
« miliée de se livrer au commerce ; car c'était une grande 
« dame ruinée. C'était Sophie de Saint-Priest, comtesse 
« d'Antraigues (r). Je m'occupe en ce moment de. son fils, 
a le célèbre émigré ; j'ai eu entre les mains plus de cent 
« lettres de sa mère. Celle-ci, pour lui donner de ses 

m 

a nouvelles, souvent lui parle, par prudence, comme une 
« commerçante à son associé, et par prudence toujours, 
« elle signe Laulagnet^ du nom du château qu'elle habi- 
« tait, avant 1789, près de Jaujac (Ardèche). Son ortho- 
a graphe est, il est vrai, fort imparfaite ; mais parfois elle 
fit trace au courant de la plume des tableaux achevés, et je 
« pourrais vous citer telle lettre à son fils où elle décrit 
(c la France sous le Consulat à peu près dans les mêmes 
« termes que ceux de la p. 364. Je pourrais, je crois, dater 
« celle de la p. 366 ; car le négociant partant pour la 
« Suisse était Tun de ses anciens hommes d'affaires, qui 
« allait porter divers objets à son fils, à Dresde. 

« Madame d'Ântraigues avait vécu à Rome jus- 

a qu'en 1797, date de sa rentrée en France J'avais 

« trouvé trois lettres adressées par le comte d'Antraigues 
« à une dame qu'il ne désigne que par son prénom de 
« Victoire. J'étais fort embarrassé pour découvrir le des- 

(1) Marie -Jeanne-Sophie Guignard de Saint-Priest, fille de Jean- 
Emmanuel, intendant du Languedoc, avait épousé à Montpellier, 
le '25 mars 1752, Jules- Alexandre de Launaj d'Antraigues. Devenue 
TeuTe le 18 février 1765, elle est morte à Montpellier, rue Aiguil- 
lerie, maison Puech, le 20 avril 1806, à l'âge de 69 ans. 



CORRESPONDANCE d'aCHARD DE GERMANE. gb 

a tinataire ; à présent, je ne cloute plus que ce ne soit 
« Madame de la Coste; car les souvenirs de jeunesse 
« tiennent une certaine place dans ces lettres, d^ailleurs 
« fort intéressantes. » 

C'est ce qui nous fait désirer de voir bientôt paraître 
Touvrage que prépare le savant professeur à la faculté de 
Besançon. Il jettera de vives clartés sur cet épisode de 
rémigration, Pun des plus intéressants de Thistoire de la 
révolution française. La publication que nous terminons 
aujourd'hui n'est pas sans y apporter aussi quelques don-^ 
nées nouvelles (i). Tout en nous félicitant de les avoir je- 
tées dans le champ de Thistoire, nous devons exprimer le 
regret de n'avoir pas pu annoter tous les passages de cette 
curieuse correspondance qui auraient demandé quelque 
éclaircissement, ou de ne l'avoir fait que d'une manière 
incomplète. Nous comptons pouvoir réparer en partie 
cette lacune dans une table des noms propres qui sera 
ajoutée au tirage en brochure, et dans laquelle seront 
utilisés bien des renseignements qui nous sont parvenus 
après coup. Notre travail personnel ne saurait, du reste, 
ajouter qu'un intérêt bien secondaire à ces documents, 
assez instructifs par eux-mêmes. Ce sont de bons maté- 
riaux pour notre histoire dauphinoise. Nous les avons 
mis à jour et hors de carrière ; d'autres sauront, mieux 
que nous, les tailler, les ciseler et les mettre en œuvre. 



(1) Ayant même que la publication en fut terminée, M. Prudhom- 
me cit&it les lettres d'Achard de Germane dans son Histoire de Gre- 
noble, notamment aux pages 621, 622, 625, 627, 630 et 633. 

Cyprien PERROSSIER. 



q6 société d'archéologie et de statistique. 



DICTIONNAIRE 

DES 

DEVISES HÉRALDIQUES, NUMISM A TIQUES, HISTORIQUES 

ET FANTAISISTES DU DAUPHINÉ 

(SmTE. — Voir les 90*, 91% 9a*, 93*, 94* et 95* livraisons). 



S 

61 j. — Sagesse de Guiffrey. — De Guiffrey de 
Boulières. — Dicton (CH). 

614. — Sagesse des Rambeaud de Simiane. 

615. — Sagesse des Simiane. — Dicton provençal. 

616. — Saint-Georges et Dalphiné I — Cri des 
Dauphins de Viennois. — Ville de Romans. — Sur un 
ex'libris de Paul Couturier de Royas. 

617. — Salus et GLORIA. — De GroUier (B). 

618. — Sancte Ambrosi, tui sumus. — Des Am- 
brois (CH). 

619. — Sancte Georgi, ora pro nobis. — Sur un 
jeton d'Humbert de Beauvoir [Revue belge de numismati- 
que ^ 1880). 

620. — Sanctifie-les par ta vérité. Ta parole 
est la vérité. — Sur une médaille de Guil. Farel. (Re- 
vue belge de num,, 1886; et Bull, de la Soc. d'Etudes des 
Hautes- Alpes ^ 1887). 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINS. 97 

621. — Sanguine nobilis, virtute nobilior. — 
Tardy de Montravel (B). 

622. — Sanguis regum HUNGARiiE. — De Crouy- 
Chanel {B). 

623. — Sans bruit. — Sur un ex-libris du comte de 
Revigliasc, de Veynes. 

624. — Sans décliner. — Reynold de Sérézin (C). 

625. — Sans espoir. — De la Balme de Mares 
(CH), 

626. — Sans luyrien. — Magnin du Collet [CH). 

627. — Sans peur et sans reproche. — Bayart du 
Terrail. — B. donne aussi cette devise aux Lespinasse. 

628. — Sans rien feindre. — Arod (CH). 

629. — Sans s'endormir. — Grégoire (CH). 
6jo. — Sans varier. — Vergy. 

63 1 . — Sans venin. — Cassard [CH). 
6j2. — Sassenage ! — Cri des Sassenage. 
6j3. — Satis MORiTURO. — Ant. Rambaud (sur un 
ouvrage lui ayant appartenu (M). 

634. — Sauciat et deffendit. — Raymond Mo- 
dène. 

635. — ScANDiT fastigia virtus. — De Lionne 
(CH). 

636. — ' Sceau de la Grande Abaie du Dauphiné 
SÉANT A Grenoble. — Sceau de TAbbaye deBongou- 
vert [Rev, du Dauphiné et du Viparais, 1879). 

637. — Scio cui CREDiDi. — Lyonnet, évêque de 
Valence (C). 

638. — Secours, travail. — Sur le diplôme de la 
Soc. de bienfaisance des cordonniers. 

2« Série. XXV Voldme. — 1891. 7 



gS SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

6}9. — Securo sensu, cura semota metuque. — 
Bert du Chafifat (CH). 

640. — Sed virtusnescia frangi. — D'Ambel(CH). 

641. — Semper ardens etsi feritus. — Gayral de 
Sérézin. — C. donne la variété : Semper ardens ictus etsi. 

642. — Semper honor et fidelitas. — De Rivoire 
de Romagnieu (B). — B. dit : Semper honoret fidelitas. 

643. — Semper in altum. — Falcoz de la Blache. 

644. — Semper leo. — De Saulx-Tavannes. 

645. — Serviens vni nvllvm non servat. — Sur 
un jeton d'Abel de Servien, Surintendant des Finances 
(1653). {Bull, de la Soc. d'arch. de la Drôme^ 1884.) 

646. — Servire Deo regibusque. - De Séguins 
de Cabassole et de Séguins-Cohorn de Vassieux. 

647. — Si approchez, elles piquent. — Des 
Isnards [CH). r— B. a dit : Si vous approche:^ et Si vous 
touche:^, etc. , en y ajoutant encore la variété : Qui m'ap- 
proche se pique. 

648. — Sic crevit ab ovo. — Lesdiguières (CH). — 
Un crocodile, une des devises de Lesdiguières, ce qui, 
dit le P. Anselme, de simple gentilhomme, est parvenu 
au faîte des honneurs et a augmenté sa réputation jus- 
ques à la mort » . 

649. — Sic personat virtus. — Sur un ex-libris de 
M. de Barrai. 

650. — Sic SIMIANŒI PRO GESTIS LILIA GESTANT. — 

De Simiane. 

651. — Sic vallier. — De Vallier de Bit ou de 
Bouvesse (B). 

652. — Sic virtus yehit ardens. — Lafont de 
Savines. — Sur une thèse illustrée. 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINE. QQ 

65 j. — Si fabula, nobilis illa est. — Sassenage 
(CH). — V Armoriai du Dauphiné dit : Si fabula nobilis 
est. 

654. — SiGNAViT PER ORBEM. — Léotaud du Serre 
(CH). 

655. — S'il VIENT A POINT, ME SOUVIENDRAI. — 

Bohier de St-Ciergue (B). 

656. — Sine fine. — Virieu. 

657. — Sine flore Florent. — d'Hugues (C). 

658. — Sine labore nihil, — Timbre de la classe 
de rhétorique du lycée de Grenoble (M). 

659. — Sine macula. — Blanc de Blanville [CH). 
— C. donne aussi cette devise à Deagent. 

660. — Si n'estoit. — Gerbais [CH), 

661. — Si omnes, ego non. — Clermont [CH). — 
Voir Etiam si omnes, etc. 

662. — SiT nomen Domini benedictum. — Sur la 
monnaie de Charles-Orland, fils de Charles VIII et Dau- 
phin de Viennois, comme sur la plupart de celles de tous 
les rois de France, frappées en Dauphiné, depuis Char- 
les V jusqu'à Louis XV. 

66 j . — Societas pacis. — Sur un sceau de l'Abbaye 
de Bongouvert (1660), publié dans le Bull, de l'Acad. 
delph. (j* série, t. IV). 

664. — Sola fides sufficit. — Bruyères de Saint- 
Michel. 

665. — Sola salus servire Deo. — De Séguins de 
Cabassole et de Séguins-Cohorn de Vassieux (B). 

666. — Sola solo sol veritas. — P. Verdier, 
i mprimeur (161 9-4 5 ) . 



100 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

667. — SOLA VIVIT IN ILLO (C), et SOLA VIVIT IN ILLA, 

d'après Quentin Bouchard. — Diane de Poitiers. 

668. — SoLERTi siMPLiciTATi. — De Vachon de 
Belmont. — B. a dit : Solerti simplicitate, et y a 
réuni la devise In melius pour en faire une seule qu'il a 
traduite par : // tend à an meilleur destin avec une habile 
simplicité ; ou : Une habile simplicité mène au mieux. 

669. — Sol ET LUNA MiRANTUR- — * Sur un jeton de 
Téglise collégiale de St-André, de Grenoble [Revue belge 
de numismatique 1881). 

670. — Soumission au règlement. Respect aux au- 
torités. Travail, Économie, Prospérité, Secours. 
— Sur un diplôme de la Société de bienfaisance des 
Agriculteurs de Grenoble. 

671. — Soumission au règlement* Respect aux 
autorités. Travail. Economie. — Sur un diplôme 
de la Soc. de bienfaisance des tisserands, drapiers, pas- 
sementiers, teinturiers, etc., de Grenoble. 

672. — Spera et labora. — Ed. Railliane dit 
Dumon, imprimeur-libraire à Grenoble (1670-79). 

67 j. — Spes bona DAT vires. — Sur une médaille 
de Jérôme de Villars, archev. de Vienne (i 598-1626). 

674. — Spes in Deo non vana. ■— De Béthune (C). 

67c. — Spes in illa. — Moul {Maurel sans doute) 
de Rochebelle (B). — C. 

676. — Spes mea Christus. — Pascal ou Paschal 
(CH). 

677. — Staôit atque florebit, — De Ginestoux* 
[B). 

678. Stabunt me custode. — De Gombert. 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINÉ. 10 1 

679. — Stadium cum luce cucurrït. — Lesdi- 
guières [A). — Pour corps, un soleil couchant ; et Tâme 
de la devise signifie que « sa vertu a été éclatante jus- 
qu'au bout de sa course » . 

680. — Stat crux, dum volvitur orbis. — De- 
vise de l'Ordre des Chartreux. Voir Crux stat, etc. 

681. — Stat portis in arduis. — Claveyson {CH). 
— C. donne cette devise à la famille de Gras ou Gratz, 
en Dauphiné (?), dont l'écusson porte un lion. 

682. — Stimulis agitabit amaris. — Des Aimars 
{CH). 

68 j. — Studebo... Jesu erudiet. — Sur un ex- 
Ubrisde Besson, prêtre (Hautes- Alpes). 

684. — SUiE VINEiE LIBRISQUE PRODEST. — Savigné, 

imprimeur à Vienne. 

685 . — SuAvis SUAV!. — De Quinson. 

686. — SuAViTER ET FORTiTER. — Bérard d'Iilins 
(CH). 

687. — SuB PENNis EJUS SPERABO. — Commiers 
{CH). 

688. — SuB TOGA IN ARMIS, FILII LEONUM. — FiUon. 

689. — Super sydera semper. — Bussillet. 

690. — Sursum ! — De Garagnol (CH). — C. donne 
cette devise aux Pina de St-Didier. L'Armoriai hist de 
Romans dit : Sursum corda. 

691. — Sur TOUTES. — Sassenage [CH). 

692. — Sustentant lilia turres. — Simiane [CH, 
et A). — On trouve également Sustinent au lieu de sus- 
tentant. 

69 j. — SuzE 1 — Cri des La Baume de Suze. 

(A suivre.) G. VALLIER. 



102 SOCrÉTÉ D^RCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



LE TRIÈVES 



ET 



SON PASSÉ 



(Suite. —Voir les 84*, 85% 86*, 87% 90% 91% 93% 94* et 95» livr.) 



Le Trièves, pendant ces guerres fratricides, fut occupé 
tour à tour par les deux partis qui se le disputèrent avec 
acharnement ; car sa topographie le rendait un point stra- 
tégique important, que la nature elle-même s'était plu à 
fortifier. « Placé en effet entre les deux principaux massifs 
du Dauphiné, ceux de TOisans et du Vercors, entouré de 
toutes parts de hautes montagnes, excepté du côté du 
nord-est, que couvre comme un infranchissable fossé le 
torrent si profondément encaissé du Drac, il présente un 
large amphithéâtre coupé dans Tintérieur par des ravins 
impraticables et des chaînes de montagnes escarpées qui 
s'entrecroisent et peuvent arrêter à chaque pas la marche 
d'une armée d'invasion. 

« La nature, en formant au sein des montagnes ce cir- 
que raviné, semble l'avoir destiné à servir de réduit et de 
repaire... Mais les montagnes qui l'isolent s'ouvrent par 
de nombreux défilés, presque inaccessibles à ceux qui 
en veulent gravir les pentes abruptes, sur toutes les val- 
lées et sur toutes les plaines avoisrnantes. Par la route de 
la Croix- Haute, le maître du Trièves peut descendre, au 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. I03 

midi, sur Sisteron et la Provence; le col de Menée le con- 
duit, à Touest,. dans le Diois et le Valentinois; la vallée 
de la Gresse, ou bien celle de la Matésine le mènent de- 
vant Grenoble ; tandis qu'en remontant le bassin du Drac, 
il peut, par le Champsaur, aller à Gap et de là vers la Pro- 
vence et TEmbrunois. D'autres routes, mais plus diffici- 
les, pratiquées partout, pendant les guerres de la Réforme, 
par de hardis compagnons de Mouvans, de Montbrun et 
de Lesdiguières, pouvaient, en cas de péril ou de néces- 
sité, remplacer celles que nous venons d'indiquer, et con- 
duire des partisans intrépides dans toutes les vallées de la 
Provence et du Dauphiné. » 

Lesdiguières, originaire du Champsaur, se rendit, dans 
l'année tbyz, maître de ce bassin central, en chassa tout 
adversaire et même tout ami suspect; il s'empara de tous 
les chemins qui y conduisaient. Ainsi retranché, ce capi- 
taine à la fois prudent et audacieux, put, suivant les cir- 
constances, attendre ou bien attaquer. Le pays était assez 
étendu pour qu'il ne craignît aucune surprise, assez caché 
pour qu'il pût les préparer toutes. Dans Mens, bourg for- 
tifié, situé au fond du Trièves, il avait son quartier géné- 
ral, dont le château de Morges fut le premier boulevard. 
Cette forteresse commandait les deux principales routes 
qui conduisaient à Mens, celle de Grenoble par la Mure et 
le pont de Gognet, celle de Gap par Corps. L'Ebron, aux 
rives abruptes, et qui court dans des gorges horribles, 
fermait les autres chemins de Mens et de Morges comme 
d'une retraite plus secrète et plus inabordable dans le 
grand asile du Trièves. 

Pendant dix-huit ans, le renard dauphinois y brava 
toutes les atteintes, et, malgré les pertes de son parti et 
les revers de ses chefs ou de ses lieutenants, sut mériter 



104 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

cet unique éloge « d'avoir toujours été vainqueur et de 
n'avoir jamais été vaincu ». Il y établit le centre de ses 
opérations et, heureux et habile, il put d'abord se main- 
tenir contre les catholiques, s'agrandir ensuite à leurs 
dépens dans toutes les directions, puis dompter les résis- 
tances et les antipathies de son propre parti, et finalement 
arracher à la Ligue et au duc de Savoie le Dauphiné et la 
Provence (i). 

La première guerre de religion éclata à Valence, vers 
i562, fin d'avril, par la révolte des protestants contre le 
gouverneur du Dauphiné, La Motte-Gondrin, et l'assas- 
sinat de ce dernier. Il pouvait avoir été sévère, cruel 
même, contre les hérétiques turbulents et aux tendances 
dominatrices ; du moins c'est ainsi que nous le dépeignent 
les historiens favorables au parti. Pour justifier sa conduite, 
il nous faudrait parler des excès^ des cruautés par lesquels 
se signalèrent plusieurs capitaines huguenots et, avant 
tous, le baron des Adrets ; il serait aussi nécessaire de 
montrer les représailles, étant alors regardées comme une 
justice, dont trop souvent les catholiques usèrent envers 
leurs ennemis pour s'en venger ; mais ce sujet nous en- 
traînerait trop loin du Trièves. 

Sisteron, assiégé par le comte de Tende, gouverneur de 
Dauphiné, était sur le point d'être emporté d'assaut, lors- 
que les capitaines Mouvans et Sénas, qui y commandaient 
pour les réformés, en sortirent pendant la nuit du 14 sep- 
tembre avec leurs soldats et la population protestante. Ils 
voulaient se rendre à Lyon, où Soubise les appelait; 

(1) Tout ce qui regarde la topographie du Trièves a été extrait 
presque textuellement d*Une page de Vhistoire des guerres de religion 
soiLS le règne de Louis TTTT (1621), par M. Ch. ReTillout. — On ne 
saurait mieux faire que ce docte professeur de PUniversité. 



LE TRièVES ET SON PASSÉ. Io5 

mais, pour échapper à leurs adversaires, ils durent faire 
de longs détours, qui les conduisirent jusqu'en Piémont. 
Après avoir enfin traversé le Champsàur, ils arrivèrent, 
le 25, à Mens, où ils reçurent une généreuse hospitalité 
et séjournèrent encore le lendemain (i). 

En voyant ces fugitifs, les habitants du Trièves pou- 
vaient pressentir les maux qui leur étaient réservés. En 
effet, bientôt après la chute de Sisteron, pendant que le 
comte de Tende entrait à Gap et Tallard, ses lieutenants, 
Gargas, Salettes et Baratier, fondaient sur cette contrée, 
pillaient corps et biens (2). Au mois de novembre sui- 
vant, à la suite de Tinsuccès du siège que le sieur de Sas- 
senage avait mis devant Grenoble, Mens retomba au pou- 
voir des protestants (3), mais pour peu de temps. Maugiron 
avait essayé divers moyens pour s'emparer de Grenoble 
(i5d3), sans pouvoir réussir; alors il s'avança vers le 
Trièves en passant par la Mure. De cette ville, il envoya 
Pierre de Briançon, seigneur de Varces, de Morges, sei- 
gneur de la Motte- Verdeyer, et de TOrme pour persuader 
aux habitants de Mens de se rendre à lui. Pendant le 
voyage de ses députés, il remarqua que le fort dq Cognet, 
construit sur le territoire de la Mure, était mal gardé et 
s'en empara. On cria aussitôt à la supercherie, à Mens ; 
on parla très haut de trahison ; les envoyés purent cepen- 
dant retourner sains et saufs vers leur chef, mais sans 
avoir été écoutés (4). 

(1) Arnaud, 1. c, t. I, p. 147. 

(3) Histoire ecclésiastique des églises réformées, par Th. de Bèze, 
t. III, p. 176. 

(3) Aro. Ubi suprà, p. 163. — Encore ici, le pasteur Blanc donne, 
par son récit (p. 62-3), une preuve de son manque de véracité. Le 
lecteur peut s'en convaincre de visu. 

(4) Ckorier, Histoire du D., t. I, p. 540. 



io6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Maugiron pénétra (20 février) dans le pays qu'il livra 
au pillage pour faire subsister ses soldats. Ceux-ci y com- 
mirent de grands excès, malheureusement ordinaires aux 
troupes de tous les partis, en ces temps-là ; ils pillèrent 
Mens, incendièrent ses faubourgs ainsi que les villages de 
St-Pancrace, du Villard, du Percy, du Serre, des Ber- 
thon, avec le hameau des Rives (i). 

Bèze raconte (2) que la garnison laissée à Mens, sous le 
commandement de Bernard, après le départ de Maugiron, 
marchant de nouveau contre Grenoble, ne tarda pas à se 
révolter contre son chef qu'elle mit à mort. Le prétexte de 
la rébellion était que Bernard gardait pour lui seul quinze 
cents écus, fruits de leurs pillages dans le Trièves. 

Cependant la première guerre de religion touchait à sa 
fin. La paix fut signée à Amboise, le 19 mars i563. L'édit 
de pacification ne contenta point les protestants, car il ne 
garantissait la liberté à leur culte que pour les nobles dans 
leurs châteaux, pour ceux qui habitaient les villes, où il 
était établi depuis le 7 du même mois de mars, et pour les 
habitants des faubourgs des villes de baillage. Cette paix, 
considérée comme une trêve qui permettait aux deux par- 
tis de se reposer, dura néanmoins cinq années. On ne la 
publia qu'au mois de mai, à Mens, par ordre de Maugiron 
lequel, d'après Bèze (3), trouvant cette ville trop petite, 
l'abandonna après l'avoir fait démanteler. 

Les protestants se plaignaient du peu de liberté accordé 
par l'édit d' Amboise ; il leur était pénible de se voir ré- 
duits à ces conditions beaucoup plus douces cependant que 



^1) Ubi suprà. 

(2) L. c, t..I, p. 199. 

(3) Ubi suprà. 



LE TRièVES ET SON PASSÉ. ïOy 

celles accordées par eux aux catholiques, lors de la tenue, 
à Valence, de leurs états, du 27 janvier au 6 février i563. 
Ils y avaient arrêté que tous les habitants du Dauphiné, 
quels qu'ils fussent, seraient tenus de fréquenter les prê- 
ches ; que tous ceux qui avaient des enfants les feraient 
baptiser, selon le rite réformé, dans la quinzaine ; que les 
magistrats signeraient la profession de foi ; que tous les 
couvents d'hommes et de femmes seraient fermés et les 
fêtes tombant dans la semaine supprimées ( [). Leurs plain- 
tes les aidaient à cacher leurs projets de revanche et leurs 
secrets préparatifs. Ces sourds agissements étaient, au 
témoignage de Chorier (2), fortement encouragés par les 
ministres, ne cessant de s'élever contre Tédit, dans lequel 
ils trouvaient des motifs d'abaissement. Malgré la décla- 
ration rendue par Charles IX, à Roussillon (4 août 1564), 
ceux-ci se réunirent, en décembre, au nombre de dix, à 
Mens, pour la tenue d'un synode. De Cordes, gouverneur 
de la province, protesta contre cette violation de l'édit; 
mais n'osa cependant pas poursuivre les contrevenants, 
dans la crainte de quelque émeute. 

La même année vit se passer un fait qui devait avoir de 
graves conséquences pour le Trièves. Lesdiguières, au- 
quel la paix avait procuré quelques loisirs, songea à se 
marier. Il épousa Claudine, quatrième fille de Georges de 
Bérenger, seigneur du Guâ, et par là devint beau-frère 
des sieurs de Varces, de Champoléon et de Morges, trois 
gentilshommes des plus puissants de la province. De tous, 
celui qui devait lui être le plus utile fut sans contredit 
Morges mis, par le rang de sa famille et ses immenses 



(1) Arnaud, 1. c, t. I, p. 175 et 176. 

(2) Hiit. du Dauph,, t. II, p. 601. 



[o8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

possessions, à la tête de la noblesse du Trièves. Aussi, 
aidé par lui, Lesdiguières sut faire de la contrée son camp 
retranché ; là en effet, tous les seigneurs, imitant l'exem- 
ple de Morges, avaient avec ardeur embrassé son parti et 
s'étaient mis sous ses ordres. 

Ces hommes étaient entièrement dévoués à la Réforme, 
car ils savaient que de nouvelles guerres civiles devaient 
servir leurs intérêts, et cependant ils se montraient, au 
besoin, pleins de prévenances pour ceux qu'ils étaient dé- 
cidés à combattre avec acharnement quelques jours plus 
tard. Ainsi, au mois d'août i565, le gouverneur, de Cor- 
des, parcourant le haut Dauphiné pour y faire observer 
redit, reçut, à Corps, la visite de Lesdiguières, Pipet, 
Etienne d'Ambel, Claude Pellat, co-seigneur de St-Mau- 
rice. Tous protestèrent devant lui de leur fidélité au roi (i), 
et ils étaient prêts pour une reprise des hostilités, dont ils 
fixèrent ensuite la date au 28 septembre 1667. La guerre 
cependant éclata plus tôt en quelques endroits. Elle fut 
de peu de durée, et, pour le Trièves, passa presque ina- 
perçue. Les ministres profitèrent seulement avec habileté 
des troubles qu'elle occasionnait pour y gagner de nou- 
veaux adeptes. 

Un édit de paix, publié par ordre de Charles IX, le 23 
mars i568, mit fin aux hostilités, sans éteindre les haines. 
Les protestants étaient vivement pressés de tous côtés, ils 
avaient besoin de se réorganiser, et, pour cela, acceptè- 
rent la trêve. Les nombreuses assemblées politiques qu'ils 
tinrent ensuite témoignent de leurs agissements. 

Ce fut pendant cette seconde guerre qu'on proposa, dans 
un conseil tenu à Grenoble, le 22 octobre 1667, une me- 

(1) Arnaud, I, c,, t. I, p. 304. 



LE TRIÈVF.S ET SON PASSE. lOQ 

sure excellente approuvée ensuite par de Gordes. Nous la 
trouvons dans Ghorier (i): c< Souvent on se regardoit 
comme ennemi dans les assemblées et dans les voyages, 
pour ne se connaître pas, et les huguenots tiroient de là 
occasion de supposer que leur nombre était plus grand 
qu^en effet il ne Pétoit. Il est hors de doute que celui des 
catholiques Ta toujours emporté sur le leur. On jugea que 
s'il était ordonné qu'à l'avenir les catholiques qui voyage- 
roient portassent une croix blanche cousue sur leurs ha- 
bits en un lieu apparent, ce leur seroit une chose utile, et 
que cette libre et publique déclaration de foi seroit glo- 
rieuse à la vraie religion. Gordes en fit un règlement » 

La troisième guerre commença le 25 août i568 pour ne 
finir que le 8 août 1670 ; mais elle fit ressentir ses fureurs 
plutôt dans Touesique dans Test de la France. Le Trièves 
n'y prit part qu'en envoyant plusieurs de ses gentilshom- 
mes combattre dans les rangs huguenots et en assistant, 
comme témoin, à la prise de Gorps par Lesdiguières et 
Abel de Bérenger. La paix, signée à la Gharité, entre la 
reine Gatherine et les princes, accordait aux réformés une 
assez grande liberté et des garanties, mais ne les conten- 
tait pas encore néanmoins. 

Lorsque la St-Barthélemy arriva (24 août 1572), sans 
faire de victimes dans nos contrées, elle mit cependant 
l'épouvante chez plus d'un gentilhomme huguenot et sur- 
tout chez ceux qui s'étaient le plus distingués pendant ces 
guerres fratricides. Quelques-uns se réfugièrent à Genève, 
entre autres Giraud de Bérenger (2). 

Lesdiguières se trouvait alors à Paris, où il avait été in- 

(1) Sût. du bauph., t. Il, p. 616. 

(2) Registre et Rolle des estrangiers... , ; archives d'Etat à l'hôtel de 
▼ille de Genève. 



CIO SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

vite aux noces du roi de Navarre. Prévenu à temps par 
des avis secrets, il se hâta de regagner ses montagnes, où 
activement il se mit en mesure de reprendre les armes 
pour la nouvelle guerre civile qui ne devait pas tarder 
d'éclater. 

Pendant ce temps, le clergé catholique ne restait pas 
timide et oisif spectateur des efforts de l'hérésie cherchant 
à gagner le plus de partisans possibles. Les prêtres tra- 
vaillaient partout avec un zèle admirable à préserver les 
fidèles confiés à leurs soins. A Clelles, un religieux domi- 
nicain, le père Joseph Maillet, se distinguait entre tous 
par Tardeur de son amour pour les âmes. Il était d'une 
grande vertu, savant théologien et prédicateur éloquent ; 
aussi il eut le bonheur de faire rentrer dans le giron de 
l'Eglise tous ceux qui, dans cette paroisse, s'étaient laissés 
séduire. Ses succès firent demander au pape, par Pierre 
de Manteau, vicaire général de Die, la permission de Ty 
garder comme curé, afin qu'il pût affermir dans le bon 
chemin ceux qu'il y avait ramenés (i). 

Les protestants, désireux de se venger, se mettent en 
campagne dès le mois de novembre suivant; mais en Dau- 
phiné, grâce à l'habileté du gouverneur de Gordes et aussi 
à la peur ou à la prudence des gentilshommes réformés, 
la guerre n'éclata qu'au printemps d'après. La Popeli- 
nière donne une autre raison de ce retard (2) : « Comme 
tous les Dauphinois, dit-il, et leurs voisins sont commu- 
nément plus consciencieux et plus gens de bien que nos 
Français, lesquels l'abondance de tous biens et la conti- 



(1) Lettre du 8 sept. 1573 ; Annales ecclésiagtiques, continuées par 
le P. Theiner, p. 55 du t. I. 

(2) Hùt, de Fr., t. II, p. 122. 



LE TRIEVES ET SON PASSÉ. I I I 

nue licence des armées a eu plus de force à corrompre 
leur nature, que la pauvreté et le laborieux repos de ceux 
qui, pour la plupart, vivent es montagnes, aussi ne vou- 
loient rien faire contre le devoir de leur conscience. Parmi 
eux, les uns étoient que les protestants missent bas les 
armes, puisque le roi le commandoit, les autres, non. Les 
premiers disoient que la religion ne doit pas être défendue 
par des armes temporelles, et que tout ce qui est arrivé 
dans les dernières guerres montre bien que Dieu ne bénit 
pas de pareilles entreprises. Cette opinion prévaloit et on 
débattqit seulement qui devoit déposer les armes les pre- 
miers. Les premiers disoient que c'est celui qui est le 
maître qui doit céder le dernier. Les autres, au contraire, 
disoient qu'il est permis à des sujets de se défendre, puis- 
que cela est permis à l'esclave contre son maître, à l'enfant 
contre son père. Un roi, qui est comme le père de son 
peuple, a autant d'honneur à poser les armes que ses su- 
jets. » Cette dernière manière de voir prévalut chez les 
protestants dauphinois, et le roi, ne daignant point s'abais- 
ser devant eux, en déposant le premier les armes, ils lui 
firent la guerre (6 avril i573). 

CA continuer^ 

A. LAGIER. 



LE PRIEURÉ DE SAINT-VALLIER 



II est question du prieuré de St-Vallier, bien avant 
1247, ^^^ indépendamment de la certitude que tant dans 
la charte de l'archevêque Barnoin, en date de 891, que 
dans la bulle callextine ([ 1 19) et dans celle du pape Adrien 
IV, en date du 23 mai i FDy, le mot ecclesiç, joint à celui 
de St-Vallier, désigne le monastère et non l'église parois- 
siale du Vicus Sti Valerii^ nous savons par une charte du 
Cartulaire de Léoncel^ qu'au mois d'octobre 1 169, Ber- 
[/ïo], prior Sti Valerii fut témoin d'un accord entre les 
religieux de cette abbaye et ceux du prieuré de St-Félix de 
Valence. De plus, il y a toute raison de croire, que le 
passage de V Inventaire de la Chambre des comptes du 
Dauphiné cité par M. Caise et où il est dit que des « con- 
ventions furent faites en présence du prieur de Bonne- 
vaux, (prieur de St-Vallier), entre Guigues, dauphin et 
Albert de la Tour le Vieux, qui remit et transporta au 
Dauphin le château de St-Vallier », est le résultat d'une 
mauvaise lecture ; car ^Inventaire des ^auphins^ qui 
mentionne cet acte et qui donne le prieur de Bonnevaux, 
non comme un témoin, mais comme partie intervenante 
dans cet accord, ne dit nullement qu'il était en même 
temps prieur de St-Vallier et l'on ne voit pas, du reste, 
comment à une époque où l'on n'en était pas encore, dans 
notre pays, au triste régime des commendes le prieur 
d'une abbaye cistercienne, comme celle de Bonnevaux, 
aurait pu être aussi prieur d'une maison de chanoines 
réguliers, comme le prieuré de St-Vallier. Tout ce qu'il 
y a de certain, c'est que ce prieur prétendait avoir des 



LE PRIEURÉ DE S AINT-V ALLIER. Il3 

droits sur le château de St-Vallier et peut être était-il de 
la famille de St-Vallier, comme cet autre prieur de Bonne- 
vaux, Amblardus Sancii Valerii^ qui vivait en 1120 
(Cart. de Bonnevaux, ch. 314). 

Ensuite, les ingénieuses suppositions de M. Caise, tou- 
chant un emplacement primitif du prieuré de St-Vallier, 
sont la conséquence d'une méprise. Il a confondu ensem- 
ble deux établissements religieux parfaitement distincts 
bien qu'ils fussent Tun et l'autre de la congrégation de 
St-Ruf et que le moins important dépendît de Tautre, 
c'est-à-dire le prieuré de St-Vallier, qui fut vraisembla- 
blement toujours in vico qui vocatur vicus Sti Valerii^ 
comme dit la charte de l'archevêque Barnoin et le prieuré 
de nie de St-Vallier, prioratus Insulœ Sti Valerii^ qui 
était dans l'Ile de Sarras. Celui-ci était d'ailleurs sous le 
vocable de Notre-Dame, tandis que l'autre avait St- 
Etienne pour patron, et nous voyons, en outre, que s'ils 
faisaient tous les deux partie du diocèse de Vienne, le pre- 
mier était de l'archiprêtré de St-Vallier, tandis, que l'autre 
était de l'archiprêtré de St-Silvestre ou du Vivarais. Enfin 
on voit figurer simultanément dans un chapitre général de 
l'ordre de St-Ruf, tenu le i**" mai 1436, Antoine Milon^ 
prior prioratus conventualis Sti Valerii et Bernard 
Arbosset, prior Insulœ Sti Valerii et nous pouvons 
ajouter que le prieuré de Tlle de St-Vallier fut uni à ce- 
lui de St-Vallier, par un arrêt du conseil du roi en date 
25 octobre 1741. Ce qui n'a pas empêché Valbonnais et 
d'autres historiens ou érudits de commettre la même 
méprise que M. Caise et, cela étant, notre savant collègue 
ne pouvait se tromper en meilleure compagnie. 

J. Brun-Durand 
2* SÉRIE. XXV* Volume. — 4891. 8 



114 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



SÉANCE DU H «ipYEMBRE 1890 



» oto il 



Présidence de M. de Gallier. 



Sur là présentation deMM.de Gallier, Brun-Dilrand et 
Lacroix, M. Emilien du Port Roux est proclamé membre 
titulaire et M. Ghenavas, conseiller général de Flsère 
pour le canton de St-Etienne-de-St-Geoirs, membre cor- 
respondant. 

Une affiche imprimée en 1641, intitulée Monitoire est 
communiquée par M. le Président. 

A cette date « un gentilhomme d'authorité, seigneur de 
places, marié, habitant au Forests, dans une sienne mai- 
son forte au-dessus de la rivière de Doux », avait fait 
enlever une jument, une sacoche pleine d'argent du sel 
vendu à St-Agrève, à Jean Gourbis, commis au grenier à 
sel, en haine de ce qu'il avait pris dans un moulin de ce 
seigneur un cheval et du sel. 

Il serait intéressant de connaître les suites de l'affaire et 
le nom du gentilhomme. 

M. P. Ghinzoni, archiviste d'Etat à Milan, auteur d'une 
récente publication sur la campagne de Galéas-Marie 
Sforza en France, où son père l'avait envoyé au secours 
de Louis XI, fait demander des renseignements sur un 
lombard, Jean-Philippe de Trecate, qui int présidente 
o maestro délie entrate del ^elfinata^ ambassadeur du 
roi auprès du duc de Milan en 1468 et conseiller de ce 
prince en 1472. Ce personnage important n'est pas connu 



SÉANCE. If5 

et peut-être même avait-il un nom patronymique autre 
que celui d'une localité de la province de Novare. 

La Société d'' émulation des Vosges signale comme une 
rareté aujourd'hui l'inscription : La République française 
reconnaît PEtre Suprême et l'immortalité de l'âme ; elle 
se voit encore en très grande partie sur le mur méridional 
de l'église de St-Laurent-en-Royans, et c'est peut être la 
seule de la Drôme. 

En admettant au nombre de ses correspondants Mon- 
sieur Maurice de La Sizeranne, VAcadémie de Rouen 
publie un compte rendu élogieux de son livre : Les aveu- 
gles par un aveugle. 

Des ossements humains, un fer à cheval et quelques 
pièces de monnaie ont été récemment découverts par 
M. Martin- Mazade, au quartier du Charran, où il fait bâtir 
une usine. Le Messager de Valence^ en annonçant cette 
découverte, a semblé croire que le cimetière des Juifs se 
trouvait en cet endroit et que les monnaies remontaient à 
i5oo. Mais l'examen de quelques pièces d'or, d'argent et 
billon, obligeamment communiquées par M. Martin- 
Mazade, accuse la fin du XVI® siècle et le règne de 
Louis XIIL 

Or, il y eut à Valence, de 1628 à i63o une peste et en 
1570 une grande mortalité. Pendant les épidémies on en- 
fermait alors les malades dans des cabanes en planches, 
hors la ville et ils étaient inhumés à l'endroit même de 
leur retraite. 

M. le Président présente deux volumes récemment 
publiés par M. le colonel Trumelet sous ce titre : Le gé- 
néral y^^w/* et félicite l'auteur sur son zèle patriotique à 
faire revivre nos gloires nationales et sur ses éminentes 
qualités d'historien et d'écrivain. L'assemblée s'associe à 



1 16 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

ces éloges et un membre signale dans l'histoire du général 
de Sonis des appréciations flatteuses à l'endroit des travaux 
de M. le colonel Trumelet. 

M. l'abbé Bellet, récemment nommé prélat de la mai- 
son de S. S., signale les publications historiques entre- 
prises par les Pères Chartreux, telles que les annales de 
leur ordre où se trouvent des indications précieuses pour 
l'histoire de la province. Il est instamment prié de nous 
faire connaître ces nouvelles sources, nul ne pouvant le 
faire plus utilement que lui. 

M. Tabbé Perrossier demande des renseignements sur 
Mme de Launay, qu'il trouve mentionnée dans les lettres 
de Mme de La Coste et M. Brun-Durand, au sujet de l'ar- 
ticle de M. Albert Caise sur le prieuré de Saint- Vallier, 
complète et rectifie quelques aflSrmations de notre hono- 
rable et savant collègue (i). 

La séance est terminée par la lecture de notes sur Châ- 
teauneuf-d'Isère et sur Solérieux recueillies par M. le 
Secrétaire, qui propose notamment de lire de Solorivo au 
lieu de Solorino^ dont l'étymologie n'est pas facile. 

A. Lacroix. 

( I ) Voir sa note imprimée m extenso dans cette livraison . 



NÉCROLOGIES. l ! 7 



NÉCROLOGIES 



PIOLLET (Albert). 

Le 25 décembre dernier avaient lieu à Alger les obsè- 
ques de notre regretté confrère, conseiller à la Cour d'ap- 
pel, installé depuis peu dans ses fonctions et décédé, à 54 
ans, à la suite d'une courte maladie. 

V La magistrature, au grand complet, dit la Dépêche 
algérienne (i), suivait le convoi funèbre, escortée par deux 
pelotons de chasseurs d'Afrique. Une compagnie de zoua- 
ves rendait les honneurs militaires. Au cimetière, M. 
Zeys, premier président, a prononcé Téloge du défunt qui 
laisse d'unanimes regrets parmi ses collègues. » 

Les journaux de Grenoble ont rendu le même hom- 
mage à sa mémoire. 

On peut juger par sa Table méthodique et alphabétique 
des matières contenues dans les Mémoires^ bulletins et 
autres documents publiés par V Académie delphinale de- 
puis sa fondation jusqu'à ce jour [1^87-1886). (Grenoble 
1890, F. Allier, 1 1 1 pp. in-8*, plus 3o pour réimpression 
d'une plaquette in-4® de 1790), — et par son Étude his- 
torique sur Geoffroy Carle^ président du Parlement de 
Dauphiné et du Sénat de Milan^ dans un Discours de 
rentrée de la Cour d'appel de Grenoble, le 3 novembre 
1882, quelles étaient les qualités rares de ce magistrat 
laborieux et instruit. 

(1) Journal dirigé par notre excellent collègue M. Albert Caise. 



ii8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

VINCENT (Joseph-Abel). 

Nous avons dît ailleurs ([) que M. Tabbé Vincent con- 
servera toujours l'honneur d'avoir été un des premiers à 
étudier Phistoire locale dans le département et de l'avoir 
fait avec un réel talent littéraire. 

Après J. Ollivier et les écrivains de V Album du Dau- 
phiné^ de 1844 à 1866, on ne trouve guère que M. Paul- 
Émile Giraud et M. l'abbé Vincent pour entretenir le feu 
sacré du patriotisme local. 

On lui doit des Lettres sur le Rqyans (i85o) et des No- 
tices sur 57 communes de la Drôme, dont [ i manuscri- 
tes, soit environ le 6* du département. 

Le Conseil général encouragea ses travaux, et le Cour^ 
rier en publia un certain nombre ; mais à une époque où 
les archives départementales et communales n'étaient pas 
classées, il fallait une grande patience et une vraie érudi- 
tion pour mener à bien Hes études de ce genre ; l'auteur 
sut intéresser néanmoins par son style et par ses récits. 

Il a droit à notre estime et à nos regrets. 

M. l'abbé Vincent n'était pas seulement un excellent 
écrivain , c'était encore un excellent prêtre, laborieux, 
sobre à l'excès, charitable, ?élé, chéri de ses paroissiens 
et de ses anciens élèves de St-Jean-en-Royans et de Cha- 
beuil. 

Né à St-Jean-en-Royans, le 24 avril 181 3, il est décédé 
à Serves le 2 janvier 1891, après avoir été seize ans pro- 
fesseur, un an vicaire et desservant à Lavache et à Serves, 
de i852 à 1875. 



(i) Vingt écrivains dauphinois. — Grenoble, X. Drcvet. Broch. in-8' de 
88 pp. 



NÉCROLOGIES. I I Q 

GHAPER (Camille- Eugène). 

Chaque siècle et chaque pays s'honorent de leurs grands 
hommes : le Dauphiné ne sera pas ingrat envers le re- 
gretté défunt. La presse locale a déjà parlé dignement de 
lui; les biographes ne tarderont pas à dresser son monu- 
ment. 

Homme politique, officier distingué du génie, collec- 
tionneur émérite, écrivain, administrateur de l'importante 
exploitation des mines d'anthracite de la Mure, il fut tou- 
jours et partout généreux, affable, modeste, bienveillant 
et dévouée Les écrivains dauphinois le regardaient comme 
leur guide et leur providence et quelques-uns comme leur 
Mécène. Il s'intéressait à tout ce qui touche le Dauphiné : 
livres, manuscrits, gravures, objets antiques, médailles, 
il connaissait tout et achetait tout. Sa collection est sans 
prix, et avec les doubles il a enrichi les bibliothèques de 
Grenoble et de Valence. 

Aux jours de détresse de la patrie, l'ancien officier aban- 
donna soudain sa famille, ses livres, ses travaux et alla 
défendre Paris. Il était encore enfermé dans la capitale 
lorsque ses concitoyens l'élurent député par 62,675 voix. 
11 se fit remarquer là par un rapport sur les Actes du gou* 
vernement de la Défense nationale^ chef-d'œuvre de pré- 
cision historique. 

Président de l'Académie delphinale, membre des autres 
Sociétés savantes de la région, en correspondance active 
avec tous les lettrés, les artistes et les savants, il a coo- 
péré efficacement aux succès de la vaillante pléiade qui 
élucide depuis vingt ans l'histoire de la province. 

M. Chaper était né à Grenoble en 1827 ; lieutenant du 
génie en (84g, capitaine en f852, il se distingua au siège 



I20 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de Sébâstopol et fut alors nommé chevalier de la Légion 
d'honneur; sa promotion d'officier remonte à 1871. 

L'homme privé, le père de famille, le citoyen, l'admi- 
nistrateur n'était pas moins recommandable que l'homme 
politique et le soldat : c'était un chrétien parfait, et sa 
mort a été un véritable deuil public. 



BOVET (Auguste). 

La Société a eu encore à déplorer pendant ce trimestre la 
mort de M. Bovet, ancien notaire et ancien maire de Crest 

Descendant d'une ancienne famille qui compta des pro- 
fesseurs en l'Université de Valence, il en avait conservé 
les traditions d'honneur et de loyauté, de bienveillance et 
de dévouement. 

A. Lacroix. 



CHRONIQUE l 2 \ 



CHRONIQUE 



3<*""^" 



Cette livraison commence le tome 25' de la collection 
et rend ainsi hommage au zèle et au dévouement de tous 
les membres de la Société. 

OUVRAGES REÇUS : 

— Le général Yusuf, par le colonel C. Trumelet, com- 
mandeur de rOrdre de la Légion d'Honneur, officier de 
l'Instruction publique. Paris, 1890. P. OllendorfF. — 2 
vol. in-S**. 

Commencée comme un roman, la vie du vaillant géné- 
ral est intimement liée à l'histoire de l'Algérie et de l'ar- 
mée française ; sous la plume élégante et correcte de M. le 
colonel Trumelet, le récit de ses phases diverses devient 
tour à tour instructif, pathétique et attachant. 

— GuideS'Joanne^ France. — Alpes Dauphinoises. Paris, 
1890. Hachette. — i vol. in-T2, igb p. avec cartes et 
plans. Grâce au concours actif de M. Duhamel, cette édi- 
tion, dont la première partie a seule paru, renferme des 
détails exacts et précis sur le nord et Test des départements 
de la Drôme et de l'Isère. C'est un vrai tour de force géo- 
graphique et descriptif accompli, ayant droit à toutes nos 
félicitations et à la reconnaissance des voyageurs. 

— Description des Ammonites du Barrémien du Djebel- 
Ouah^ près Constantine, par G. Sayn. Lyon, 1890. Pitrat 
aîné, 78 pp. in-8* avec planches. Travail savant de notre 
jeune et infatigable géologue. 

2* SÉRIE. XXV» Volume. - 1891. 9 



Î22 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

— Fastes de la Sainteté en France au XIX^ siècle. 
Recueil de biographies anecdotiques dédié à la jeunesse, 
par l'abbé E.-M.-L. Grainont(Bergî(jue), 1891. i vol. in-8% 
199 pp. La vénérable mère Marie Rivier, née à Montpe- 
zat (Ardèche), et le vénérable François-Régis Clet, de 
Grenoble, ont des notices dans ce livre ; Antoine Teisseyre, 
de Grenoble, Gabriel de Vidaud, de la même ville, le P. 
Victor Drevon, dauphinois, de simples mentions. 

— n)ieu^ la royauté et le salut de la France. Paris, 
1890. 1 vol. in- 12, 129 p. 

— ^e quelques curiosités inédites ou peu connues du 
^auphiné (Isère)^ — N^ i , Le \ itrail du Champ, La des- 
cription accompagnée de chromo-lithographies coloriées 
de ce curieux vitrail du XII* siècle, conservé dans la pe- 
tite église du village de Champ, sur le coteau qui domine 
Froges, à 3 kil. de la station de Brignoud, entre Grenoble 
et Chambéry, ouvre une série que la science archéologi- 
que, le zèle patriotique et le dévouement de M. Paul 
Blanchet sauront rendre précieuse. Le début ne pouvait 
être plus heureux. Lyon, Arnaud. Br. in-4^. 

— Le prieuré de Vile de St- Vallier^ par Albert Caise. 
Val'ence, 1890. J. Céas et fils. Tirage à part du Bulletin, 

— Olivier de Serres et les massacres du 2 mars i5j3 à 
Villeneuve-de-Berg^ par M. l'abbé Chenivesse, curé archi- 

prêire d'Antraigues. — Valence, 1889, J. Céas et fils. 
Broch. de 29 pp. Travail sérieux appuyé sur des docu- 
ments authentiques et présenté avec un réel talent. 

— Le Comité de surveillance révolutionnaire et la 
Société républico-populaire de Romans en i jg3 et i jg4^ 
par le D** Ulysse Chevalier. Valence, 1890, J. Céas et fils. 



CHRONIQUE. ia3 

br. de 1 18 p. in-8''. L'auteur cite les documents et éclair- 
cit les faits par des notes ; nui ne connaît mieux que lui sa 
ville natale. 

— Un précurseur de renseignement. Vabbé de Port- 
norant^ par Ed. Colas de La Noue, ancien magistrat. — 
Angers, 1891, Germain et Grassin, 23 pp. in-S**. Il y a là 
une biographie intéressante d'Alexandre Colas, premier 
fondateur d'une sorte d'école normale pour former des 
instituteurs chrétiens. 

— M. l'abbé Fillet État des revenus de Vévêché de ^ie 
vers 14T4* Extrait du Bulletin historique et philologique 
du Comité des travaux historiques et scientifiques. Utile 
et sérieux document. 

— discours prononcé le 2 y octobre 18 go sur la tombe 
de A/, le chanoine Sautreaux, curé de St- Voilier^ par 
Joseph Bordas. Valence, 1890, br. de 8 p. in-8'*. C'est un 
éloquent hommage à la mémoire d'un pasteur vénéré. 

— Notice sur Robert de Malortie^ comte de Conches^ 
seigneur de la Tour-du-Pin^ de Quirieu et de La Balme^ 
par F. G. Bourgoin, [890. Rabilloud, br. in-8° de yS p. 
M- Gauduel a su éclaircir, à l'aide de preuves nombreu- 
ses, l'histoire d'une famille que les historiens dauphinois 
avaient confondue avec plusieurs autres. Merci àTinfati- 
gàble chercheur. 

— Vabbé Serpeille^ aumônier de la Maison Centrale 
de Poissy^ par l'abbé Cyprien Perrossier, archiviste dio- 
césain de Valence. — Valence, J. Céas et fils, 1890, br. 
in-8° de 69 pp. Biographie complète d'un prêtre né à Va- 
lence en 1767 et remplie de détails sur une époque tour- 
mentée. 



' 



1 24 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

— Roger Vallentin. Notes sur deux nouveaux ateliers 
monétaires. (Extrait de V Annuaire de la Société de Nu- 
mismatique^ année 1890.) — Notes sur la chronologie des 
vice-légats d'Avignon au XVP siècle. (Extrait des Mé- 
moires de VAcadémie de Vaucluse.) — Numismatique 
avignonaise du pape Clément VII {i 523- 1 534). (Extrait du 
Bulletin de la Société Suisse de Numismatique.) — Date de 
la fabrication des quarts d^écu d^ Henri III. (Extrait de la 
Revue belge de Numismatique {année i8go). Ces brochu- 
res multiples rendent témoignage de la science et des tra- 
vaux de notre jeune et érudit confrère. 

— Concours régional d^Aubenas. Olivier de Serres et le 
Pradel^ par M. Léon Védel, illustré de trois eaux-fortes 
par M. Mallet. Largentière, 1882. Delhorme, br. de 45 
pp. in-8*^. 

Fort gracieuse et littéraire description du Pradel et de 
son possesseur. 

— Annales catholiques^ novembre 1890. Il s'y trouve 
une appréciation élogieuse du Nouveau Guide- Joanne cité 
plus haut et des renseignements sur le Pont-de-Beauvoi- 
sin par M. l'abbé Chapelle. 

Terminons par un souhait de bienvenue à Grenoble- 
Revue^ artistique et littéraire^publication mensuelle illus- 
trée, publiée par MM. Baratier et Dardelet. 

A. Lacroix. 



^«•" 



DIANE DE POITIERS 

Dame de Saint-Vallier 

Ses Actes, ses Prédécesseurs et ses Successeurs 

COMMUNAUTÉ DE SAINT-VALLIER 



Jusqu'ici les auteurs de mémoires sur Diane de Poitiers 
ont irès brièvemetii parlé du rôle que joua la Dame de Saint- 
Vallier dans la terre seigneuriale dépendant de cette commu- 
nauté (i), dont elle avait pourtant adopté le nom, par piété 
filiale, avec une certaine ostentation. 

Or, pensant combler une lacune, j'ai cherché à réunir, 
dans cette élude, les différentes indications d'une rigoureuse 
authenticité, visant les actes de Diane de Poitiers, de ses pré- 
décesseurs et de ses successeurs immédiats, dans la gestion 

{]) En Dauphin^, le lerme de Paroisse n'était connu que par rapport 
BU spiriiuel 1 en toute autre aiFaire, soii militaire, de justice ou de 
finances, on usait du terme de Communauté. Les anciens scribes, qui 
employaient de nombreuses abréviations dans la confection des actes, 
écrivaient la Comté de... pour la Communauté de... Les syllabes omi- 
ses sont remplacées par un sigma abréviaiif. Saînt-Vallier acquit son 
aulonomie el fiit conslilué en Communauté par une deuxième charte 
de 1304. du dauphin Jean qui lui octroya ses libertés et franchises pu- 
bliées par la Société des Bibliophiles dauphinois. 

2' SÉHIE. XXV VOLHMB. - 1891 . 10 



126 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

des affaires intéressant la communauté de Saint-Vallîer, 
comme dans Tordre des droits seigneuriaux. 

Dyane de Poictiers (Pictavia), fille de Jean et de Jeanne de 
Baternay (contrat de mariage de 1489), naquit dans les der- 
niers jours du mois de décembre 1499, si Ton s'en rapporte 
à Tépitaphe de son tombeau, où on lit qu'elle mourut: 

« Le XXVI' d'avril M.D.LXVI, âgée de LXVI ans, III mois 
et XXVII jours (i)». 

Mais on ne rencontre pas un seul document laissant pré- 
sumer le lieu de sa naissance. 

Si Diane de Poitiers semble avoir professé une prédilec- 
tion marquée pour l'appellation dQ Dame de Saint-Vallier^ 
c'est peut-être surtout parce que ses ancêtres y avaient résidé 
depuis plus de trois siècles, et qu'ils y établirent leur sépul- 
ture, où ils gisent encore aujourd'hui. 

On eût peut-être trouvé la mention de son baptême sur les 
registres de Sacrements (2) que Ton devait tenir au prieuré de 
Saint- Vallier, mais le plus ancien baptistaire de la paroisse 
conservé aux archives de l'état civil est postérieur à l'année 
de sa naissance. Ceux qui précèdent celui-ci ont dû dispa- 
raître durant les guerres religieuses, lors du vol des papiers 
commis dans le cabinet (bureau de travail) du prieuré en 1 562, 
ou à l'époque du pillage de l'église en 1 567-1 568. 



(i) Note de M. V Archiviste du département d'Eure-et-Loir. — 7 février 
1868. — Il ne reste aucun vestige du tombeau de Diane de Poitiers, à 
Anet. Il fut enlevé en 1792 et transporté, comme objet d'art, au Musée 
des Petits-Augustins constitué par M. l'architecte Lenoir. (Décret de la 
Convention.) Lors de la dispersion dudit Musée, le mausolée fut dé- 
posé à Versailles dans les caveaux du Palais. M. Moreau, syndic des 
agents de change, demeurant à Paris, 29, rue de Londres, et proprié- 
taire du château d'Anet, a demandé la restitution de ce monument en 
marbre blanc, mais sa prétention fut repoussée. 

(2) Le plus ancien registre des Sacrements conservé à l'état civil de 
Saint- Vallier remonte au 2 mai i568. Les suivants ont été égarés ou 
détruits, et ce registre n'est qu'un fragment qui se termine au 17 dé- 
cembre i.*»75 (Voir la note ci-après relative au baptistaire). 



DIANE DE POITIERS. I27 

Il se pourrait aussi bien que Diane de Poitiers vit le jour 
^u château d'Etoile (i), à celui de Pizançon (2), (évôché de 
Valence), que ses parents habitèrent tour à tour et même à 
Saint-Genis, car on lit dans VInventaire des archives du châ- 
teau de Saint-Vallier (3), dressé par ordre de M. le Président 
de Chevrières, en 1681, mention de a vente faite, en 1496, 
t par Guillaume de Poitiers à Jean de Poitiers (père de Diane) 
a de la seigneurie de Saint-Genis (4) ». 

(i) Château d'Etoile, — Donation faite par le dauphin Jean à Aymar 
de Poitiers. — 1206. 

(2) Château de Pizançon. — Donation faite par Gaston de Clérieu à 
Aymar de Poitiers. —- i323. 

(3) Inventaire sommaire des archives de M. le président de la Croix de 
Chevrières, dressé, en 1681, par Pierre Richard, notaire de St-Vallier. 

Ce volumineux manuscrit est devenu aujourd'hui Théritage de M. le 
comte Paul de Chabrillan. 

Le président de Chevrières avait centralisé à Grenoble, dans son 
hôtel de la rue Chenoise, tous les documents qu'il avait trouvés dans 
le cabinet et la librairie du château de Saint-Vallier, depuis le contrat 
de mariage original d'Aymar de Poitiers avec Hypolite de Bourgogne, 
qui lui apporta en dot (i285) le château de Saint-Vallier, celui d'Ozon et 
3,5oo livres viennois. Cette accumulation considérable de liasses et de 
registres attira l'attention des commissaires délégués par la Convention 
qui les firent livrer aux flammes, en vertu du décret de 1792 prescri- 
vant la destruction des archives féodales. Si elles fussent restées à Saint- 
Vallier, elles eussent peut-ôtre été sauvées comme les quelques papiers 
qui y étaient demeurés avec l'inventaire dont il s'agit. 

On sait que le député Grégoire, chargé par la Convention de perqui- 
sitionner dans les archives des Chambres et Parlements, dans les biblio- 
thèques des communautés religieuses et des particuliers, déclara, dans 
son rapport, que Ton avait conservé tous les manuscrits intéressants 
pour l'histoire, qu'on avait même gardé des généalogies somptueuse- 
ment reliées, tandis que les chefs-d'œuvre de philosophie et de littéra- 
ture étaient simplement cartonnés et couverts en parchemin. Un grand 
travail d'ensemble eut lieu partout en France. Les ouvrages furent tous 
inventoriés sur des cartons individuels et catalogués ensuite à Paris de 
façon à envoyer les doubles des volumes aux bibliothèques publiques 
nouvellement créées qui ne les possédaient pas. 

(4) Inventaire de M, le président de Chevrières. (Seconde armoire des 
titres des Poitiers, liasse C.) 



128 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

On est d'ailleurs dans Tincertitude sur le point de savoir si 
les père et mère de Diane de Poitiers étaient au château de 
Saint- Vallier, de 1499 à i5oo, bien qu'à cette époque Aymar, 
son aïeul, y résidât. Il y testa en i5io et fut inhumé dans le 
caveau de famille qu'il avait fait construire, de son vivant, 
dans le chœur de l'église actuelle (i). 

Le même inventaire analyse : a i*» le testament (i5i i) de 
« Jeanne de Bologne, en Vivarais, veuve et troisième femme 
c de m^^ Aymar de Poitiers », et « 2** un livre, couvert en 
« parchemin, contenant les pièces du procès commencé la 
« môme année par Jean de Poitiers, d'une part, et les créan- 
« ciers détenteurs des biens délaissés par Aymar de Poitiers, 
« au sujet de la générale discussion des biens dudit Aymar (2) » . 

Donc, l'héritier naturel d'Aymar de Poitiers n'ayant été 
mis en possession du château de St- Vallier qu'après i5ii, 
on peut admettre que Diane de. Poitiers ne fit qu'y passer 
avant son mariage. 

Ceci établi, je vais énumérer succinctement, d'après les 
preuves, les faits saillants qui ont marqué la gestion de la sei- 
gneurie sous Jean de Poitiers et son fils, avant de rapporter 
les actes les plus importants de la Dame de Saint- Vallier. 

Jean, âgé de 17 ans, lorsqu'il échappa, en 1492, ainsi que 
son père, à une mort mystérieuse à laquelle les avait voués 
François de Luxembourg par enchantements et sortilèges (3), 
n'avait que quatorze ans^ en 1489 (4), lors de son contrat 
de mariage avec Jeanne de Baternay. 



(i) Vers 1776, le dernier prieur de Saint-Vallier fit combler le caveau 
des Poitiers pour élever au-dessus le maitre-autel actuel. 

(2) Inventaire de M, le président de Chevrières. (Liasse cotée A et 
registre H H.) 

(3) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Titres des Poitiers, 
liasse Z.) Information sur les enchantements et sortilèges de François 
de Luxembourg pour faire mourir Aymar de Poitiers et son fils. 

(4) Dans l'arrêt de condamnation de Jean de Poitiers, i533, il est dit 
qu'il est âgé de 48 ans; il est donc né en 1475. 



DIANE DE POITIERS. I29 

C'est ainsi qu'à Tégard de Diane de Poitiers, il semblerait 
y avoir eu simplement promesse de mariage en i5i4, année 
de son contrat, et réunion des fiancés deux ans plus tard, car 
on lit à l'inventaire : « Ratifications de Louis de Brézé et 
« Diane de Poitiers, sa femme, de mariage entre eux con- 
« tracté en l'an i5i4, et clauses de renonciations y contenues 
« de Vannée i5i6(i) ». 

Diane de Poitiers aurait donc eu seize ans, lorsqu'elle pé- 
nétra dans la chambre nuptiale et non quatorze ans, comme 
on l'a cru jusqu'ici, sur la foi du généalogiste André Duchesne 
qui date le mariage de l'année du contrat. 

D'après cette remarque, il est certain que, dans ce temps-là, 
on avait Thabitude de signer les accordailles des futurs con- 
joints plusieurs années avant la consommation de l'union 
projetée. 

C'est en i5i4, que Jean obtint du Roi Louis XII des 
lettres patentes créant le grenier à sel de Saint- Vallier (2). 
En janvier i526, François K, par autres lettres patentes 
données à St-Germain-en-Laye, fonda le marché hebdoma- 
daire du jeudi (3). 

Le moment est venu de dire que l'érection en Comté de la 
seigneurie de Saint- Vallier, sous les Poitiers, n'a jamais eu 
lieu. Jean de Poitiers n*a ainsi été fait comte de Saint-Vallter 
que dans le drame admirable de Victor Hugo et dans les re- 
cueils biographiques les plus récents, même le dictionnaire 
de Pierre Larousse. On ne prouve pas davantage que Tinfor-» 
tuné père dut la vie à l'infamie de sa fille. 



(i) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Contrats de mariage 
des Poitiers, liasse C.) 

(2) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Article Saint- Vallier, 
liasse L.) 

(3) Bibliothèque nationale, Mss. Franc., 8,5o6, 35 vol. in-f^. Inven- 
taire des titres formant les archives de la Chambre des Comptes de Gre- 
noble, (Tome IV. Baillage de Saint-Marcellin, f» 400 et suivants.) — Les 
titres inventoriés furent brûlés en 179a. 



i3o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

A regard du premier point controversé, il faut savoir que 
les titres de Tépoque ne désignent toujours les Poitiers que 
sous la seule dénomination de Seigneurs de Saint- Vallier, 
Cependant, dans un contrat de mariage passé le lo octobre 
1546 devant Faure, notaire de Saint- Vallier, il est parlé de la 
compagnie d'hommes d'armes du baron de Saint^Vallier (i). 
Comme il n'y avait ni comte\ ni baronnieen ce lieu, le notaire 
a donné ce titre à Guillaume, par extension, à cause de ses 
baronnies de Clérieu et Sérignaii. 

En 1539, le malheureux Jean de Poitiers, exilé dans sa 
terre de Pizançon,y mourait, et son corps, rapporté à Saint- 
Vallier, était inhumé dans la sépulture de sa famille, à côté 
de son père Aymar. 

En compulsant l'inventaire de la Chambre des Comp- 
tes, on lit : « Le dénombrement fait devant le vibailly de 
« Saint-Marcellîn, le 19 août 1540, par Guillaume de Poi- 
€ tievs^ comte d'Albon, seigneur de Saint- Vallier, qui déclare 
« tenir en fief du Roy : le comté d'Albon, Pinet, Etoille, 
a Clérieu, Chevrières... plus les chasteaux es mandement de 
« St- Vallier et Val, joignant ensemble, avec toute juridiction, 
« péages par eau et par terre, cens, rentes et civerages qu'il 
a arrentoit le tout 900 ou 1,000 livres, charges déduites ». 

En 1544, le notaire Blet procède à l'inventaire des meubles 
et ustensiles du château (2); la même année, M« Faure, 
notaire, établit « le livre-terrier au profit de Guillaume de 
c Poitiers, commençant le 6 août par la reconnaissance de 
« Jean Valernod le Vieux et finissant, le 28 décembre, par 
c celle d'Etienne Bochard (3) ». 

Le 22 mars 1 546, le seigneur de Saint- Vallier teste à Étoile, 



(i) PiTHON-CuRT. Histoire de la noblesse du Comtat-Venaissin, in-4», 
1743. (Tome I, f* 52.) Mariage de Jean d'Ancezunc-Cadard, seigneur de 
Caderousse, avec demoiselle Philiberte de Clermont, à Saint-Vallier. 

(2) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Article Saint-Vailier, 
liasse M.) 

(3) Inventaire de M, le président de Chevrières. (Terrier coté n* 5.) 



DIANE DE POITIERS. l3l 

sans postérité, laissant sa veuve Claude de Myolans. Le nom 
des Poitiers va donc s'éteindre avec sa sœur Diane. Il voulut 
et ordonna « en premier lieu que son corps fût enterré au 
a sépulcre de ses prédécesseurs, en Téglise du prieuré de 
<c Saint- Vallier » ;, il donnait ensuite en prélagat la baronnie 
« de Sérignan à Diane de Poitiers, sa sœur, avec prière de 
a faire ajouter ses armes : d'a\ur^ à six besans d'argent^ au 
€ chef d'or ^ à celles de ses enfants mâles, si elle venait à en 
a avoir, pour perpétuer le souvenir de la maison de Poitiers 
« et ses glorieuses marques (i) >^* 

L'histoire impartiale l'atteste, les goûts immodérés de dé- 
pense de la Dame de Saint- Vallier dépassaient toute mesure, 
et l'on ne saurait comparer, même de loin, ses prodigalités 
insensées, avec les concussions de M"« de Pompadour et les 
dilapidations de M"»« du Barry. La baronnie que son frère lui 
laissait en Dauphiné ne suffisait pas à son insatiable avidité 
et à son orgueil grandissant ; elle voulait le château de Saint- 
Vallier, et pendant quelques mois elle se fit appeler, par son 
entourage, comtesse de Saint-Vallier, en attendant le titre de 
duchesse de Valentinois (2). De sa terre d'Anet, dont Louis 
de Brézé était seigneur, elle entretenait une correspondance 
incessante avec ses intendants, et Saint- Vallier ne fut qu'une 
infime parcelle de l'immense domaine de cette personnalité 
absorbante qui, dominant deux rois de toute la hauteur de 
ses charmes irrésistibles (3), alla jusqu'à se faire adjuger tou- 
tes les terres vacantes du royaume (4). 



(i) ALBERT Caise. Histoirc de Saint- Vallier, i vol. in- 18, 1867, p. 69. 

(2) Bibliothèque nationale. Mss. Mortem. 92. Mémoires de Vinten- 
dance : Bretagne et Dauphiné. — « Diane se fit appeler comtesse de 
« Saint- Vallier. Elle fut la première à prendre ce titre avant que d'ôtre 
« duchesse de Valentinois. Mais on ne trouve pas l'érection en comté, » 

(3) Au musée de Cluny (n» 1743), on conserve le portrait de Diane, 
peint sur bois, par le Primatice, sous les traits de Vénus s'appuyant sur 
l'épaule de l'amour, dans le fond l'incendie de Troie, Enée sauvant An- 
chise, allusion au dévouement de Diane pour son père. 

(4) Georges Guipprey, — Lettres inédites de Diane de Poitiers, 



l32 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Elle était, écrit Brantôme, a fort débonnaire et aumosnière »; 
nous voulons le croire, mais on recherche en vain envers la 
communauté de St-Vallier des signes de sa charité proverbiale. 

Sur ses instances, après la mort de Guillaume, le roi Henri 1 1 
signa « les lettres patentes de 1548 portant /émise de la con- 
« fiscation, déclarée par arrêt du Parlement de Paris, contré 
« Jean de Poitiers et portant inféodation nouvelle et investi- 
a ture de la terre de Saint-Vallier^ en faveur de dame Diane 
a de Poitiers, sa fille (i) ». Le 8 octobre de la même année, 
d'autres lettres patentes, datées de Saint-André, donnèrent à 
vie le titre de duchesse de Valentinois à la Dame de Saint- 
Vallier nouvellement investie de cette seigneurie. 

Le château de Saint- Vallier était alors tel qu'il existe ac- 
tuellement, moins les fossés qui ont été comblés et la partie 
supérieure du donjon, rasée en 181 2. On y montre encore la 
chambre habitée, d'après la légende, par Diane de Poitiers et 
où demeura, au gîte, le roi Henri IH, à son retour des Etats 
de Romans, du 17 au 18 janvier iSjS (2). 

D'après les titres du XVI* siècle, ce château, assis au plus 
« haut de la ville, construit en carré, garni, aux quatre coins, 
« de quatre tours, bien fermé de murailles à l'entour, avait ses 
« entrées par la ville et par dehors. Il se composait, en outre, 
a d'un corps de logis pour les officiers et les femmes de 
« linge (3), de basse-cour, étables, cour, puits, jeu de paulme, 
a pré, jardin, vigne, verger, moulin à papier, etc., et confi- 
« nait : du levant^ vignes des s" Villars et de Semons, juge 
a et lieutenant, Jean de Cormes et Françoise de Nexon, de 
a Jean de Couzon, seigneur de Bayard ; de bise, vignes de 
« la Cure, de s^ Jean Collet et Jeanne Perret, mariés, jar- 

(i) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Armoire de Saint- 
Vallier, liasse GG.)— Albert Caise. Cartulaire de Saint- Vallier, 1 vol. 
in- 18, 1870, page 72. 

(2) Nicolas Chorier. Histoire générale du Dauphiné, t. II, f** 665-666. 

(3) Archives de la Drôme. Description des châteaux de St-Vallier et 
de Clérieu, i566. 



DIANE DE POITIERS. l33 

< dins de s^ Pierre Caise, de honneste Huguette Delosche et 
« Antoine Romanet, mariés, de François Siccard du Nichon, 
tt chemin appelé dessus la ville^ allant aux Rioux^ murs de la 
a ville, porte du Pertuis: du vent, la^rivière de Galaure; du 
a couchant^ rues de la Salle, de la Crose et celle allant au 
a Four, maisons de s" Nicolas Brottin, Jean Gamon, pro- 
« cureur, Louis Morel, Jean Caise le Vieux, Maurice Bal, 
« André de La NoUe, sergent royal et autres vacants et cha- 
« zaux (i) ». 

La Dame de Saint-Vallier confia Tadministration de la 
terre de Saint-Vallier au s^ Guillaume Amazan, prieur d'Hey- 
ras (Arras, Ardèche), administrateur général du prieuré de 
Saint-Vallier, qui reçut sa procuration générale pour acqué- 
rir, de concert avec le capitaine-châtelain, vendre ou échanger 
et signer toutes transactions, arrentements, quittances, etc., au 
nom de Diane de Poitiers, à Teffet de retirer de la commu- 
nauté le rendement le plus lucratif. 

D'autre part, le château fut le siège des opérations du 
capitaine-châtelain Jean Valernod (2), d'une vieille famille 
locale, sorte de magistrat ayant le droit de convoquer en 
assemblée les Consuls pour discuter les affaires de la mou- 
vance de la Dame de Saint-Vallier, il recouvrait les taxes 
féodales et en rendait un compte annuel. Un juge-lieutenant, 
un procureur et des greffiers connaissaient de toutes causes 
en première instance et adjugeaient toute amende, les appel- 
lations desquelles ressortissaient devant le vibailly de Saint- 
Marcellin et de là à Grenoble. 

(i) Archives de la Drame et Archives du château de Saint-Vallier, — 
Reconnaissance générale de la communauté de Saint-Vallier et Val. — 
Minutes de M* Blet, notaire. 

(2) La famille Valernod a fourni plus tard un conseiller à la Cham- 
bre des Comptes de Grenoble, un évoque de Nîmes, un abbé de St-Ruf. 
Au XVI* siècle, les Valernod habitaient le château du Rioux. En i65o, 
la seigneurie de Fay leur fut concédée. Leur caveau de famille existe 
dans réglise de St-Vallier et renferme toujours les corps qui y furent 
inhumés. (Voir Histoire de Saint-Vallier, pages 216-293.) 



i34 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Enfin les notaires M« Matheron, Crozet et Jacques Bruchet 
rédigèrent les actes, et ouvrirent des livres-terriers (i), où 
tous les propriétaires de fonds reconnaissaient, par acte indi- 
viduel, tenir leurs immeubles du fief et seigneurie directe de 
la Dame de Saint-Vallier. Les archives, minutes et codets des 
notaires décédés étaient déposés dans le cabinet du château, 
sous la garde du capitaine-châtelain. 

Le premier acte intéressé de la Dame de Saint-Vallier fut 
Tobtention, « à ses poursuite et diligence, de l'entérinement 
a des lettres patentes de 1 5 14 créant le grenier à sel 9. D'après 
Tarrêt rendu sur cet objet, le l'^février i55o, il fut pourvu à 
deux offices de palleuts au profit de la duchesse de Valen- 
tinois. (2). Un greffier-regratier était chargé de la vente du 
sel par regrats (petites mesures). 

Mais il semblerait que ce grenier à sel ne fut pas une insti- 
tution profitable pour la communauté, puisque lors de la ré- 
vision des feux à laquelle procéda l'Intendance, en Dauphiné, 
pour l'établissement des tailles, les habitants estimèrent dans 
leurs remontrances de 1701 que: « La création d'un grenier 
« à sel avoit esté préjudiciable aux intérêts des habitans, car 
a jadis — avant 1549 — d'importantes transactions se fesoient 
a avec le Languedoc d'où Ton tiroit d'énormes quantités de 



(i) Quinze livres-terriers de Saint-Vallier, parcellaires, arpentages, 
livres de rentes, comptes de revenus et dix volumes manuscrits conte- 
nant copies des titres des Poitiers et leurs généalogies saisis dans 
l'hôtel de la rue Chenoise furent brûlés en 1792. Le plus ancien papier- 
terrier du mois de décembre 1404, était rédigé en latin par le notaire 
Solei (Seul), le suivant aussi en latin par le notaire Martini (Martin). — 
Au point de vue de l'histoire locale, de l'origine des familles fôodales de 
Saint-Vallier et de la façon dont les notaires traduisaient en latin les 
noms patronymiques, la perte de ces terriers est irréparable. M. le 
comte Paul de Chabrillan m'écrit qu'il ne possède qu'un- seul terrier 
de i556 se rapportant à Chantemerle, Mercurol et Marsas, registre que 
M. le président de Chevrières avait sans doute oublié à Saint-Vallier 
lors du transfert de ses ar:hivc8 à Grenoble. 

(2) Histoire de Saint-Vallier, page yS. 



DIANE DE POITIERS. l35 

« sel. La création d*un grenier à sel a supprimé cette source 
« de richesse pour le pays (i) ». 

En i55o, Diane de Poitiers passa une transaction avec 
dame Claude de Myolans, sa belle-sœur (2), traité ratifié 
l'année suivante. En i552 intervint sentence sur le bénéfice 
d'inventaire de Thoirie de messire Guillaume de Poitiers, sei- 
gneur de Saint- Vallipr, et finalement autre arrêt provisoire, 
en i556, pour dame Claude de Myolans contre sa dite belle- 
sœur. Celle-ci perdit son procès (3) et Claude de Myolans 
rentra paisiblement en possession de Théritage de son mari. 

Après avoir exigé que les châtelains et receveurs particu- 
liers de ses terres rendissent à ses receveurs généraux un 
compte détaillé des revenus arriérés de son immense domaine, 
on remit à la Dame de Saint- Vallier, en juin 1 55o, un compte 
définitif (4). 

Un humble édifice communal — maison de ville — existait 
au coin de la rue qui va à l'église, sur la place actuelle de la 
Mflirfe. C'était la maison consulaire où les Consuls se réunis- 
saient en conseil et où logeait et enseignait a le maître d'école ». 
Guillaume Amazan frappa la maison de ville d'une taxe nou- 
velle et, le 28 juillet i55i, André Trébut s'engagea, devant 
M« Matheron, à payer un cens de deux civiers froment, à 
cause* de la maison de ville. Cette redevance fut plus tard 
changée en un tribut de quinze sols que les Consuls devaient 
porter eux-mêmes au château, à chaque fête de Toussaint (5). 



(i) Archives nationales. Registres du Domaine du Dauphiné, coté KK, 
1 194, XI» vol., f* 766. 

(a) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Titres des Poitiers, 
liasse G.) 

(3) Inventaire de M, le président de Chevrières, (Titres des Poitiers, 
liasse K.) 

(4) Inventaire de M, le président de Chevrières, (Titres des Poitiers, 
livre coté MM.) 

(5) Reconnaissance de la communauté de Saint-Vallier et Val. His- 
toire de Saint-Vallier y page 92. 



i36 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Le i8 juillet i555, M* Matheron reçoit au livre-terrier les 
reconnaissances des habitants : « Ce livre, couvert en basane 
« noire, sur du gros carton, contenait 36o feuillets commen- 
« sant par la reconnaissance de Jacques Baborier et finissant 
« le 2 août i558 par celle de Jehan Milhet (i). Les Consuls 
« signèrent ensuite la reconnaissance générale au nom de 
« tous les habitans de la communauté, jurant vouloir et de- 
« voir être hommes-liges, vassaux, sujets et justiciables de la 
« dite Dame de Saint- Vallier et ses successeurs, prononçant 
« devant le capitaine-châtelain, l'ancienne formule de fidé- 
« lité: Incolume^ tutum^ honestuniy utile^ facile et possibile ». 

La prairie de la Brassière^ appelée Ile de la Brassière le 
plus souvent, dans les titres de Tépoque, appartenait à la 
communauté. Guillaume Amazan mit la main sur la presque 
totalité de ce fonds de 90 à 100 sétérées. Le surplus devait 
être partagé entre les habitants moyennant 5o sols de cens. 
Un traité ad hoc est signé en i558 et, Tannée d'ensuite, 
Diane de Poitiers ratifiait ce partage fait par ses agents (2). 

Néanmoins, les tenanciers évincés de la Brassière ne tar- 
dèrent pas à protester contre cette spoliation. Ils obligèrent 
Guillaume Amazan à passer, le 28 novembre i56o, une autre 
transaction devant M«* Jacques Bruchet et Crozet, notaires, 
par laquelle « les sétérées distraites de Vile de la Brassière 
« leur seraient restituées, à l'exception d'un rocher et d'une 
« garenne^ au long du Rhône, proche les ileSy que les prédé- 
« cesseura de Diane de Poitiers s'étaient réservés pour leur 
a délassement (3). 

« Les îlots dits Vlsle mille, au terroir de Chifflet, apparte- 
« naient à Jacques Baborier, Claude de Chabannes et Brunet ; 



(i) Inventaire de M. le président de Chevrières (Terrier coté n* 6.) 

(2) Inventaire de M. le président de Chevrières. (Titres des Poitiers, 
liasse O.) 

(3) Reconnaissance de la communauté de Saint- Vailier et Val. — 
Inventaire de M. le président de Chevrières. (Terriers, liasse 26.) 



DIANE DE POITIERS. îij 

« le s*^ Amazan les expulsa et leur donna des portions impor- 
a tantes dans Vile de la Goulle et les graviers de VOsne de 
« Sillon. » 

Enfin, de nouvelles contestations s'élèvent entre Tintendant 
de la Dame de Saint- Vallier et les co-propriétaires de Vile de 
la Brassière ; Guillaume Amazan voulait conduire les eaux 
du béai du moulin dans \2i garenne seigneuriale, en passant à 
travers la prairie des habitants. M* Bruchet, notaire royal, de 
Saint-Vallier et d'autres s'y opposèrent formellement. Bref, 
le 9 février i56i, une dernière transaction passée devant M* 
Crozet termina le litige, et Guillaume Amazan put amener 
les eaux du moulin dans la garenne (i). 

Quant au droit de Lejrde sur la vente des marchandises aux 
marchés et jours de foire, établi le 8 novembre 1204 par Jean, 
dauphin (2), la Dame de Saint-Vallier en affranchit les habi- 
tants les jours de marché hebdomadaire, mais elle exigea que 
la perception de cet impôt fût opérée les jours de la foire de 
St-NicolaSy période durant laquelle le chiffre des affaires était 
considérable (i56o) (3). 

Afin de reconnaître, sans doute, le dévouement dont le 
capitaine-châtelain Valernod avait fait constamment preuve 
en dirigeant avec succès ses lucratives opérations, la Dame de 
Saint-Vallier lui concéda les eaux de Combe Blanche et de 
Combe de Cise^ les deux ruisseaux au-dessous desquels s'é- 
leva le château des Rioux (Ruisseaux) occupé par la famille 
Valernod — 11 février i56i — et par faveur insigne, Jean 
Valernod, marchand de Saint-Vallier, fut autorisé à établir 
un pigeonnier dans sa maison appelée le Colombier (près du 
cimetière actuel) (4). 



(i) Reconnaissance de la communauté de Saint-Vallier et Val. 

(2) Bibliothèque de Grenoble. Charte publiée par M. Gariel. 

(3) Inventaire de M, le président de Chevrières, (Procuration de dame 
Diane de Poitiers sur le droit de Leyde, i56o.) 

(4) Histoire de Saint-Vallier , page 292. 



i38 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Plusieurs personnes, au mépris des droits seigneuriaux ou 
par bienveillante tolérance de la part des prédécesseurs de 
Diane de Poitiers, avaient construit des fours en ville pour 
cuire leur pain. Le 28 juillet i56i, intervint un arrêt de la 
cour du Parlement de Dauphiné maintenant Diane de Poi- 
tiers dans le privilège de la possession exclusive du four 
banal de SainUVallier [\\ ensuite de la requête présentée 
par la dite Dame tendant à la destruction des fours édifiés 
sans sa permission. 

En i563, elle arrenta définitivement tous les biens seigneu- 
riaux, c'est-à-dire les Greffes, château^ iles^ four banal^ bat- 
toir à chanvre, moulin à papier (2), etc. 

Je citerai encore la publication, en i565, d'un nouveau tarif 
des droits de péage par eau et par terre (3). On y remarque 
entre autres taxes celle de : 

« 6 deniers pour un marchand à selle, 

« et 12 deniers pour un juif passant (à pied) ». 

Tels sont les divers actes qui nous sont parvenus touchant 
la tenue de la seigneurie de la Dame de Saint- Vallier qui pro- 
fita de ce bénéfice jusqu'à sa mort, c'est-à-dire l'espace de dix- 
huit ans. 

Par testament signé : Dyane de Poytiers^ fait à Limours 
le jour des Rois de Tan 1564, « elle entend priver de son bien 
a ceux qui contrediront à ses intentions stipulées au présent 
« en donnant, pour lors, ses biens aux Hôtels-Dieu de Paris, 
« Chartres, Rouen, Lyon, Grenoble, Avignon, Etoile, Saint- 
« Vallier et Anet. Elle désire qu'en Dauphiné ses serviteurs 
« soient habillés de deuil et leur donne une année de gages, 
« après sa mort, pour chercher de nouveaux maîtres... Elle 
c veut que ses filles partagent ses biens qu'elle a en Dau- 

(i) Reconnaissance générale de la communauté. 

(2) Inventaire de M, le président de Chevrières. (Terriers, liasse 21.) 
Le premier moulin à papier fut fondé, en 1441, à Nuremberg. 

(3) Acte sur parchemin conservé au château de Saint-Vallier, publié 
dans le Cartulaire de Saint- Vallier, page 77. 



DIANE DE POITfERS. I Sg 

« phiné, Languedoc et Vivarais, par teste : elle ordonne à 
« Saint- Vallier que son service soit ainsi fait comme si son 
« corps y estoit enterré, avec cent pauvres vestus de blanc pour 
« l'honneur de Notre-Dame et qu'on leur baille à chascun un 
« chapelet à la main pour le dire à sa dévotion, etc.. (i). 

En exécution de ses volontés, et huit mois après la mort de 
Diane de Poitiers, le 20 décembre i566, eut lieu, à l'église de 
Saint-Vallier, le chanté général et solennel de feue Madame 
Dame (Diane de Poitiers) en présence d'une nombreuse assis- 
tance de gentilshommes dauphinois et des habitants de Saint- 
Vallier. La relation de cette cérémonie, conservée aux archi- 
ves de la Drôme (2), cite parmi les invités des seigneur et 
dame d'Aumasle, fille de la défunte, MM. de Monteison, de 
Chasteauneuf, de Montchenu, de Claveyson, de la Sablière, de 
la Lande, du Mouchet, de Narratin, de Chabrillan, de Beau- 
semblant, et parmi les notables de St- Vallier: les s^'de Fon- 
tagier, de Ghassan, du Port, du Rochein, de Tlsle Mille, etc. 

L'oraison funèbre fut prononcée par le maître Jésuite de 
Tournon ; l'église était tendue de jioir, la chapelle ardente 
accompagnée de cierges ; cent pauvres vêtus de blanc, pate- 
nôtres et cierges blancs en leur main, y récitèrent des prières 
durant la messe. 

Après léchante, les exécuteurs testamentaires MM. de Brié, 
de Catinet et le prieur Guillaume Amazan ayant la charge et 
l'administration des affaires de la feue Dame, se rendirent au 
château où eut lieu, en présence du capitaine-châtelain Jean 
Valernod et des autres officiers de la châtellenie, la prisée et 
estimation du revenu de la terre de Saint-Vallier (3). 

Il est certain qu'un récit détaillé de cette mémorable céré- 
monie funèbre a dû être consigné, par les soins du prieur 

(i) Bibliothèque nationale. Mss. fonds latin 6008. Testaments des Poi- 
tiers et cession du Valentinois à Charles VI. 

(2) Archives de la Drôme. Description des châteaux de Saint-Vallier 
et Clérieu, i566. 

(3) Histoire de Saint-'Vallier, page 224 et suivantes. 



140 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Guillaume Amazan, sur les registres des sépultures du prieuré, 
mais cet intéressant document a dû disparaître peu après vers 
la fin de Tannée 1 567, lors des pillage et destruction du prieuré 
et de l'ancienne église dont, selon toute apparence, les pre- 
miers fondements furent jetés, vers le VI« siècle, par S. Va- 
lère, évêque de Viviers. 

Nous savons, en effet, que le 20 décembre i566, Téglise et 
le prieuré n'avaient pas encore été saccagés, puisque le chanté 
de la Dame de Saint- Vallier y eut lieu dans le chœur ; mais 
le II avril i568, seize mois plus tard, Guillaume Amazan 
adressait une requête à M. de Gordes, gouverneur du Dau- 
phiné, pour Tautoriser à rechercher les matériaux de Téglise 
et du prieuré démolis et prins par les habitants du lieu (i). 
Et, remarquable coïncidence, notre plus ancien registre des 
Sacrements date d'un mois après, 2 mai i568. 

L'abbé A. Vincent qui publia, en 1859, un intéressant opus- 
cule sur cette ville, s'est demandé, fort judicieusement, si les 
Consuls n'avaient pas failli sur la date du renversement de 
l'église en inscrivant sur le fronton de l'édifice relevé : 

Détruite par V hérésie en i583^ reconstruite en ij86 (2}. 



(i) Archives de la Drame, Fonds St-Ruf. — Dossier: Pilhement du 
prieuré de Saint-Vallier. 

(2) Etat civil de Saint-'Vallier , — L'honorable Maire de Saint- Valiier, 
M. Sarrère, a bien voulu me communiquer, le i" décembre 1890, le 
plus ancien registre de ses archives. C'est un fragment, en 29 feuillets, 
du commencement d*un baptistaire établi par le curé Michel Àlléon, en 
vertu de l'ordonnance du roi Henri II *. Il s'ouvre, le 2 mai i568, fôte 
de S. Athanase, par a le baptesme de Guilhaume Bays 0, et se termine 
je dimanche 17 décembre iS'jb par « le baptesme de Thade Chanu ». 
Sur le 29* et dernier feuillet on lit en marge, au « baptesme de Pierre 
Bouchet, du 5 novembre iSyS », la mention : a Bailhé ung double le 
xii* de julliet i58g ». Cette note ne paraît-elle pas indiquer que ledit 

* Edit de février i556 ordonnant que toutes les femmes qui auraient 
celé leur grossesse et leur accouchement et dont les enfants seraient 
morts sans avoir reçu le baptême, seraient présumées coupables de la 
mort de leurs enfants et condamnées au dernier supplice. 



DIANE DE POITIERS. 141 

L'hypothèse qu'une première destruction, mais non la des- 
truction finale, a eu lieu en effet en i568, est d'ailleurs im- 
plicitement confirmée par Chorier qui dit : « Le château et la 
« ville de Saint-Vallier étaient au pouvoir des huguenots en 
cette année-là i568 (i) ». 

On est tenté d'admettre que la population de la commu- 
nauté, exaspérée contre le prieur Guillaume Amazan, ait fait 
cause commune avec les huguenots, en i568, pour saccager 
le prieuré, en manière de représailles contre cet ancien inten- 
dant de la Dame de Saint-Vallier qui les avait pressurés 
pendant près de vingt ans et les exploitait de rechef comme 
administrateur du prieuré. 

D'ailleurs, Guillaume Amazan, dans sa requête, stipule 
formellement que : « Sous couleur et prétexte de divers trou- 
ai bles^ aucuns, depuis six mois (c'est-à-dire d'octobre 1 567 à 
a avril i568), ont fait plusieurs démolitions et dommages, 
« tant à l'église qu'à l'édifice du prieuré, des curés et religieux, 
« rompu et emporté les cloches, abattu portes et fenêtres, 
« pris une croix d'or, ornements de valeur dans la sacristie 
« de l'église, encore des meubles au château et les bois et les 

baptistaire était encore en usage, en iSSg ? (malheureusement la partie 
perdue empêche de vérifier cette date). 

D*autre part, le titre du baptistaire atteste que les baptêmes ont eu 
lieu dans l'église de Saint-Vallier, l'édifice était donc propre au culte 
au moins jusqu'en ib'jb et n'avait subi que des dégradations partielles 
lors des troubles de 1567-68. De plus, le religieux Denis Ma chat s'y 
trouve désigné comme recteur des chapelles des Poitiers, dans un bap- 
tême du 3o octobre iSyS. 

C'est peut-être dans la partie perdue de ce baptistaire, qui paraissait 
complet lorsqu'il fut inventorié, le 17 février 1776, par M. Fleury, juge, 
après le décès du curé Gourbis, que les consuls de Saint-Vallier trou- 
vèrent la preuve de la destruction finale de l'église en 1 583. 

Mais à partir du 29* feuillet du baptistaire, il existe une lacune de 
48 ans 1/2 k l'état civil de la ville de Saint-Vallier, car le second regis- 
tre commence seulement le 10 juillet 1624, parle baptême de Catherine 
Salamoine. 

(i) Histoire générale du Dauphiné. Tome II, f*' 621, 644, 665. 

2- Série. XXV Volume. — 1891. il 



142 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

« pierres emportés appliqués à bâtir les logis de ceux qui les 
« ont emportés, etc.. (i) ». 

Nous voici d*ailleurs arrivés à une période de trente ans 
pleine de ténèbres ; au sujet des événements locaux, accom- 
plis de iSjS à i6o5 (2J; les archives nous fournissent peu de 
titres intéressants, les historiens du Dauphiné, excepté Cho- 
rier en deux ou trois passages de son Histoire^ sont muets, 
les registres paroissiaux manquent ; de plus, VInventaire de 
M. le président de Chevrières atteste qu'aucun livre-terrier 
ne fut tenu pour recevoir des reconnaissances au profit de la 
duchesse d'Aumasle et de son fils Antoine, héritiers de Diane 
de Poitiers. 

On trouve pourtant 9 le 26 novembre iSqi, un parcel- 
« laire pour noble et religieux Joachim d'Arzac, prieur du 
« prieuré conventuel de Saint- Vallier, et la même année, un 
« arrêt autorisant Texécution de poursuites par Pierre de 
a Sauvain, seigneur du Cheylard, contre Antoine de Lor- 
« raine, seigneur de Saint- Vallier (3) ». 

Tout fait donc croire que la duchesse d'Aumasle, fille ca- 
dette de Diane de Poitiers et son fils Antoine, qui habitaient 
leurs terres en Lorraine, ne retirèrent, durant les guerres de 
religion, qu'un très mince bénéfice de la seigneurie de Saint- 
Vallier et autres lieux, car, après la pacification du Dauphiné, 
ils s'empressèrent d'aliéner l'héritage des Poitiers et de ven- 
dre successivement les biens de Saint- Vallier à M. Jean de la 
Croix, issu d'une vieille famille de Romans (4) et dont le 



(i) Archives de la Drôme. Pilhement du prieuré. — Relation des visites 
domiciliaires opérées chez les habitants et liste des objets recouvrés. 

(2) L'examen du baptistaire de i568 à ib-jb permet de faire des 
remarques fort intéressantes sur les habitants de Saint- Vallier durant 
ce septennat. 

(3) Archives de la Drome, — Fonds Saint-Ruf et canon B, 25 1. 

(4) On trouve aux Archives de la Drame i^ une transaction entre ho- 
« norable Jean de la Croix, dit Guerre, de la ville de Romans, et Pierre 
« Gays, du mandement de Claveyson — 2 novembre i525 — Deaqua, 



DIANE DE POITIERS. 143 

père, Félix de la Croix, était devenu seigneur de Chevrières 
par l'acquisition qu'il fit, en avril i56o, de cette seigneurie 
qui appartenait à Diane de Poitiers. 

M* Richomme avait été investi, par Antoine de Lorraine, 
duc d'Aumasle, de l'administration de la seigneurie de Saint- 
Vallier, mais lors de la vente du château à M*^« Jean de la 
Croix, il enleva les papiers se rapportant à sa gestion depuis 
la mort de Diane et ne laissa qu'un inventaire des titres, pa- 
piers et documents de la maison de Bouillon et d'Aumasle, 
en date du 5 mai i583 (i). 

Conséquemment, le 14 décembre i6o5, Messire Jean de la 
Croix, seigneur de Chevrières, acquit, en premier lieu, le 
moulin à papier du château, battoir et pré y joignant. — 
Exploit de mise en possession d'Etienne Pailland, sergent, 
« avec procédure de Visitation des dits moulins, du 19 avril 

« 1607 ® (^)- 

En 1607, furent passées les conventions entre M" Jean de 
la Croix et noble Jean Richomme, agent du duc d'Aumasle, 
pour le rachat des péages ; de 1608 à 1611 ont lieu les acqui- 
sitions successives des autres parties de la terre de Saint-. 
Vallier (3). 

Le château et le moulin sont réparés en 1608 (4). 

« Par lettres patentes signées, à Paris, les 22 mars et 21 
a septembre 1607, le roi Henri IV fait abandon, au profit du 
« seigneur président de Chevrières, nommé à Tévéché de Gre 



a notaire à Romans. » Guy-âllard dans sa Généalogie écrit que « Jean 
« de Guerre dit La Croix épousa, le 3o septembre 1482, Drevetonne 
a MonistroK de Saint-Donat ». 
(i) Inventaire du président de Chevrières. (Terriers, livr. n* 14). 

(2) Inventaire du président de Chevrières. (Article Saint-Vallier, — 
liasse F). 

(3) Inventaire du président de Chevrières. (Article Saint-Vallier, — 
liasse n* i). 

(4) Inventaire du président de Chevrières. (Article Saint-Vallier, — 
liasse H). 



144 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

€ noble, des laods (droits de vente dus au cas d'aliénation de 
a fiefs) de vente par lui dus à S. M. à cause de Tacquisition 
« des terres et péages de Saint- Vallier avec Tarrêt de Ja Cour 
« des Comptes portant que ces dons de laods s'élèvent à la 
« somme de 5,535 livres eu égard au prix de la terre de Saint- 
€ Vallier, et de i,5oo livres pour le péage » (i). 

Je termine ce mémoire en ajoutant que Tévêque de Greno- 
ble. Jean de la Croix, seigneur de Chevrières, transmit la 
terre es mandement de Saint- Vallier à son fils, Félix de la 
Croix-Chevrières, conseiller au Parlement de Grenoble, mort 
en 1627. 

Le fils de ce dernier, président à mortier du Parlement de 
Dijon, est celui qui fit dresser, par Pierre Richard, notaire 
de Saint- Vallier, l'inventaire de 1681, auquel je viens d'avoir 
fréquemment recours dans mon travail et dont toutes les 
pièces justificatives furent brûlées en 1792. 

Son successeur, Pierre-Félix de la Croix-Chevrières, porta 
le premier le titre de Comte de Saint- Vallier. Il était capi- 
taine des gardes de la porte du Roi et Louis XIV, par « let- 
,« très patentes du mois d'avril 1687, érigea en comté la terre 
« et seigneurie de Saint- Vallier au profit, est-il spécifié, dans 
a l'inventaire des archives de la Chambre des Comptes de 
« Grenoble, de Pierre-Félix de la Croix-Chevrières, baron de 
« Serves et de Clérieu, seigneur de St- Vallier et autres » (2). 

(i) Bibliothèque nationale. (Inventaire de la Chambre des Comptés de 
Grenoble). 

(2) Guy-Allard dans sa Généalogie a donné à tort le titre de comte 
de Saint- Vallier aux prédécesseurs de Pierre-Félix de la Croix-Che- 
vrières. 

Albert CAISE, 
Membre de la Société de gens de lettres. 



DE L'ANCIENNETÉ 



DE 



L'USAGE DES MÉREAUX 



AU 



Chapitre de Saint-Apollinaire 

"DE vq4le:^ce 



En 1838, Jules Rousset publia la description et le 
dessin d'un méreau du chapitre de St- Apollinaire de 
Valence au nom de S. Fortunat (i). Sa notice était sui- 
vie d'une note signée N. du D. et émanant de Jules^ 
Ollivier, directeur de la Revue du Dauphiné^ dans la- 
quelle il signalait l'existence d'un méreau du même cha- 
pitre, portant le nom de S. Félix (2). Ces deux pièces 
furent de nouveau citées et représentées, quatre ans plus 
tard, dans un deuxième article de Rousset (j), et, en 
1854, par J. de Fontenay (4). M. Joseph Roman les 



(1-2) Revue du Dauphiné, t. III, p 185. Notice sur des Monnaies inédites 
des comtes de Valentinois et des Mireaux des églises de Valence et de Tour- 
non^ n*' 3 et 5 . 

(3) Bulletin de la Soc. de Statistique des arts utiles et des sciences natu- 
relles de la Drâmey t. IV. Mémoire sur les Monnaies du Valentinois^ pi. II, 
n** 5 et 6. Le tirasse à part, aujourd'hui introuvable, est daté de 1843, 30 p. 
et II pi. 

(4) Manuel de Vamateur de jetons^ p. 340. 



146 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

étudia à son tour, à deux reprises, dans ses a Méreaux 
et Jetons Ecclésiastiques du Dauphiné{\) ». Ce numismate 
rectifia le premier Terreur de lecture de Rousset, relative 
à la légende du revers du méreau au nom de S. Fortunat, 
erreur reproduite servilement par de Fontenay (IN : 
SACRA, au lieu d'INSIGNIA); il signala plusieurs 
variétés et fit connaître en même temps deux méreaux 
inédits au nom de S. Apollinaire et au nom de S. Achil- 
lée. M. Gustave Vallier a également consacré un cha- 
pitre de son « Essai sur les monuments numismatiques de 
V église et de la cité de Vienne^ en Dauphiné^ et sur ceux 
des chapitres et communautés religieuses de la même pro- 
vince^ depuis la fin du XIV* siècle » (2), à ces quatre mé- 
reaux. Enfin, M. Adrien Blanchet s'est borné à décrire 
sommairement les deux méreaux aux noms de S. Félix 
et de S. Fortunat, mais en conservant la lecture fautive 
IN : SACRA au lieu d'INSIGNIA (3). 

La légende du revers des quatre méreaux, actuelle- 
ment connus, est uniformément, sauf de légères varian- 
tes d'orthographe, INSIGNIA: ECCLE: VALENCIE 
{Insignia Ecclesie Valencie), Elle fait directement allusion 
au champ de la pièce, où sont figurées dans un écu les 
armes du chapitre : de gueules à la croix d'argent. Le 
mot Ecclesia désigne Téglise cathédrale de St-Apolli- 
naire. Pour la distinguer des autres églises de Valence, 
on insérait dans les documents la formule... venerabilis 



(0 Annuaire de la Société Française de Numismatique i8jj'i876^ t. IV, 
p. 305. — Bulletin de V Académie Delphinale, i880y p. 400. 
(a) Revue Belge de Numismatique, i88i^ p. 207. 
(3) Numismatique du moyen-âge et moderne^ i8gOy t. II, a* partie, p. 445. 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MÉREAUX. 147 

OU insignis ecclesia cathedralis Sancti Apollinaris Valen- 
cie.,. Les titres des actes ou les comptes du chapitre 
portent simplement, afin d'abréger, a... ecclesia cathe- 
dralis,.. ecclesia Falencie.,. » 

Les légendes ne nous révèlent rien au sujet soit de la 
destination, soit delà valeur respective de nos méreaux. 
M. Roman a fait remarquer que « leur dimension est 
en raison directe du personnage représenté. Celui au 
nom de S. Apollinaire, évêque, est le plus grand ; celui 
de S. Félix, prêtre, est le demi du précédent ; celui de 
S. Fortunat, diacre, ne pèse que le tiers du premier ; 
enfin, celui de S. Achillée est à peine égal au quart du 
méreau de S. Apollinaire (i) ». Toutefois, les poids ne 
sont pas proportionnels entre eux. 

Quelle est la date des quatre méreaux connus, tous 
en cuivre ? On a voulu lire 1555 dans le champ du re- 
vers du méreau au nom de S. Fortunat. Ce méreau n'est 
pas plus daté que les trois autres ; on a pris l'extrémité 
de la banderolle flottante qui accoste Técu du champ 
pour un millésime ! Tous les auteurs se taisent sur la 
date de la fabrication de ces pièces, ou bien ils indiquent 
simplement qu'elles sont de la même époque. Leur style 
et les lettres des légendes accusent incontestablement 
la première moitié du XVP siècle. C'est probablement 
à l'atelier de Romans, si proche de Valence et suppri- 
mé le 12 avril 1556, que ces méreaux ont été frappés, et 
les produits de cet atelier se rencontrent assez facile- 
ment pour permettre de faire des rapprochements utiles. 

(i) Annuaire de la Société Fr. de Num.t t. IV, p. 305. 



148 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

La Monnaie de Romans était fermée à la date du 19 
novembre 1507 ; elle ne fut réouverte que le 21 janvier 
IÇ22 (n. st.). Durant la fermeture temporaire d'un ate- 
lier, le personnel allait quelquefois travailler à un atelier 
voisin en activité, mais, il n'était pas licencié. Il pouvait 
parfaitement se livrer à la frappe des jetons et des mé- 
dailles, témoins le treizain de mariage de Claude de Pa- 
rtisse, conseiller au Parlement de Provence (1549) (i), 
la médaille frappée de 1 5 1 ç à 1 5 18 à Montélimar, et la 
médaille faite à Romans de 1 5 1 R à 1521, toutes décri- 
tes avec soin dans le Bulletin (2) avec deux médailles exé- 
cutées à Grenoble de 1518a 1 521, mais mal classées. 
La période de 1 507 à 1 522 ne saurait donc être écartée 
à pnon d'une manière absolue. 

Au commencement du XVP siècle, les lettres onciales 
ou gothiques disparurent progressivement des légendes 
des monnaies. La substitution des lettres latines eut 
lieu lentement ; elle ne pouvait d'ailleurs être instanta- 
née. Les écus et les dizains, battus à Grenoble sous la 
maîtrise d'Antoine Vagnion, nommé maître le 8 juillet 
15 ij, et portant le nom de Louis XII, nous montrent 
encore un petit nombre de lettres gothiques. On peut 
admettre d'une manière générale que l'usage absolu des 
lettres latines commença en Dauphiné avec l'avènement 
de François r*", sauf pour l'atelier de Crémieu, où 
l'emploi des lettres gothiques persista encore quelque 



(i) Roger Vallentin. Treizain de mariage de Claude de Panisse^ cort' 
seiller au Parlement de Provence (r^4g). 

(a) Bulletin de la Société d'Archéologie et de Statistique de la Drame, an- 
née 1874. 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MÉREAUX. I49 

temps. Toutes les lettres des légendes des quatre mé- 
dailles ci-dessus mentionnées et frappées à Montélimar, 
à Grenoble et à Romans, de 1515 à 1 5 18 et de 1518a 
1 521 , sont des lettres latines. Au contraire, les D et les 
G des légendes du magnifique essai d'or du demi-teston, 
conservé au Cabinet des Médailles de Paris et frappé 
à Crémieu, certainement après le 17 septembre 1521, 
sont en lettres gothiques. Le D gothique se montre en- 
core sur diverses monnaies d'or et d'argent émises dans 
cet atelier par Jacques Pinatel de 1 5 j 3 à 1 5 38. Il serait 
aisé de citer d'autres exemples de la persistance de 
l'emploi de quelques lettres onciales, sous François 1", 
dans plusieurs ateliers du royaume. A Romans, Monté- 
limar et Grenoble, les lettres gothiques furent proscri- 
tes des légendes avec le plus grand soin, à partir de 
1515 pour les médailles et à partir de la réouverture res- 
pective de ces ateliers, en 1521, 1 522 et 1516 pour les 
monnaies. 

Nos méreaux dont les lettres sont toutes latines ont 
été fabriqués à Romans très probablement, et les con- 
sidérations qui précèdent permettent de leur attribuer la 
date de 1515 à 15^0. Leur style et la forme des lettres 
des légendes concordent parfaitement avec ceux des 
espèces si nombreuses frappées dans cet atelier durant 
ce laps de temps. Aucun auteur n'a remarqué que la lé- 
gende du revers était incorrecte. L'abréviation régulière 
d'ECCLESIE est ECCLIE et non ECCLE. Uiie faute 
analogue se trouve sur les méreaux des habitués de St- 
Barnard (ECCLA pour ECCLIA), frappés incontesta- 
blement à Romans. On n'a pas fait ressortir non plus 



i5o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

que la palme placée dans la main gauche de S. Fortunat, 
de S. Félix et de S. Achillée, rappelle leur martyre, 
dont rapproche aurait été annoncée à ces apôtres suivant 
une légende dont M. Duchesne vient de démontrer la 
fausseté (i). Quant à Tannelet que Ton observe sur quel- 
ques exemplaires, au milieu de la croix de Pécu, il n'a 
aucune signification ; il est le résultat d*une frappe peu 
soignée. 

Le plus ancien méreau capitulaire de St-Maurice de 
Vienne est certainement de la fin du XIV^ siècle ; plu- 
sieurs méreaux du même chapitre sont du XV*" siècle. Un 
méreau du chapitre de St-Barnard de Romans remonte de 
même au dernier quart du XV' siècle ; un autre du chapitre 
de St-Arnoul de Gap doit être daté avec vraisemblance 
du milfeu de ce siècle. Ces faits m'ont amené à penser 
qu'il était fort possible que nous ne possédions pas les 
plus anciens méreaux du chapitre de St-Apollinaire de 
Valence, si riche et si important à cette époque. 

Les évoques eurent très souvent des démêlés avec le 
chapitre. Il est facile de prévoir que les questions rela- 
tives aux monnaies des évêques ou aux méreaux du cha- 
pitre ont dû être traitées dans quelques-unes des tran- 
sactions intervenues ou des sentences rendues par les 
arbitres choisis à diverses reprises. Malheureusement 
un registre très précieux, dont l'inventaire des archives 
du chapitre, rédigé au XVII* siècle, donne la descrip- 
tion suivante : « plus un livre couvert en parchemin con- 
tenant 1 10 feuillets, intitulé Adcensamenta, Compositions 



(i) Bulletin et Mémoires de la Société Nationale des Antiquaires de France, 
5* série, t. X*. 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MÉREAUX. l5l 

et Sentences (i) », n'est pas parvenu jusqu'à nous. De 
même, sauf le livre blanc, d'ailleurs insignifiant, tous les 
volumes importants des archives de l'évêché ont dis- 
paru. Heureusement, un volume des minutes du notaire 
Félix Bourjac, déjà signalé par l'érudit M. Lacroix, 
existe aux Archives départementales de la Drôme, et j'ai 
pu y rencontrer la copie textuelle et intégrale de la sen- 
tence arbitrale relative aux difficultés de l'évêque Gas- 
pard de Tournon avec le chapitre de St-Apollinaire {2). 
Dans le but de terminer à l'amiable leurs différends, 
au sujet desquels deux instances avaient été introduites 
devant le Parlement de Grenoble et devant l'archevêque 
métropolitain de Vienne, l'évêque Gaspard de Tournon 
et le chapitre désignèrent comme arbitres <r tamque in 
arbitros, arbitratores et amicabiles compositores pacis, 
quam et concordie tractatores », Antoine Mulet et 
Martin Gallien, conseillers au Parlement de Grenoble, 
par actes reçus Bourjac et Guy Pérouse, notaires à 
Valence, le 8 janvier 1509. Ils- déléguèrent en outre à 
Grenoble, munis de pleins pouvoirs, Jean Raymond, 
docteur èz-lois et juge temporel de Valence, et M° 
Antoine de Cluset, notaire, pour le compte de l'évêque, 
Odon de Jante, docteur èz-lois, précenteur, et Guil- 



(i) Table alphabétique pour trouver les matières des Nobles Archives de 
Messieurs les Vénérables Seigneurs Messires les Doyen y Chanoine et Louable 
Chapitre de l'Insigne Eglize Cathédrale St-Apollinaire de Valence^ 2 gros 
vol. in-8<>. Manuscrit de la fin du XVII* siècle aux Archives de la Drames 
t. II, f* 1,581. 

(a) Archives de la Drames E, 3,553, f* 230. Transactio inter Reverendum 
in Christo Patrem, Dominum Episcopum Valentinensenty ex una parte, et 
egregios Dominos Decanum et Capitulum Ecclesie Valencie^ parte ex alia. 



l52 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

laume Destrets, dit Gordon, chanoines de St-Apolli- 
naire, pour représenter le chapitre. 

La sentence arbitrale fut rendue le jo janvier i i;o9 à 
Grenoble ce in magna caméra stricti consillii insignis 
Curie Parlamenti », en présence de Jean Materon, doc- 
teur èz-droits, et Pierre Jouflfret, secrétaire delphinal, 
et transcrite par M* André Rolin, notaire et secrétaire 
delphinal. Le quinzième article est ainsi conçu : « Super 
decimo quinto articulo,mencionem faciente designisereis 
capitularibus distribuendis inter habituatos inhoris cano- 
nicis et aliis divinis serviciis dixerunt et declaraverunt 
quod fiant per modum signi et non auctoritative... ». 
D'après l'inventaire des archives du chapitre, la sentence 
du 3 o janvier 1 5 09 n'aurait concerné que la nomination aux 
cures de Valence et la dîme d'Alixan. «... Fol. 9. Nota: 
La transaction passée entre le seigneur évesque Gaspard 
de Tournon et les seigneurs doyen et chapitre touchant 
la précédente composition, la présente estant dattée du 
pénultième janvier 1 509,- notamment que le chapitre con- 
fère les églizes paroissielles et qu'il perçoit disme à Ali- 
xan pour les terres du seigneur évesque, qu'il ne tient 
point à sa main... (1) ». De même, Molinier de la Fabrè- 
gue la considéra comme peu intéressante et ne lui a con- 
sacré qu'une ligne: « L'an 1Ç09, transaction entre le 
seigneur évesque et son chapitre. (Liasse des transactions 
entre les évesques et leur chapitre, armoire i }) (2) ». 

(1) Table alphabétique, etc., t. Il, f" 1,581. 

(2) Inventait e raisonné des Archives et des Droits des Evêques de Valence^ 
par Molinier de la Fabrègue, docteur en droit. Manuscrit in-4* en i vol. de 
379 p., 165 I, aux Archives delà Drôme, V* Juridiction spirituelle de Mon- 
seigneur . 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MEREAUX. l53 

L'expression signa erea désigne des méreaux ; il est 
démontré qu'ils étaient distribués uniquement aux habi- 
tués. S/^/îwm avait, au moyen-âge, un certain nombre d'ac- 
ceptions et notamment celle de tessère et même de mon- 
naie. Signum se retrouve sur les méreaux distribués aux 
prêtres habitués de St-Barnard de Romans, f SIGNUM. 
MI. CAPE. SACTI. MAURICII — IN. ECCLA. S. 
BARNARDI. DE. ROMANIS). L'interprétation de 
l'abréviation Ml(stralis) est due à M. Joseph Roman; 
les autres auteurs avaient proposé des solutions absolu- 
ment fantastiques. On a déjà signalé ailleurs l'expres- 
sion plumba erea ou œrea. Soit que les manuscrits fus- 
sent d'une lecture difficile, soit que les numismates qui 
les ont étudiés fussent peu au courant de la paléogra- 
phie, la plupart ont lu à tort œnea au lieu à'aerea. En 
outre, leur ignorance du latin du moyen-âge leur a fait 
traduire plumba aerea par plombs de cuivre ! L'adjectif 
aerea signifie tout simplement de compte^ et dérive de 
aéra (era, hera), chiffre, qui a formé le mot français ère 
et non de œs. Lucilius, poète satirique, mort 103 ans 
avant J.-C, employait déjà aéra avec le sens de nom- 
bre (Haec est ratio ? perversa aéra, summa subducta 
improbe), et Sidoine Apollinaire, au Ç siècle après 
J.-C, avec la signification d'époque, d'ère. 

L'emploi du participe futur distribuendis n'implique pas 
que l'usage de distribuer des méreaux n'avait pas encore 
été pratiqué ; il indique seulement que l'on ne devra 
considérer ces méreaux que comme de simples pièces 
de compte. On ne s'occupait pas du passé, on se bor- 
nait à régler l'avenir. Le temps futur est, en effet, em- 



i54 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

ployé dans tous les articles de la sentence: a ...Super 
sexto articulo de assistencia die jovis sancta, dixerunt 
et declaraverunt sepe dicti domini quod serventur sta- 
tuta et laudabiles consuetudines ecclesie, omni fraude 
cessante, itaque quod divinus cultus non retardetur aut 
in aliquo diminuatur et canonici dicte ecclesie, plus dé- 
bita et solita per dictum episcopum non graventur, nec 
molestentur... Super nono articulo de custodia mittre et 
crossie, dixerunt et declaraverunt, quod licet prima con- 
sideratione videatur, quod custodia debeat esse pênes 
capitulum seu thessauriarium ecclesie, cum fuerint eidem 
ecclesie dedicata per Reverendum Dominum Antho- 
nium de Balsac, condam episcopum Valentinensem et 
Diensem, ac tamen capitulum ipsum dictas mittram et 
crossiam dimictet in manibus dicti domini episcopi mo- 
demi, facta débita designatione et descriptione lapidum 
preciosarum et aliorum in eisdem mittra et crossia exis- 
tencium et data ydonea cautione per eumdem dominum 
episcopum, taliter quod intempnitati ecclesie sitpromp- 
sus... y> 

Trois documents, que j'ai rencontrés au cours de mes 
recherches, font mention d'une duplex libra et de librae : 

I® Testament de Pierre de Solerio, prêtre, daté du 
8 janvier 1 502. a ... Item voluit jussit et ordinavit idem 
testator, dici et celebrari, die qua ejus cadaver eccle- 
siastice tradetur sépulture, unam missam et dari pres- 
bitero ipsam dicenti et celebranti duos grossos monete 
currentis et aliis officiantibus duplicem libram...[i) ». 

(i) Clausula testamenti Venerabilis viri Domini Pétri de Solerio presbiteri 
Ecclesie Cathedralis, Minutes de Félix Bourjac, f^ 67. 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MEREAUX. l55 

2"* Délibération du 17 novembre 155J : «... Assigne- 
tur... et missam majorem celebravit, duplex libra, tam 
ad manum quam ad petram, que eisdem respective de 
comuni librationum bursa persolventur...(i) -d. 

3** Procuration donnée le 22 décembre 1494 par Jean 
Cussac, avec le consentement de M* Maurice Cussac, 
son curateur. «... Nomine et pro epdem petendum, 
exhigendum et recuperandum a procuratoribus moder- 
nis et olim ipsius Ecclesie Valentie libraSy sibi débitas, 
de tempore^ quo ipsi Ecclesie servivit et de receptis 
quictandum... (2) ». 

Libra était usité, au moins dès le XIIT siècle, avec le 
sens de livraison, de distribution et était considéré 
comme le synonyme de libratio ; on se servait indiffé- 
remment de l'un ou de l'autre de ces deux mots. Pierre 
de Solerio charge ses héritiers de verser au chapitre une 
double distribution et non la valeur d'un double méreau, 
comme des esprits superficiels pourraient le croire, de 
même que Jean Cussac donne pouvoir de retirer les dis- 
tributions lui revenant et non le produit des méreaux 
qui lui auraient été remis lors de sa présence aux offices 
et cérémonies de toute nature. Le premier mot des lé- 
gendes du droit des méreaux capitulaires de St-Maurice 
de Vienne est LIBRA, soit sous cette forme, soit sous 
les formes L, LL LIBRA ne signifie nullement livre^ 
comme on l'a avancé, et n'indique pas la valeur du mé- 



(i) Manuscrit non classé aux Archives de la Drame, fonds du chapitre de 
St-Apollinaire. 

(2) Manuale notarum brevium de Bourjac Etienne, notaire à Valence, f^ 30. 
Archives de la Drôme, E, 3,55a. 



!56 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

reau. LIBRA doit être traduit par livraison, distribu- 
tion. Si les textes n'en faisaient pas foi, le simple bon 
sens indiquerait que LIBRA ne saurait être Tindice de 
la valeur, puisqu'il se trouve sur tous les mèreaux de 
St-Maurice de Vienne, par exemple, quels que soient 
leur dimension et leur type et qu'ils aient été destinés aux 
chanoines, aux pxêtres ou aux clercs. La valeur n'est in- 
diquée sur aucun des méreaux dauphinois actuellement 
connus. 

La sentence arbitrale de 1 509 ne mentionne ni le nom 
usuel, ni la valeur, ni la nature du métal des méreaux dis- 
tribués. M. E. Giraud a donné d'intéressants renseigne- 
ments sur le mode de rétribution des prêtres habitués 
de St-Barnard de Romans (i) ; la majeure partie peut être 
appliquée aux habitués de St-ApoUinaire. Quelques dé- 
tails sommaires sur ces derniers ne sont pas inutiles. 
Aux termes de la sentence arbitrale rendue le 9 septem- 
bre 1 j88 par a Pierre, évesque de Sabine et cardinal », 
la juridiction du chapitre s'étendait d'une manière abso- 
lue sur les chanoines, les habitués et leurs familles, sauf 
les cas de « crimes de fausse date (2), de fausse mon- 
noye, de trahison et d'hérésie » (art. i à 16). L'article 
2} permet aux chanoines et aux habitués de vendre leur 
vin pendant les trois premiers jours et les trois derniers 
jours du ban de l'évêque (j). Aux termes d'une ordon- 



(i) Compositiorit mise en scène et représentation des Mystères des Trois 
Doms, p. 117, note D. 

(2) Probablement falsification de la date des lettres épiscopales. 

(^) Manuscrit de M. Molinier de la Fabrègue et copie de M. Lacroix, v* 
Juridiction spirituelle de Monseigneur. 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MEREAUX. iSj 

nance datée de 1446, l'inventaire des biens des ecclé- 
siastiques décédés, qu'ils soient habitués du chapitre ou 
non, doit être fait parles officiers du chapitre (i). Une 
enquête faite par le doyen, en 1494, démontra que oc les 
bénéfices de Tesglise St- Apollinaire doivent être con- 
férés (estant vacants) par les chanoines aux habitués de 
la dicte église (2)». Ces derniers étaient enfin parfois 
curés de Tune des paroisses de Valence. Le ij" article 
de la sentence de 1509, qui traite de la nomination aux 
cures de ces paroisses, porte en effet «... Etiam si illa- 
rum curati essent canonici aut habituati dicte eccle- 
sie... ». Les distributions du chapitre étaient insuffisan- 
tes pour assurer l'existence des habitués, si modeste 
qu'elle fût ; le cumul était pour eux une nécessité. 

Le j juillet 1509, la sentence arbitrale du jo janvier 
précédent fut lue devant les parties convoquées dans la 
nef de l'église St-Apollinaire. Elle fut approuvée sans 
réserve par l'évèque Gaspard de Tournon et les quatorze 
chanoines dont voici les noms: Claude d'Hostun, pro- 
tonotaire apostolique, doyen ; Christophe de Salhient, 
docteur ez-décrets, prévôt; Charles Pétinot, abbé; Odon 
de Jante, docteur ez-droits, précenteur ; Jean de Beau- 
chastel, sacristain ; François de Seytres ; Michel Boua- 
tier ; Pierre de Vesc ; Antoine de la Colombière ; Fortu- 
natdeSala; Pierre Barthalays; Claude Constant; Nico- 
las Mistral et Guillaume Destrets. Un grand nombre de 
témoins furent présents à l'acte de ratification, afin de le 

(i . Manuscrit de M. Molinier de la Fabrègue et copie de M. Lacroix, v* 
Juridiction spirituelle de Monseigneur, 
(2) Ibid. v« Dignités. 

2« SÉRIE. XXV Volume. — 1891. 12 



i58 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

I 

revêtir d'une authenticité absolue et de lui procurer une 
extrême publicité ; noble François Le Bourcier, bailli de 
Vienne ; Jean de Salhient, bailli et courrier ; René Jou- 
bertf bailli de Valence ; Jean de Arconceyo et Bernard 
de la Chapelle, chanoines de la collégiale de St-Julien de 
Tournon; Ferdinand Romain; Jean Raymond; Jean De- 
lamotte et Jean Royet, docteurs ez-droits; Pierre Rey- 
nier et M® Jean Bonafous, consuls de Valence; Eustache 
de Boyssono et Jean Richard, choriers de St-Apolli- 
naire; Jean des Combes; Pierre Mayaud; Giraud Lam- 
bert et François Barbe, marchands ; Pierre Vernet ; 
Bourjac et Guy Pérouse, notaires « et pluribus aliis 
civibus Valencie » . 

On a voulu fixer d'une manière absolue le chiffre des 
membres du chapitre de St- Apollinaire à 14, dont 5 di- 
gnitaires. L'étude de cette question exigerait de longs 
développements. Un acte du 18 juin IJ72 rappelle des 
bulles pontificales, datées à Avignon du 8 des calendes 
d'octobre 1372, qui déclarent que le nombre des cha- 
noines et des prébendes n'était pas fixé à cette époque ( i ^. 
En 1501, le nombre des habitués s'élevait à ji (2) et, 
en 1509, celui des chanoines à 14. D'après l'inventaire 
fait au XVI r siècle, le personnel du chapitre se serait 
composé, en 15 H' ^^ ^^ chanoines, 23 choriers ou ha- 
bitués, 7 épiphards, 3 manilliers ou sonneurs de cloches, 
I maître horloger, i plieur de chapes ou chasubles, 6 cler- 
geons (}). N'ayant pu vérifier l'exactitude de cette 

(i) Table alphabétique^ etc., t. II, f* 1,310. 

(3) Comptes manuscrits de 1501 aux Archives de la Drôme. 

(3) Table alphabétique, etc., t. I, (• 53. 



DE l'ancienneté DE l'USAGE DES MEREAUX, ibg 

mention, je l'indique seulement sous bénéfice d'inven- 
taire. Certaines distributions étaient faites sur le pied 
de 4 deniers aux chanoines, 5 deniers aux habitués, 
2 deniers aux épiphards, i denier aux clergeons ; on les 
appelait vulgairement les librae IIII, III, II, I. Les lis- 
tes des prévôts et des abbés de St-Félix peuvent être 
dès à présent rectifiées ou complétées à la date de 
1 5 09 ( I ). Christophe de Salhient , qu'elles donnent comme 
prévôt de 1488 à 1 503, était encore pourvu de l'office de 
la prévôté au mois de juillet 1509. Charles Pétinot, 
nom nouveau, figure en qualité d'abbé à la ratification 
de 1509 ; il était déjà abbé de St-Félix en 1507 (2). 
Après la mort de Christophe de Salhient, il devint 
prévôt. 

En résumé, les méreaux capitulaires de St-Apollinaire 
publiés jusqu'à ce jour, d'après leur style et la forme des 
lettres des légendes, paraissent avoir été fabriqués de 
1 5 1 5 à 1550, et si Ton veut préciser davantage de 1 520 
à 1550. Leur valeur et leur destination nous sont incon- 
nues. Bien que S. Fortunat et S. Achillée aient été dia- 
cres tous les deux, d'après la tradition, on peut admettre 
cependant que les dimensions des méreaux sont sensi- 
blement proportionnelles à l'importance du saint repré- 
senté au droit: S. Apollinaire, évêque, S. Félix, prêtre, 



(1) Brun-Durand. Lettre sur l'histoire ecclésiastique du Dauphiné, pp. 17 
et ao. 

(a) Minutes de Bouriac. Procuratorium Dominorutn habituatorum et in~ 
corporatorum Ecclesie Valencie, du 25 août 1507, au sujet de remplacement 
de r « hospitale pro infectis et morbo pestis tactis », lequel ne peut être 
établi que a in loco appeilato en las quatre fons ». 



i6o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

s. Fortunat et S. Achillée, diacres. Peut-être les mé- 
reaux au nom de S. Apollinaire étaient-ils distribués 
aux chanoines, ceux au nom de S. Félix aux habitués 
ou choriers, ceux au nom de S. Fortunat aux épiphards, 
ceux enfin au nom de S Achillée aux clergeons et cor- 
respondent-ils aux librae si nombreuses, dites IIII, III, 
II, I ? En Tabsence de documents écrits, on en est ré- 
duit aux hypothèses ; je n'attache pas plus d'importance 
qu'il ne convient à celle que je viens de proposer. L'i- 
dentité complète de style a fait supposer que tous les 
coins avaient été taillés par un seul graveur. Ce fait et 
l'existence de quelques variétés d'orthographe et de 
dessin, qui sont l'indice de plusieurs fabrications, dé- 
montrent simplement que nos méreaux sont le produit 
d'un même atelier monétaire, qui ne saurait être que 
Romans • 

Jean d'Espinay mourut le :} janvier 1503. Selon 
Molinier de la Fabrègue, Gaspard de Tournon aurait 
fait son entrée à Valence le 8 février 1 50c et promis, ce 
jour-là, aux consuls de cette ville, de maintenir leurs 
privilèges et leurs franchises (i) ; son manuscrit ren- 
fermant bon nombre d'erreurs, cette date pourrait bien 
ne pas être exacte. Quoiqu'il en soit, Gaspard de Tour- 
non paraît avoir été installé dans le courant de Tannée 
1505 (2). Le chapitre ne négligeait aucune occasion 
d'étendre ses droits, dont il se montrait si jaloux. Il est 



(1) Manuscrit de Molinier de la Fabrègue, V» Libertés et privilèges de 
Valence, 

(2) U. Chevalier. Notice chronologico-historique sur les évêques de Va- 
lence. — J. Perrier. Histoire des évêques de Valence. 



DE l'ancienneté DE l'uSAGE DES MEREAUX. l6l 

fort possible qu'il ait profité de la situation et qu'il ait 
commencé à faire frapper des méreaux durant la lutte 
engagée entre Urbain de Miolan et Gaspard de Tour- 
non pour la possession du siège épiscopal de Valence 
et de Die (içoj-içoç). Il me paraît incontestable que la 
fabrication des signa erea a dû recevoir tout au moins un 
commencement d'exécution avant la sentence arbitrale 
de 1 509. On ne comprendrait pas, en effet, que ce do- 
cument en fasse mention, si leur emploi était resté à l'état 
de projet. Il se pourrait donc que l'on découvre quelque 
jour des méreaux capitulaires de St-ApoUinaire un peu 
plus anciens que ceux actuellement connus et qui n'au- 
raient été distribués qu'aux habitués. 

Roger VALLENTIN. 




Ib2 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



LES 



AMIS DE JEAN DRAGON 

^ofeêseur d l'Meadémie 'Protestante 

de 'Die. 



(Suite. — Voir les 90», 91% 93% 93*, 94*, 9^* et 96* livraisons). 



«N/V^^k^>^^«/N^>/>AM^iA^A^ 



XV 

Gédéon du Roux iôii (i). 

Les du Roux qui étaient de Menglon en Diois (2), s'é- 
teignirent au commencement du XVII« siècle en la per- 
sonne d'Alexandre du Roux, gentilhomme de la chambre 
du roi de Navarre, dont la fille Louise, épousa, en 1687, 
Jean Oddede Bonniot, seigneur delà Chivallière et cosei- 
gneur du Vercors. Seulement Tun des fils de ce dernier, 
Antoine Odde de Bonniot, ayant hérité de tous les biens 
de son aïeul maternel releva le nom des du Roux, que 
portèrent ses descendants. Quant à l'étudiant en philo- 
sophie, qui s'est plu à déclarer dans notre album, qu'un 
ami est chose plus nécessaire que Teau et le feu, — 
Amiens magis nécessarius quant igfiis et agua^ - - il 
n'était évidemment pas un Bonniot, mais selon toute 



(i) Fol. 161. 

(a) Commune du canton de Châtillon-en-Diois. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. l63 

vraisemblance^ un fils du gentilhomme de la chambre 
du roi de Navarre, mort avant son père, sans laisser de 
postérité (i). 

XVI 
Gaspar Gayus, DPC (2), 

Les intéressants Mémoires des frères Gajr^ de Die^ 
récemment publiés par M. Jules Chevalier (3), ne disent 
presque rien de cet ami de Jean Dragon, sinon qu'il était 
le fils d'un quatrième frère des capitaines Thomas, Gas- 
pard et Antoine Gay, auteurs desdits mémoires; que son 
père, qui avait nom Daniel est « le premiers des Gays, en 
ceste vylle batizé à Téglize reformée; » que sa mère, qui 
était également dioise et de bonne bourgeoisie, s'appelait 
Jeanne Plante; enfin qu'il était « advoucat » et mourut 
sans alliance. Ajoutons qu'il était un avocat jaloux de son 
métier, car c'est à sa demande, que le Conseil académique 
défendit au professeur Le Fèvre d'exercer la profession 
d'avocat (16 18) (4). 

XVII 

Stephanus Gilbert 161 i (5). 

Avocat et docteur en droit, fils du notaire Jean Gilbert, 
— un des chefs de famille de la ville de Die, qui récla- 
maient en \5jo l'observation des édits favorables aux Ré- 



(i) Arm. du Dauphiné, 
(3) Fol. 179. 

(3) xMontbéliard, 1888, in-S*». 

(4) Aiém, des frères Gay^ 397-300. — Conclus, acad. du 39 juin 1618. 

(5) Fol. 149. 



164 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

formés, — Etienne Gilbert est incontestablement un des 
hommes qui marquèrent le plus dans la bourgeoisie 
dioise, pendant les cinquante premières années du XVII* 
siècle; car indépendamment de ce qu'il fut un des trois 
députés du tiers-état du Dauphiné aux états-généraux de 
1614 et représenta les protestants de cette province, dans 
le synode national de Privas (1612) et dans la seconde 
assemblée politique nationale de la Rochelle (1617), il est 
assurément de ceux qui furent le plus mêlés aux affaires 
de sa ville natale et à celles de son académie ([). 

Entré de bonne heure dans les conseils de la ville de 
Die, Gilbert ne cessa pas, en effet, d'en faire partie jus- 
qu'à sa mort et, pour ce qui regarde l'Académie, après 
avoir contribué à sa fondation, en intervenant, comme 
délégué de ses compatriotes protestants, dans la conven- 
tion du 28 octobre 1604, îl ^^^^ à la doter d'une impri- 
merie, en avançant une partie des fonds nécessaires et 
membre de son conseil ou sénat académique, pendant qua- 
rante ans au moins, il en fut,en trois différentes fois, le rec- 
teur, c'est-à-dire le chef, neuf années durant. Or l'impor- 
tance qu'il acquit ainsi au sein de la population dioise, fut 
d'autant plus grande, qu'il y occupait déjà une large place. 
Tellement, qu'à l'occasion de son mariage avec une de- 
moiselle de Véronne, au mois de juillet 1606, le hautain 
et puissant Gouvernet, qui était de beaucoup le plus grand 
seigneur de la contrée, en même temps que le gouverneur 
militaire de Die, ne crut pouvoir moins faire que de don- 
ner une fête à laquelle on dansa, ce qui lui valut d'être 
censuré par le Consistoire. Quant à la confiance qu'avaient 
en lui ses coreligionnaires, elle ressort clairement de ce 

(i) Mém. des frères Gay, 299. — Conclus, acad. du 39 juin 1618. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. l65 

fait, que les consuls de Die, ayant demandé, en 1634, 
quelques écoliers de racadémie protestante, pour jouer, 
de concert avec les élèves des Jésuites, une pastorale, 
devant Tévêque de Valence, seigneur temporel de la ville, 
dont on attendait la venue^ cette demande ne fut accueillie, 
qu'à la condition expresse , que « le sieur Gilbert, » 
examinerait préalablement la pièce à jouer, pour voir si 
elle ne contenait rien de « contraire au service du roy, à 
« la piété et aux bonnes mœurs.» Ce qui est diamant plus 
à noter, que peu de temps après, Tévêque lui-même appe- 
lait notre avocat à se prononcer sur une proposition à lui 
faite par le seigneur de Vercheny. Il s'agissait d'un échange 
de la terre de ce nom contre celles d' Aouste et de Mirabel ( ï ) 
appartenant à Pévêque, et, bien que l'auteur de la propo- 
sition fût un des gentilhommes protestants les plus en 
vue, Gilbert n'hésita pas à déclarer qu'un semblable 
échange était aussi contraire aux intérêts du prélat, qu'aux 
principes du droit ecclésiastique et du droit féodal (2). 

On ne saurait s'étonner après cela, que Gilbert soit 
devenu juge-maje ou bailli épiscopal de Die, vers 1645, et 
l'on comprend facilement aussi qu'il ait obtenu, sept ans 
après, des lettres de noblesse. Mais il est à remarquer 
cependant, qu'il ne conserva pas ses fonctions judiciaires 
jusqu'à sa mort ; car l'acte de son décès, en date du 6 no- 
vembre 1 653, le qualifie « docteur etadvocat, auparavant 
« juge-maje. » Ajoutons qu'il était alors âgé de soixante- 
six ans et que de son mariage avec Marie de Véronne, il 
eut entre autres enfants, Alexandre Gilbert, sieur de 



(i) Vercheny, commune du canton de SaiJlans; Aouste et Mirabel, commu- 
nes du canton de Crest nord (Drôme). 

(a) Délib. du consistoire de Die (4 août 1606. — Conclus, acad. — Con- 
sultation pour Tév. de Valence et de Die, mss. 



i66 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Sallières et Jean, sieur de Lhommet. Le premier, avocat 
comme son père, le remplaça dans le Conseil académi- 
que et ses descendants devinrent seigneurs de Luc en 
1626 ; Tautre fut Fauteur des seigneurs de Jansac et Tun 
et l'autre portaient pour armes : d'or au chef de sable^ 
chargé d'aune tête d'aigle d'^or^ becquée ^ languéeet arrachée 
de gueules (j). 

XVIII 

Alexander GwjLiEïiivis^ 1611(2). 

Vieille famille de finance et de robe, remontant à Phi- 
lippe Gilliers, trésorier de France en Dauphiné vers i355 
et portant pour armes : d'or au chevron d'azur ^ accompa- 
gné de trots macles de gueules^ avec la devise : Fortitu- 
dine et humilitate^ les Gilliers que certains généalogistes 
font venir du Poitou, étaient en réalité de Romans, et celui 
de qui notre album renferme un autographe, était un des 
fils de Michel de Gilliers, conseiller en la Chambre de 
TEdit de Grenoble, dont la réception à cette charge ne 
se fit pas sans difficultés. Nommé le 29 mars 1608, au lieu 
et place de son père (3), qui s'était désisté en sa faveur, ce 
conseiller ne fut en effet reçu que le 16 août 16 10, parce 
qu'on lui reprochait d'avoir fait élever son fils aîné chez 
les capucins de Grenoble, et c'est probablement pour cela, 
qu'il mit le cadet, Alexandre, à l'académie protestante de 
Die. Comme aussi le jeune homme fut-il peut-être attiré 
dans cette ville, par un de ses grands oncles, Philibert- 



(i) Concl. acad. — Mortuaires de Téglise réformée de Die. — Arch. de la 
Drôme, £,22^7, 3250, etc. — Arm. du Dauphiné. 

(a) Fol. 149. 

(3) Gaspard de Gilliers fut nommé conseiller en la Chambre de TEdit le 
6 août 1599 et reçu le i"* octobre suivant. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 167 

Philippe de Gilliers, ancien maître d'hôtel de Lesdiguiè- 
res, que Ton trouve établi à Die dès 1626 et qui y mourut 
âgé de quatre-vingt-onze ans le 18 septembre i65g (i). 

En tout cas, Alexandre de Gilliers fit ses études à l'aca- 
démie de Die, dont il était un des élèves de troisième 
classe vers 16 19 et c'est à ce titre qu'il a tracé quelques 
lignes dans l'album de Dragon. Pour le surplus, il devint 
seigneur de la maison-forte de Ruinel sur Crépol {2), vers 
1640, c'est-à-dire probablement vers la mort de son père, 
fut successivement capitaine de chevau-légers au service 
du duc de Lorraine et maître d'hôtel du roi de France ; 
enfin n'eut vraisemblablement pas d'enfants de son ma- 
riage avec Isabelle Danus, dame de Bise, car celle-ci 
plaida avec Honorée de Bellujon, baronne de la Bâtie- 
Beauregard, veuve de Gilliers, sa belle- mère, à propos de 
l'héritage de son mari (3). 

XIX 

Stephanus Guerrerius, 161 r (4). 

Autre élève de Jean Dragon, Etienne Guerrier était 
le fils d'un pasteur Jean Guerrier, qui desservait depuis 
quatorze ans au moins l'église de St-Jean-d'Hérans (5), 



(i) Suivant la généalogie des Gilliers, Philibert-Philippe était marié 
avec Diane de Bérenger, fille d'André seigneur de Pipet; tandis que les 
actes de Tétat^civil de Die lui donnent pour femme Rose de Fiat. Peut-être 
se maria-t-il deux fois ? 

(2) Bull. arch. de la Drôme, XIX, 140-150, art. de M. le D' Chevalier. 

— Brun-Durand : Essai hist. sur la chambre de VEdit de Grenoble, 9A~9^' 

— Mortuaires de i église réformée de Die. 

(5) Conclus, acad. — Bull, archéol. XIX, 146. — Arch. de la Dr6me, 
E, 918. 

(4) Fol. 163. 

(5) Commune du canton de Mens (Isère). 



i68 SOCIÉTÉ d'archéologie kt de statistique. 

dans le Trièves, lorsqu'il fut envoyé à la Motte-Chalan- 
con (i), en 1607. Transféré Tan suivant, à Beaumont-lès- 
Valence (2), ce pasteur y mourut, dit-on, au bout de quel- 
ques mois; mais il est plus vraisemblable qu'il retourna 
dans le Trièves, où il desservit pendant quelque temps, 
nous ne savons à quel titre, l'église du Monestier-de-Cler- 
mont (3) -, car neuf ans plus tard (1617), sa veuve était en 
instance pour obtenir le payement d'une somme de « cinq 
escus, » qu^elle prétendait être due à son mari, par cette 
église, et déboutée de sa demande parle colloque de Grai- 
sivaudan, elle obtint gain de cause devant le Synode pro- 
vincial (4). 

XX 

Joannes Imbertus, 16 ii (5). 

Celui qui a signé de ce nom dans notre album, la sen- 
tence : Ama ^to et non fallire^ fa pur ben et lassa dtre^ 
est évidemment le pasteur de Meyras (6) en Vivarais, qui 
obtint en 1621, du consistoire d'Aubenas, un secours de 
dix livres, en considération de ce que les soldats qui 
tenaient alors la campagne contre les huguenots, l'avaient 
non seulement emprisonné sans motifs, quelque temps 
auparavant, mais encore dépouillé de « tous ses meubles, 
ne lui ayant laissé qu'une chemise, brûlé partie de sa 



(i) Chef-lieu de canlon de Tarrond. de Die (Drôme). 
(a) Commune du canton de Valence (Drôme). 

(3) Chef-lieu de canton de Tarrond. de Grenoble (Isère). 

(4) Actes des synodes de Montélimar (1607), d'Orpierre (1608) et de 
Nyons (161 7). 

(5) Poï- "74- 

(6) Commune du canton de Thueyts (Ardèche). 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. lÔÇ 

maison et réduit à telle pauvreté, quMl n^avoit plus le 
sols (r). » 

Ce pasteur qui occupa le poste de Meyras pendant vingt- 
sept ans (1596-1623), s'appelait en effet Jean Imbert, et 
nous pouvons ajouter qu'il avait un fils du même nom 
que lui, qui était étudiant à l'Académie en 1618 et qui 
devenu pasteur de St Just-d'Ardèche (2), en 1620 et de 
Vais, (3) quatre ans après, concourut en !62b pour la 
chaire d'éloquence de cette académie . Seulement le 
professeur de quatrième, Antoine Gresse, lui ayant été 
préféré, il revint à Vais, d'où il fut transféré à Charmes 
en i63o et passé ensuite au service des églises du Dau- 
phiné, il desservit successivement celle de Beaumont-lès- 
Valence, en 1627 et celle de Dieulefit, de (646 à i652, 
qui paraît être la date de sa mort. Ajoutons qu'en i65j, 
Jean Imbert fut chargé conjointement avec Crégut de se 
rendre compte de 1-état de l'académie de Die et notam- 
ment» de la doctrine, vie et mœurs de ses professeurs et 
régents (4). » 



XXI 



Petrus JvLiA^vs^ 16 ri (5). 

Etudiant de première classe en 16 10, Pierre Julien était 
de Saint-Jean-d'Hérans, c'est tout ce que nous savons 
de lui. 



(1) Arnaud : Hist. des prot. du Vivarais^ I, 417. 

(2) Commune du canton de ^ 
( 3) Commune du canton de 

(4) Arnaud : HUt. des prot. du Vivarais, I, 666. — Conclus, acad., etc. 

(5) Fol. 163. 



170 SOCIETE d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



XXII 

Antonius Marchatius Annonaensie^ 161 ( (i). 

De toutes les maximes et sentences que renferme notre 
album, la plus digne d'un ascète est assurément celle-ci : 
Vita nostra^ meditatio mortis esse débet. Elle est de 
Tannonéen Antoine Marcha, étudiant en philosophie 
de Tacadémie de Die, qui n'a peut-être pas laissé d'au- 
tre trace de son passage ici-bas ; mais qui n'en est pas 
moins un membre inconnu jusqu'ici de cette famille 
Marcha, de Saint-Picrreville {2), à laquelle l'auteur des 
Commentaires du soldat du Vivarais (3) a donné quel- 
que lustre. 

Successivement pasteur à St-Etienne-en-Forez, à Bof- 
fres et à St-Fortunat (4), Pierre Marcha jouissait en effet 
d'une réputation de controversiste parmi ses coreligion- 
naires du Vivarais, qu'il représenta au synode national de 
Vitré (16 17), lorsqu'il se convertit au catholicisme en 1620 
et devenu quelque temps après (1622), maître des requê- 
tes de l'hôtel de la reine, puis conseiller au présidial de 
Montpellier (1626), enfin intendant de l'armée royale en 
Vivarais, pendant la guerre civile de 1628, il explique 
d'un mot, le saccagement de sa maison, par les religion- 
naires à cette date, en racontant dans ses Commentaires^ 
que « le roi lui avait accordé une pension de six cents 



(i) Fol. 178. 

(a) Chef-lieu de canton de 1 arrond. de Privas (Ardèchc); 

(3) Ces commentaires ont été publiés en 1626, par M. de la Boissière. 

(4) St-Etienne, chef-lieu du départ, de la Loire. — Boffres. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. I7I 

livres en 1622, qu'il mérita bien par ses services, n'ayant 
aucun égard pour les huguenots ses anciens frères (i). » 
Ce Pierre de Marcha, mourut à Saint-Pierreville, le 3i 
mai 1646. 

XXIII 

Lod, Petrœus, Defcp, 161 1 (2). 

Le nom ainsi latinisé, est celui de Louis de la Pierre, 
<c docteur es lois, » qui fut un des hommes marquants 
de la société protestante dioise, pendant environ vingt 
années des XVI' et XVI I* siècles et qui n'était cepen- 
dant pas diois, semble-t-il, car on ne trouve pas à Die 
d'autre personne de son nom que lui, à n'importe quelle 
époque. En tous cas, il y était commis et député du pré- 
vôt-général de la province, autrement officier de police en 
i5q3, date à laquelle il soutenait contre le seigneur de 
Rottier, dont il avait fait emprisonner le châtelain, que 
certain délit imputé à ce dernier était un cas prévotal 
et, peu d'années après, il avait si complètement acquis 
droit de cité à Die , chez ses coreligionnaires surtout, 
qu'après avoir représenté l'église protestante de cette 
ville, dans le colloque du Diois, en 1602 et dans le Sy- 
node provincial Tannée suivante, il en devint enfin le syn- 
dic en 1607 (3). 

Trois ans plus tard, Louis de la Pierre dont le nom 
figure parmi les signataires de l'acte de fondation de l'aca- 



(i; D' Francus : Voyage autour de Privas, 565-568. — Commentaires, 

«74-75- 
(a) Fol. 159. 

(3) Arch. de la Drôme. E, 3337. — Actes des synodes de Grenoble (1603) 

et d^Embrun (1603). — Conclus, acad. 



172 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

demie de Die (28 oct. 1604), était recteur de cet établisse- 
ment, et son rectorat est le premier sur lequel nous ayons 
quelques renseignements précis, parce que c'est alors 
seulement, que Ton commença à dresser procès-verbal 
des délibérations du Conseil académique,outout au moins 
à coucher ces procès- verbaux dans un registre dit des con- 
clusions académiques. Or, indépendamment de ce que ces 
procès-verbaux montrent que l'ancien officier de police 
devenu recteur, prit à tâche de discipliner la turbulente 
jeunesse qui suivait les cours de l'académie de Die, on y 
relève de curieux détails touchant une société secrète, rap- 
pelant par certains côtés les fameuses abbayes de Bongou- 
vert ou de Malgoulvert, que condamnaient sévèrement les 
synodes. Il y est dit, en effet, que le 10 octobre 1619, 
Louis de la Pierre se plaignit au Conseil académique, 
extraordinairement assemblé, que la plupart des étudiants 
en philosophie s'étaient obstinément refusés à prêter aux 
« loix de Tacadémie, » le serment d'obéissance, qu'il leur 
avait demandé, sachant ce qu'ils avoient fait par ensemble 
a une association appelée prieuré » et qu'ils « ont despuis 
« quelques années en çà, un certain livre, auquel sont 
« contenus plusieurs lois, l'observation desquelles ils ne 
a peuvent, à peine de damnation dans les mains de leur 
« chef, qu'il nomment colonel et auquel livre ils sont 
« signés (i). » 

Instruit de cela, le Conseil académique décida que tous 
les écoliers seraient tenus de prêter le serment d'obéis- 
sance, qui leur avait été demandé, que « lesdites associa- 
« tions seroient rompues entièrement et que les officiers de 
X ceste troupe séditieuse, comme colonel, lieutenant. 



(i) Conclus, acad. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 173 

« secrestaire, prévost et receveur que autres, seroient 
« grièvement censurés, d'avoîr fait une telle conspiration 
« et association illégitime et non authorisée, ains mesme 
« interdite, et d'avoir exigé de l'argent, qu'ils appellent 
(' Morfit^ les uns des autres, lequel est employé par après 
t en festins et desbauches. » De plus, il fut enjoint aux 
membres de cette association, de se dessaisir du livre 
dans lequel étaient écrits leurs statuts et leurs noms ; mais 
tous prétendirent ne savoir ce qu'était devenu ce livre et ce 
n'est enfin qu'après deux longs jours d'admonitions et 
d'enquêtes, que l'étudiant Fallavaux, qui avait d'abord 
prétendu n'avoir « vu ledit livre despuis quatre jours, 
a qu'il avoit esté donné à un homme pour le noyer, » se 
décida à le remettre aux chefs de l'Académie, qui le firent 
aussitôt « réduire en cendres, comme indigne de voir le 
jour. » Ensuite de quoi, tous les étudiants prêtèrent le 
serment qui leur avait été demandé et par lequels ils s'en- 
gageaient à ne former à l'avenir, « aucune telle société, 
quelque nom qu'on lui puisse donner et sous quelque pré- 
texte que ce soit (c). » 

Toutes choses étant ainsi rentrées dans l'ordre, grâce à 
l'énergie de Louis de la Pierre, celui-ci dont le mandat de 
recteur expirait avec l'année r 609, en aurait facilement 
obtenu le renouvellement ; mais soit à cause de son âge 
ou de ses infirmités, soit pour tout autre cause, il déclina 
cet honneur et c'est, en somme, sur sa proposition, que le 
pasteur Vulson de la Colombière fut élu recteur à sa place 
le 4 janvier 1610. Il n'est plus guère question de lui passé 
cette date (2). 



(i) Conclus, acad. 
(2) Ibidem. 

2« SÉRIE. XXV Volume. - 1891. i:i 



174 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

XXIV 

Joh^ RuATus Auraicus (i). 

Etudiant en philosophie de Tacadémie de Die qui, si 
Ton en juge par les mots : Valeet fœlix^ tracés de sa main, 
dans l'album de son ancien professeur Jean Dragon, ac- 
compagna de ses vœux ce dernier partant pour Crest, 
Jean Ruât, appartenait à une famille de la principauté 
d'Orange, qui émigra en Allemagne, aussitôt après l'an- 
nexion de cette principauté à la France (lyoS), et dont un 
des représentants, l'avocat Guillaume de Ruât, décédé 
en 1744, âgé de 66 ans, fut membre du tribunal d'appel 
institué à Berlin en 1706, pour la connaissance en dernier 
ressort, des causes des Orangeois réfugiés (2). 

XXV 

F. Valansonus 1 6 1 1 . 

Bien que les registres de l'académie de Die, le donnent 
comme étant de Montélimar, François Valensan était vrai- 
semblablement de la même famille qu'un marchand Jean 
Valensan, qui remplissait, en 1677, les fonctions de tréso- 
rier de la ville de Die et que deux apothicaires de la même 
ville : Pierre Valensan, dont la veuve Marie Gay, épousa 
en secondes noces le médecin bel esprit Samuel Benoit et 
André Valensan, qui fut censuré au mois de mai 1602, 
par le consistoire de Die, pour avoir « osté ses drogues de 
la devanture de sa boutique, » au moment de la proces- 



(i) Fol. ao. 

(a) Conclus, acad. — E. Arnaud: Hist, desprot. du Comtat, II. 398. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON Ijb 

sion des Rogations et « mis incontinent un réchaud avec 
de la braise, où il mit d'encens dedans pour parfumer 
ceux qui fesoiedt ladite procession (i). » 

Dans tous les cas, cet ami ou plutôt cet élève de Dragon, 
qui faisait sa philosophie en 1610, ayant ensuite fait sa 
théologie, comme a escolier entretenu par le colloque du 
Valentinoîs (2), » devint pasteur de Ghâteauneuf-de- 
Mazenc (3) en 16 17 et transféré, peu de temps, après au 
Poêt-Célard (4), autre localité de la .même région, il s'y 
trouva presque aussitôt dans une situation d'autant plus 
difficile, que la conversion du seigneur de ce lieu au catho- 
licisme, dans les commencements de Tannée 161 9, lui fit 
perdre une grosse partie de son traitement et qu'ayant 
alors demandé l'autorisation d'abandonner ce poste, on la 
lui refusa. Sur de pressantes instances, le Synode provin- 
cial se contenta de lui accorder un secours de 3o livres, 
qui fut renouvelé en 1620, mais qui était tout à fait insuf- 
fisant et ce n'est en somme, qu'après plusieurs années 
d'une existence précaire, qu'il fut envoyé du Poët-Célard 
à Taulignan (5), où l'attendaient d'autres difficultés (6). 

Dans ce nouveau poste, Valensan eut, en effet, d'autant 
plus de difficultés et d'ennuis, que le marquis de Grolée- 
Viriville, seigneur du lieu, était ouvertement hostile aux 
réformés et que Ton avait souvent contesté à ces derniers 
le droit d'exercer publiquement leur culte à Taulignan. 
Un moment emprisonné en i632, sous prétexte d'infrac- 



(i) Fol. 118. 

(2) Conclus, acad — Mém. des frères Gay, 203. — Délib. du consis- 
toire de Die. 

(3) Commune du canton de Dieuleât (Drôme). 

(4) Commune du canton de Bourdeaux (Drôme). 

(5) Commune du canton de Grignan (Drôme). 

(6) Actes des synodes de Gap (16 19) et de Briançon (i6ao). 



176 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

tions aux édits, il lui fallut se pourvoir auprès du Conseil 
du roi, pour obtenir son élargissement et encore les déci- 
sions de ce Conseil, ne le mirent-elles point à Tabri, d'au- 
tres tracasseries, qui aboutirent à Tinierdiction de son 
ministère à Taulignan, par arrêts en date des 3 mai, 19 
juillet et 16 décembre lôSg (i). 

Passé alors au service des églises de Provence, qui le 
chargèrent en 1643, d'une mission auprès du roi et qu'il 
représenta l'an suivant dans le synode national de Cha- 
renton, notre pasteur desservit celle de la Coste (2) jus- 
qu'en i66i,date à laquelle étant revenu dans sa province 
natale, il fut nommé au poste de Nyons, qu'il occupa jus- 
qu'à sa mort arrivée en i655 (3). 

Jean Valensan, son fils, que l'on trouve pasteur à Serres, 
de i652 à 1667, eut le 7 novembre i656, de Suzanne 
Laurens, sa femme, un fils nommé Daniel. 

XXVI 

Vercoyranus (4). 

Vercoiran est un petit village des Baronnies, dont les 
des Massues, héritiers des d'Eurre, étaient seigneurs au 
X VP siècle et François des Massues, seigneur de Vercoiran 
et de Ste-Euphémie (5), co-seigneur de Châteaudouble (6) 
est un des bons lieutenants de Montbrun, qui épousa 
en i58o sa fille aînée, Justine du Puy, laquelle le rendit 



(i) Arnaud: Hist. des prot. du Dauphiné^U, 303 01433, 

(2) Commune du canton de Bonnieux (Vaucluse). 

(3) Arnaud: Tous les synodes. 

(4) Fol 26. 

(5) Commune du canton de Buis-lès-Baronnies (DrOme). 

(6) Commune du canton de Chabeuil (Drôme). 






LES AMIS DE JEAN DRAGON. I77 

père d'un fils et d'une fille. Celle-ci, qui avait nom Mabile 
des Massues, et qui finit par hériter de tous les biens de 
sa maison, devint en 1604 la femme de Guy Pape, seigneur 
de St-Auban, dont le père, autre lieutenant de Montbrun, 
a laissé de curieux mémoires sur les guerres de religion 
et son frère est celui qui a signé du nom de Vercq/ranus^ 
dans notre album, quelques mots affectueux pour son an- 
cien professeur Jean Dragon (i). 

Notre Vercqyranus s'appelait donc de son véritable 
nom, Louis-Antoine des Massues de Vercoiran. Ajoutons 
qu'il était de Châteaudouble et qu'il fut promu aux leçons 
publiques, autrement admis à suivres les cours de philo- 
sophie de l'académie de Die, le 18 novembre 1609, en- 
suite de quoi, nous pourrons dire qu'il résulte d'une 
enquête de cette même année 1609, que ses condisciples 
le traitaient de « glorieux. » Ce dont il n'y a pas lieu de 
s'étonner, attendu qu'il n'eût pas été le petit-fils de Mont- 
brun et même tout simplement un gentilhomme de son 
temps, s'il ne s'était pas trouvé dépaysé au milieu d'étu- 
diants, pour la plupart entretenus aux frais des églises de 
la province et destinés, par suite au ministère pastoral. 
Non compris que les rapports de nos fnturs pasteurs avec 
le jeune Vercoiran, ne pouvaient manquer de se ressentir 
des querelles qui divisaient si profondément, en ce mo- 
ment-là le parti protestant dauphinois, ou pour mieux dire 
de la lutte que la noblesse, qui se posait en champion de la 
société laïque, soutenait alors contre l'autorité synodale. 
Cela d'autant plus, que le père de notre étudiant ; Fran- 
çois des Massues, est un des seigneurs protestants qui 
soutinrent le plus énergiquement cette lutte, sous la con- 



(i) Pithon-Curt: 111,621. 



178 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

duite du président Ducros et que le fils suivit les traces de 
son père. Car c'est évidemment du fils, que les historiens, 
qui l'appellent « Le Mas-Vercoiran, gentilhomme du Dau- 
phiné,» racontent, qu'ayant accompagné Ducros, lorsqu'il 
se rendit à Montpellier, sur l'ordre de Lesdiguières, pour 
traiter de la paix avec le duc de Rohan, il se trouvait au- 
près de lui quand des fanatiques inspirés par le ministre 
SufFrein, l'assassinèrent. Seulement « la mauvaise fortune 
voulut que le Mas, qui estoit dans sa chambre, avoit laissé 
son espée dehors, dit Videl, « car s'il l'eut eue, ils n'eus- 
sent pas achevé leur dessein ; et comme il se vid menacé 
d'un pareil traitement, il n'eut point d'autre moyen de 
s'en garantir, que de sauter par une fenestre, dans une 
basse-court, non sans le malheur de se rompre une jambe, 
dont il a esté toujours incommodé depuis. » Or c'est le 22 
février 1622 qu'eut lieu cet assassinat et les généalogistes 
qui prétendent que Mabile des Massues, hérita de son 
frère en 1620, font conséquemment erreur; mais il n'en 
est pas moins vrai que c'est à la mort de ce dernier que les 
Pape-St-Auban devinrent seigneurs de Vercoiran et de 
Ste-Euphémie(i). 



(i) Conclus, acad. — Actes du synode de Veynes (1611). — Vidil : Hist, 
de LetdifuièreSfU, 100, etc. 

(A suivre) J. BRUN-DURAND. 



LE TRièVES ET SON PASSÉ. I79 



LE TRIÈVES 



ET 



SON PASSÉ 



(Suite. —Voir les 84*, 85% 86% 87% 90% 91% 93*, 94% 95* et 96" livr.) 



Lesdiguières se mit aussitôt en campagne et commença 
par s^emparer du château d^Ambel, qu'il donna ensuite à 
garder au capitaine Bastien ; puis, en compagnie de Mor- 
ges et Champoléon, ses beaux-frères, et de Glandage fils, 
il marcha sur Mens où il ne rencontra aucune résistance. 
Il y établit son quartier général. Mais, pendant qu'il y 
était occupé à lever des troupes, il apprit tout à coup que 
Corps venait de lui être pris par les catholiques, sous la 
conduite du sieur de Beaumont, et aussitôt il courut re- 
mettre ce bourg sous son autorité. Il revenait victorieux à 
Mens, quand, en route, on lui annonça que Pellat, co- 
seigneur de St-Maurice, habitant près du bourg et gentil- 
homme protestant en apparence, mais secret partisan des 
catholiques, cherchait à corrompre la garnison du bourg 
et était même sur le point d'y tenter quelque entreprise. 
Aussitôt, l'un de ses caporaux, Le Bayle, reçut Tordre de 
s'emparer du château de Pellat. Celui-ci voulut résister 
et fut tué, les armes à la main, avec quelques-uns des 
siens (i). 

(1) Videl,l. c, p. 17 et 18. 



i8o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Vers la fin d'avril, il alla au secours de Montbrun guer- 
royant dans les environs de Serre et de Gap, puis ramena 
ses soldats à Mens où il prit quelques jours de repos, 
tandis que Montbrun en faisait autant à St-Maurice. Tous 
deux se remirent bientôt en route pour aller s'emparer de 
Vif, dont la garnison catholique les inquiétait. Chemin 
faisant, Lesdiguières prit le Monestier-de-Clermont, après 
avoir taillé en pièces sa petite garnison (i). 

Une nouvelle paix signée à la Rochelle, au mois de 
juillet, et publiée par Tédit de Boulogne, fit remettre pour 
quelques jours Tépée au fourreau aux partis ennemis. 
Pour la France, cette paix devait durer jusqu'en septem- 
bre 1574; mais, en Dauphiné, elle ne fut qu'une trêve 
d'un peu plus d'un mois. Elle ne faisait point, en effet, au 
témoignage de Guy-Allard, les affaires du chef protestant 
dans la contrée ; Montbrun craignait que « son intérêt ne 
fût pas assez puissant pour être compris dans le géné- 
ral (2). » 

Le Trièves fut tranquille pendant la cinquième guerre 
générale, malgré le siège et la prise de la xMure. Pendant 
la sixième, au contraire, il fut très agité (sept. 1574-6, mai 
1576). La défaite de Montbrun fait prisonnier, au pont 
de Blacons (6 juillet 1575), y eut un grand retentisse- 
ment. Les compagnons de ce capitaine, apprenant qu'il 
allait être jugé par le parlement de Grenoble, se rendirent 
à Mens, sur les instances de Justine de Champs, son 
épouse, et, le 5 août, écrivirent à de Gordes et au parle- 
ment. Leurs lettres, pleines de menaces, étaient peu pro- 
pres à faire prendre en pitié celui que l'on entendait dé- 



(1) Ubi suprà et Arnaud, 1. c, p. 280 du t. I. 
(3) Cité dans Arnaud, ubi suprà, p. 283. 



LE TRIÈVES ET SON PASSE. l8r 

fendre. Le lecteur va en juger : « S'il advient au dict sieur 
de Montbrun, y était-il dit, aultre traictement que celuy 
qu'on aacoustumé faire aux prisonniers de guerre. .., nous 
en aurons revanche, non tant seulement pour les prison- 
niers que nous tenons en grande quantité, mais par le feu 
et tous autres moiens les plus cruels que nous pourrons 
pencer comme nous en avons des moiens beaucoup et 
Tesperons d'heure à aultre plus grands ». Plus sauvages 
encore étaient les menaces qu'ils adressaient au parle- 
ment : a Messieurs, estant assemblés en ce lieu, a la re- 
quesie de Mademoiselle de Montbrun, pour traicter d'une 
trefve de laquelle elle nous a faict rechercher, nous avons 
été advenis que vous procédiez au procès de Monsieur de 
Montbrun, comme criminel... Nous vous declairons que, 
en cas qu'il mesadvienne au dict sieur de Montbrun, nous 
sommes résolus de n'entendre en aulcunepaix ni trefve. 
Mais estant le dict sieur de Montbrun traicté comme l'on 
nous a faict entendre, il ne demeurera aulcun papiste de 
quelque qualité soit qui ne rescoive le mesme traicte- 
ment Nous gaignerons le devant usant de feu et de 

toutes espèces de cruaultés que nous porrons contre tous 

ceulx et par tous les lieux que nous porrons De Mens, 

le V" d'aoust 1675. » Parmi les signataires de ces let- 
tres, on lit les noms de Lesdiguières, Morges et Champo- 
léon (i). 

Le parlement décida, le 8 août, qu'il ne répondrait 
point à cette seconde missive et, quatre jours après, con- 
damnait Montbrun à mort. La sentence fut exécutée le 
lendemain. 



(1) Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières, par le comte 
Douglas et J. Roman, t. I, f). 3 et 5. 



l82 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Aussitôt que la fin tragique de leur chef fut parvenue 
jusqu'à eux, les gentilshommes réformés, encore réunis à 
Mens, lui donnèrent Lesdiguières pour successeur. Ce 
choix, fait surtout par les compatriotes et amis du nouvel 
élu, n'obtint pas l'assentiment des autres capitaines du 
bas Dauphiné, car tous se croyaient un droit égal au com- 
mandement et méprisaient la jeunesse de celui qui avait 
cependant déjà donné tant de preuves d'habileté et de cou- 
rage et à qui la fortune réservait un si brillant avenir (i). 



CHAPITRE VI 

SUITE DES GUERRES DE RELIGION 

Malgré les tracasseries mesquines des Désunis contre 
lui, Lesdiguières ne perdit point de temps, après sa nomi- 
nation, et sut tirer avantageusement parti d'une trêve, 
conclue entre les protestants du Dauphiné et de Gordes, 
pour rétablir la discipline dans son armée. Il défendit sur- 
tout à ses soldats de causer aucun préjudice aux habitants 
des campagnes et aux marchands (2), ne négligea rien de 
ce qui pouvait lui amener des partisans. 

En même tempsque Lesdiguières se fortifiait dans Mens, 
la réforme s'y organisait sur des bases solides. Elle y avait 
alors deux pasteurs Fabry et Cante, puis Suriau. (>es 
derniers recevaient un traitement fixe, payé par tiers et 
considérable pour l'époque. Une assemblée de la com- 
munauté, tenue le 5 janvier 1694, fixa celui de Cante à 



(1) Arnaud, 1. c, t. I, p. 341. 

(2) Ubi suprà, p. 342. 



LE TRièVES ET SON PASSÉ. l83 

cent-vingt écus, à quatre celui du diacre et à trois écus, 
douze sols celui du sonneur de la cloche. Une autre as- 
semblée de 1697, décida que, pour payer Fabry, on 
prendrait quarante-deux écus sur les revenus du four 
banal et, vingt-sept sur ceux du treizain : ce qui ne faisait 
qu'une partie de ses gages (i). Les guerres civiles n'em- 
pêchaient pas, on le voit, les protestants de veiller 
constamment à leurs intérêts. Ils avaient su se constituer 
habilement une organisation complète et forte. 

Des troupes des deux partis traversèrent à plusieurs 
reprises le Trièves pendant la sixième guerre, qui vit la 
prise de Corps et d'Ambel par Centurionne, Tun des ca- 
pitaines de de Gordes (2). La paix signée à Bergerac (17 
sept. i5i7) fut difiScilement acceptée par les réformés 
dauphinois ; leurs chefs étaient les premiers à s'en plain- 
dre. Plusieurs conférences eurent lieu entre eux et les 
catholiques pour arriver à une entente. Celle de la Mure, 
où assistaient, pour les premiers, Fabry, Frize et Lesdi- 
guières avec plusieurs gentilshommes, se passa en récri- 
minations de part et d'autre et échoua (20 mai 1579). 
Celle du Monestier-de-Clermont, où Morges figure parmi 
les délégués protestants, fut plus heureuse. On y convint 
que les réformés renonceraient à toute expédition armée 
et n'empêcheraient plus à leur profit la levée des impôts. 
Mens resta sous l'autorité royale (3). 

Le siège de la Mure par le duc de Mayenne eut lieu 
pendant la septième guerre i58o. Tant qu'il dura, Lesdi- 
guières resta campé avec ses hommes à St-Jean-d'Hérans, 

(1) Mens, Arrêt des committairts délégués pour l'exécution de Védit de 
Nantes (1664) déjà cité. 

(2) Videl, 1. c, p. 8 ; — Chorier, Eût. du D. t. II, p. 679-80. 

(3) Arnaud, 1. c, p. 367 et 375. du t. r. 



284 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

prêt à porter secours aux assiégés. Plusieurs fois il envoya 
des renforts et des munitions à ces derniers. Pour rendre 
son concours plus efficace, il appela à lui les chefs des 
Désunis ; mais ceux-ci toujours guidés par une honteuse 
jalousie travaillèrent à entraver tous ses projets. Ils 
essayèrent même de le mettre à mort et allèrent l'attendre 
sur un coteau, d'où il examinait ce qui se passait à la 
Mure. Prévenu de leur dessein par Fabry, pasteur à Mens, 
« il fait monter ses gardes à cheval, prend le meilleur des 
siens, va droit au lieu où les conjurés l'attendaient, et le 
poussant contre eux, le pistolet à la main pour galanterie : 
Ne vous semble-t-il pas. Messieurs, leur dit-il, qu'un 
homme de cœur monté sur ce cheval n'est pas mal en 
estât de se défendre ? Là dessus il descend pour ce qu'ils 
estoient tous à pied, les salue, et, par sa résolution, leur 
fait perdre l'envie d'exécuter leur dessein (i). m Les enne- 
mis du vaillant capitaine furent humiliés et non changés ; 
car ni le spectacle du courage, ni celui de la générosité 
ne peuvent toucher des hommes, dont l'égoïsme et les 
mesquines rivalités occupent et l'esprit et le cœur, ils ne 
font que les irriter d'avantage. 

Lesdiguières fit tout ce qui était en son pouvoir pour 
prévenir la chute de la Mure. Le sieur de Bressieu étant 
venu vers lui de la part du roi de Navarre, il écrivit aux 
communautés et aux chefs protestants pour les inviter à 
se réunir à Mens (i" novembre) : « Messieurs, leur disait- 
il, estant le sieur de Bressieu arrivé en ces quartiers de la 
part du Roy de Navarre, et ayant eharge de sa Majesté 
de proposer plusieurs choses pour le bien de ceste pro- 
vince, j'ai advisé, par délibération du conseil, et suivant 



(1) Videl,!. c, p.63. 



LE ÏRIÈVES ET SON PASSÉ. f85 

le pouvoir que j'ay dudit Roy, de convoquer une assem- 
blée généralle en la ville de Mens, au V' jour de ce moys ; 
de quoy je vous ay bien voulu advertir, vous priant ne 
faillir mander vos députez audict jour avec ample pouvoir 
nécessaire en ce faict, bien signé et cacheté. Sur ce, après 
vous avoir salués de mes plus humbles et affectionnés 
recommandations, je prie Dieu, Messieurs, vous donner 
en parfaite santé heureuse et longue vye (i). » 

Pour donner plus de poids à son invitation, il annonçait 
que la garnison de la Mure avait dû abandonner la ville 
et se réfugier dans la citadelle ; mais tout fut inutile, ras- 
semblée ne put avoir lieu ; du moins nous n'en trouvons 
nulle trace. 

Les rivalités des chefs réformés les rendirent mal- 
heureux à la Mure et presque partout pendant cette 
campagne ; aussi acceptèrent-ils avec empressement la 
paix qui leur fut accordée par le traité connu sous le nom 
de Conférence de Fleix {26 novembre i58o). Ceux du 
Dauphiné, mécontents de ce qui leur était donné, 
continuèrent encore les hostilités dans certaines contrées. 
Au printemps suivant, ils tinrent de nombreuses réunions 
à Die et à Gap d'abord, puis à Mens afin d'arriver à une 
entente sur l'exécution du traité. Les pourparlers furent 
longs et laborieux, d'après Videl (2) ; le parlement et le 
lieutenant du roi demandaient qu'avant tout les troupes 
protestantes fussent licenciées, à l'exception des garnisons 
de Serres et de Nyons, qui demeuraient aux protestants 
comme places de sûreté ; que la citadelle de Puymore cons- 
truite par Lesdiguières près de Gap et les fortifications de 

(1) Actes et correspondance de Lesdigutères, au sup. d* CCCXCVII. 

(2) Documents inédits dans )a Vie de Soffrey de Calignon, p. 24 et 
suivant. 



i86 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

sa maison dans la même ville fussent rasées ; enfin le 
dernier édit de paix devait seul être vérifié. Galignon et 
Ségur, délégués des chefs réformés toujours réunis à 
Mens, essayèrent à plusieurs reprises de faire prévaloir 
leurs prétentions dont l'acceptation aurait fait de ce traité 
de paix le plus avantageux qu'ils eussent jamais obtenu. 
Les démarches des deux députés demeurèrent sans résul- 
tat. Un moment même on crut les négociations entièrement 
rompues ; mais encore cette fois, la désunion du parti 
amoindrissant ses forces, toutes les propositions du par- 
lement furent acceptées et la paix conclue au mois d'août 
(i58i). 

Depuis sept ans, les chefs des désunis refusaient de 
reconnaître l'autorité de Lesdiguières et continuaient à se 
livrera des intrigues désastreuses pour le parti. Plusieurs 
fois, ils s'assemblèrent pour s'entendre sur le choix de 
celui qu'ils placeraient à leur tête ; mais leur ambition 
personnelle les aveuglait trop pour qu'ils s'accordassent. 
Cependant Calignon sut habilement à la fin les amener 
à élire celui dont ils ne voulaient à aucun prix. Furieux 
de s'être laissés surprendre et des faveurs que Henri IV 
avait accordées à ce capitaine, ils résolurent de se défaire 
lâchement de lui et chargèrent un soldat de l'exécution de 
leur honteux projet. Celui-ci reçut un cheval et cinq cents 
écus pour prix de son crime. Il alla trouver Lesdiguières, 
qui résidait pour lors à Mens, et lui demanda à s'enrôler 
parmi ses gendarmes. Le jeune, mais toujours habile chef, 
prévenu de ses desseins, le reçut très bien, l'admit à sa 
table, le convia à une partie de chasse et l'appela auprès 
de lui, après avoir défendu à ses gens de le suivre à une 
distance moindre de cinq cents pas. Insensiblement il le 
conduisit dans un endroit écarté du bois appelé Blache- 



LE TRIÈVES ET SON PASSE. 187 

Paillet, sur le territoire actuel de la commune de St- 
Baudille-et-Pipet. Là,se tournant brusquement vers lui : 
« Mon cavalier, dit-il, voicy un lieu tout propre quand 
Ton veut se deffaire d'un homme. » Le soldat rempli 
d'effroi et de honte par ces paroles se jette à ses genoux, 
lui avoue tout et demande grâce. Lesdiguières le reprend 
en lui pardonnant et, le lendemain, le renvoie vers les 
siens avec ce message : « Mon gentilhomme, faites mes 
recommandations à ceux qui vous ont envoyé ; et leur 
dites qu'ils nesauroient se deffaire de moy, sans perdre le 
meilleur amy qu'ils ayent. » Cette généreuse conduite et 
Pinutilité de leurs criminels desseins firent enfin changer 
d'avis aux désunis; ils se soumirent à celui sous les ordres 
duquel ils devaient remporter tant de victoires (i). 

Les protestants de Dauphiné venaient de se donner un 
maître, ils pouvaient tenter une nouvelle guerre, et ils le 
firent, lorsqu'à la mort du duc d'Anjou, le cardinal de 
Bourbon eut été déclaré successeur de Henri IIL Lesdi- 
guières lui-même donna le signal des hostilités» dans la 
province, après avoir reçu du roi de Navarre la moitié 
d'une pièce d'or, suivant ce qui avait été convenu entre 
eux (juin i585). 

La Valette, précédemment envoyé en Dauphiné par 
Heqri III pour combattre les protestants, voulait jeter 
des troupes dans le Trièves, dont la possession lui parais- 
sait importante ; mais le Renard dauphinois le prévint et 
fit avancer ses soldats jusqu'au Monestier-de-Clermoni, 
où un combat s'engagea entre les deux troupes. Les pro- 
testants perdirent quatre-vingts des leurs et durent se 
replier sur le pont de Brion. La Valette essaya inutilement 

(1) Videl, Histoire du C. de Letd,, p. 48-9. 



i88 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique, 

de forcer ce passage ; le capitaine Cadet de Charance, à la 
tête des gardes de Lesdiguières, repoussa tous ses efforts 
et Pobligea à renoncer à son dessein. Le baron des Adrets, 
alors revenu au catholicisme, faisait partie de cette expé- 
dition. En entrant en campagne il disait hautement : 
« Qu'il avait fait les huguenots ; mais qu'il voulait les 
déffaire. » Son attente trompée au pont de Brion lui causa 
un violent dépit (mai i586) (i). 

Presque sans prendre de repos, Lesdiguières pourvut à 
la défense du château de Champ et, après des courses à 
Gap et à Nyons, revint dans le Trièves pour s'emparer 
du fort de Cognet. Ce fort défendait le passage du Drac 
et était tombé au pouvoir des catholiques, quelques mois 
auparavant. Le capitaine protestant désirait vivement se 
rendre de nouveau maître de la place, pour pouvoir plus 
facilement communiquer avec Grenoble; il fit donc avan- 
cer ses troupes contre les retranchements et obligea les 
assiégés à se rendre, après avoir fait appliquer un pétard 
à la porte du fort, bien qu'elle fût très élevée au-dessus 
du sol (3i mai 1587) C^)* 

Il s'empara ensuite du château du Monêtier près de la 
xMure et revint à St-Jean-d'Hérans d'où il poursuivit avec 
Maugiron et le parlement de Grenoble des négociations 
pour arriver à une trêve conclue le 12 juin. Mais quelques 
jours plus tard, le roi désapprouva ces négociations et 
écrivit à La Valette qu'il s'opposait à toute suspension 
d'armes: « Ce seroit bien le plus grand desservice, lui 
disait-il, que me pourroient faire mes sujets de Dauphiné, 
que d'accorder maintenant une trêve avec les huguenots. 



(1) Ubi suprà, p. 61-2. 

(2) Ubi suprà. p. 69-70. 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. 189 

voyant qu'ils sont après à faire rentrer en mon royaume 
un très grand nombre d'étrangers (2 i juin) (i). » La guerre 
continua donc, toujours sanglante et archarnée. Le Triè- 
ves cependant en souffrit peu et ne s'en aperçut que par 
les rapides passages du chef huguenot, qui le traversait 
fréquemment pour se rendre sur les points menacés par 
les ligueurs. 

Le seul fait qu'il nous reste à signaler pendant cette 
période des guerres de religion c'est la défaite de la com- 
pagnie de gendarmes que Maugiron avait envoyée fourra- 
ger dans le pays, afin de détourner Lesdiguières de la 
construction du fort de Puymore. Le capitaine Veynes- 
Chichilianne les poursuivit et les défit sur les bords de la 
Gresse, le 25 avril i588(2). 

La guerre proprement dite cessa avec la trêve conclue 
entre Lesdiguières et d'Ornano, lieutenant-général, le 
!•'' avril 1589. Le libre exercice du culte fut confirmé 
aux protestants partout où ils en jouissaient déjà, sans 
que pour cela il pût porter atteinte à celui des catholi- 
ques : dispositions confirmées plus tard par l'édit de 
Nantes (1598). Les réformés devaient se soumettre aux 
règlements de l'église romaine pour ce qui regardait le 
chômage des fêtes commandées e.t des dimanches, payer 
les dîmes au clergé, remplir tous les devoirs extérieurs des 
paroissiens. Ils furent déclarés admissibles à tous les em- 
plois, leurs malades dans les hôpitaux et leurs enfants, 
dans les collèges. Les legs furent autorisés en faveur des 
pasteurs et des écoles. On leur accorda encore d'autres 
faveurs. 



(1) Arnaud, 1. c, t. I, p. 433. 

(?) Arnaud, ubi suprà, p. 457 ; Vide), 1. c, p. 81. 

2« SÉRIE. XXV Volume. — 1891. 14 



igo SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Cette trêve permit aux catholiques de Mens de se faire 
rendre leur église, dont les protestants s'étaient emparés, 
de la faire réparer aux frais de ces derniers, d'après une 
autorisation du parlement, et enfin de rétablir le culte si 
cher à leur cœur (i). 

Ainsi se terminèrent ces guerres funestes, dont, à trois 
siècles de distance, le tableau des maux de toutes sortes 
qu'elles causèrent partout où elles passèrent attriste encore 
le lecteur. On voudrait en perdre le souvenir et n'avoir 
plus à en parler ; mais certaines accusations exagérées ou 
fausses nous forcent à le faire pour les réfuter. 

A en juger d'après les auteurs protestants, et surtout 
d'après la Statistique du pasteur Blanc, les catholiques 
furent toujours les plus inhumains ; si les protestants pri- 
rent les armes, se livrèrent à des actes répréhensibles, 
c'était pour défendre leur vie, leur honneur, leurs biens. 
Ils le firent encore pour obéir au désir de venger les trai- 
tements barbares reçus de leurs adversaires. Il est vrai, 
doit-on dire devant ces reproches, que de la part des 
catholiques il y eut des excès blâmables ; leurs chefs mili- 
taires trop souvent traitèrent les ennemis et les habitants 
des pays qu'ils traversaient en agissant suivant les mœurs 
de l'époque, mœurs qu'avec raison nous jugeons barbares. 
Le peuple lui-même ne sut point rester toujours dans de 
justes bornes, quand il s'agissait de défendre une église, un 
cimetière, une croix on un oratoire vénéré de l'envahis- 
sement des protestants, ou d'une sacrilège profanation. 
Mais quelle que fût alors leur indignation, nous n'avons 
pas cependant appris que des catholiques eussent froide- 
ment enterré un pasteur protestant jusqu'au cou et se 

(!) Mens, arr^Méjà cité. 



LE TRIEVES ET SON PASSÉ. IQI 

fussent servis de sa tête, comme d'un but, pour jouer aux 
palets, ainsi que des soldats huguenots firent au curé de 
Molines, dans le Queyras (i). M. le pasteur Arnaud (2) 
nous apprend encore un fait de sauvage barbarie, dont 
les catholiques surent toujours se garder : v Le 28 sep- 
tembre, dit-il, les protestants s'emparèrent de St-Paul- 
Trois-Châteaux et y commirent un meurtre, au rapport 
de Boyer de Sainte-Marthe, dans la personne du chanoine 

Reverdit S'étant saisis de lui, ils le forcèrent à dire la 

messe dans une chapelle de la cathédrale, pendant quMls 
creusaient son tombeau devant le marchepied de Tautel. 
« Cet affreux appareil ne Tempêcha pas d'achever la messe, 
dit Boyer, après laquelle il protesta hautement qu'il souf- 
frirait plutôt tous les tourments des martyrs que de trahir 
sa religion et de renoncer à la foi en J.-C. Dans le même 
instant, il fut égorgé et jeté à demi-mort dans cette fosse, 
où il fut enterré (1577). » La cruauté et la tyrannie du 
baron des Adrets et de ses lieutenants à Grenoble, en 
1662, sont trop odieuses pour que nous renvoyions le 
lecteur au récit qu'en a donné M. J.-J.-A. Pilot (3). 

Trompés sans doute eux-mêmes, les auteurs déjà cités 
donnent encore comme règle générale ce qui n'était que 
l'exception et écrivent que partout les protestants furent 
opprimés dès qu'ils parurent. Pour être plus vrais, ils 
auraient dû dire que les disciples de Luther et de Calvin, 
peu nombreux d'abord dans une localité, dissimulaient 
leurs croyances. A mesure que leur nombre croissait, ils 
se découvraient avec des tendances à l'oppression et vou- 

(1) Histoire géographique du diocèse d'Embrun, par le père Albert, 
p. 71. 

(2) L. c, t. I, p 355. 

(3) Annuaire de la cour royale de Grenoble pour Vannée 1842. 



iga SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

laient être les seuls maîtres, les seuls libres. Les décisions 
prises par le synode de Valence, en 1 563, et énumérées 
plus haut en sont une preuve. Il serait facile de citer une 
foule de traits conservés par la tradition locale ; mais nous 
nous contenterons du suivant raconté par Chorier : « Si 
les catholiques n'avoient pas de la modération dans Gap, 
les Huguenots en avoient moins encore dans Corps. Ils 
s'assembloient dans la même église où les Catholiques 
faisoicnt le service divin: leur ministre prêchoit en même 
temps que le prestre estoit à l'autel ; et l'autel n'estoit pas 
inviolable à l'insolence de quelques-uns d'entre eux. Ils 
estoient les plus forts, et si Maugiron n'avoit interposé son 
autorité, d'une si mauvaise cause seroient nez de pires 
effets. Il fit rendre aux Catholiques leur église, et infor- 
mer contre les coupables de ces impiétés, et contraignit 
les Huguenots de s'assembler ailleurs (i). » 

Vouloir répondre à toutes les fausses accusations por- 
tées contre les catholiques nous éloignerait de notre but ; 
les meilleures preuves elles-mêmes ne seraient pas tou- 
jours écoutées. Il vaut mieux faire connaître les faits 
exactement et leur langage est la plus éloquente des 
réfutations. 

(1) Hist. du Dauph., t. Il, p. 718. 



CA continuer) 



A. LAGIER. 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINÉ. igS 



DICTIONNAIRE 



DES 



DEVISES HERALDIQUES, NUMISM A TIQUES, HISTORIQUES 

ET FANTAISISTES DU DAUPHINÉ 



Il Ot C I I 



(Suite. —Voir les 90% 91% 92*, 93% 94', 95* et 96« livraisons). 



T 

694. — Tant qu'il luira. — Des Airichs (CH). 

695. — Tant soleil LUIRA, TANT Gardiergardera. 
— Robert du Gardier. 

696. — Tendit ad gloriam. — De la Fayolle (Cf/). 

697. — Tendit ad sidéra virtus. — De Séguins de 
Cabassole et de Séguins-Cohorn de Vassieux (fi). 

698. — Tenui meditatur avbna. — Avène ou 
Aveyne (CH). — Devise tirée de la première églogue 
de Virgile. 

699. — Terrail ! — Cri du chevalier Bayart (fi). 

700. — Te stante florebunt. — Galifet. — Dict. 
(je Guy Allard. 

701 . — Testantur victorie signa. — Sur un jeton 
d'Henry d'Altessan, bally du Dauphiné (1565). 

702. — Tienne, quoiqu'advienne. — De Thien- 
nes (fi). 



194 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

703. — TiMERE VEL MUTARE SPERNO. Mcffray 

de Sésarges. 

704. — Tôt in corde quot in armis. — Alleman 
(CH). 

705. — TÔT ou tard VIENNE. — De Vienne (fi). 

706. TOTS POUR ELX, TOTS PAR ELLES. D'Es- 

taing de Saillans (6). 

707. — Toujours! — DeChissé (CH). 

708. — Toujours en ris, jamais en pleurs. — 
Henri ou Henry. — C. ne donne cette devise qu'à la 
famille bretonne de ce nom. 

709. — Toujours prest. — De Ruolz de Fonte- 
nay (fi). 

710. — Toujours Vercors I — Cri des Faure de 
Vercors. 

711. — Tout a tout. — De Gratet du Bouchage 
(CH). 

712. — Tout AU travers. — La Forêt de Divonne 

(6). 
71 j. — i Tout bien avienne. — De Vienne (fi). 

714. — Tout DROIT. — Du Motet [CH). 

715. — Tout est beau. Du Parc de Locmaria. 

716. — Tout flotte. — De Flotte {CH). 

717. — Tout par grand amitié. — Pourroy de 
TAuberivière et de Quinsonnas. — C. donne cette 
devise aux La Porte, mais avec la variante grande 
amitié. 

718. — Tout sans contrainte. — Cordon. 

719. — Tout vient a point. — Blanc de Chapteuil 
{CH). 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINE. igb 

720. — Transire benefaciendo. — Mure de Lar- 
nage (B). 
721. — Travail. Prospérité. Union. Secours. 

— Sur le diplôme de la Soc. de bienf. mutuelle des 
Boulangers de Grenoble. 

722. — Trino omnia et UNO. — Guerin [CH). 
72}. — Tu ES BON fils. — Bonfils de Lapeyrouse 
(C). 

724. — Tu NE CEDE MALIS, SED CONTRA AUDENTIOR 

ITO. — Champier. — C. dit : Redde malis^ sed contra 
ardentior ito ; mais, pris d'un remords, il rétablit ensuite 
cette devise de cette façon : Tu ne cède malis, sed 
contra ardentior ito. 

725. — TuRBANT, SED EXTOLLUNT. — Aymar de 
Grolée-Viriville [CH). — fi. dit Aymon. 

726. — TuRRis FORTissiMA viRTus. — De Fortia 
d'Urban (fi). 

727. — TuRRiSFORTiTUDOMEA. — La Tour-du-Pin. 

728. — TuRRis MEA Deus. — Sur un jeton de Lau- 
rent de Prunier (BulL de la Soc. d'archéologie de la 
Drôme, 1884). . 

729. — TuRRisviM REPELLiT. — Toumois de Bon- 
nevalle (C). 

7JO. — TuTUM EST IN TRIFOLIO CUBARE. — Revol. 

— Cette famille porte trois trèfles dans ses armes, et sa 
devise et une allusion évidente à ce passage de Pline, 
où il est dit que Ton ne voit jamais de serpents dans le 
trèfle : Serpentes nunquàm in trifolio aspici (XXI, 88). 

73 I. — TuTUM FORTI PRŒSIDIUM VIRTUS. — De 

Bardonenche (CH). 



196 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 



U 



7J2. — Ulterius ardet. — Colas de la Noue ou 
Colas-la-Fère de la Noue. V Armoriai du Dauphiné dit 
que cette famille porte : d'or^ à j flammes de gueules ; 
B. prétend que c'est : dor^ au chêne de sinople terrassé 
de sable ^ au sanglier du même brochant sur le fût de V arbre. 
Je ne vois pas le rapport qu'il veut établir ici entre le feu 
et ce blason, à moins qu'il n'ait songé au feu qui les 
attend tous les deux. 

7 j j . — Une lo*y fidelle veux. — L' de Villeneuve, 
médecin à Grenoble, anobli en 1 588. 

734. — Une sur TOUTES. — Jacques de Sassenage, 
(en témoignage de son amour pour Sidonie de la Tour). 

735. — Unguibus ET ROSTRO. — La ville de Valence 
(M). 

7j6. — Unicuique sua res. — De Suarez d'Aulan. 

737. — Union Amitié. Travail. Bienfaisance. — 
Sur le diplôme de la Soc, de bienf, des Gantiers de Gre- 
noble. 

7j8. — Union. Amitié. Travail. Prévoyance. 
Bienfaisance. Sécurité. — Sur le diplôme de la Soc. 
de prévoyance La Fraternelle, 

7J9. — Union maintient. — D'Abon (CH). 

740. — Union. Travail. — Sur une médaille de la 
Soc. de secours mutuels d'Embrun. 

741. — Un jour l'auras. — De Loras [CH). 

742. — UnO AVULSO non DEFICIT ALTER. Vulson 

de la Colombière a placé cette devise en tête de sa 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINE. I97 

Science héroïque. Il prend pour emblème deux arbres 
dont Tun est arraché par une main, mouvant d'une nue 
avec cet hémistiche emprunté à Virgile. (CH). — Nous 
avons vu que la devise de sa famille était : In utrumque 
paratus. 

743 . _ Urre ! — Cri de la famille d'Urre (CW). 

744. — UsQuÈ AD ARAS. — Amaud, de Gap (M). 

745. — UsQUEQUO? — Sur un jeton de la Chambre 
aux deniers du Dauphin (1610). 

746. — Utile dulci. — Sur un exrlibris de Tabbé 
Gattel. 

747. — Ut nequeant contra durare féroces. — 
Sur un jeton d'Henri, dauphin et duc de Bretagne, de- 
puis Henri II {Bull, de la Soc. française d^ archéologie^ 
1882). 

748. — UvA NOE. — Botu de Verchères. — C. dit 
Botter de Verchères. 



V 



749. — Vade ADHUc EXPECTABOTE. — De Montal- 
Montsaulnin. 

750. — Vaillance de Barras. — Barras (M). 

751. — Vaillance mène a gloire. — Du Lau d'Al- 
lemans (fi). 

752. — Vaincre ou mourir. — Du Parc de Loc- 
maria. 

75 j. — Valeme dios. — De la Roche- Lambert. — 
C, dit : Vale me dios. 



198 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

754. — VaLENTIOR OMNI FORTUNA ANIMUS. — BaS- 

set {CM). — V Armoriai du Dauphiné dît : animum, 
751;. — Vergy Notre-Dame! — Cri des Vergy. 

756. — Veritas, utilitas. — La Société de statis- 
tique de l'Isère avait adopté cette devise (séance du.. ); 
mais ce projet n'a pas eu de suite. 

757. — Vertu a l'honneur guide. — Baronat 
(CH). 

758. — Vertu et fortune. — Poligni ou Polligny 
[CH). 

759. — Vertu. Union. Fraternité. Zèle. Phil- 
anthropie. Amitié. Travail. Constance. — Sur 
le diplôme du i*" Bureau supplémentaire des Frères 
réunis, 

760. — ViciT LEO. — Du Puy de Montbrun, et du 
Pilhon {CH). 

761. ViCIT LEO DE TRIBU JUDA. — Du Puy de 

Montbrun. — B. a dit : ^ tribu Juda. — On trouve aussi 
cette devise sur une monnaie de François II et de Marie 
Stuart, frappée en Ecosse en 1 560, avec le titre de dau- 
phin de Viennois. 

762. — Vici vicTURUSVivo. — DeTurpin de Crissé. 

— B. a donné la variante; yixi, etc. 

763. — Victoria supra secutus. — De Lacroix 
(J.H), 

764. — Victor! gloria merces. — La Vieuville ou 
la Viefville. 

765 . - VicTRiciA signa secutus. — La Croix (CH). 

— C. dit : de Pisançon. 

766. — ViENNA civiTAS SANCTA. — La ville de 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINÉ. I 99 

Vienne. J'ai trouvé aussi : Vienna sancla cimtas, sur un 
plomb de cette ville. 

767. — Vienna civitas sancta, martirum san- 
guine DEDiCATA. — Sur unc médaille de Charles-Orland 
{BulL de la Soc. d'archéologie de la Drame, 1874). 

768. — Vienna urbs senatoria et civitas sancta. 

— Sur un jeton de la ville de Vienne. 

769. — Vigilantia. — De Gruel (CH). 

770. — Villars ! — Cri des Villars-Thoire. 

771. — ViM FIRMITATE REPELLO. — De Murât de 
Lestang. 

772. — ViNCAM FERRO AUT MORiAR. — Ferrier de 
Montai. 

77 j. — ViNCE FERENDO. — Sur la reliure d'un livre 
d'Ant. Draqui, chanoine de Grenoble (1578J, apparte- 
nante M. Maignien. 

774. — ViNCENTi DABO. — Vincent. 

775. — ViNCET AMOR PATRiiC. — Sur un ex4ibris 
d'Aug. Blanc, bibliophile grenoblois. 

776. — ViNciT AMOR PATRiiC. — Société des Amis 
de la Constitution de Grenoble (1790). 

777. — ViNco DULCEDiNE ROBUR. — Emé de St-Jul- 
lien et Marcieu (CH). 

778. — Vires agminis unus habet. — Le Chev*" 
Bayart [A), — Devise dont le corps était un porc- 
épic. 

779. — Virescitvulnere virtus. — Oronce Fine. 

— fi. donne aussi cette devise au chancelier du Prat. 

780. — ViRESCIT VULNERE VIRTUS ET SINE FINE. 

De Virieu {CH). — Le même auteur a également donné 



200 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

cette devise sans le mot vulnere^ sans doute par er- 
reur (i). 

781 . — Vires dulcedine vinco. — Emé de St-Jul- 
lien et Marcieu [CH). 

782. — ViRESQUE ACQUiRiTEUNDO. — Lesdiguières 
{CH). — (Corps de la devise: un soleil qui se lève 
derrière une montagne). 

783. — ViRTUs cŒLi GRADus. — De Michalon 
(CH). 

784. — VlRTUS CUM PIETATE JUNCTA. — De Jouf- 

froy de Gonsans et d'Abbans, famille à laquelle appar- 
tenait Jouffroy de Gonsans, év. de Gap (1774-77). — 
fi. a dit : Virtute^ etc. 

785. — ViRTus ET ENSis. — Baile la Tour(CH). 

786. — ViRTUs, LABOR ET FATA. — Sur un jeton de 
J. Chastellier, trésorier de France, général de Piémont 
et Savoie (i 5 ç8), — [Revue belge de munismatiquey i88o), 

787. — ViRTus OMNI OBiCE MAJOR, — Sur un ex- 
libris de M. d'Audiflfret. — Audouyn (M). 

788. ViRTUS VENENUMREPELLIT. Bussillet (M). 

789. — ViRTUTE ALTius siDERis. — De Barruel. — 
C. dit:... Sederis. 

790. — ViRTUTE CLARA. — De Clerc de la Devèze. 

791. — ViRTUTE CLARiOR — De Panisse. 

792. — ViRTUTE DUCE. — Du Bourg. 



(i) N'y aurait- il pas là une confusion chez les auteurs cités ? Le mot FINE, 
qui se trouve dans la seconde de ces devises, ne donne-t-il pas le droit de 
supposer qu'elle a éié celle d'Oronce Fine plutôt que celle de la famille de 
Virieu ? 

(A suivre.) G. V ALLIER. 




f Vqtf nf TOVTO v WvOTVWvW« i P^ 



Colonies Dauphinoises 

DE 

L'ABBAYE DE MONTMAJOUR 



A. côté d'aberrations et de fautes nombreuses, notre 
siècle présente des qualités et des œuvres qui lui vaudront 
l'admiration et la reconnaissance de la postérité. Il est le 
siècle de la critique, et de la critique avec toutes ses exi- 
gences. Par suite, il ne se contente guère des récits plus ou 
moins véridiques d'un historien qui affirme sans preuves. 
Il veut remonter aux sources et faire le jour, acquérir, s'il 
se peut, la certitude. 

Pour atteindre ce résultat, nos historiens judicieux recou- 
rent à un double moyen : l'inspection des documents ori- 
ginaux, ou du moins authentiques, quand ils existent, et 
la confrontation des historiens primitifs. Muni de ces 
secours, ils comparent les faits avec les autres faits du 
même temps et du même pays, s'assurent de l'accord de 
tous ces faits entre eux avec ceux des temps et des pays 
voisins. 

Après les faits de l'Ancien et du Nouveau Testament, 
dont le caractère sacré exige une critique à part, spéciale- 
ment respectueuse et subordonnée à une autorité non 
moins sacrée, les faits les plus dignes de notre étude sont 
ceux de notre histoire ecclésiastique. Aussi, les savants 
sérieux d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui en ont tou- 
jours fait l'objet de leurs investigations les plus attentives, 



202 SOCIETE D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

et celles-ci ont principalement porté sur les origines reli- 
gieuses et chrétiennes de la France. 

Un des résultats les plus précieux que Ton a ainsi atteints, 
est la vérification cent fois renouvelée de cette assertion 
arrachée par Tévidence à la franchise d'écrivains non catho- 
liques eux-mêmes : que TEglise a fait la France, et Ta faite 
en la christianisant. 

Pour notre part, quelque restreint que soit le cadre de 
nos études, nous avons souvent été frappé de cette vérité, 
en lisant et exploitant les anciens documents relatifs à 
l'histoire de nos diocèses, notamment ceux que nous ont 
fournis les archives des Bouches-du-Rhône. Aussi, le 
sentiment que nous y avons éprouvé a été celui d'un grand 
bonheur. Français et prêtre catholique, nous ne pouvions 
voir qu'avec une vive joie la véritable Eglise de Jésus-Christ 
répandre ses bienfaits de tout genre, et la France les 
recueillir. 

Or, ce bonheur et cette joie, nous voulons les faire par- 
tager à nos lecteurs. Dans ce but, nous allons donner ici 
ce que les chartes de l'abbaye de Montmajour, conservées 
dans les archives des Bouches-du-Rhône, nous apprennent 
de la colonisation à la fois agricole, sociale et religieuse 
pratiquée en divers lieux de notre ancien Dauphiné par 
les religieux de cette abbaye. De plus, pour rendre notre 
étude un peu complète, nous joindrons aux notions pui- 
sées dans ces archives les notions fournies par d'autres 
documents publiés ou inédits. 

Du reste, afin d'avancer plus sûrement dans l'étude assez 
longue que nous entreprenons, nous irons du général et 
du mieux connu au particulier el au moins connu. Après 
un aperçu sur l'origine et l'histoire de notre célèbre abbaye 
provençale elle-même, nous suivrons la marche de ses 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 2o3 

religieux à travers les comtés et diocèses répondant à notre 
région ; nous verrons quelles sont les localités dauphinoi- 
ses qu'ils ont successivement habitées, les possessions 
qu'ils y ont eues, les églises qu'ils y ont trouvées ou cons- 
truites, les paroisses qu'ils y ont fondées ou desservies. 
Enfin, pour préciser davantage, nous indiquerons, du 
moins autant que possible, l'origine, les principales phases 
et la fin du séjour de ces mêmes religieux dans chacune 
de ces localités. 

I 

Voici d'abord l'aperçu sur Pabbaye elle-même. 

A environ quatre kilomètres au nord-est de la ville 
d'Arles et au milieu de la plaine du Tribon, s'élèvent brus- 
quement deux collines jumelles. L'une est la montagne de 
Cordes, dont les roches entremêlées de broussailles cachent 
une grotte merveilleuse; l'autre, un peu plus considérable, 
est celle de Montmajour {mons major\ que l'antique abbaye 
de ce nom a couronnée pendant de longs siècles, et que 
le voisinage des marais a fait qualifier d'île. 

L'origine de cette abbaye a été l'objet d'opinions bien 
différentes. Les uns la font remonter à saint Trophime, 
premier évêque d'Arles (vers 67) ; d'autres veulent qu'elle 
ait été fondée par un successeur de ce pontife, saint Hilaire 
(429-44.9); d'autres font honneur de sa fondation à Chil- 
debert, fils du grand Clovis, et disent qu'après sa destruc- 
tion parles Sarrasins, elle fut relevée par Charlemagne. 
Mais dom Chantelou, qui a parcouru si attentivement les 
archives de Montmajour et fait l'histoire de cette abbaye, 
Denis de Sainte-Marthe et M. de Marin de Carranrais, 
n'ont guère hésité à rejeter ces origines plus antiques 
qu'autorisées ; en l'absence de tout renseignement précis 



204 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

antérieur au X* siècle concernant notre abbaye, ils en 
racontent ainsi la fondation et les développements. 

Dans la première moitié du X* siècle, quelques hommes, 
poussés par le désir de la perfection chrétienne, se retirè- 
rent à Montmajour. Bientôt ils s'y construisirent un mo- 
nastère, et l'éclat de leur sainteté y attira les foules. Des 
pèlerins grossirent le nombre des religieux et en partagè- 
rent les austérités. D'autres répandirent leurs largesses 
sur le monastère. 

Cependant il restait à donner à ce dernier une constitu- 
tion solide et à choisir ensuite celui des religieux qui diri- 
gerait les autres. Un obstacle s'opposait à cette améliora- 
tion essentielle: la montagne appartenait à Téglise d'Arles, 
et les droits en étaient dévolus au prévôt de cette église. 
Mais une dame noble et riche, appelée Teucinde, prit 
en mains la cause des religieux et se chargea d'aplanir 
les difficultés. Elle obtint de l'archevêque et des prêtres de 
son église l'abandon d'un rocher inculte contre des terres 
riches et fertiles. C'est ce qu'atteste une charte datée du 7 
octobre, la 12' année du règne de Conrad roi de Pro- 
vence, c'est-à-dire l'an 948, puisque ce prince était monté 
sur le trône en août 937. Dès lors, Teucinde donna Pile 
de Montmajour aux religieux et leur assura la propriété 
des fonds du monastère. Elle les leur confirmait encore 
en août 974. 

Mauringus, le premier entre les moines de Montmajour, 
fut revêtu de la dignité abbatiale, et se rendit à Rome. Le 
pape Léon VIII reçut ses vœux, et, en 963, déclara que le 
monastère relèverait immédiatement de l'église Romaine, 
et serait exempt de toute autre juridiction. Depuis lors, 
les frère's et les biens de Montmajour, où l'on suivait la 
règle de saint Benoît, continuèrent à augmenter pendant 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 205 

plusieurs siècles. En fi52 l^abbaye avait des bénéfices 
et des fiefs dans une vingtaine de diocèses, et dans plu- 
sieurs de ceux-ci ces possessions étaient fort considéra- 
bles. Bref, Montmajour était peut-être au XII* siècle la 
plus prospère et la plus riche après Cluny, des abbayes 
répandues sur le territoire que comprend aujourd'hui la 
France. 

Mais ensuite arriva le déclin, Montmajour était bien déchu 
de son antique grandeur, quand un brevet de Louis XVI 
prononça la suppression à perpétuité de son titre abba- 
tial, et unit les biens et revenus qui en dépendaient 
à Tarchevêché d'Arles et aux évêchés de Vence et de 
Glandèves. Le brevet royal, daté du 24 septembre 1786, 
fut suivi d'une bulle de Pie VI consommant la suppres- 
sion, et au moment où éclatait la tourmente révolution- 
naire, Montmajour avait fini d'exister comme abbaye. Il 
ne restait plus à celle-ci qu'à mêler ses ruines à celles 
qu'allaient amonceler sur tant de points de notre France, 
le marteau des démolisseurs et la torche des incendiaires 
de 1793 (i). 

Rien plus aujourd'hui n'anime Montmajour, nul bruit 
n'en réveille les échos. L'œil n'y rencontre que pans de 
murs; beaucoup sont encore imposants, mais leurs pierres 
continuent à se détacher sous l'action des pluies et des 
vents. Toutes choses qui prouvent aux visiteurs les pro- 
portions jadis grandioses du monastère, et leur rappellent 
l'instabilité des choses humaines. 



(i) Arch. des Bouches-du-Rhône, fonds de Montmajour et mss. Chantelou, 
passim; — Gallia Christ., édii. Piolin, t. I, col. 603-19; iqsirum., col. 
103-5 ; — Trichauo, Hist. de saint Césaire^ p. 286-300; Les ruines de 
l'abbaye de Montmajour d'Arles^ p. 7-38 ; — F. de Marin de Carranrais, 
V Abbaye de Montmajour (Marseille, 1B77), passim. 

2* Série. XXV Volume. - 1891. 15 



206 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Ainsi se résume l'histoire générale de Montmajour. 
Quant aux possessions et dépendances de l'illustre abbaye 
bénédictine dans nos diocèses dauphinois, voici, som- 
mairement du moins, ce que nous en savons. 



II 



Dès le temps de Tabbé Mauringus, Montmajour est 
gratifié de biens dans les comtés d'Apt, d'Orange, de 
V'aison, de Trois-Châteaux, de Gap, de Die, etc., comme 
nous l'apprend une charte du 25 février 960. Le don est 
fait par la comtesse Berthe, nièce de Hugues roi d'Italie 
et veuve de Boson comte d'Arles. Il comprend dans le 
comté de Trois-Châteaux (m comitatuqui vocatur Tr[îc\a' 
tefîsé)^ la moitié d'une église dédiée en l'honneur de saint 
Jean [dimidiam ecclesiam que est in honore sancii Joannis 
dedicata) et située en la ville [villa) (i) appelée Tf^eciano^ 
avec toutes ses dépendances; les villes [villas) appelées 
Paterna et Calesp^ et la vallée de Marcèse [vallem Mar- 
ceso\ ce qui a été acheté de Rachel avec toutes leurs 
dépendances, choses et domaines, et tout ce qui doit y 
appartenir [res et mancipia vel quidquid pertinere débet). 
11 comprend dans le comté de Gap [in comitatu qui voca- 
tur Wapinthis)^ une ville (villam unam) dite Dominiaca^ 
avec les dépendances et domaines lui appartenant ou 
devant lui appartenir ; la ville [villam) appelée Molion, 
avec les domaines ou tout ce qui lui y est attaché; la ville 



(i) En traduisant le mot villa d'une manière absolument littérale, nous 
devons faire observer que, dans nos chartes des X', XI*, XÎI' et XÏII* siècles, 
il peut également signifier habitation, hameau^ village, bourg, ville, paroisse, 
dans le sens actuel de ces mots, ou 4ine réunion quelconque d^habitations. 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 2O7 

{pillant) nommée Dîanara{i)^ les choses et domaines ou 
toute chose la regardant ; la ville [villam) nommée Cellulas^ 
avec ses manscs et serfs et serves ou choses lui apparte- 
nant -, la ville {villam) appelée Lanatis^ les choses et do- 
maines; la ville {villam) dite Eta et une autre dite Carci 
Campus^ ainsi que les serfs, et leurs dépendances ; une 
église en Thonneur de saint Pierre avec la ville [villa) 
appelée Marnenno^ les choses et domaines lui appartenant, 
et la ville {villam) dite Cortentia (2), ou quelle que soit la 
possession de la donatrice. La charte n'indique comme 
donné dans le comté de Die {in comitatu Diense)^ que les 
choses et domaines que le père et la mère de la donatrice 
ont conquis {conquisierunf) dans la vallée de Salérans {in 
valle Salaranis) (3), ainsi que tout ce qui dépend ou doit 
dépendre de ces choses (4). 

Le 7 décembre 963, Conrad, roi de Bourgogne et de 
Provence, confirme à Montmajour diverses possessions. 
Or, parmi celles-ci nous remarquons dans le comté de 
Gap la celle ou petit monastère appelé AUemont de Saint- 
Martin {Alamunto Sancti Martini)^ et en un autre endroit 
la celle d'Antonaves {Antunnava), Le 8 décembre 965, le 
même roi, à la demande des religieux de Montmajour, 
leur confirme de nouveau, avec la celle d' Allemont dite de 
St'Martin^ la celle d'Antonaves, dont allait dépendre 
plus tard le prieuré de Lachau, alors du même diocèse 
de Gap. 



(1) Var. Dianava. 

(2) Var. Corlinha. 

(3) Var. Saleranus. 

(4) Arch. cit., mss. Chantelou, p. 91-7 ; — Mabillon, ad ann. 960, 
n* 33 ; — D. Vaissête, pr., ad ann. 9Ô0, t III, xux ; — F. de Marin de 
Carr., op. cit., p. 39-3061147. • 



208 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Enfin, Montmajour avait dès 1 152 Téglise et prieuré de 
St-Léger de Jobia^ autrement de Gobia^ localité formant 
encore avant 1789 une paroisse sous le vocable de St- 
Léger, et faisant aujourd'hui partie de la commune de 
St-Genis, canton de Serres (i). 

Avec cela, nous avons indiqué les colonies religieuses 
de Montmajour dans le Gapençais. Suivons maintenant 
pas à pas nos Bénédictins dans leur marche et leur instal- 
lation plus au nord et toujours à gauche du Rhône. 

Il faut d'abord franchir un assez long espace de temps 
et de lieu sans rien trouver qui se rapporte à notre sujet. 
Mais enfin voici qui l'intéresse, et essentiellement. 

Un don ou accord [donum vel convenimentum) intervenu, 
vers le commencement du XI® siècle, entre l'Eglise Ro- 
maine et un seigneur du Royans, avait réglé que personne^ 
ni laïque ni ecclésiastique, ne pourrait acquérir quelque 
fonds que ce fût dans ledit pays, sauf les religieux de 
Montmajour, qui en avaient reçu le droit de l'Eglise 
Romaine. Ismidon, prince de Royans, petit-fils ou fils 
dudit seigneur, avait reconnu et confirmé la chose, et les 
religieux de Montmajour tenaient à leur privilège. Pour 
mieux assurer celui-ci, Ismidon (2), ami de l'évêché de 
Grenoble, alla trouver Artaud, évêque de cette ville (3), 
et lui conduisit Benoît, abbé de Montmajour (4), accom- 



(i) Arch. cit., mss. cit., pp. 106-10, 782-96 ; — Gallia christ, ^ éd. cit., 
I, instr., col. 103-4; — Bibl. nat., mss. lat , 12, 685, p. 249, cit. dans 
Bull, soc. d'Et. des H. ^ A., I, 265-6; — Arch. des H. -A., G, 127, 143, 
153-6 et 184-5; — Roman, Dict. topogr, des H. -A., pp XXXII et 84. 

(2) Ismidon, prince de Royans et seigneur de Peyrins, vivait en 1025 et 
en \o$2 {Cartul. S. Bar nardi Roman., p&ssim). 

(3) Artaud fut évêque de Grenoble depuis 1036 jusqu*à 1058. 

(4) Benoit siégeait à Montmajour en 1036 et en 1040. Eldebert, son 
successeur, siégeait vers 1042 {Gallia christ., l, cul. 605). 



1 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 2O9 

pagné d'une troupe de ses religieux. Ils lui affirmèrent ce 
que dessus, et le lui prouvèrent par des actes écrits. Le 
prélat, également désireuxde respecter les droits de l'Eglise 
Romaine et de garantir ceux que mentionnaient les actes 
écrits, faisant droit à la demande d'Ismidon et de Tabbé, 
approuva et confirma le contenu de ces actes, avec réserve 
toutefois du cens ecclésiastique. Arbert et Jean du Puy, 
Aloard, et plusieurs autres membres de son clergé, joi- 
gnirent leur confirmation et leur approbation à celle de 
leur évêque. Puis, quelque temps après, ce dernier, vou- 
lant qu'après sa mort on fût. fixé sur la formalité qu'il 
avait accomplie, la consigna dans une charte dont le texte, 
assez incorrect, nous a été conservé (i). Manifestement, 
les religieux de Montmajour s'étaient déjà établis dans le 
Royans avant Tannée 1040, et. nous verrons plus loin 
avec détail les églises et biens qu'ils y possédèrent. En 
attendant, il faut constater qu'ils s'établirent aussi vers le 
même temps dans des contrées voisines. 

En efiet, deux frères, prêtres et chanoines de Romans, 
Arbert et Abo, possédaient l'église de St-Ghristophe de 
Montmiral, qui était d'un revenu considérable. Mais les 
deux chanoines voulurent abandonner la communauté de 
Romans et se faire religieux de Montmajour. Ils don- 
nèrent d'abord à cette dernière abbaye l'église de Saint- 
Christophe, puis reçurent du pape l'autorisation de pro- 
noncer leurs nouveaux vœux. Athénulfe, laïque, leur 
troisième frère, prit aussi l'habit monastique à Montma- 
jour. Mais Téglise de St-Christophe, ainsi cédée à cette 
abbaye, ne lui appartenait pas sans conteste. Adhémar de 



(1) Cartul, s Hug. Gratianop,, A, 34 ; — Gallia Christ., t. XVI, col. 
229-30, instnim.y col. 76-7. 



210 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

* 

Bressieu y prétendait des droits. Les moines, loin de leur 
chef-lieu, ne se souciaient guère de se mesurer avec un si 
puissant voisin. Aussi acceptèrent-ils Toffre que leur fit 
Tabbé de Romans d'échanger Téglise de St-Christophe, 
avec ses dîmes et dépendances, contre la moitié de l'église 
de St-Evode de Parnans, avec ses dîmes et dépendances, 
et des terres situées au lieu appelé Montrond et cultivées 
par Constantin. Cet échange eut lieu du temps de Rolland, 
abbé Je Montmajour, et Tacte en fut dressé à Vienne, en 
novembre 1068 (i). 

L'abbé Guillaume, successeur de Rolland, en conti- 
nua l'œuvre dans notre région en fondant le prieuré de 
Saint- Antoine de Viennois, dont le nom et l'origine exi- 
gent que nous donnions ici quelques. détails déjà assez 
connus. 

■ 

La plupart des hagiographes s'accordent à dire que le 
corps de saint Antoine, après être resté caché dans son 
premier tombeau pendant 170 ans, fut découvert et trans- 
porté à Alexandrie sous le règne de Justinien, puisàCons- 
tantinople, et enfin, au XP siècle, dans le diocèse de 
Vienne en Dauphiné. Après la mort du personnage qui 
avait doté notre région d'un si précieux trésor, ses héri- 
tiers en imitèrent la confiance envers le bienheureux saint 
jusqu'à porter les restes sacrés de ce dernier dans tous 
leurs voyages. Quoique la dévotion seule leur inspirât 
cette pratique, le pape Urbain II la réprouva comme 
portant atteinte au respect dû au corps d'un saint si illus- 
tre, et ordonna à Guignes Didier un des héritiers susdits, 
de confier ce dépôt à une maison religieuse. 

Pour obtempérer aux ordres du Souverain Pontife, 

(i) Cartul. S. Bamardi Roman., n^ i a bis et 13. 



ABBAYE DE MONTMÂJOUR. 211 

Guigues Didier déposa le corps saint dans une église com- 
mencée depuis quelques années au village de la Motte- 
Saint-Didier, qui était de sa dépendance, et travailla à 
achever Tédifice. Sur ces entrefaites, un mal dont on 
avait déjà demandé la guérison à saint Antoine, et qui 
venait de faire une foule de victimes en diverses provin- 
ces de la France, se répandit en Dauphiné. On l'appelait 
le mal des ardents^ le feu sacré. De toute part, on accou- 
rut auprès des reliques de saint Antoine, pour solliciter la 
guérison d^un mal si épouvantable. Bien plus, le nom- 
bre des malades grandissant, un de ceux qui avait des 
premiers obtenu sa guérison, Gaston, seigneur de la 
Valloire, et Gerin, son fils, se consacrèrent, avec d'au- 
tres gentilshommes, au service de leurs pauvres frères 
malades. En même temps, une maison hospitalière assez 
grande pour loger, avec les malades, leurs nobles et gé- 
néreux serviteurs, leur était cédée, à quelques pas du 
sanctuaire. Tout allait changer à ta fois la face du vieux 
village de la Motte-Saint-Didier et sa dénomination. 
On en vint jusqu'à oublier celle-ci. Tant de monde se 
rendait à Saint -Antoine^ que le lieu en porta exclusive- 
ment le nom. 

Cependant, il n'y avait eu d'abord à Saint-Anioine 
d'autre clergé que celui de l'ancienne église paroissiale. 
Evidemment il était insuffisant pour desservir une popu- 
lation croissante et pour donner aux malades et aux pèle- 
rins les soins religieux qui leur étaient nécessaires. Gas- 
ton et ses compagnons n'étaient pas revêtus du sacer- 
doce et se consacraient à une œuvre différente. Com- 
me les Bénédictins de Montmajour avaient déjà des bé- 
néfices et des prieurés dans le voisinage, on leur confia 
le service religieux de Saint-Antoine et ils y eurent dé- 



212 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

sormais une colonie de vingt religieux, un véritable mo-, 
nastère (i). 

Mais, quand et par qui ces religieux furent-ils appelés 
à St-Ântoine ? Ici nous voyons la funeste influence que 
l'esprit de parti exerce sur les historiens. Aynnar Falcon, 
ancien annaliste des Antonins et Antonin lui-même, se 
préoccupait sans doute des longs différends de son Ordre 
avec celui de Montmajour* Il tend à donner à Inorgani- 
sation de Gaston et de ses compagnons en société, l'anté- 
riorité sur rétablissement des Bénédictins de Montmajour 
à Saint-Antoine. Il veut que Guigues Didier ait appelé 
ces moines dans ce lieu seulement après quelques années 
de gestion de l'établissement religieux et hospitalier des 
Antonins par ces nobles et généreux séculiers. Au con- 
traire, dom Chantelou, historien de Montmajour, bénédic- 
tin lui*même, ne manque pas d'accuser Falcon de fiction 
{pro sensu suo) et dit que Guigues Didier appela les Béné- 
dictins aussitôt après l'ordre d'Urbain II, et avant l'éta- 
blissement de l'hôpital. Par une contradiction assez cu- 
rieuse, il attribue ensuite, non seulement à Guigues, mais 
à Didier son père, la donation de l'église de St-Antoine 
aux religieux de Montmajour. Il cite même à l'appui de 
cette attribution un fragment d'acte sans en donner la 
date. Cet acte est de Desiderius Mallenus ; Guigues son 
fils le confirme, et les chevaliers de celui-ci l'approuvent, 
comme porte le texte même. Il est vrai que cette contra- 



(i) « ... Accersitis Benedictini ordinis monasieriique Sancti Pétri Mon- 
tismajoris monachis, certa propinqua bénéficia et prioratus obtinentibus, 
locum ipsum... remisit certisque conditionibus assignavit; et ab eo tempore 
prioratus regularis ordinis Sancti Benedicti eodem in loco esse cœpit, cum 
antea pariochialis ecclesia fuisset secularis. » (Aym. Falco, Anton, histor. 
compendium. f. zliiij a*.) 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 2l3 

diction peut être expliquée ; on peut dire qu'elle est dans les 
termes et non dans le fond; que Guigues Didier, plus 
actif que son père, agissait dans l'affaire au nom de ce 
dernier quand il ne s'agissait pas d'actes absolument déter* 
minatifs de la propriété cédée. Mais, voici des points sur 
lesquels nos historiens s'accordent, et qui fixent la date 
capitale. Après avoir fait de la fondation bénédictine une 
suite de l'ordre donné par Urbain II au possesseur des 
reliques, Falcon et Chantelou ajoutent tous deux : « Com- 
me la cession susdite, d'une chose ecclésiastique par un 
séculier, n'était guère selon le droit et efficace sans le 
consentement de l'autorité épiscopale ou papale, on remit 
l'église antonienne à l'autorité épiscopale, pour que celle- 
ci fîtelle-mêtne la donation aux Bénédictins; et des lettres 
de Gontard, évêque de Valence, administrateur du diocèse 
de Vienne pendant la vacance de ce dernier, remplirent 
les vœux de Guigues. » Or, on sait qu'Urbain II fut élu 
pape le 12 mars 1088, et qu'il s'occupa cette année même 
de faire élire un archevêque de Vienne, qui fut en effet 
élu en la personne de Guy de Bourgogne. C'est donc vers 
la fin de 1088 que vinrent les Bénédictins. De plus, Guy 
confirma la mesure prise par Gontard, et la confirma du 
vivant d'Urbain II, par conséquent avant le 29 juillet 
1099; de sorte que l'établissement à St- Antoine des reli- 
gieux de iMontmajour fut complet et assuré avant la fin du 
XP siècle. 

Avec saint Antoine, ces religieux obtinrent de nombreu- 
ses églises et possessions aux alentours. D'après l'acte que 
Chantelou cite de Didier Mallenus, ce seigneur donne à 
Montmajour, de l'approbation de Guigues spn fils, diverses 
églises situées dans Tarchevêché de Vienne, savoir : celle 
de St-Didier, celle de Sainte-Marie de Montagne et celle 



214 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

de Saint-Marcellin, avec les dîmes, prémices et toutes 
leurs dépendances ; le manse de Gilbert au Port, le lieu 
où le monastère doit être construit (locum in quo monas- 
terium construatur\ avec la ville [villa) et les magasins 
(pfficinis)^ la vigne appelée Plantée, et divers pâturages. 
Mais Falcon n'est pas exactement de cet avis : « Plu- 
sieurs , dit-il, ont prétendu que Guignes Didier avait 
donné aux moines sept églises et leur avait assigné de 
très amples revenus. Ce n'est pas vrai. Il leur donna 
seulement l'édifice commencé de la nouvelle église, avec 
le juspatronat de l'ancienne église paroissiale, qui se 
trouvait et restait comprise dans l'étendue du nouvel 
édifice, plus grand, et le [uspatronat de l'église de Saint- 
Didier. A ce don fut ajouté par Gontard, et confirmé 
par l'archevêque Guy, le don de l'église de Saint-Mar- 
cellin et de celle de Saint-Hilaire. » A vrai dire, Chantelou 
paraît avoir oublié l'acte par lui cité, quand il adhère 
sans restriction à ces paroles de Falcon : « Bernard 
d'Echavagne, moyennant l'autorisation de Tarchevêque 
Guy, donna au monastère l'église de Sainte-Marie de Mon- 
tagne. Un noble du nom de Constantin lui donna la cha- 
pelle de Chapaysia; Nantelme de Monte Lucido et Ponce 
Roux, l'église du lieu de Vinays et le quart de la dîme du 
lieu. Ardenc de Vinay donna l'Eglise de Saint-Jean de 
Fromental et la neuvième partie de la dîme. Enfin, Pierre 
Sofreys, lit-on, donna la part qu'il avait dans les églises 
de Vinays et de Monte Lucido. C'est-à-dire que ces nobles 
donnaient seulement ce qu'ils avaient en ces églises, à 
savoir le juspatronat. » Nos deux historiens ajoutent que 
« les papes LucellI et Innocent III confirmèrent plus tard 
ces donations en y ajoutant les églises de Roybon et de 
Quincivet. » Nous verrons plus loin ce qu'il en est de cette 
confirmation. En attendant, constatons que Falcon recon- 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 2l5 

naît enfin le don, parGuigues Didier, du lieu où le monas- 
tère fut construit, d'une vigne attenante et de divers pri- 
vilèges; par Francon et Mallenus, ses fils, de certaines 
dîmes; et, par ce dernier, de certaines vignes (i). Mais 
constatons aussi qu'il n'est pas facile de bien écrire l'his- 
toire sur des données de seconde ou de troisième main, 
surtout quand elles sont sans date précise et si peu d'accord 
entre elles sur des points essentiels. Fort heureusement, 
nous avancerons maintenant d'un pas sûr, grâce aux notions 
absolument certaines et précises fournies par les chartes 
mêmes de Montmajour transcrites par Chantelou. 



(i) Arch. cit., mss. cit., pp. 578-633 ;— Aym. FALCO, Anton, hist. corn- 
pendiumj fF. xliiij-lîij ; — DASSY, L'Abbaye de Saint-Antoinej p. 13-59; — 
HAURÉAU, GaUia ChrisL, XVI, col. 186-7; — F- DE MARIN DE CARR., 
L'Abbaye de Montmajour ^ p. 44-9. 

{A continuer,) 

L'abbé FILLET 





UN COLLECTIOiEUfi DAUPHINOIS 



AU XVII» SIÈCLE 



L'Abbé de Lesseins et sa Galerie 



Charles de Lionne, plus connu sous le nom d'abbé de 
Lesseins, était fils de Hugues de Lionne, seigneur de 
Lesseins, Aouste (en Graisivaudan), Triors et Flandènes, 
conseiller du roi au Parlement de Grenoble, et de Clé- 
mence de Claveyson, dont le père, Charles de Claveyson, 
avait été gouverneur de Romans sous Louis XIIL Ar- 
thus de Lionne, le saint évêque de Gap, était son oncle, 
et le célèbre Hugues de Lionne, ministre d'État de Louis 
XIV, son cousin germain. 

Il naquit à Romans en 1626, et, grâce à la haute situa- 
tion de sa famille et à la grande considération dont elle 
jouissait, tant en province qu'à la cour, Tabbé de Lesseins 
ne tarda pas à être comblé de dignités et d'honneurs. Il 
devint de bonne heure chanoine - sacristain de l'église 
St-Barnard, prieur de St-Marcel-lès-Sauzet, d'Antona- 
ves, de Ballons, de Lachau, de Beaumont, autant de 
prieurés qu'il ne vit probablement jamais. Il avait été 
pourvu du prieuré de Saint-Romans, sur la résignation 
de Pierre Pouchon, par bulle du 25 février 1647 ^ ^^ ^^^'^^ 
de Nacon (sur St-Pierre-de-Chérennes, près de Pont-en- 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. Ilj 

Royans), par lettres de la vice-légation d'Avignon dp 14 
septembre de la même année ; et enfin, de celui de Vif, 
par provisions émanées de la même chancellerie, le 8 juin 
1678. Mais le précédent titulaire, Pierre de Bocsozel 
de Montgontier, frère du commandeur de St-Paul-lès- 
Romans, qui avait résigné son bénéfice dans l'intention 
d'en faire pourvoir un de ses neveux, se voyant déçu dans 
son attente, lui intenta procès et obtint, l'année suivante, 
une sentence du vibailli de Graisivaudan qui le mainte- 
nait, et au besoin le réintégrait dans la possession et jouis- 
sance de son ancien prieuré (i). L'abbé de Lesseins était 
encore conseiller du roi, agent général du clergé de France, 
et enfin, nonobstant sa qualité d'ecclésiastique, co*seigneur 
avec Sa Majesté, c'est-à-dire gouverneur de la ville de Ro- 
mans. Il était de plus seigneur de Triors, par héritage de 
son frère Humbert, de Génissieu et de St-Paul-lès- Romans, 
par l'acquisition qu'il fit de ces deux fiefs, le 18 janvier 1658, 
de Guigues de Chapolay, pour le prix de 9,000 livres. Ce 
ne fut que le 7 juillet 1701, cinq semaines avant sa mort, 
qu'il se résolut à rendre hommage pour sa terre de Triors 
au chapitre de St-Barnard, de la mouvance duquel elle 
relevait au point de vue féodal; mais il n'en paya jamais 
les lods. 

Le ministre de Lionne, son cousin, fit quelques démar- 
ches pour lui obtenir l'évêché de Gap, encore tout rempli 
des souvenirs de son oncle et tout imprégné du parfum 
de ses vertus ; puis celui de Grenoble, après Pierre Scar- 
ron (mort en 1668). Mais, n'ayant pu réussir dans cette 
double tentative, il lui procura du moins l'abbaye de 
St-Calais, dans le Maine, de l'ordre de St-Benoît, dont 

(1) E. PiLOT DB Thorbt, Lm Aftctens Prieurés du diocèse de GrenobUy 
pp. ao9, 381 et 434. 



2l8 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

le revenu était alors de 8,000 livres. Après sa mort, le 
prix de ferme en fut baissé à 6,000. 

L'abbé de Lesseins habitait, à Romans, Thôtel des Allées 
(actuellement couvent de Sainte-Claire) contigu aux Cor- 
deliers, dont il fit une résidence princière. Lui-même 
l'avait fait construire en 1667. Il eut l'honneur d'y rece- 
voir, en mars 1701, les ducs de Bourgogne et de Berry, 
petits-fils de Louis XIV. A l'occasion de cette visite prin- 
cière, il fit ériger, à l'entrée de ses jardins, un arc de 
triomphe dans le goût du temps. On pouvait le voir en- 
core il y a peu d'années, à l'extrémité de la rue du Puits, 
avoisinant les Cordeliers. Des exigences de voirie le firent 
disparaître en 1862. Ce fut une petite perte pour les arts; 
mais le souvenir historique qui s'y rattachait aurait dû le 
faire respecter (i). 

Outre sa maison de Romans, l'abbé de Lesseins pos- 
sédait encore le château de Triors, qui était sa maison de 
campagne où il séjournait pendant une partie de la belle 
saison. Il l'avait fait construire en 1667, ^^"^ des pro- 
portions grandioses (2). On lui attribue le projet d'avoir 



(i) Cétait, dit M. le D*" Chevalier, un monument d'ordre dorique, composé 
d*un arc dressé entre huit colonnes formant deux groupes, et supportant un 
entablement. Son ouverture laissait un passage de trois mètres, et sa hauteur 
en mesurait dix environ. (Notice sur la famille de Lionne^ en tête des Lettres 
inédites de Hugues de LionnCy p. 22.) 

(2) Le château construit par Tabbé de Lesseins était au midi et à environ 
cinq cents mètres de Pancien manoir des Odde de Triors, appelé encore 
Château-Vieux, et qui sert actuellement de mairie et de maison d'école. La 
nouvelle construction, beaucoup plus considérable que Tancienne, avait 34 
toises de façade. Le jardin attenant mesurait 60 toises de longueur sur 40 de 
largeur ; il était orné de fontaines et de jets d'eau alimentés par une source 
abondante. 11 y avait, du côté du jardin, une double terrasse ; sous la pre- 
mière se trouvaient les ofRces et les salles, et sous la seconde, la serre et 
Torangerie. On descendait de là dans le parterre par un escalier à trois 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOLS. 219 

voulu relier ces deux résidences par une route directe, 
qu'il aurait fait complanter d'arbres, à travers la plaine de 
Génissieux, afin de pouvoir se rendre de l'une à l'autre en 
droite ligne et comme par un bosquet continu, qui n'eût 
été que la prolongation de ses jardins. 

L'abbé de Lesseins avait des goûts d'artiste, et il a sa 
place marquée à côté du chevalier de Gênas, du comman- 
deur de Gaillard, et de quelques autres collectionneurs de 
celte époque. Ces goûts-là étaient rares alors. Il recueillait 
avec ardeur toute sorte d'objets d'art ou d'antiquité, et il 
en eut bientôt rempli sa maison de Romans et son château 
de Triors. Il était surtout amateur passionné de peinture. 
Dans un voyage qu'il fit à Rome, lors du conclave d'où sor- 
tit le pape Alexandre VII (janvier i655), il s'occupa beau- 
coup de beaux arts et fit connaissance avec quelques 
peintres qui lui indiquèrent plusieurs bonnes toiles, dont 
il fit l'acquisition. Il rentra en France avec une cargaison 
de tableaux, dont il forma une première galerie dans son 
hôtel des Allées, et fit porter le surplus au château de 
Triors. Il s'en procura un bon nombre d'autres, tant à 



rampes. Une pièce d'eau ronde de 40 pieds de diamètre en occupait le 
milieu, entourée elle-même de six autres petits bassins. Une allée de mar- 
ronniers et d'épicéas entourait le jardin que décoraient aussi des statues. 
Tout à côté, au couchant, s'étendait un parc clos de murs, dont l'enceinte 
mesurait six cents toises de circuit. (D** Chevalier, La Seigneurie de Triors^ 

P- 35)- 
Tout magnifique qu'il était, ce château ne trouva point grâce devant son 

dernier propriétaire avant la Révolution, Jean-Pierre Bally de Bourchenu, 
marquis de Valbonnais, frère du célèbre historien du Dauphiné. Il le fit 
démolir et construire à sa place celui que l'on voit aujourd'hui, et qui était à 
peine terminé en 1789. Quoiqu'il soit l'un des plus beaux de la province, 
nous doutons qu'il l'emporte sur celui de l'abbé de Lesseins, à en juger par 
la vue que nous en a conservée M. le D' Chevalier dans la brochure sus- 
mentionnée. 



220 SOCIETE D' ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

m 

Paris qu'à Lyon, et il en fit exécuter lui-même quelques- 
uns. Un artiste de la capitale lui réparait ses vieilles 
toiles et lui fournissait des cadres. Nous trouvons son 
nom pour une bonne somme dans les comptes de sa suc- 
cession. Paul Sevin, de Tournon, fut aussi Tun de ceux 
dont notre seigneur abbé mit le talent à contribution, et 
il y en eut certainement d'autres. 

Comme les beaux esprits de toutes les époques, il se 
piquait aussi de littérature. Sa bibliothèque était au cou- 
rant des productions du jour. Nous y jetterons un coup 
d'oeil tout à l'heure. Sa fortune, son nom, sa haute position 
sociale le mettaient en mesure de faire le Mécène. Barbier 
de Mercurol, lui dédiait son Voyage d'Italie^ tant par 
mer que par terre (Paris, Jean de Bray. 167 1. In-8® de 
160 pp.) C'était justice. Lui-même avait fait ce voyage 
avant l'auteur. Un étudiant lui offrait sa thèse de philoso- 
phie ou de théologie, imprimée sur satin blanc. Ici, notre 
Mécène était moins compétent. Un autre flatteur anonyme 
nous paraît avoir été beaucoup mieux dans le ton de la 
maison et dans les goûts du maître en composant en son 
honneur, et peut-être sous son inspiration directe, un ballet 
pour être joué chez lui. La littérature légère, si fort en 
vogue de son temps, formait le fonds de sa bibliothèque. 
On y trouvait toutes les œuvres de Scarron et la plupart 
des auteurs immortalisés par Boileau. 

Le gouverneur ecclésiastique de Romans était, comme 
on peut le voir, plutôt un homme du monde qu'un homme 
d'église. Il aimait le faste et la dépense, et jetait l'argent 
sans compter; il menait un train de grand seigneur. Ses sa- 
lons étaient fréquentés par la meilleure société de la ville; 
il donnait des soirées et il y avait quelquefois bal chez lui, 
comme en fait foi la pièce suivante, mentionnée par 
M. Maignien : Balet de la puissance des Richesses^ dansé 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. 22 f 

à Romans^ dans la galerie de r abbé de Leyssins^ le i *'' mars 
1661. (Grenoble, derimprimerie d'Ant. Verdier. — in-8** 
de9pp.)(i) Ses dépenses en constructions, en acquisitions, 
en équipages, en fantaisies d'artiste, étaient énormes. Les 
minutes des notaires de Romans sont remplies de ses tran- 
sactions. Son train de maison aurait suffi tout seul pour 
absorber ses revenus, quoiqu'ils fussent considérables. 
Tout cela devait aboutir fatalement à une catastrophe. Elle 
éclata à sa mort, et les comptes de sa succession dont la 
liquidation fut laborieuse, nous révèlent une situation 
financière lamentable. Â vrai dire, tout avait concouru à 
la rendre telle. L'abbé de Lesseins, comme la plupart des 
artistes, n'avait point d'ordre, et l'administration de ses 
biens allait à la diable. « Un fait, dit M. le D' Chevalier, 
donnera une idée de ses procédés financiers : il avait em- 
prunté, le 24 septembre 1688, à l'Aumône générale une 
somme de 1,648 livres. Le capital et les intérêts pendant 
onze ans n'ayant pas été payés, la succession, pours'acquit- 
tier de cette detie, dut remettre 2,398 livres » (2). Les nom- 
breuses formalités de justice qui furent faites pour la dis- 
cussion de l'hoirie nous renseignent pleinement sur l'état 
de ses affaires, sur celui de son hôtel des Allées, de son 
château de Triors, de ses collections et de son somptueux 
mobilier. Nous relèverons dans ce volumineux dossier ce 
qui nous paraîtra le plus curieux et le plus propre à nous 
faire connaître notre héros comme amateur de beaux arts 
et de littérature et comme collectionneur. 

Le testament de l'abbé de Lesseins, qui porte la date du 
8 juillet 1701, nous offre les éléments nécessaires pour 



(i) Bibliog'raphie Grenobloise, n^ 435. 
(a) Loc, cit.f p. 24, note i. 

2» SÉRIE. XXV Volume. - 1891. f6 



222 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

reconstituer par la pensée son entourage et son train de 
maison, en même temps qu'il nous donne une idée avan- 
tageuse des sentiments généreux du testateur (i). Après 
un court préambule, il exprime ainsi ses dispositions de 
dernière volonté : 

« Premièrement, après m'estre muny du signe de laSte 
Croix et recommandé mon âme à Dieu, je déclare que je 
donne et lègue à MM. du Chapitre de l'Eglise collégiale 
de S. Barnard la somme de deux mille livres, pour estre 
employée à la continuation de la fabrique et bastiment de 
leur église, sous la direction de Mons*" de Pourroy, mais- 
tre de cœur (2), payable lad. somme sçavoir sept cens 
livres dans six mois du jour de mon décedz, pareille 
somme de sept cens livres, six mois après ledit premier 
payement, et les six cent livres restantes, encore dans six 
autres mois. 

« Plus je lègue à ladite église les huit pièces de ma 
tapisserie du mistère delà Passion, qui sont présentement 
tendues dans ma galerie (3). 

c( Plus je fonde dans la mesme église à perpétuité, à 
semblable jour que celui de mon décedz, une grande messe 



(i) Ce testament fut déposé dans les minutes du notaire Legentil, qui font 
actuellement partie de celles de M" Farge On peut l'y voir encore. Chaque 
feuillet est signé de la main du testateur, au bas de la page, en cette forme : 
De Lionne-Lesseins . 

(2) iMelchior Pourroy de l'Auberivièrc était sacristain du chapitre de 
St-Barnard depuis 1701. Il fut remplacé dans celte dignité, le 13 mars 1733, 
par son neveu François-Louis, qui devint, six ans après, évftque de Québec. 
Sacré le 16 août 1739, il est mort en odeur de sainteté dans sa ville épis- 
copale, le 30 août 1740, à Tâge de 39 ans. 

(3} Ce sont les tapisseries que Ton voit actuellement dans Téglise de 
St-Barnard. Nous en avons raconté Thisioire et donné la description dans 
la Semaine religieuse de Valence des ai, 38 novembre et 5 décembre 1890. 
(Tirage à part augmenté en une brochure de 33 pp. in-8'). 






UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. 223 

de requiem, qui sera chantée tous les ans par Messieurs 
les chanoines et autres ecclésiastiques de lad. éghse, avec 
la grosse sonnerie, pour laquelle fondation je donne vingt 
livres annuellement. 

(f Je donne et lègue à Thospital de Ste Foy de la présente 
ville pour l'entretien des pauvres, la somme de cinquante 
livres, pour une fois seulement, et aux couvents des 
R. Pères cordeliers, capucins et récoUetz de la mesme 
ville, à chacun semblable somme de cinquante livres, aussy 
pour une fois tant seulement, payables incontinent après 
mon décedz, pour estre lesd. legs employés à dire des 
messes pour le salut de mon âme. 

« Je donne et lègue aux pauvres de ma terre de Triors 
vingt-sept septiers de grains, et dix septiers à ceux de ma 
terre de Génissieux, moitié froment et moitié seigle, que 
j'ordonne estre distribués incessamment après mon 
décedz. 

« A d"® Catherine Baudon, ma filleule, 4,000 livres 
payables un an après mon décedz; et attendu les bons offi- 
ces que j'ay reçus de ses père et mère, qu'ils continuent 
de me rendre journellement dans mes infirmités et mon 
grand aage, je veux que pendant leur vie, ils jouissent des 
fruits dudit légat. 

« Je donne et lègue à Jean Chambaud, mon valet de 
chambre, son habitation pendant sa vie au logement qui 
est présentement occupé par mon portier, plus une vigne 
que j'ay sur le grand chemin de Triors, et une pension 
viagère de la somme de cent cinquante livres par an, des- 
quels logement et vigne il pourra prendre possession et 
en jouir de sa seule autorité, sans autre permission ny for- 
malité de justice, incontinent après mon décedz; et de plus 
je luy donne et lègue encore ma toilette et habits de ma 
garde-robe. 



224 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

« A Enfantin, concierge de ma maison de Triors, la 
somme de 3oo livres et son habitation pendant sa vie en 
madite maison de Triors, suivant le logement qui luy sera 
marqué par mon exécuteur testamentaire. 

« A Catherine Chabert, ma servante, la somme de 
400 liv., moyennant quoi elle ne pourra prétendre autre 
chose en ma succession. 

« Aux autres domestiques ci-après nommés, outre 
leursgages,3ooliv. à Paul mon cuisinier, à la niepce de lad. 
Chabert, autre servante, 36 liv., à Ennemond, mon cocher 
5o liv., à Chabert, postillon, 36 liv., à Bergeron, mon 
laquais, 100 liv., à Jacob, mon autre laquais, 3o liv., à 
Marguerite, ma servante à Triors, 24 liv., le tout payable 
une année après mon décedz, et à ceux seulement qui se 
trouveront alors à mon service. 

a Je donne et lègue à M. M* Mathieu Jassoud la somme 
de quatre cents livres, pour luy tenir lieu du payement 
de ses soins et honoraires, dont il n'a jamais rien voulu 
accepter dans les maladies que j'ay eues depuis qu'il est 
establi en la présente ville de Romans, ladite somme 
payable une année après mon décedz. 

« Et au résidu de mes biens, j'institue mon héritier uni- 
versel messire Joachim de Lionne, mon cousin (i), pre- 
mier écuyer de la grande écurie du Roy, à la charge de 
rendre mon hérédité après son décedz à messire Charles 
de Lionne, mon petit-neveu (2), lequel je luy substitue 

(1) Joachim, comte de Lionne, était fils d^Humbert, frère de l^évèque de 
Gap, et par conséquent cousin germain de l'abbé de Lesseins et du minis- 
tre Hugues de Lionne. Il suivit la carrière des armes et mourut sans al- 
liance, le 31 mars 1716. ^D' Chevalier, loc. cit., p. 54). 

(a) Charles-Hugues de Lionne, marquis de Claveyson, comte d'Hostun, 
baron de Mercurol, seigneur de Blanchelaine, Pommier et Mureils, était le 
petit-fils du ministre d'Etat, et n'était le neveu de Tabbé de Leisseins qu'à la 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. 225 

vulgairement par fidéi-commis et de la meilleure ma- 
nière que faire se peut, et jusque-là, mondit héritier ins- 
titué jouira des fruits et les fera siens sous les conditions 
qui seront ci-après expliquées, sans néantmoins aucune 
distraction de quarte trabellianique, que je luy prohibe 
par exprès, prohibant expressément aussi la jouissance 
desdits fruits de mon hérédité à messire Louis, marquis 
de Lionne, père de mondit petit-neveu, au préjudice du- 
quel il n'en pourra jouir, en tout ny en partie. 

(c Et en cas que ledit messire Charles de Lionne, mon 
petit-neveu, vienne à mourir avant moy sans enfants, ou 
après moy aussi sans enfants, audit cas je substitue à 
mon hérédité .messire Camille d'Hautun, comte de Tal- 
lard (i), et messire François d'Hautun, marquis de la 
Baume, son fils aîné. 

« Je veux et entends qu'après mon décedz il soit faict un 
recolement de l'inventaire que j'aurai laissé de mes meu- 
bles, tableaux et autres effets mobiliaires, avec un estât 
des additions de ce qui se trouvera n'y avoir pas esté 
compris ou avoir esté par moy acquis depuis le présent 
testament; lesquels meubles, tableaux et autres choses 
seront vendus aux enchères, mesme lesdits tableaux 
transportés en la ville de Paris ou en celle de Lyon, 
ainsy que par mon exécuteur testamentaire il sera jugé 



mode de Bretagne. II se distingua à la guerre et fut brigadier des armées 
du Roi. II mourut en mars 1731. Son père, Louis-Hugues, marquis de Berni, 
était un dissipateur et un incapable, ce qui explique l'exclusion prononcée 
à son égard par Tabbé de Lesseins en instituant son fils Charles pour 
héritier universel. Mais cela ne l'emp&cha pas de lui succéder comme gou- 
verneur de Romans. Toutefois, ayant été interdit par sentence du Châtelei en 
1703, il fut remplacé dans cette charge par son susdit fils en mars 1706. 

(i) Le célèbre maréchal de Tallard, dont la famille était alliée aux Lionne 
par les Claveyson. 



226 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

plus à propos, parce qu'il pourroit estre qu'on y en trou- 
veroit plus facilement la véritable valeur qu'en Daupliiné, 
et les deniers qui en proviendront seront empjoyés par les 
mains et administration de mondit exécuteur testamen- 
taire au payement de mes créanciers et légataires, suivant 
l'ordre qu'il trouvera à propos, les frais funéraires préala- 
blement pris, le tout en présence de mondit héritier insti- 
tué ou de celuy qui aura pouvoir de luy, desquels paye- 
ments mondit exécuteur testamentaire luy remettra les 
quittances; auquel héritier institué néantmoins je défends 
et prohibe par exprès de toucher aucune chose, ny desd. 
meubles, ny des prix des ventes qui en seront faites, jus- 
ques après le payement desd. debtes et légats. 

« Plus je veux et entends que mondit héritier institué 
pourvoie à ce que, des revenus de ma succession, mes- 
dites debtes et légats payés, ma maison de Romans, celle 
de Triors et leurs dépendances soient régulièrement 
entretenues en Testât qu'elles sont, pour en empêcher la 
ruine et détérioration. 

« Et en cas que le prix de la vente de mes meubles, ta- 
bleaux et autres effets mobiliaires ne fust pas suffisant 
pour acquiter toutes mes debtes, et les légats que je fais en 
deniers, je veux qu'on y employé les fruits et revenus de 
mes biens restants pendant cinq années, et si, après ledit 
employ, il reste encore quelque chose à payer, mondit 
exécuteur testamentaire pourra suppléer, en aliénant de 
concert avec mondit héritier institué, par une vente 
volontaire et sans formalité de justice, tel de mes immeu- 
bles que bon leur semblera, à la réserve de ceux qui se 
trouveront par moy légués. 

« Et connoissant noble Louis de Baisse, sieur de St- 
Challier, pour un gentilhomme de probité en l'amitié 
duquel j'ay despuis longtemps une entière confiance, je 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. 227 

le nomme pour exécuteur de ce présent testament, cir- 
constances et dépendances, le priant de vouloir donner 
ses soins pour l'observation de ce qu'il contient, prohi- 
bant à mes héritiers de le troubler directement ny indirec- 
tement en ladite fonction; et pour ses peines et soins qu'il 
conviendra prendre pour ce subject et en considération 
des bons offices que j'ay receu de luy en l'administration 
officieuse qu'il a eu de mon abbaye de St-Calais, dont Je 
suis contant, je luy donne et lègue la somme de quinze 
cent livres, qu'il pourra retenir par ses mains des deniers 
qui proviendront de la vente desd. meubles et tableaux ou 
autres deniers destinés au payement de mes légats, et ce, 
outre les frais qu'il fera à ladicte administration, tant pour 
voyages, séjour que autres dépanses et fournitures, dont 
il sera payé et rembourcé par préférence. 

a Ceci est mon véritable et dernier testament... escrit en 
partie de la main dud. s*" de St-Challier, et en partie de 
celle du nommé Enfantin, hors les noms de mes héritiers 
et exécuteur testamentaire, que j'ay escrit de ma main 
(ainsi que la date]. » 

Le même jour, 8 juillet, l'abbé de Lesseins ajouta à son 
testament un codicille ainsi conçu : 

(( Je donne et lègue aux enfants nés ou à naître de s' 
Joseph de la Cour, avocat au parlement, et de demoiselle 
Charlotte de Paris, sa femme, demeurant en cette ville de 
Romans, le domaine que j'ay au lieu et paroisse de Per- 
nan avec ses dépendances, ainsy qu'il est présentement 
afermé, ensemble le chaptal et meubles y estant, qui 
m'appartiennent, plus une vigne située hors la porte de 
St-Nicolas et la maison où habitent présentement lesdits 
sieur et demoiselle de la Cour, avec le petit jardin qui en 
dépend (i), desquelles choses léguées je prohibe les fruicts 

(i) Cette maison était située au viol de Coge ou de la Serre. 



228 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

aud. sieur de la Cour père, voulant néantmoins qu'ils 
soient employés à l'entretien et éducation desd. enfants, 
conjoinctement avec leur père et mère, laissant au père la 
faculté de nommer en mourant celui ou ceux des enfants 
nés et à naître qu'il lui plaira pour recueillir ledit légat 
desdits domaine, vigne, maison et jardin, après luy et la- 
dite demoiselle sa femme, en tout ou en partie ; et en cas 
qu'il décède sans avoir fait ledit choix, ladite demoiselle 
de Paris, si elle lui a survécu, en pourra disposer en la 
mesme manière lors de son décedz. Desquels domaine, 
vigne, maison et jardin je veux que lesdits enfants, et 
leurs dits père et mère pour eux, entrent en jouissance in- 
continent après mon décedz et en puissent prendre pos- 
session de leur seule authorité, sans autre permission ny 
formalité de justice ; en ce compris la somme de trois mil 
livres, que j'ai donné à ladite demoiselle de Paris en son 
contrat de mariage du 23 mai 1692; de laquelle somme, 
moyennant ledit légat, elle ne pourra faire demande à ses 
héritiers. Sur lesquels légats lesdits s' et demoiselle de la 
Cour ou leurs enfants seront tenus de payer à Virginie 
une pension annuelle et viagère de i5o livres, que je luy 
donne et lègue, tant à cause de la recommandation qui 
m'en a esté faite par feu mon frère, que du service qu'elle 
m'a rendu sans gages, en la fonction de femme de charge 
de ma maison. Déclarant au surplus que ledit sieur de la 
Cour m'a rendu compte de toute l'administration qu'il a 
eue de mes deniers et affaires jusqu'à ce jour, en sorte que 
les lettres, quittances, billets et autres papiers qu'on pour- 
roit trouver ne pourront donner lieu à mes héritiers de 
faire contre luy aucune recherche. » 

{A suivre) 

Cyprien PERROSSIER. 



w n yf ix ywywvfww fi v^ 



Le Prieuré de Tlle de Saint- Vallier. 



Le Prieuré de l'Ile de St^Vallier s*élevait dans Pîle de 
Sarras. Sur ce point, M. Brun-Durand confirme mes suppo^ 
sitions, puis il ajoute quelques indications inédites puisées 
dans les archives de la Drôme. 

Mon savant collègue relève ensuite une méprise des histo- 
riens dauphinois, notamment de Valbonnais, qui aurait 
considéré, à tort, comme un seul et même établissement, le 
prieuré conventuel de St- Vallier et son annexe de Pile. Dans 
mon mémoire, je différais d'avec les anciens auteurs, en for- 
mulant l'hypothèse que le prieuré de St- Vallier avait pu être 
transféré, de l'île de St- Vallier, au centre de la communauté 
de St-Vallier^ « In loco qui vocatur vicus Sancti-Valerii. » 
M. Brun-Durand combat cette nouvelle version, parce que 
la présence simultanée, dans un chapitre général de St-Ruf, 
tenu le le^ mai 1436, d'un prieur de St- Vallier et d'un prieur 
de l'Ile de St- Vallier, comporte évidemment la coexistence de 
deux établissements limitrophes et fonctionnant parallèle- 
ment. Enfin, ajoute-t-il, le prieuré de l'île ne fut définitive- 
ment réuni à celui de St- Vallier qu'en 1741. 

Mais ces remarques ne prouvent pas encore que les deux 
établissements signalés aient dû constamment être absolu- 
ment indépendants l'un de l'autre, sous l'administration de 
tous les prieurs qui se sont succédé, dans ce bénéfice, depuis 
l'origine. Jusqu'en 1741. 

On aperçoit, au surplus, que la Chambre des comptes de 
Grenoble n'a pas pris le soin d'établir une distinction entre 
les deux Prieurés et qu'elle identifie le Prieuré de l'Ile, au 
couvent et au prieuré de St- Vallier, dont les titres sont con- 
fondus, à son Inventaire original, conservé à la Bibl. nat., 
dans un chapitre intitulé : « Saint- Vallier et Erazme » (Tome 
IV, Baillage de St-Marcellin). 



23o SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Ce chapitre contient, dans Tordre chronologique, l'analyse 
très détaillée de cinquante et un actes : 44 concernant la terre 
de St-Vallier, 2 le péage d'Erazme (Erôme) et 5 le prieuré de 
St-Vallier. 

Ces derniers sont : 

i3ii. —Sauvegarde accordée parledauph. Jean a\iprieuré 
de St-Vallier^ etc. 

i332. — Collation du prieuré de Vile de St-Vallier au 
frère Humbert Rivoire, etc. 

1540. — Dénombrement fourni par le prieur et les reli- 
gieux du couvent de St-Vallier^ etc. 

1540. — Dénombrement fourni par Jean de Sahune, admi- 
nistrateur du prieuré de St-Vallier^ etc. 

1647. — Extraits des droits et privilèges du prieur de 5^ 
Vallier sans qu'il paraisse de celui qui les a concédés ni la 
date, etc. 

Le seul examen approfondi des documents composant le 
fonds St-Ruf révélera sans doute, avec les dates, les cir- 
constances dans lesquelles les deux établissements furent tour 
à tour gérés par un ou deux prieurs. 

Bref, ces détails ne touchent qu'incidemment à la question 
principale que je désirerais voir résoudre, c'est-à-dire : Décou- 
vrir si le prieuré de l'Ile n'est pas le premier en date, celui 
d'où sont sortis les religieux qui s'établirent « In loco qui 
vocatur vicus Sti-Valerii », car la situation inexpugnable de 
l'Ile de St-Vallier a dû séduire les premiers religieux dont 
nous nous occupons, comme l'Ile de l'Eparvière tenta les 
Rufistes. 

Puisqu'il m'en a fourni l'occasion, que notre honorable et 
distingué vice-président, M. Brun-Durand, me permette de 
le remercier de ses recherches si précieuses et de le prier de 
me les continuer afin de doter plus tard St-Vallier d'une his- 
toire définitive à laquelle je me suis spécialement voué depuis 
la fondation de notre Compagnie, comme le modeste conti- 
nuateur, sur cette seule localité, du regretté abbé Vincent. 

Albert CAISE 
2 S janvier i8gi. 



NÉCROLOGIES. 23 1 



NÉCROLOGIES 



♦- 



M. DERIARD (Louis-Barthélemy-Claude) 

Longtemps fixé à Valence où il dirigeait une impor- 
tante usine , le regretté défunt sut bien vite y faire 
apprécier ses brillantes qualités. Aucune œuvre de 
bienfaisance ne lui était indifférente et il s'intéressait à 
tout ce qui élève Tâme et l'ennoblit. Nous ne louerons 
pas le président de la Société du canal de la Bourne, 
le censeur de la Banque de France et l'ancien maire du 
Bourg-lès-Valence ; ses aptitudes spéciales l'avaient 
tout naturellement désigné pour ces hautes fonctions ; 
mais ce qui l'a rendu cher aux esprits cultivés, c'est la 
publication d'un recueil des œuvres de son père, consa- 
crant de la sorte la mémoire de ce savant botaniste et 
bibliophile, c'est son amour des livres et des curiosités 
de l'histoire, monnaies, médailles, autographes et objets 
d'art. 



M. MACÉ (Antoine-Pierre-Laurent) 

Né à Plouer en Bretagne, le 31 mai 181 2, le savant 
professeur d'histoire fut attaché à la faculté de Grenoble 
en 1849. '1^ publié de nombreux ouvrages, comme un 
Cours d histoire des temps modernes en 1840, Les lois 
agraires che:{ les Romains, Les voyageurs modernes dans 



232 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

la C/rénaîque, etc., etc.; mais ses travaux sur la province 
nous intéressent plus spécialement. Les pVincipaux 
comprennent : une Description du Dauphiné traduite du 
latin d'Aimar du Rivail et une autre du voyageur Ab. 
Golnitz ; un Guide itinéraire des chemins de fer du Dau- 
phiné où il étudie avec une rare compétence les curio- 
sités de la nature et de Tart dans toutes les localités 
voisines de la ligne de St-Rambert à Grenoble, etc. 

A une époque où les études d'histoire locale étaient 
encore peu en honneur, il sut à force de talent faire 
connaître le Dauphiné qu^il aimait et où il comptait de 
nombreux amis. 

M. Macé était correspondant du Ministère de l'Ins- 
truction publique et chevalier de la Légion d'honneur. 



M. DE LA BAUME -PLUVINEL 
(Charles-Alexandre-Séraphin-Victor, marquis) 

Le regretté défunt appartenait à une ancienne famille 
de Crest, qui a produit des magistrats distingués et 
posséda un grand nombre de seigneuries dans le Diois. 
Il avait commencé des recherches sur nos contrées, et 
ses archives lui permettaient de nous révéler une foule 
de détails inconnus. Aura-t-il pu terminer son œuvre ? 
Esprit cultivé et caractère bienveillant, M. de La 
Baume-Pluvinel réunissait à un haut degré les qualités 
et les vertus qui distinguent tout particulièrement les 
anciennes et grandes maisons. 

A. Lacroix. 



CHRONIQUE. 233 



CHRONIQUE 



*-~^jI^^*..^*-^- 



JEAN BELON, IMPRIMEUR A VALENCE 



Deux découvertes récentes viennent d'appeler Tat- 
tention sur l'imprimeur valentinois, Jean Belon. 

M. J. Baudrier, fils du savant bibliophile lyonnais, a 
signalé à M. de Gallier, dans une lettre du 2 mars 1891, 
un Bréviaire sur vélin, dépourvu de titre, mais non du 
colophon terminal ainsi conçu : 

Explicit Brcuiariuz sm ccclie Vivarien » 
Vsuz. In oppido Privacij accuratissime imps » 
sum, sumptu et cura lohanis Belon ciuitatis » 
Lugduni, anno incarnate deitatis dni mil » 
lesimo qngentesimo tertio xix kl Januar. » 

D'après ce texte, J. Belon, imprimeur de Lyon, au- 
rait composé le Bréviaire de Viviers, à Privas en 150J, 
année commençant à l'Incarnation (25 mars), et l'aurait 
terminé le 14 décembre. 

M. de Gallier qui s'est enquis avec soin des ouvrages 
sortis des presses du Vivarais nous a écrit à ce sujet : 

a Privas n'a eu d'imprimeur sédentaire qu'à partir de 
la Révolution. 



234 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

« Pierre Guillet, à cette époque, quitta Bourg-St- 
Andéol où il était imprimeur de Tévèque de Viviers, 
pour le nouveau çhef-lieu de TArdèche, où l'attendait la 
besogne administrative. Il est sorti de ses presses des 
pièces de circonstance, telles que la Conspiration de 
Saillans (Privas, 1792, in-8** de 124 pp.) et les Poésies 
du citoyen Gamon^ ancien législateur, président du tri- 
bunal criminel du département de VArdèche (Privas, an 
XII, in-8^ de 68 pp.). 

« J'ai connu imprimeur à Tournon Pierre-Roch 
Guillet, qui devait être le fils ou le petit-fils du pré- 
cédent. » 

La deuxième découverte a été annoncée par V Impar- 
tial de Romans et du Bourgade-Péage du 19 février 
dernier : elle consiste en un Bréviaire de St-Barnard, 
communiqué par M. le Supérieur du Petit-Séminaire de 
Tours à M. le chanoine Ulysse Chevalier. Ce volume, 
d'après le colophon, fut commencé à Romans par Jean 
Belon, de Valence, et terminé, le 7 juillet 1 5 18, à Mey- 
mans sur Beauregard, dans la maison de Guigues Ray- 
mond, chanoine et clavier du chapitre, à cause sans 
doute de la peste. 

La Bibliothèque publique de Valence possède un 
missel de Si-Ruf imprimé dans cette ville par Jean 
Belon et Pierre de Mole, associés, le jo avril 1 508. 

On y trouve la marque de Jean Belon, telle qu'elle a 
été reproduite dans le Manuel du Libraire, de Brunet. 

Outre ces livres liturgiques, Timprimeur valentinois 
avait publié à Valence, le 25 août i^i} : La fontaine de 
toutes sciences du grand philosophe Sydrach et, le 18 sep- 



J 



CHRONIQUE. 235 

tembre, même année, Les avertissemens es trois estat:^ du 
monde selon la signification de ung monstre né l'an 1 5 1 2 , 
deux ouvrages cités par Brunet et fort rares. 

Il existe aux archives de la Drôme, dans les minutes 
d'Avenet, notaire, une obligation de 15 livres tournois, 
souscrite par Antoine Arson, libraire, de Beauchastel, 
au profit de Jean Belon, imprimeur à Valence, pour 
vente de Matines et d'autres livres non désignés. Cet 
acte du 3 janvier içio, à l'Incarnation, est suivi d'une 
quittance de 10 livres, en date du 10 février suivant (i). 

D'autre part, une procuration du ij octobre 1508, 
dans les minutes de Bourjac, notaire, qualifie conseillers 
de l'Université de Valence , Jean Belon et Louis 
Olivel (2). Nous pensons qu'il s'agit de notre imprimeur 
et de son collègue, dont M . Payan-Dumoulin cite deux 
ouvrages de 1 5 1 j et de 1 5 1 5 . 

Enfin, d'après les comptes consulaires de la ville, du 
25 avril 1521a pareil jour 1 522, Jean Belon aurait reçu 
20 sols « pour 200 tilles (probablement affiches) impri- 
mées pour mander es bonnes villes hont l'y a université 
pour leur fere scavoyr de la venue du docteur Alesan- 
dryn (j). » 

C'est tout ce qui a été découvert jusqu'à ce jour, et 
ces premiers renseignements nous montrent Jean Belon, 
de Lyon, imprimant à Privas en 1503, citoyen de Va- 
lence, de 15 10 en 1521-22; où alla-t-il après cette der- 
nière date? Nous l'ignorons complètement. 



(i) Drôme, E, 2556. 

(2) Drôme, E, 2553 et Recherches sur V origine de V imprimerie, 

(3) Valence, CC, 34. 



236 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Nous avons reçu de M. Tabbé Cyprien Perrossier 
l'estampage de rinscription suivante, conservée dans 
l'église de Portes, près de Châteauneuf-de-Mazenc : 

IN DED(i)C(a)C(i)ONE ECLE (DE) 
SC(i) PET(ri) VD(a)L(r)IC(o) EP 
IND(i)E IIII XKL OCT(o)B 
lOHES PR ME FEC(i)T 

Soit : In dedicatione ecclesie dicte 
S^ Pétri y Udalrico episcopo, 
Indictione IIII, Xcalendas octobris 
Johannes presbyter me fecit, 

Udalric, évêque de Die, appelé aussi Uldric, Oldrich 
et Odolric, prieur de Domène, chanoine et doyen de 
Grenoble, dut consacrer l'église de St-Pierre (d'Alan- 
son) le 10 des calendes d'octobre ou le 23 septembre 
1 141, année correspondant à Tindiction IV. C'est là le 
point essentiel de cette inscription. 

Nous avons reçu pendant la composition de la chro- 
nique : Le Bulletin de la Société de statistique, des 
sciences naturelle et arts industriels de l'Isère ; 

Les Annales de la Société d'agriculture, sciences, 
arts et belles-lettres d'Indre-et-Loire et une brochure 
de M. Devès intitulée : Grignan pendant la révolution 
de 1789. Une page d'histoire des principaux épisodes de 
la Révolution divisée en trois parties : la ville^ le clergé 
et le château. Montélimar, 1890, Astier et Niel, 82 pp. 
in-ï2, avec deux vues du château. Ce travail renfer- 
me de curieux détails recueillis par un collectionneur 
dévoué. 



CHRONIQUE 237 

OUVRAGES REÇUS : 

Du Ministère de Tlnstruction publique : Le Journal 
des savants.' 

Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifi- 
ques : section des sciences économiques et sociales, année 
1890. — Bulletin historique et philologique. — Bulletin 
archéologique. 

Le Dauphinéj courrier des eaux thermales de la région^ 
Revue littéraire^ historique et artistique^ Grenoble, X. 
Drevet. 

Le Gratin. Petite gazette dauphinoise, Paris, 1890. 

Revue des langues romanes, 1890, Montpellier. 

Revue épigraphique du midi de la France, par M. A. 
AUmer. 

La Semaine religieuse du diocèse de Valence. 
Id. id. du diocèse de Viviers. 

Académie des sciences, agricultures, arts et belles- 
lettres d'Aix, séance publique. 

Annales de la Société d'émulation des Vosges. 
Id. du midi. Revue... par A. Thomas. 

Annuaire de la Société française de Numismatique. 

Bulletin archéologique et historique de la Société de 
Tarn-et-Garonne. 

Bulletin de la commission archéologique et littéraire 
de Narbonne. 

Bulletin de la Diana à Montbrison. 

Id. de la Société archéologique du Midi de la 
France. 

Bulletin de la Société archéologique de TOrléanai . 

2- Série. XXV» - Volume. 1891. 17 



a38 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Bulletin de la Société académique de Laon, 1884-87. 
Id. Id. d'émulation de l'Allier. 

Id. Id. des antiquaires de Picardie. 

Id. Id. des études littéraires, scientifi- 

ques et artistiques du Lot. 

Bulletin de la Société d'études des Hautes- Alpes. 
Id. Id. historique et archéologique du 

Périgord. 

Bulletin de la Société scientifique et littéraire des 
Basses-Alpes. 

Bulletin et Mémoires de la Société des antiquaires de 
France, 1888. 

Bulletin et Mémoires de la Société de statistique, 
sciences, lettres et arts des Deux-Sèvres. 

Bulletin d'Histoire ecclésiastique et d'archéologie 
religieuse des diocèses de Valence, Gap et Grenoble. 

Bulletin historique de la Société des antiquaires de 
Morinie. 

Bulletin trimestriel de la Société d'histoire naturelle 
de Toulouse. 

Essai de la Flore du Sud-Ouest de la France, par 
l'abbé Revel. — Publication de la Société des lettres, 
sciences et arts de l'Aveyron. 

Journal mensuel des travaux de l'académie nationale, 
agricole, manufacturière et commerciale de la Société 
française de statistique universelle. 

Mémorial des fêtes d'Alais, publié par la Société 
scientifique et littéraire. 

Mémoires de l'académie de Nîmes, 1888. 
Id. Id. de Vaucluse, 1890. 



CHRONIQUE. iSg 

Mémoires de la Société nationale d'agriculture, scien- 
ces et arts d'Angers. 

Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie. 
Histoire de l'abbaye de St-Acheul. 

Mémoires et documents publiés par la Société savoi- 
sienne d'histoire et d'archéologie. 

Mémoires et procès-verbaux de la Société agricole 
et scientifique de la Haute-Loire, 1886-1887. 

Recueil de l'Académie des sciences, belles-lettres et 
arts de Tarn-et-Garonne, 1889. 

Répertoire des travaux de la Société de statistique 
de Marseille. 

Revue Savoisienne, publiée par la Société florimon- 
tane. 

— Les correspondants de Peiresc, — François de 
Galaup'Chasteuil le solitaire du Mont- Liban. Lettres 
inédites... publiées et annotées^ par Ch. Tamizey de La 
Roque et suivies d'une Notice généalogique sur la fa- 
mille de Galaup-Chasteuil, par le marquis de Boisgelin, 
Digne, 1890. Broch. in-8', 52 pp. L'érudition de MM. 
de Boisgelin et Tamizey de La Roque suffit à assurer à 
cette publication un légitime succès. 

— Les mammifères de la France. Etude générale de 
toutes nos espèces considérées au point de vue utilitaire, 
par A. Bouvier, Paris, Carré, i vol. in-8% 570 pp. De 
nombreuses figures dans le texte facilitent les explica- 
tions de l'auteur et font de son livre un véritable manuel 
pour les agriculteurs et un livre intéressant pour tout le 
monde. Les noms vulgaires des animaux étudiés cons- 
tituent une heureuse innovation. 



240 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

— Cartulaire de l'abbaye de St-Chaffre-du-'Monastier 
et chronique de St-Pierre-du-Puy. — Cartulaire du 
prieuré de Paray-le-Monial et visite de l'ordre de Cluny, 
publiés par le chanoine Ulysse Chevalier, correspon- 
dant de l'Institut, Paris, Alph. Picard, 1891, i vol. in- 
8**, de 244 et 220 pp. Livre de maître, comme tout ce 
qui vient du savant paléographe. L'unipersité catholique 
de Lyon dans le n° du 15 février 1891, rend complète 
justice aux Œuvres complètes de S. Avit, récemment 
éditées par le même auteur. 

— Notice généalogique sur la famille Dumas^ par 
L. Devès, Valréas, Proyet, 1890, br. in-8**, 8 pp. Tra- 
vail plein de recherches. 

— Ephémérides vivaroises de Tannée 1885, par Céles- 
tin Dubois, ancien magistrat. Privas, 1886, i vol. in-12, 
25 1 pp. Il y a là beaucoup d'érudition et une table alpha- 
bétique des noms propres aurait rendu un service véri- 
table à tous ceux qui peuvent avoir besoin de consulter 
ce livre. 

— Voyage humoristique, politique et philosophique au 
Mont'Pilat^ par le docteur Francus. Lyon, 1890, i vol. 
in-ï2, J28 pp. Comme l'indique le titre, la science, 
l'histoire, l'observation, s'y trouvent encadrées dans une 
sorte de roman bien conduit. On s'instruit, on s'amuse 
en même temps. 11 faut connaître comme M. Mazon la 
médeôine, la botanique, la nature et les questions ac- 
tuelles pour intéresser le lecteur à une ascension pareille. 
Il est passé maître en ce genre. 

— M. Eugène Chaper. Dans cette brochure in-8'*, 
de 12 pp., M. Masimbert esquisse la Biographie de 



CHRONIQUE. 241 

réminent Bibliophile dauphinois et donne la liste 
complète de ses publications. C'est un savant hommage 
rendu à la mémoire de cet incomparable collectionneur. 

— Lamartine à Lyon. Lecture à l'académie des scien- 
ces, belles-lettres et arts de Lyon (le 2j décembre 1890) 
par M. Henry Morin-Pons. Lyon, association typogra- 
phique, br. in-8°, 14 pp. Tout en restreignant son étude 
à quelques années de la vie du grand poète^ Tauteur a 
parfaitement su apprécier les. qualités de Técrivain et de 
Tami. Lamartine a eu soin de nous apprendre que son 
inspiration lui est venue dans les montagnes du Dauphiné 
et à Lyon : M. Morin-Pons confirme Taveu. 

— Essai historique sur Ribiers (Hautes-Alpes), par 
J.-A. Mourre, Gap, Jouglard, 1890, broch. lOi pp. 
L'histoire d'un village et d'un bourg présente les plus 
grandes difficultés par suite de la perte des archives. A 
la vérité, de nos jours, le dépouillement et l'analyse des 
chartes et titres anciens a rendu la tâche un peu plus 
facile ; mais quel auteur peut réunir tous les matériaux 
nécessaires à son œuvre ? M. Mourre a coordonné tout 
ce qu'il a pu recueillir çà et là et son travail mérite nos 
félicitations. 

— Les tapisseries de P église de Si-Barnard de Romans, 
Notice historique et descriptive, par l'abbé Cyprien Per- 
rossier, archiviste diocésain de Valence. Valence, 1891. 
Imprimerie Valentinoise, broch. in*8*, 22 pp. Sujet inté- 
ressant traité avec le goût et la science d'un archéolo- 
gue instruit. 

— Notice biographique sur Duchesne (Pierre-François) 
de Romans (1743-18 14), par Etienne-Philippe Piraud, 



242 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

avocat près la cour d'appel de Grenoble. Grenoble, 
1890, Breynat, broch. in-8% 2j pp. L'homme politique 
et l'avocat sont fort bien étudiés dans cette excellente 
monographie. 

— A. Sagnier. Numismatique appliquée à la topogra- 
phie et à V histoire des villes antiques du département de Vau- 
cluse. Une nouvelle voie est ici indiquée et utilisée avec 
succès. Cet exemple mérite d'être suivi. Broch. in-B**, 23 
pages, Avignon, Seguin, frères, 1890. 

— Musée de Lyon. Inscriptions antiques, par A. Allmer 
et Dissard, compte rendu, par Henry Thédenat. a Ce 
livre n'est pas un simple recueil d'inscriptions, mais un 
véritable cours d'histoire. >» 

— Roger Vallentin. Trei^ain de mariage de Claude 
de Panisse, conseiller au parlement de Provence. — Les 
grottes du Figuier et de Chabot sur les bords de VArdèche. 
— Un atelier monétaire à Nyons (1592). En travaillant 
sur les documents eux-mêmes, notre érudit collègue, 
sait trouver et mettre en relief avec talent ses curieuses 
découvertes. 

A. Lacrojx. 



SÉANCE. 243 



SÉANCE DU 3 FÉVRIER 1891 



Présidence de M. de Gallier. 



MM. Vallentin et Tabbé Jassoud s'excusent par 
lettres de ne pouvoir assister à la séance. 

Lecture est donnée du programme du congrès des 
sociétés savantes à la Sorbonne en 1891. 

Sur la présentation de MM. de Gallier et Tabbé Per- 
rossier, M. Froment, curé de Veaunes, est proclamé 
membre titulaire. 

Un de nos plus dévoués collègues ayant eu la louable 
idée de faire copier, dans les Bibliothèques de Paris, 
les différentes brochures de Barthélémy de Laffemas, 
natif de Beausemblani, contrôleur du commerce sous 
Henri IV, il est demandé à la réunion s'il ne convien- 
drait pas, à l'aide de ces documents, de publier une 
étude critique sur notre compatriote. La proposition est 
très favorablement accueillie. 

Des auteurs ont prétendu que la seigneurie de Beau- 
semblant avait appartenu à Laffemas ; le secrétaire de la 
Société, dans une étude pleine de recherches, démontre 
l'impossibilité du fait (i). 

(i) Depuis lors, V Intermédiaire des chercheurs et curieux, x\^ du 25 mars 
1891, a confirmé cette thèse. 



244 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Les premiers seigneurs de cette localité s'appelaient 
Siboud et habitaient Vais; plus tard, ils firent bâtir le 
château de Beausemblant et prirent le nom de cette terre. 

La veuve du dernier de la famille épousa un Mont- 
chenu et lui porta le fief, possédé à la Révolution par 
Lazare Sibeud, de Beausemblant, à cause de Talliance 
avec les Montchenu de Tun de ses ancêtres. 

A la suite d'une bienveillante communication de M. 
le comte de Monteynard au secrétaire de la Société, 
celui-ci a pu copier diverses lettres intéressantes des 
XVI* et XVir siècles, dont il lit quelques passages. 

Il sera toujours facile, avec de si précieux concours, 
de publier dans le Bulletin des travaux sérieux et exacts. 

La séance est terminée par des renseignements sur 
les monuments des Hautes-Alpes et sur les tapisseries 
de St-Barnard que donnent M. Alphonse Nugues et M. 
Tabbé Perrossier, et par une lettre de M. l'abbé Jassoud 
signalant la mutilation récente d'une inscription funé- 
raire à la Motte-de-Galaure. 

A. Lacroix. 




TABLEAU DES MEMBRES 



DE LA 



SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGIE 

ET DE STATISTIQUE 



de la Drôme 



-■■■•- 



Président, . . 
Vice'Présidenls. 
Trésorier, . . 
Trésorier adjoint 
Secrétaire . . 
Secrétaire adjoint 



Bureau en 1891 s 

MM. DE Gallier ; 

Vallentin, Brun-Durand et Peloux ; 

Rey (Johanis) ; 

Tracol ; 

Lacroix ; 

Colomb. 

Président d'honneur : 



M. le Préfet de la Drôme. 



Président honoraire : 



Mgr l'Évêque de Valence. 

Membres fondateurs : 

Messieurs, 

PiSANçoN (le marquis de), à Pisançon. 

MoNTLUiSANT (de), général d'artillerie en retraite, à Marsanne* 



2« Série. XXV Volume. - 1891. 



18 



24b SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Membres titulaires : 

Messieurs, 

Allemand (Fabbé), supérieur du Petit-Séminaire, à Valence. 

Arces (le marquis d*), à Mercurol. 

Baboin (Henri), ancien député, au château d*Alivet, près Re- 

Bellet (Mgr), à Tain. 

Bellier du CharmeiL) ancien magiiBtrat> avocat à Valence. 

Bernon (le baron Prudent de), ancien maître des requêtes, à 

Saint-Sorlin. 
Bernon (J. de), docteur en droit, à Paris. 
Boisson, ancien percepteur, architecte, au Pont-Saint-Esprit. 
Bordas (Joseph-Michel), à Saint-Martin-d*Août. 
BoREL de Soubéran (Louis), à Crest. 
BoREL de Soubéran (Charles), à Crest. 
BoTTU DE VERCHfekES, à Saint''Jean-dç-Muzols. 
BoucoD (Auguste), à Saint- Vallier. 
BouFFiER (Amédée de), à Livron. 
Brun-Durand (Justin), ancien ma^strat, vice-présidcat, à 

Crest. 
Chabrières-Arlès, trésorier-payeur général, à Lyon. 
Chabrillan (le comtfc FoftUhè de), à Paris. 
Chabrillan (le comte Paul de), à Saint- VaJlicf. 
Chaix, ancien notaire, officier d*Académie, à Montix>sier-sur- 

Seyssuel près Vienne. 
Chenevier, imprimeur, à Valence. 
Chevalier (Ulysse), docteur en médecine, à Romans. 
Chevalier (le chanoine C-15.-J.), meiftbre non résident du 

Comité des travaux historiques, à Romans. 
Chevalier (le chanoine Jules), professeur au Grand-Séminaire, 

à Romans. 
CtÉMEKT (Emile), à Romans, 



TABLEAU DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ. 247 

Colomb (Victor), directeur de VAssurance La France, secrétaire 

adjoint de la Société, à Valence. 
CosTON (le baron de}, à Montélimar. 
DiDELOT (le chanoine), curé de la cathédrale, à Valence. 
DuMONTEiL (le chanoine), secrétaire de Tévêché, à Valence,. 
Du PoRT-Roux, à Romans. 
Emblard, ancien magistrat, à Valence. 
Faure-Biguet, conseiller à la cour de Cassation, 4 Paris 
Faur^, ancien président du Tribunal, à Valence. 
Favier, pharmacien de 1'^ classe, à Die. 
Feugier, ancien avoué, à Valence. 
FiLLET (Fabbé), curé d'AUex. 
Florans Oe marquis de), à la Rqqqe^d^AnthérQn. 
FoNTGALLAND (Anatolc de), à Die. 
FpRCHERON (Emile), juge, à Valence 
FoRQUET de Dorne, premier président de la Coyr d'appel 

d'Angers. 
François (Eugène), avocat, à Valence. 
Froment (Fabbé), curé, à VeauQes. 
Q^iLLAiiD, avocat, à Valence. 
Gaillard-Bancel (de), avocat, à AUex. 
Gallier (Anatole op), président delà Société, à Tain. 
GiRARDON, avocat, à Divajeu. 
GuiLLEMiNET, aucien professeur, à Valence, 
IsNARD (le chanoine), curé à Suze-la-Rousçe. 
Jassoud (l'abbé), curé, à Mureils. 
LiAQAREYRE (db), ançicu juge, au château des Cornets par 

Billom. 
La Baume (de), marquis du Puy-Montbrun, à la Garde- 

Adhémar. 
Lacroix (André), archiviste départeiqeptal, siççrétaire de la 

Société, à Valence. 
Lalande;, avoyé, à Valence. 
Latune (Gustave), à Crest. 
Latune (Henri), à Crest. 



248 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Maurin (Alcide), docteur en médecine, à Crest. 

Mazet (le chanoine), aumônier, à Valence. 

Meillier, directeur d'assurances, à Valence. 

Messie, avocat, à Montélimar. 

Meynot (Adolphe), à Donzère. 

MoNiER de La Sizeranne (le comte), à Beausemblant. 

MoNTCHENU (le marquis de), à Montchenu. 

MoNTEYNARD (le comte de), à Montelier. 

MoRiN-PoNS, auteur de la Numismatique féodale du Dauphiné^ 
à Lyon. 

MoRiN (Henri), à Dieulefît. 

MoRiN (Adolphe), à Dieulefît. 

Nuques (Alphonse) à Romans. 

NuGUES (Félix), à Orange. 

Peloux (Jules), inspecteur général honoraire des ponts et chaus- 
sées, à Valence, vice-président de la Société. 

Perrossier (Pabbé Cyprien), archiviste diocésain, à Romans. 

PoMPÉi, avocat, à Valence. 

Prompsal (Emile), à Châteaudouble. 

Reboul de la Juillière, ancien auditeur au conseil d'Etat, au 
château de Vaire par Roche-lès-Baupié. 

Rey, architecte, trésorier de la Société, à Valence. 

Romain, docteur en médecine, à Valence. 

Sayn (Gustave), à Montvendre. 

SoLLiER, avocat, à Valence. 

Thomé, notaire, à Bourg-de-Péage. 

Tracol, architecte, trésorier adjoint de la Société, à Valence. 

Trumelet (le colonel), à Valence. 

Urtin (Marc), avocat, à Valence. 

Vallentin, juge, vice-président de la Société, à Montélimar. 

Vertupier (Louis), à Cresi. 

Vigne (Mgr), archevêque d'Avignon. 

ViLLARD (Marins), architecte voyer de la ville, à Valence. 



TABLEAU DES MEMBRES DE LA SOCIETE. 249 



Membres correspondants : 

Messieurs, 

AccARiAS, ancien conseiller à la cour de Grenoble. 

Adhémar (le comte Victor d'), à Toulouse. 

Allmer, ancien conservateur du musée d'épigraphie de la ville 
de Lyon. 

Andigné (le marquis d'), général et sénateur, à Paris. 

Battendibr (le chanoine), directeur de la Semaine Religieuse, 
à Viviers. 

Baume-Pluvinel (le marquis de la), à Paris. 

Belmont, à Lyon. 

Benoit, attaché aux archives du Rhône, à Lyon. 

Bergeron (Paul), au Chcylard (Ardèche). 

Bernard, conseiller à la Cour d*appel de Grenoble. 

Berthin (Eolde), à Beaurepaire (Isère). 

Bertrand (Isidore), à Bar-le-Duc. 

Besset, architecte, à Tournon. 

Béthoux (l'abbé) à Saint-Michel-en-Beaumont (Isère). 

Blanchard (le chanoine) archiprêtre, à Saint-Péray. 

Blanchet (Augustin), manufacturier, à Rives. 

Blanchet (Paul), manufacturier, à Rives. 

Blanchet (Victor), à la papeterie, Rives. 

BoiSGELiN (le marquis de), à Aix (Bouches-du-Rhône). 

B01SSIEU (Maurice de), à Lyon. 

Bourg (Gontran du), au château de Tlle- Vieille, près Mont- 
dragon. 

BoYER de Bouillane, avocat à Nîmes. 

Caize (Albert), publiciste, à Blidah. 

CAize, ancien inspecteur divisionnaire des douanes, à Louve- 
ciennes. 

Chaper, à Grenoble. 

Chabrand, docteur en médecine à Grenoble. 



a6o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Champavier (Maurice), à Paris. 

Chapelle (l'abbè), à Lyon. 

Charpin-Feugerolles (le comte de), ancien député, au châ- 
teau de Feugerolles. 

Chenavas, conseiller général de Tlsère, à St-Etienne-de-St- 
Geoirs. 

Colas de la Noue, ancien magistrat, à Angers, 

CosNAC (le comte de), au Châtcau-du-Pin, par Salon-Ia-TpUC 
(Corrèze). 

CouRcrvAL (de), à Paris. 

Dubois, ancien magistrat, à Thueyts. 

Dupré-Latour, ancien magistrat, avocat, à Paris. 

Falavel, notaire, à Saint-Marcellin. 

Faucher (Paul de), à Bollène. 

Faure (Maurice), député de la Drôme, à Paris. 

Fayard, ancien conseiller à la Cour d'appel dç Lyon. 

Flachaire de Roustan (Marcel), à Lyon. 

Franclieu (M"* Aimée de), au château de Longpra-sqr-St- 
Geoirs. 

Gallet (LouisJ, directeur de Thôpital Lariboisiàre, à Pari^* 

Gap CLucien), instituteur, à Vitrolles, par Pertuis, 

Gauduel, à Grenoble. 

Genthon, ancien juge, à Saint-Marcellin. 

Gréau (Julien), à Paris. 

Gueyffier, juge de paix, à St-Etienne-dc-St-Geoir3. 

Guillaume (le chanoine), archiviste, des Hautes-Alpes, à Gap. 

Jarriand, avocat à la Cour d'appel de Paris. 

JouFFRAY f A.), capitaine d'artillerie au 2* régiment, â Grenoble, 

Klérer (Alphonse), à Rives. 

Kléber (Alexandre), à Rives. 

Lafayolle, juge de paix, au Chçylard (Ardècbc). 

Lagi^r (labbé), curé, à Blandin (Isère). 

Lascombe (M"*), née Comte, à St-Pierreville. 

Lavauden, ancien préfet, avocat, à Grenoble. 

Lombard, avocat, à Grenoble. 



TABf.EAU DES MEMBRES Dti LA SOCIETE. 25 1 

Maionien (Edmond), bibliothécaire de la ville, à Grenoble. 

Manteyer (Georges de), à Paris. 

MAsm&fiRTt sivocat, à Grenoble. 

Mazon, publiciste, à Paris. 

MoNCLAk^ (le marquis de), consul général, à Caracas. 

MoNTALivET (Georgcs de), à Paris. 

MoNTRAVEL (le vicomte de), à Joyeuse. 

Monts (le comte de), au château d^Armanais, à Balbin^ près la 

Côte-Saint-André. 
Morel (Louis), à Lyon. 
Ollier de Marichard, à Vallon. 
Oriol (Fabbé), à Annonay. 
Pallias (Honoré), ancien membre du Conseil général des 

Hautes- Alpes, à Lyon. 
Parisot de Laboissc (Jules de), à Montpellier. 
Perrossier (Ernest)) colonel au 9* d'infanterie, à Agen. 
Peyrot, chef de division en retraite de la préfecture de Tlsère, 

à Grenoble. 
PoNC(NS (le comte de), à Feurs. 
Prunières (le comte de), au château de la Baume-Seyssins, 

près Grenoble. 
Reynaud (Horace), avocat, ancien magistrat, à Lyon. 
Robert-Gentil (Charles), à la Ferté-sur-Aube. 
Roman (Joseph), avocat, au château de Picomtal, par Em- 
brun. 
Sagnier, de l'Académie de Vaucluse, à Avignon. 
Saint-Ferréol (le comte de), à Uriage. 
Saint-Genis (Victor de), conservateur des hypothèques, au 

Havre (Seine-Inférieure). 
Saint-Victor (Ch. de), à Lyon. 
Saurel (le chanoine), secrétaire de l'Académie de Montpellier, 

à Montpellier. 
Terrebasse (de), à Ville-sous- Anjou. 
Tour-du-Pin-Chambly (le baron de la), à Nantes. 
Tour-du-Pin-Chambly (marquis de la), au château d*Arrency, 

par Festieux. 



252 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Tour-du-Pin-la-Charce (Humbert, comte de la), au château 

de Bezonville, par Sermaise. 
TouR-DU-ViLLARD (marquis de la), ancien magistrat, à Nîmes. 
Truchet (Fabbé), curé de Percy. 
Vallentin (Roger), receveur de l'enregistrement, à Saint- 

Péray. 
Valher (Gustave), à Grenoble. 

V'aschalde, directeur de l'établissement thermal de Vais. 
Vellot (A.), avocat, à Grenoble. 

Communes abonnées : 

âouste. — Bourg-de-Péage. — Crest. — Montélimar. — 
MoNTRiGAUD. — Baumont-lès-Valence et Chateauneuf-de- 
Galaure. — Archives départementales de l'Isère, a Gre- 
noble. — Bibliothèques de Grenoble, de Romans et d'An- 

NONAY. 




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ARMORIAL DES LOIVES 




G Voilier del.et resUt. Lith Allier Grenoble 



ARMORIAL DES LOIVES 



A Monsieur Maurice CHABRIERES, 

{Membre de la Société d*Q4rchéologie et de Statistique 

de la T>rôme. 



Monsieur et honoré Confrère, 



C'est à votre initiative privée que je dois de voir 
accueillir par la Société départementale d^ Archéologie 
et de Statistique de la Drôme un travail oublié depuis 
longtemps dans mes cartons ; c'est à vous que le Bul- 
letin de cette Société savante sera redevable d'un luxe 
d'illustrations bien fait pour donner quelque valeur à 
mon écrit. C'est donc un devoir pour moi de vous 
dédier cette notice, et je le fais, Monsieur et cher 
Confrère, avec les sentiments d'affectueuse cordialité 
qui vous sont acquis depuis longtemps. 

G. .Vallier. 



Grenoble, Mai iSgi. 



2^ SÉRIE. XXV* Volume. — 4891. 19 



LES 

PEINTURES MURALES 

DES 

LOIVES DE MONTFALCON 



H £\)f dis pas qu'une maladie est 
incurable ; dis que tu ne peux pas et 
que tu ne sais pas la guérir. Alors tu 
éviteras la malédiction qui s'attache 
au faux prophète; alors on cherchera 
jusqu'à ce que l'on trouve un nouveau 
secret de l'art ! o 

Pakacelee. 



Pendant l'auiomne de 1866, j'habitais une maison de cam- 
pagne, non loin de Roybon (Isère), et profitai de mes loisirs 
pour faire, dans les environs, quelques promenades archéo- 
logiques pleines d'intérêt. On me signala, un jour, de vieilles 
peintures murales dans le galetas d'une antique habitation, 
la plus considérable du hameau des Loivcs (j), à quatre kilo- 
mètres au-dessous de Roybon, J'y courus, et je trouvai, en 
effet, la chose assez remarquable pour en faire à l'Académie 

{]) C'est un devoir pour moi de reconnaître l'obligeance avec laquelle 
M. Massoanel m'a facilité plusieurs fois l'étude de son inicressante 
demeure. Qu'il veuille bien recevoir ici l'expression de ma vive grati- 
tude. 



LES PEINTURES MURALES. 255 

delphinale le sujet, non d'un rapport écrit, — je n'étais pas 
prêt pour cela, — mais celui d'une simple communication 
que j'accompagnai de preuves à l'appui, c'est-à-dire de des- 
sins fidèlement relevés et coloriés. 

Je reproduis ici l'extrait du procès-verbal de la séance du 
23 novembre 1866, tel qu'il a été publié dans le Bulletin de 
V Académie delphinale (i). 

« M. G. Vallier lit une courte notice sur quelques restes 
de peintures murales qui subsistent dans une ancienne habi- 
tation ou propriété rurale, ornée d'une grosse tour carrée, à 
quatre kilomètres au-dessous de Roybon, au lieu dit des 
Loives. 

« Ces peintures ornent tout le pourtour d'un immense ga- 
letas et se prolongent au-dessous, dans les chambres du pre- 
mier étage. 

a Dans la partie triangulaire de ce galetas, formée par les 
deux pentes de la toiture, — le sommet du mur de pignon, — 
est représenté un tournoi, dont les héros sont un Dauphin de 
Viennois et un Comte de Savoie; derrière chacun d'eux, un 
arbre et un monstre, dont l'un tient une flûte et l'autre joue 
des timbales. Au-dessous, sept écussons armoriés : ceux du 
Dauphin, du Comte de Savoie, du Comte de Forez, d'un 
membre de la branche d'Achale de la maison de Savoie, du 
Prince d'Orange, du Comte de Chalon et du Comte de Ge- 
nève. Au-dessous encore, une combinaison de carrés et de 
losanges forme une décoration fort originale ; plus bas enfin, 
une draperie dont les replis de diverses couleurs descendent 
jusqu'à une plinthe noire qui se termine sur le plancher du 
premier étage de cette maison (2). A partir du septième écus- 



(i) 3* série, T. II, p. xxxiii. 

(2) J'ajouterai, pour compléter cette description, que ces écussons ar- 
moriés sont d'une forme des plus remarquables, légèrement arrondis 
par le haut et comme suspendus à la muraille par une courroie noire ; 
qu'ils se détachent sur un fond de couleur neutre qui, loin de nuire à 



256 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

son, une rangée d'autres armoiries, placées peut-être par ordre 
d'importance, fait le tour du galetas et vient rejoindre Té- 
cusson delphinal. Ces écussons sont, en totalité, au nombre 
de trente-neuf. M. Vallier a pu en déterminer un bon nom* 
bre ; mais plusieurs sont en bien mauvais état et n'ont pu en- 
core lui livrer leur secret. Comme pendant à la scène du 
tournoi, et sous le triangle opposé de la toiture, on voit un 
autre tableau représentant une femme agenouillée, Ifes mains 
jointes, devant le patron du Dauphiné, saint Georges, qui 
terrasse le dragon et le perce de sa lance ; derrière eux, les 
mêmes arbres que sur le premier tableau, mais au lieu des 
deux monstres, un chien et un lièvre qu'il semble poursuivre, 
a M. Vallier croit que la scène représentée sur ces murs 
date des premières années du xiv* siècle, et il invite ses con- 
frères à l'aider de leurs lumières pour achever de lever le voile 
qui cache la solution de ce problème historique (i). » 



leur effet, contribue admirablement à les faire ressortir au milieu des 
rinceaux élégants dont il est recouvert ; que le monstre placé à droite 
tient un bâton sur l'épaule droite et un instrument de musique ressem- 
blant à une flûte champêtre évasée par le bas; enfin que les lances 
sont courtoises, c'est-à-dire que leur fer est remplacé par une sorte 
d'anneau qu'on appelait frette ou morne [\sinces frettées, lances mor- 
nées). 

(i) Le plancher du galetas coupe en deux cette vaste décoration; on 
le reconnaîtra facilement sur la reproduction que j'en donne. J'ajou- 
terai que la construction d'une cheminée est la cause de la large inter- 
ruption verticale que Ton remarque au centre de cette œuvre du 
moyen âge. J'y ai suppléé par un pointillé. 

Hauteur totale de la peinture (i*' étage et galetas compris) : 5 mètres. 

Longueur totale du galetas : i5"55. 

„ . .4 hauteur : i"28. 

Fresque du tournoi. • . . < , ^ o 

^ I longueur : 6"78 

„ . ^ ^ [ hauteur : o'"78. 

Fresque de St-Georges. . J , .' 

^ f longueur : o"g4. 

La différence de longueur de cette dernière fresque provient de ce 

que cette extrémité de la salle est un peu plus large que celle du côté 

opposé, celui du tournoi. 



LES PEINTURES MURALES. 267 

Cet appel fut aussitôt entendu de Tun de mes confrères à 
l'Académie delphinale, M. Macé, professeur à la Faculté des 
Lettres de Grenoble, et il se hâta de me dire qu'il ne partageait 
pas ma manière de voir, et de m'apprendre que lui-même avait 
déjà publié quelque chose sur le même sujet, six ans aupara- 
vant, dans son Guide-Itinéraire des Chemins de fer du DaU' 
phine\ sous le titre de : La Côte St- André et ses environs (i). 

Je m'empressai d'avoir recours à ce livre, et j'y trouvai, en 
effet, les lignes suivantes que je me fais un devoir de repro- 
duire ici : 

a ... Après une demi-heure environ de marche, ils (les 
touristes) trouvent, à leur droite, une agglomération de mai- 
sons en avant desquelles ils aperçoivent une grosse tour car- 
rée, encore élevée, quoiqu'elle ait été considérablement abais- 
sée, et divers bâtiments, les uns tout à fait modernes, les au- 
tres n'ayant pas complètement perdu leurs caractères du 
moyen âge. Ce hameau s'appelle lesLoives, Quittant momen- 
tanément la route, montant légèrement sur leur droite, les 
voyageurs pourront s'adresser à l'habitation la plus considé- 
rable de ce hameau et aller voir une œuvre d'art curieuse et 
intéressante. Cette habitation, et la tour qui la domine vers 
Test, sont les débris d'un château qui appartenait d'abord aux 
Dauphins, et qui devint ensuite un hôpital dépendant de la 
grande Abbaye de Saint-Antoine, dont nous parlerons tout à 
l'heure. Les propriétaires de cette vaste maison se feront un 
plaisir de conduire les voyageurs dans les combles, dans le 
galetaSy comme on dit en Dauphiné (2), où l'on est obligé de 



(i) Grenoble, Maisonville, 1860, p. 92. 

(2) Le mot galetas n*est point une expression locale, ainsi que le 
prétend M. Macé. Il peut se convaincre, en ouvrant le Dictionnaire de 
l'Académie^ que ce mot est parfaitement fiançais et que, partout, il est 
employé pour signifier un logement ou réduit pratiqué sous les com- 
bles. Benserade n'en a pas redouté remploi, quand il disait : 
Puisque du dieu des eaux tu tires ta naissance, 
Loger au galetas choque la bienséance. 



258 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

monter par une échelle, et sur les murs duquel on voit des 
peintures à fresque, parfaitement conservées, que je ne crois 
pas, du reste, remonter au-delà du xvii* siècle, représentant, 
dans des écussons de très large dimension, les armoiries des 
Dauphins de Viennois, suivant M. Berruyer (i), plus proba- 
blement, à ce qu*il m'a semblé par un coup d*œil rapide, des 
Grands-Maîtres de l'ordre des Antonins. » 

Trente-neuf écussons des Grands-Maîtres de TOrdre des 
Antonins!... Mais comment pourrait-on arriver à un chiffre 
pareil ? Il n*y a eu que dix-sept Grands-Maîtres, y compris 
Aymon de Montagny, le dernier d'entre eux et le premier 
Abbé de Tordre. Du reste, à part quatre écussons des Abbés 
de Saint-Antoine, comment ne pas reconnaître que ces écus- 
sons appartenaient au Dauphin, au Duc de Savoie, aux prin- 
ces souverains du voisinage et, pour la plus grande partie, à 
la noblesse du Dauphiné? 

J'avoue que la description de M. Maeé ne me satisfait nul- 
lement. Je n'accepte ni ses données historiques, ni l'opinion 
citée de M. Berruyer. L'honorable professeur de la Faculté 
des Lettres oublie d'ailleurs d'appeler l'attention des tou- 
ristes sur les deux importants tableaux qui dominent les ar- 
moiries. 

Ces peintures sont fort connues à Roybon, et on me les a 



et La Fontaine, dans ses Devineresses (liv. vu, fab. xv), après avoir 

raconté que 

L'oracle était logé dedans un galetas, 

se sert encore deux fois de cette locution dans la môme fable. Quant à 
la prose, si je voulais citer mes auteurs, je n'aurais que l'embarras du 
choix ; mais, considérant comme inutile de nommer tous ceux qui ont 
employé ce terme, je me contenterai de signaler à M. Macé la Bruyère, 
Eust. Deschamps, Marguerite de Navarre et Voltaire, dont je cite les 
noms d'après Littré. 

(i] M. Macé a emprunté beaucoup de renseignements, dit-il, à une 
Notice historique sur Roybon par M. Berruyer, architecte, publiée à 
Lyon en 1849 iS^-^* ^^ Afi pO- 



LES PEINTURES MURALES. 269 

signalées, comme on Tavait fait à M. Macé et à son prédéces- 
seur, M. Berruyer ; mais je n'ai trouvé sur les lieux d'autre 
ressource, pour la vérité, que des on-dit ne s'appuyant ni sur 
rhistoire ni sur la sage critique qui doit en être la com- 
pagne. 

Je suis resté longtemps à chercher une autre solution. Je 
voulais voir, dans ces armoiries nombreuses, celles des grands 
seigneurs, acteurs ou témoins dans une fête mémorable, 
tournoi ou carrousel, qui aurait eu lieu vers la fin du xni^ 
siècle ou le commencement du xiv«... 

Le choix d'un pareil sujet n'est pas sans exemple. J'en veux 
citer un fort remarquable, que j'emprunte à une communica- 
tion des plus intéressantes publiée par M. Anatole Dauvergne, 
peintre d'histoire, dans le Bulletin des Comités historiques (i)^ 
sous le titre de Peintures murales à fresque, dans le château 
de Cindre\ canton de Jalignjr^ arrondissement de La Palisse 
(Allier)^ et que je reproduis d'autant plus volontiers, — en 
partie du moins, — que la plupart des remarques de l'auteur 
peuvent s'appliquer aux peintures des Loives et viennent 
compléter ce que j'en ait déjà dit : 

« ... Au premier étage de cette tour, existaient encore, au 
mois de mars 1849, plusieurs fragments d'une peinture qui 
décorait la salle principale. Lors de la restauration de la tour, 
vers le milieu du siècle dernier, en appropriant cet étage 
aux usages modernes, on boucha les baies qui nuisaient 
à la disposition nouvelle; on perça, en d'autres endroits, 
de plus grandes ouvertures; on redressa la surface des mu- 
railles avec des enduits de mortier et de plâtre; enfin, on 
éleva des cloisons légères, et le tout fut, à plusieurs reprises, 
recouvert de papiers peints. C'est en arrachant ces papiers 
pour constater les détériorations intérieures des murailles, 
que les peintures ont été découvertes. Avant de les laisser 
détruire irrévocablement par les maçons, j'ai dessiné, avec une 



(i) Mars i85i, p. yb. 



260 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

fidélité scrupuleuse, les quatre fragments ci-joints (une plan- 
che accompagne l'article) retrouvés sur les quatre faces oppo- 
sées des murailles. 

« Les peintures du château de Cindré sont faites à fresque 
et non exécutées en détrempe ou même à Vhuile, procédés 
que les archéologues confondent très fréquemment. Ici, la 
méprise n'était pas possible, on reconnaît distinctement deux 
enduits superposés : le premier, appliqué, est grossier, grenu, 
abondant en sable de rivière, et conserve, en quelques en- 
droits, le contour tracé avec un style: le second, plus fin, 
plus compacte, ayant à peine deux ou trois millimètres d'é- 
paisseur, paraît avoir été étendu d'un seul coup et sans re- 
touches. 

Il ... Le sujet représenté est sans doute un tournoi. Au pre- 
mier aspect, j'ai conjecturé que cette peinture avait été inspi- 
rée par les croisades ; que les seigneurs de Jaligny, posses- 
seurs de Cindré aux xi*, xii« et xiii* siècles, avaient consacré, 
au lieu le plus apparent du manoir, le souvenir de leurs hauts 
faits en Orient, de combats entre chrétiens et Sarrazins; mais 
cette supposition était difficile à maintenir après avoir constaté 
la similitude des armures et des costumes et l'absence de la 
croix, signe distinctif des croisés. 

« C'est un tournoi évidemment, mais ce n'est point un 
combat à lances courtoises^ à lances mousses frettées et mor- 
nées, c'est bien un combat à outrance, à fer émoulu, ainsi 
qu'on peut en juger par les pointes des lances, très aiguës et 
point garnies d'anneaux. La présence d'un musicien, jouant 
de l'oliphant et du tambourin, n'implique pas absolument un 
divertissement, une parade militaire ; autrefois, comme au- 
jourd'hui, la musique et le tambour excitaient l'ardeur des 
combattants, même dans les luttes sérieuses. 

a ... Les heaumes sont de forme semblable et de couleur 
jaune indiquant le cuivre ou l'or; la partie supérieure paraît 
plate et carrée; celle qui enveloppe l'occiput, légèrement ar- 
rondie ; les visières apportent l'air au visage par des ouver- 
tures verticales... 



LES PEINTURES MURALES. 20 I 

« La coupe de la cotte d'armes flottante est la même pour 
tous les cavaliers, de couleur brun-rouge, avec doublure 
jaune. 

« Les hauberts, bras et jambes de mailles, sont simulés en 
fer, à cause de sa grande lourdeur, vers la fin du xni« siècle, 
et remplacée par l'armure en fer à pièces. 

a Les lances sont pareilles, à flèche aiguë. 

« Les écus sont de même forme, larges par le haut pour 
abriter le corps, et se terminant en pointe arrondie. 

« Les mors et les brides sont semblables; les selles et leurs 
sangles, les étriers et les éperons sont faits et attachés de la 
même façon... 

« Les pièces héraldiques sont simples comme le blason à 
son début. On voit, peints sur les écus des combattants et sur 
les caparaçons des chevaux : l'^des besants rouges, deux en 
chef, un en pointe ; 2* des damiers losanges jaune et bleu, 
jaune et bistre... 

«... Le musicien est placé au point de rencontre de deux 
croupes de chevaux, si bien qu'il semble en équilibre sur ces 
deux appuis, qui fuient en sens opposé... 

€ La hauteur totale de la frise est de 2 m. ; le lambris est 
de hauteur semblable. Les personnages ont 1 m. de hauteur... 

« ... L'aspect des figures est assez satisfaisant; si l'on peut 
signaler quelques fautes de proportion, entre autres les jam- 
bes des cavaliers trop courtes, le ventre des chevaux un peu 
mince, des jarrets lourds et d'une forme barbare, on ne peut 
méconnaître une certaine connaissance de l'anatomie du che- 
val ; le trait net, précis, indique carrément les contours des 
têtes ; le style, en général, est véritablement monumental. 

a Quant à la couleur, il n'en faut point parler; elle n'existe 
que par teintes plates et crues, sans aucune dégradation de 
tons. 

a La décoration de la grande salle du château de Cindré 
n'existe plus maintenant ; mais j'ai la conscience et la satis- 
faction de ne pas l'avoir laissé périr tout entière. Ces dessins, 



202 SOCEÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

les seuls qui constatent l'existence de ces peintures, reprodui- 
sent fidèlement ce qui en a été retrouvé. 

« Les caractères de rornementation, la forme des heau- 
mes, la présence des habits de mailles autorisent à placer la 
date de ce précieux monument de la peinture civile au milieu 
du xiii« siècle ; à ce titre il mérite toute l'attention du Comité 
des Arts et Monuments. » 

C'est pendant la période qui s'étend du xii* au xiv* siècle 
que les tournois eurent leur plus grande vogue. Leur repré- 
sentation artistique semble avoir joui alors d'une grande po- 
pularité, et la charge elle-même eut une part curieuse dans 
cet engouement pour les images de la guerre. Le manuscrit, 
si connu du Psautier de la Reine Marie, qui date du com- 
mencement du XIV* siècle, renferme un certain nombre d'il- 
lustrations de ce genre. Une de ces compositions, dont j'em- 
prunte le fac-similé à la page 90 de ï Histoire de la Carica^ 
ture et du Grotesque dans la Littérature et dans VArt^ de 
Thomas Wright (i), représente la caricature d'un tournoi, 
qui a de singuliers rapports de composition avec celui des 
Loives, et qui Ti'en diffère que par la qualité du tenant et de 
l'assaillant. 





Deux singes, à cheval sur des singes, se combattent à ou- 
trance, et, aux deux extrémités de la scène, l'analogie avec notre 



(i) Paris, Hennuyer, 1875. 



LES PEINTURES MURALES. 203 

tournoi est complétée par deux autres singes dont l*un joue 
du tambour de basque et Tautre sonne de la trompe. 

Dans un autre sujet, les combattants, représentés avec des 
pieds de lion et des pattes d'oie, ont des masques humains 
au-dessus du nombril : idée fort en vogue dans les images 
grotesques du moyen âge, et dont nous retrouvons, dans 
notre fresque dauphinoise, une application qui ne diffère 
que par la position de ces masques sur les monstres-musi- 
ciens. 

Revenons maintenant aux peintures des Loives, dont cette 
longue mais utile digression nous a un peu écartés. 

Il y a sans doute un arrangement prémédité dans Tordre 
des écussons qui servent d'accompagnement à notre tournoi ; 
mais la pensée de l'auteur m'échappe, et je reconnais sans 
difficulté qu'elle est restée une énigme pour mon esprit. En 
attendant que la lumière se fasse, complète et sans réplique, 
toutes les conjectures sont permises. 

Je voulais donc, ai-je dit plus haut, voir dans ces nom- 
breuses armoiries celles des grands seigneurs, acteurs ou té- 
moins dans une fête militaire qui aurait eu lieu vers la fin du 

xui« siècle ou le commencement du xiv« Mais quatre 

de ces écussons m'arrêtaient à chaque instant dans chacun 
des sentiers où mon imagination se plaisait à s'égarer à la re- 
cherche de la vérité ou tout au moins d'une probabilité. Je 
savais fort bien que les états des Comtes de Savoie étaient 
proches de Roybon, à cette époque où la Côte-Saint-André 
et presque tout le nord du département actuel de l'Isère ap- 
partenaient encore à ces rudes voisins et compétiteurs des 
Dauphins. Je n'ignorais pas qu'alors on se battait un jour 
pour se fêter le lendemain, et que, les sujets de querelles re- 
naissant incessamment, il y avait toujours quelque noble fille 
de la Savoie ou du Dauphiné prête à s'immoler sur l'autel de 
rhyménée ei à apporter le rameau de la paix aux deux peu- 
ples. 

Mais si, dans mes peintures, j'entrevoyais le souvenir d'une 



264 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

fête de circonstance, j'étais bien vite dérouté par ce fait, que, 
si ces trente-neuf écussons représentaient les armes des te- 
nants ou des assistants d'un tournoi, il y en avait, parmi eux, 
quatre qui ne pouvaient appartenir à des combattants ou à 
des témoins : c'étaient ceux que la planche n® VI de cette no- 
tice nous offre chargés du tau d'azur de Saint- Antoine et 
timbrés de la mitre et de la crosse abbatiales... Ici donc se 
dressait une difficulté réelle. Comment, en effet, concilier ces 
quatre écussons d'Abbés de l'Ordre des Antonins avec l'idée 
de la présence simultanée de ces quatre Abbés à un carrousel ? 

Cette pierre d'achoppement m'avertissait suffisamment que 
je faisais fausse route..., et mon imagination, reprenant sa 
course, cherchait de nouveaux sentiers inexplorés, mais qui, 
comme ceux d'un labyrinthe, me ramenaient toujours à mon 
point de départ... 

Un jour, mon ignorance des usages monastiques me vint 
en aide, et je crus avoir trouvé le joint. Ces écussons, me 
dis-je, sont peut-être ceux de quatre Commandeurs de V Ordre 
de Saint-Antoine, qui, probablement^ devaient avoir le droit, 
comme chefs de maison, de porter la mitre et la crosse, au 
moins dans leurs armoiries... Mais ce n'était qu'une con- 
jecture; et, mieux éclairé, il me fallut encore renoncer à cette 
explication. De guerre lasse, j'aurais fini, je crois, non à re- 
noncer à une publication qui me paraissait intéresser trop 
l'histoire de notre moyen âge dauphinois pour la délaisser, 
mais à offrir tout simplement au public mes dessins, comme 
un problème historique à résoudre, lorsque ma bonne fortune 
me mit entre les mains la clef même de ce problème. C'est 
alors que je me rappelai ces paroles de Paracelse que j'ai pla- 
cées en tête de cette notice et qui ne sont que la paraphrase 
du Quœrite et invenietis de l'Evangéliste (i). J'ai raconté 

' - ■ - 

(i) Petite, et dabitur vobis : quœrite , et invenietis : pulsate, et ape- 
rietur vobis (Ev. selon saint Mathieu, ch. vu, v. 7). Demandez, et on 
vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et il vous sera 
ouvert. 



LES PEINTURES MURALES. '265 

ailleurs (i) comment je découvris, en Piémont, YArmorial 
des Grands-Maîtres et des Abbés de Saint- Antoine. Là était 
la solution. 

Je trouvai, en effet, parmi les quarante-neuf écussons de 
Sant-Antonio-di-Ranverso, ceux des Abbés de Saint-Antoine 
représentés sur les murs de la salle des Loives, et ces écus- 
sons, placés dans leur ordre chronologique, étaient ceux des 
quatre premiers abbés de Tordre... 

Toutes mes suppositions s^écroulaient. Il fallait chercher 
l'explication de la présence de ces armoiries ailleurs que dans 
l'assistance de quelques seigneurs à un tournoi (2). 

Tâchons donc de la trouver dans l'histoire même de TAb- 
baye. 

La Maison de l* Aumône venait d'être érigée en abbaye 
(1297) et devenait dès lors une puissance. Par ses rapports 



(i) Armoriai des Grands-Maîtres et des Abbés de Saint-Antoine de 
Viennois; Marseille, Barlatier-Feissat,, 1881. 

(2) Cette notice, écrite en 1866, n'avait pu 6tre publiée par divers 
motifs, dont le principal était l'absence des moyens de reproduction 
nécessaires, l'impression en couleur étant absolument obligatoire en 
pareille matière et ne se trouvant pas à ma portée Elle fut donc relé- 
guée au fond d'un carton qui, pour moi, se transforma bien vite en 
oubliettes... Des amis bienveillants me l'ont rappelé au moyen d'ar- 
guments auxquels il était difficile de résister..., et je viens naturelle- 
ment l'offrir à mes confrères de la Société d'Archéologie de la Drôme, 
le lieu de naissance de cette curieuse étude étant situé sur la frontière 
de ce département. 

Vingt-deux ans se sont écoulés depuis lors. J'ai relu ma notice avec 
attention...; et, sauf quelques corrections de peu d'importance, je n'ai 
rien trouvé à changer à ce que j'écrivais jadis. J'ai fait plus : j'ai voul|i 
revoir mes peintures des Loives sur les murs mômes qui me les avaient 
livrées en 1866 et que j'avais alors explorés avec tant de peines et de 
soins. Mais là , devant l'outrage des ans, j'ai pu constater combien 
j'avais été heureusement inspiré en relevant, alors qu'il en était temps 
encore, — pour la partie la plus importante du moins, — ces si cu- 
rieuses peintures qui auront disparu complètement avant peu sous les 
injures du temps et des hommes. 



206 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

avec Humbert I^*^, Aymon de Montagny avait acquis une 
grande influence dans les Conseils du Dauphin, et celui-ci 
témoignait sa gratitude et sa faveur par les dotations et les 
prérogatives dont il comblait la maison de Saint-Antoine et 
son premier Abbé (i). Ne perdons pas de vue que TOrdre se 
recruta uniquement dans les rangs de la noblesse jusqu'au 
XVI* siècle, et que, parmi ses membres, on compta les repré- 
sentants des vieilles familles du pays : les Aynard, les Alle- 
man, les Arthaud, les seigneurs de Châteauneuf, de Brion, 
de Bressieu, de Montferra, etc. N'oublions pas non plus que 
les souverains féodaux du voisinage, les grands du Dauphiné 
et des provinces limitrophes se plurent à combler de leurs 
bienfaits un Ordre religieux qui rendait au monde tant 
d'éminents services. 

A Aymon, mort en i3i6, succédèrent, pendant l'espace de 
cinquante-huit ans. Ponce d'Alayrac (i 3 17-1 328), Guillaume 
Mitte (i?28-i342), Pierre Lobet (1343-1369) et Ponce Mitte 
(i 370-1 374). 

On sait les démêlés de la Maison de l'Aumône avec les Bé- 
nédictins de Saint-Antoine et leur Maison-mère de Montma- 
jour, démêlés qui commencèrent vers ii3o pour ne finir 
qu'en 1 297 (2). On n'ignore pas non plus que c'est à l'époque de 
Téloignement de ces religieux du Prieuré de Saint-Antoine et de 
l'érection de celui-ci en Abbaye par les soins d'Aymon de 
Montagny, que correspond la plus grande élévation, l'apogée 
de la puissance de l'Ordre des Antonins. Me tromperais-je 
en attribuant à ces temps de prospérité et de splendeur la dé- 
coration de cette Maison des Loives, dont i'ignore l'histoire 

(i) d Chéri de ses frères, vénérable à toute la chrétienté durant un 
règne de 41 ans, le flambeau de sa religion, Tarbitre des seigneurs et 
des barons de la province, le conseil des princes, le pacificateur des 
familles, le tuteur assidu des malheureux et des infirmes, il parut jus- 
qu'au dernier jour le plus grand caractère des chanoines hospitaliers. » 
(Dassy ; V Abbaye de Saint- Antoine, etc., p. 126.) 

(2) V. VArmorial des Grands-Maîtres, etc., pp. 23 à 32. 



LES PEINTURES MURALES. -267 

et qui vit mourir, en 1482, le bon Abbé Joguet dans ses 
murs? De nombreuses maisons de TOrdre sont fondées pen- 
dant le règne long et florissant d'Aymon de Montagny. Ponce 
d'Alayrac, son successeur, entoure de remparts le bourg de 
Saint-Antoine. Puis Guillaume Mitte reprend la construction 
de Téglise, oubliée par les Bénédictins, et Pierre Lobet, con- 
seiller ordinaire d'Humbert II et désigné par lui comme ré- 
gent, à défaut de Henri de Villars, archevêque de Lyon, et 
de Jean de Chissay, évêque de Grenoble, reçoit dans sa su- 
perbe résidence la visite die plusieurs souverains. Ponce Mitte 
lui succède en iSjo et construit le magnifique et imposant 
réfectoire qui, pendant 400 ans, fit Tadmiration de tous ceux 
qui purent le voir (i). 

C'est donc aux environs de cette époque florissante que je 
fixerai la date de ces peintures; non peut-être au dernier Abbé 
que je viens de nommer, et que je voudrais croire avoir été 
assez modeste ou réservé pour ne pas placer lui-même ses 
propres armoiries après celles des quatre premiers Abbés dont 
on avait Tintention d'illustrer les services — tout au moins à 
son prédécesseur immédiat, Pierre Lobet, qui, moins timoré 
peut'être sur le chapitre de la satisfaction et de la retenue 
personnelles, n'aurait pas appréhendé de réunir — à bon 
droit du reste, et comme pour apposer sa signature au bas 
de son œuvre, — l'écusson de ses armoiries à ceux des autres 
bienfaiteurs de l'Abbaye. 

Voici donc l'idée à laquelle je m'arrête. 



(i) N'oublions pas que c'est à la grande position que les premiers 
Abbés de Saint-Antoine surent se créer et maintenir, que les Âbbés 
Généraux durent la prérogative de présider aux Etats de la province du 
Dauphiné et de siéger au Parlement de Grenoble, prérogative qui leur 
fut accordée par les Princes-Dauphins de Viennois et par les Rois de 
France, leurs successeurs, en considération de la splendeur de cet 
Ordre, de l'antiquité et de la noblesse de son origine, du mérite per- 
sonnel de ses chefs et de ses membres, et des services importants qu'ils 
avaient rendus à l'État, à l'Église et à l'humanité. 



268 SOCIÉTÉ d'archéologif et de statistique. 

Pierre Lobet, si ce n'est son successeur, faisant restaurer 
la propriété que l'Ordre possédait aux Loives, aura eu la pen- 
sée de placer autour de la salle principale les armoiries des 
principaux donateurs de la Maison de l'Aumône^ de TAbbaye, 
devenue dispensatrice, grâce à eux, du superflu de la richesse 
et des legs pieux en faveur des misères de ce temps. — Nous 
sommes loin, on le voit, des trente-neuf Grands-Maîtres de 
M. Macé! — Puis, pour achever cette splendide et originale 
décoration, il aura imaginé de faire représenter, dans Tun des 
triangles formé par la toiture aux deux extrémités de cette 
salle et au-dessus de sa riche ceinture armoriée, quelque sou- 
venir historique, — local peut-être, — les jeux de la guerre 
sous rimage d'un tournoi ou sous une allégorie plus réelle 
des rivalités qui, en dépit de leur commune origine, pous- 
saient constamment dans une lutte fratricide les peuples du 
Dauphiné et de la Savoie. Dans l'autre triangle, en face, — 
incarnation du cri : Saint Georges et Dalphiné! Une Dau- 
phiné implorant le céleste protecteur des états de son 
mari... (i). N'était-ce pas là un sujet bien naturel et digne- 
ment trouvé pour des religieux dont la mission était toute de 
paix, et qui devaient presque autant de reconnaissance aux 
Comtes savoyards qu'aux Dauphins de Viennois, tout en 
montrant leur amour pour celui dont ils étaient les fidèles 
sujets? Pouvaient-ils mieux définir le but de leur Ordre, en 
dehors du soulagement qu'ils apportaient aux misères des 
victimes du feu sacré, qu'en inscrivant sur leurs murs cette 



(i) Je suis presque tenté de dire de ses propres états... N'oublions 
pas qu'Aymon de Montagny, Delphini fidelis et charissimus consiliariuSf 
ainsi qu'il est désigné dans plusieurs chartes , signa le premier, le 
34 avril 1393, comme arbitre pour le Dauphin, le traité de paix qui eut 
lieu entre ce prince et le Comte de Savoie : l'acte fut passé entre Voiron 
et Moirans, en la chapelle de l'hôpital Saint-Jean, où Humbert de la 
Tour-du-Pin, Dauphin de Viennois, et Âmédée de Savoie eurent une 
longue conférence, et où il fut arrêté que le Faucigny dépendrait du 
fief du Comte. 



LES PEINTURES MURALES. 26g 

prière permanente en faveur d'une paix durable entre leurs 
deux principaux bienfaiteurs? 

Le moment est venu d'étudier les écussons qui forment un 
si brillant cortège aux deux peintures que je viens de décrire. 
L'authenticité des uns ne supporte pas la moindre objection ; 
celle de quelques autres laisse plus à désirer, et le reste, je 
dois l'avouer, est pour moi lettres closes. Pour ces derniers, 
je n'ai pas autre chose à en dire, si ce n'est qu'on pourra peut- 
être les retrouver un jour dans les armoiries encore ignorées 
d'anciennes maisons dauphinoises ou dans celles de familles 
appartenant aux pays limitrophes du Dauphiné. Ce secret sera 
sans doute dévoilé par le dépouillement en règle des papiers 
de l'Ordre de St-Antoine, renfermés dans le fonds de Malte, 
aux Archives de Lyon ; mais il faut attendre que ce travail 
soit fait... Il n'est pas rare, à cette époque surtout, de rencon- 
trer des armoiries exactement semblables et appartenant à des 
familles n'ayant aucun lien entre elles. Il faut donc une grande 
prudence pour des attributions qui ne peuvent être faites que 
les preuves à la main. Quant aux deux premières catégories 
de nos écussons, je dois à mon lecteur les motifs régulateurs 
de mes certitudes et de mes doutes, et quelques lignes d'his- 
toire locale disposeront, je pense, son esprit à mieux com- 
prendre par quel sentiment le mien s'est laissé guider. 

Dans le courant du siècle passé et pendant la première 
partie du nôtre, la Forêt de Chambaran fut l'objet de procès 
qui eurent quelque retentissement. Un volumineux mémoire 
de M. de Lagrée, alors procureur général du roi en la Cham- 
bre des Comptes de la province (i) et un autre non moins 
volumineux publié par MM. Dupérou, Motte et Aug. Gau- 
tier, avocats à Grenoble (2), m'ont fourni beaucoup de dé- 

(i) Mémoire et conclusions du Procureur-général du Roi en la 
Chambre des Comptes de Dauphiné sur la concession de la Forêt de 
Chambaran, Grenoble, Allier, 1824. 

(2) Mémoire concernant la Forêt de Chambaran de Roy bon, Gre- 
noble, Allier, 1824. 

2« SÉRIE. XX V« Volume. - 1891. 20 



270 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

tails sur Thistoire de cette contrée. C'est à ces sources, à la 
première surtout, que j'ai emprunté, passim^ les notes qui 
vont suivre. 

La Forêt de Chambaran, comprise dans le Mandement de 
Roybon et dans ceux du voisinage, a été, pendant des siècles, 
l'objet de difficultés sans nombre. Le terme de Chambaran^ 
paraît avoir eu anciennement la signification de terrains en 
friche^ n'offrant à la vue que des bois, des landes et des 
bruyères. Celte opinion paraît d'autant mieux fondée, que, 
dans les actes tant anciens que modernes, on a toujours dé- 
signé, sous la dénomination de Chambaran^ des bois, landes 
et bruyères situés dans Tancien Mandement de Roybon, entre 
les villes et bourgs de Saint-Marcellin, la Côte-Saint-André, 
Moras et TuUins. 

Pour distinguer plus particulièrement la Forêt de Cham- 
baran, on ajoutait, à ce terme générique, le nom de la terre 
dans l'étendue de laquelle la forêt était située. Ainsi, on ap- 
pelait Chambaran de Roybon ce qui appartient au territoire 
de Roybon, Chambaran de Br essieux ce qui est sur celui de 
Bressieux, Chambaran de Viriville la portion située sur Vi- 
ri ville, Chambaran de Serre celle qui est sise sur le terri- 
toire de Serre (i), etc., etc. 



(i) On trouve la racine du mot Chambaran dans les noms de beau- 
coup de localités qui, jusqu'à présent, ont résisté aux investigations des 
étymologistes. C'est ainsi que je puis citer, sans néanmoins affirmer une 
origine commune à toutes ces dénominations dont on pourrait, pour 
quelques-unes du moins, retrouver peut-être ailleurs les origines : le 
Chambalon (Loire-Inférieure), Chamballon (Charente-Inférieure), Cham- 
baludj Chambaran et le Chambard (Isère), les Chambards et Chamba- 
reins (Ain), Chambarel et Chambeyrat (Haute-Loire), les Chambarels et 
les Chamborels (Basses-Alpes), Chambaron (Lozère), Chambeire (Côte- 
d'Or), Chambérat et le Chamberon (Allier), Chamberau (Drôme), Cham- 
berand et Chamborand (Creuse), Chamberet (Corrèze), Chamberet et 
Chamboret (Haute-Vienne), Chamberia (Jura), la Chamberonnie (Dor- 
dogne), Chambert (Lot, Tarn-et-Garonne), Chamberte (Puy-de-Dôme), 
Chambery (Maine-et-Loire), Chambéry (Savoie), et d'autres encore dont 
la nomenclature me mènerait trop loin. 



LES PEINTURES MURALES. 27 1 

Quoi qu'il en soit de la signification du mot Chambaran^ 
il est certain que cette partie de la province du Dauphiné, si- 
tuée entre Saint-Marcellin, la Côte-Saint- André, Moras et 
Tullins, était anciennement presque toute couverte de bois 
ou de terres incultes, et que ce ne fut qu'au fur et à mesure 
de l'augmentation de la population de cette contrée, que ces 
cantons furent défrichés et cultivés à l'instigation des Sei- 
gneurs, propriétaires de ces vastes déserts, qui y appelèrent 
des colons à qui furent concédées ces terres. 

Les anciens Princes Dauphins en possédaient en toute pro- 
priété la plus grande partie. Par les dons qu'ils en firent, ils 
les peuplèrent, les érigèrent en Seigneuries et en formèrent 
divers mandements ; en sorte que les Dauphins se dépouillè- 
rent peu à peu de la propriété de ces terrains, en proportion 
de la population qu*ils y avaient appelée. C'est ainsi que se 
formèrent les Mandements de Varassieux, Chasselay, Muri- 
nais, Chevrières, Beyssins, Montrigaud, Montfalcon, qui 
confinent actuellement la Forêt de Chambaran au levant, au 
midi et au couchant. 

D'un autre côté, les Seigneurs particuliers n'étaient pas 
moins désireux que les Dauphins de peupler leurs terres. 
C'est ainsi que, par les mêmes procédés, le Seigneur de Bres- 
sieux, créa les Terres de Bressieux, Viriville et Thodure, si- 
tuées au nord de la môme forêt. 

Toutes ces Terres étaient peuplées, lorsque les Dauphins, 
pour tirer parti des terrains incultes qui leur restaient au cou- 
chant du Mandement de Varassieux et au nord de celui de 
Chevrières, songèrent au moyen d'y attirer des colons, et éri- 
gèrent à cet effet le Mandement de Roybon dans la forêt 
même de Chambaran. 

La première idée de cette nouvelle conquête paraît appar- 
tenir à Béatrix, Comtesse de Viennois, si l'on s'en rapporte 
du moins aux lettres qu'elle donna le 4 des Calendes de jan- 
vier 1264; mais ce furent Humbert !«»• et la Dauphine Anne 
qui achevèrent cette transformation par leur charte de 



272 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

juillet 1294, portant confirmation des privilèges qui y sont 
rappelés en entier, ainsi que la limitation du Mandement. 

Le Dauphin Jean inféoda le Mandement de Varassieux à 
Aymard de Bressieux par acte du i^ octobre i3i4. 

La Terre de Murinais n'appartenait pas en entier au Dau- 
phin : Aymard de la Tour, Seigneur de Vinay, en possédait 
une moitié qu'il concéda en fief à son fils aîné, pour lui et 
ses enfants mâles. Cette portion fut hommagée au Comte de 
Valentinois par les Seigneurs de Vinay en 1329 et 1354. 
L'autre moitié de Murinais appartenait à la famille de ce nom, 
qui la tenait en fief du Dauphin. 

La Terre de Chevrières fut cédée au roi par les Poitiers, 
cousins des derniers Comtes de Valentinois. 

Celle de Dionay appartenait au Seigneur de Bressieux, qui 
la céda au Dauphin par acte du i*^ octobre i3i4. Elle appar- 
tint ensuite à Jean Pagan, chevalier, et par héritage, en i362, 
à Briand de Retourtour, qui la vendit en 1367 aux Abbé, 
Prieur et Religieux de Saint- Antoine (1). 

La Terre de Montrigaud fut érigée en Mandement à peu 
près à la même époque que celle de Roybon. Humbert Dau- 
phin et Anne sa femme, accordèrent des privilèges à ses ha- 
bitants par une charte donnée aux Loives, le 17 juillet 1293. 
Cette Terre fut inféodée par le Dauphin Humbert II, le 
18 janvier i336, à Jean de Montluel, puis, à la mort de ce- 
lui-ci, à Jean deChâlons, Comte d'Auxerre, et enfin à Disdier 
de Sassenage, après le transport du patrimoine delphinal à 
la couronne de France. 

En i355, la Terre de Roybon fut cédée par le Dauphin 
Charles à Hugues et Aymon de Genève, qui en devinrent 
ainsi les Seigneurs, en dédommagement des terres qui leur 
appartenaient en propriété et qui avaient été cédées aux 
Comtes de Savoie par le traité de i354. 



(i) Pour plus de détails, voir Une page de l'histoire du Viennois à la 
part du Royaume, par A. de Gallier; Vienne, Savigné, 1874, pp. 73-74. 



^ 



LES PEINTURES URALES. 278 

En i368, la Terre de Montrigaud fut aliénée en faveur de 
Disdier de Sassenage par le Roi-Dauphin, en échange d'une 
Parerie de la Terre de Sassenage. 

La Terre de Montfalcon, appelée autrefois les Loives, avait 
appartenu aux Templiers. Après la destruction de cet Ordre 
en i3i2, elle fut adjugée par le pape Clément V*à l'Ordre de 
Saint-Jean-de-Jérusalem qui lui donna le nom d'Hôpital^de- 
les-Loives. Le mas de Chazalet, inféodé à Guignes Véhier en 
1 299, est déclaré exister dans le Mandement de Roybon et 
être confiné par les terres de THôpital-de-les-Loives et par un 
petit chemin d'où on allait de Notre-Dame-des-Loives jusqu'à 
Saint-Antoine. 

Il y eut plusieurs contestations au sujet des Loives entre 
les Dauphins et l'Ordre de Saint Jean-de-Jérusalem ; mais 
elles furent terminées par un traité du 19 avril iSij. Le 
changement de ce nom des Loives en celui de Montfalcon et 
l'identité de ces deux noms pour désigner la même localité, 
le même Mandement, sont évidemment établis par un autre 
acte intervenu dix ans plus tard. 

Les guerres qui régnaient fréquemment entre les Dauphins 
et les Comtes de Savoie exposaient sans cesse les habitants de 
cette Terre à des dévastations et à des massacres. Pour préve- 
nir ces malheurs et mettre les habitants à Tabri des incur- 
sions, le Dauphin et le Commandeur de l'Ordre de Saint- 
Jean-de-Jérusalem consentirent un traité, à la date du 26 
février 1327. 

Le Commandeur prit l'engagement de faire construire à 
ses frais un fort surleMolard appelé Montfalcon^ dans lequel 
les habitants seraient obligés de se retirer, et d'y bâtir des 
maisons. Il fut convenu qu'il serait établi en commun, dans 
le territoire des Loives ou de Montfalcon, un Officier qui 
exercerait la justice au nom du Dauphin et du Commandeur. 
Il fut stipulé que les habitants, ainsi que ce dernier, seraient 
tenus de prendre les armes pour la défense du pays ; mais, 
par une clause spéciale, il fut ajouté qu'ils ne pourraient pas 



274 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

être contraints de faire la guerre hors du Dauphiné ; enfin, 
le Dauphin confirma, au profit des habitants des Loives ou 
de Montfalcon, la concession qu'il leur avait faite précédem- 
ment, le 19 avril 1317. 

C'est alors que les Loives prirent le nom de Montfalcon^ 
de celui de l'endroit où fut construit le château pour la défense 
des habitants des Loives : Montisfalconis seu parochice et 
territorii Loiviarum. 

Le plus ancien des actes est celui d'inféodation passé par 
le Dauphin à Guigues Véhier, le 12 avril 1299, de plusieurs 
fonds énumérés dans le dit acte, et notamment du mas de 
Cha^alet-de-leS'Loives ou des Charlets. Il y est énoncé, que 
ce mas est situé dans le Mandement de Roybon, entre les 
terres de l*Hôpital-de-les-Loives et le lènement ayant appar- 
tenu à Pierre Sibillon ; qu'il s'étend jusqu'à la sommité 
d'Arcoran, en descendant vers le Mandement ; et que, de 
l'autre côté, il confine au petit chemin tendant de Notre- 
Dame-des-Loives à Saint-Antoine, et de là retourne jusqu'aux 
terres dudit Hôpital. Il ne faut pas confondre le Cha\alet' 
de-les-Loives avec les terres de VHôpitaUdes-Loives. L'acte 
d'inféodation du 12 avril 1299, en confinant l'un par l'autre, 
ne permit pas de faire de méprise à cet égard. Le Cha^alet" 
de-leS'Loives faisait partie du Mandement de Roybon appar- 
tenant aux Dauphins, tandis que les terres de VHopital-des- 
Loives appartenaient patrimonialement au dit Hôpital. Les 
terriers du fief de Chazalet, en remontant jusqu'à celui de 
i332, au profit de l'Abbé de Saint-Antoine, successeur de 
Guigues Véhier, établissent que le mas de Chazalet se termine 
au territoire de Montfalcon et forme les confins précis de 
cette Terre au levant ; d'où il suit que le Mandement de Roy- 
bon, sur lequel le Dauphin déclare que le mas de Chazalet 
est assis, n'avait d'autre limite, dans cette partie-là, que la 
terre de Montfalcon. 

L'Abbaye de Saint-Antoine a possédé dans la Forêt de 
Chambaran des héritages tant nobles que roturiers, dont 



LES PEINTURES MURALES. 276 

elle a joui aux lieux de Roybon, Dionay, Montrigaud, Che- 
vrières, Viriville, Mamans, Thodure, Lentiol et Beaufort, 
et qui lui appartenaient en toute propriété. Elle avait de puis- 
sants voisins, et c'était à qui parmi eux, pour un motif ou 
pour un autre, lui ferait des concessions et lui donnerait 
des biens. 

La Terre de Serre appartenait au Seigneur de Bressieux, la 
3* Baronnie du Dauphiné, alternante avec celle de Maubec, 
et Ton retrouve un Guillaume de Roussillon comme adminis- 
trateur des biens du prieuré dudit Serre. 

Falque de Montchenu était seigneur de Thodure, et les 
Clermonts avaient des droits sur Chambaran. 

Nous avons vu plus haut que c'est par le traité de i358, 
relatif à l'échange des terres entre le Dauphin et le Comte de 
Savoie, après le traité de i355, que Hugues et Aymon de 
Genève furent mis en possession de Roybon, du temps même 
de TAbbé Lobet. 

Quoi donc d'étonnant à rencontrer tous ou la plupart des 
noms des seigneurs voisins représentés par leurs armes dans 
cette galerie, dans ce Panthéon élevé à ses bienfaiteurs par 
la reconnaissance de l'Ordre des Antonins ! 

A ces traits principaux se rattachante l'histoire des Loives, 
j'ajouterai la citation d'actes moins importants où ce nom est 
reproduit et qui sont mentionnés soit dans V Essai (i) de 
M. Emile Giraud, soit dans une note que je dois à l'obli- 
geance de M. Brun-Durand, de Crest, où ce nom se trouve 
sous diverses formes (2), ce qui n'est point étonnant pour une 



( I ) Essai historique sur VA bbaye de Saint-Barnard et sur la ville de 
Romans; i'* partie, Preuves, p. 149, n* i23, et Complément, p. 27, 
n* 123. 

(2) Quelle est l'étymotogie de ce nom ? Est-elle de celles qu'il faut 
se résoudre à toujours ignorer ? Je ne sais qu'en penser. Je me bor- 
nerai à dire que, dans le vieux patois de nos campagnes, j'ai retrouvé 
les mots suivants qui s'en rapprochent comme forme, mais qui ne sont 
guère plus en usage. Comment alors les en rapprocher par le sens ? 



276 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

époque où les noms n'avaient pas encore d'orthographe bien 
assise. 

Une charte de Tan 1084 nous apprend qu'Armannus donne 
à l'église de Romans partie d'un sien mas situé « in villa 
quam nominant ad las Lovias. » 

Dès II 73, on trouve un Pierre de Leives parmi les témoins 
de donations à la Commanderie de Saint-Paul-lès-Romans. 

Vers le même temps, Lantelme de Leives donne un curtil 
près la même Commanderie à l'Ordre de Saint-Jean-de-Jéru- 
salem. 

Guarnerius de Loivis vivait aussi dans ce temps. 

Peu après, vers 1200, Simon et Amé, fils de Pierre de Lei- 
vias^ donnaient quelques biens à l'Ordre de Saint-Jean pour 
le repos de l'âme de leur père. 

Le 9 avril i3i7, Falques de Villaret, Grand-Maître de 



Loeiviy ceinture métallique que les femmes mariées portaient et où 
elles attachaient les clefs du ménage. 

Loeive ou Loeivie^ grand ou petit traîneau. 

Lole ou Loye, eau profonde. Fare ina loîe^ faire un barrage ou 
écluse ; le loie de San Boê, les loies de Saint-Bueil. 

Il pourrait bien se faire que le nom de Loives soit dû à quelque 
barrage construit dans les terres voisines, sur la Galaure qui coule 
près de cette localité. On verra plus loin que le Commandeur de Saint- 
Jean-de-Jérusalem avait le droit d'y établir un béai pour ses moulins et 
ses prairies. 

Il y avait aussi à Clérieu {BulL de la Soc d'arch. et de stat. de la 
Drame, 1869 ■ ^s^<*^ ^<^'* ^^^ ^^ baronnie de Clérieu, etc., par A. de 
Gallier, p. 364f planche, n^ 2 de la légende), une porte d'entrée au 
quartier de la Loive, porte qui, si elle n'aboutissait pas à une écluse, 
conduisait peut-être à un deambulatorium ou promenade publique ; ce 
qui, dans cette conjecture, cadrerait assez convenablement avec la dé- 
finition suivante que {'emprunte au Glossaire de Du Gange (V^ LOVIA). 

« LOVIA, pro Lobia (V. ce mot). 

« LOBIA, LAVBIA, LOBIVM. Porticus operta ad spatiandum ido- 
nea. œdibus adjuncta, Galerie : ex Laub Theuton. Folium, quod ejus- 
modi deambulatoria in prœdiis rusticis foliis obducantur et operian- 
tur. » 



LES PEINTURES MURALES. 277 

l'Ordre de Saint-Jean, représenté par Humbert de la Baume, 
Commandeur de Vizille, et Artaud Hélie, Commandeur de 
Lâchai, abandonne au Dauphin Jean tous les droits de son 
Ordre dans les Mandements de Beaurepaire et de Réaumont, 
en échange des droits de vingtain, de chevauchée et de ban 
qu'avait le Dauphin aux Loives^ au Laris et à Saint-Sauveur. 

En 1402, noble Pjerre du Bois, du Laris, était bailli de 
Montfalcon ou les Loives pour le Commandeur de Saint- 
Paul. D'après une transaction, à cette date, le Commandeur 
des Loyves pourra établir un béai pour ses moulins et prés. 

Il est temps de revenir à nos peintures. 

Au-dessous de cette œuvre curieuse, — dont l'exécution 
naïve fait songer, quoique plus largement exécutée, comme 
il convient à la fresque, à celle des peintures que nous aimons 
tant à étudier dans les manuscrits du moyen-âge, — se dé- 
roule la suite non interrompue d'écussons que j'ai reproduits 
aussi avec le plus de fidélité qu'il m'a été possible de le faire. 

Pour mener à bonne fin un travail de ce genre, il y avait 
deux opinions à consulter : celle de l'artiste et celle de l'his- 
torien. Pour l'artiste, les yeux entrent en première ligne, 
associés à un goût sûr et délicat, et le peintre doit se conten- 
ter de reproduire fidèlement ce qu'il voit, sans en rien 
retrancher, sans y rien ajouter non plus. La question devient 
plus complexe, du moment qu'il s'agit d'une tentative de 
restauration. L'érudition et le jugement de l'historien entrent 
en cause, dès ce moment, et viennent prêter leur concours 
au travail mécanique des yeux. J*ai dû avoir recours à ces 
deux manières de voir et d'agir ; et si, dans ma reproduction, 
je ne me suis pas astreinte rendre toutes les dégradations des 
peintures, c'est uniquement afin de ne pas choquer le regard 
par des vides inutiles qui leur auraient enlevé l'aspect inté- 
ressant que j'ai voulu leur laisser. Restaurer, c*est rétablir les 
détails manquants que Ton suppose avoir existé ; on verra, 
dans mes dessins, que, si j'ai restauré ce qui ne pouvait être 
mis en suspicion, je me suis incliné devant ce qui offrait la 



278 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

moiadre prise à riacertitude. Il faut, dans la reproduction 
d'un monument quelconque, montrer la plus scrupuleuse 
sincérité, ne jamaîs/brcer les autres à voir ce que vous voulez 
y voir. Un dessin est la pièce du procès que Topinion plaide 
et juge : il ne faut pas de pièces fausses. 

Par une fiction qui n'a pas besoin de défense, j'ai donc 
pensé qu'il valait mieux débarrasser mon dessin de toutes 
ces moisissures ou dégradations, — conséquence forcée des 
siècles, — dont les murs du galetas sont constellés et rétablir 
les lignes manquantes là où il n'y avait aucun doute sur 
leur existence. Autre chose est de certaines lacunes que j'ai 
dû respecter, pour ne pas donner à mon interprétation un 
sens contraire peut-être à ce qui était, dans les armoiries sur- 
tout où chaque meuble, chaque disposition a une valeur qui 
n'admet pas l'arbitraire. 

Peu de nos écussons offrent une conservation parfaite. Un 
seul a tout-à-fait disparu. Ceux qui n'offraient aucun doute 
ont été restaurés complètement dans mes dessins ; au con- 
traire, j'ai respecté les ravages du temps dans ceux que je ne 
pouvais rétablir sans porter peut-être atteinte à la vérité. Un 
exemple fera mieux comprendre l'idée qui m'a imposé cette 
réserve. 

L'écusson n® 29 pourrait se lire, comme je l'ai fait pour le 
n** 7 : Cinq points d'or équipollés à quatre d'azur. Mais on 
devrait aussi le lire d'une autre façon, s'il avait appartenu à 
une famille qui aurait porté : D*or, à la croix d'azur. Le 
centre caractéristique manque... J'ai dû rester sur la réserve. 
Et pourtant, me rappelant ce que j'ai dit plus haut (p. 272) de 
la cession faite en i355 par le Dauphin Charles à Hugues et 
à Aymon de Genève, ce n'est pas l'envie qui m'a manquéd'at- 
tribuer le second de ces écussons au second de ces person- 
nages. Il y a, certes, présomption ;... mais cela ne me suffit 
pas, et je préfère la prudence. Il ne faut rien avancer qu'on 
ne soit certain de ne pas induire les autres en erreur par une 
affirmation prématurée. 



LES PEINTURES MURALES. 279 

J'aborde maintenant la description de ces Sg écussons armo- 
riés, et, s'il m'est impossible de déterminer toutesles familles 
auxquelles ces armes ont appartenu, on voudra bien excuser 
mes lacunes. Je ne puis dire que ce que je sais ou crois 
savoir, et Je penserais manquer de respect vis-à-vis du public, 
en cherchant à lui imposer une certitude que je ne partage- 
rais pas moi-même. 

I. — Le Dauphin de Viennois. 

D'or au dauphin d'a:[ur. Tous les Armoriaux ajoutent : 
crêté^ oreilléy lampassé et barbé de gueules^ détails qui, on 
doit le remarquer, ont été négligés par le peintre dans cet 
écusson comme dans la représentation du tournoi placé au 
dessus. Cette inexactitude ou cet oubli de l'artiste doit nous 
mettre en garde contre d'autres erreurs contenues dans ces 
écussons. J'aurai l'occasion d'en relever quelques unes. Re- 
marquons, du reste, qu'à cette époque le blason n'était pas 
aussi compliqué dans ses détails qu'on l'a rendu plus tard, et 
qu'on lui a prodigué les enjolivements. Beaucoup de franges 
et d'ornementations ajoutées depuis au vieux manteau... 

Avant d'aller plus loin, je dois fixer ici les différences 
adoptées par les diverses branches issues des Dauphins de 
Viennois dans la représentation de leurs armoiries, afin de se 
distinguer entre elles. 

Robert III, comte d'Auvergne et de Velay, marié à Marchise 
ou Béatrix d'Albon, fille de Guignes, Dauphin, a un fils, 
Guillaume VII, dit le Jeune. En 11 55, celui-ci possède le 
Velay, et, à l'exemple de son aïeul Guigues d'Albon qui prit 
le premier le titre de Dauphin de Viennois, se fait, le pre- 
mier aussi, désigner sous le titre de Dauphin d'Auvergne. 
En 1 167, il perd le Velay, mais il garde le Comté de Cler- 
mont, qui est aussi appelé le Dauphiné d'Auvergne. 11 prend 
pour armes celles de sa mère, — c'est-à-dire, le dauphin. — 
En 1428, Jeanne, seule héritière de sa Maison, se marie à 
Louis de Bourbon, Comte de Montpensier. 



a8o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Quelques années auparavant, Béraud III, son père, Comte 
de Clermont et de Sancerre, sur la demande du Dauphin 
Louis de France, fils de Charles VI, avait changé le dauphin 
d'a^ur^ crêté^ oreille, lampassé et barbé de gueules en un 
dauphin pâmé d'a:{ur^ également en champ d'or^ mais aux 
ouïes d'argent. 

En 1543, le Dauphiné d'Auvergne est uni au Duché de 
Montpensier, à la condition que les aînés de ce Duché porte- 
ront le titre de Prince-Dauphin. 

II. — Le Comte de Savoie. 
De gueules^ à la croix d'argent, 

III. — Le Comte de Forez. 

De gueules au dauphin pâmé d'or ( i ) . 

Le P. Ménestrier donne aux Comtes de Forez et aux Dau- 
phins d'Auvergne les mêmes armoiries : D'or, au dauphin 
pâmé d'a:(ur. C'est là une grave erreur. Guignes Reymond, 
fils puîné de Guignes le Gras, Comte de Graisivaudan, s'était 
marié vers 1109 avec Ide-Raymonde, héritière des Comtés 
de Forez et Lyonnais ; ses descendants, qui, presque tous, 
portèrent le prénom de Guignes, adoptèrent pour armes, en 
1 1 5o, un dauphin d'or en champ de gueules. Cette branche, 
comme celle d'Auvergne, s'est aussi fondue par alliance, en 
1273, dans la maison de Bourbon. 

IV. — Maison de Savoie : (Branche d'Achaïe), 

De gueuleSy à la croix d'argent^ à la cotice d'azur brochant 
sur le tout. 

Les Comtes de Raconis et de Pancarlier, marquis de la 
Chiuse et seigneurs de Cavours, avaient les mêmes armoiries. 

(i) Un écusson semblable a été décrit par M. P'* Gras dans ses 
Notes sur quelques blasons de la Diana (p. 21). 



LES PEINTURES MURALES. 28 1 

V. — Le Prince d'Orange. 

D'or, au cornet d'a:{ur. V Armoriai de la Chesnaye-Des- 
bois et Badier décrivent ainsi les armes delà principauté d'O- 
range : D'or au cornet de chasse de sable, aliàs, d'^or au cor^ 
net d'azur ^ enguiché de gueules. Sur notre écusson, le cornet 
a son enguichure ou embouchure du même émail que lui. 

VI. — Maison de Chalons. 

De gueules, à la bande d'or chargée en chef d'une molette 
d'a\ur. 

La Chesnaye-Desbois et Badier donnent à la maison de 
Châlons : De gueules^ à la bande d'or. 

Guichenon (i) décrit les armes d'une branche de cette fa- 
mille : De gueules., à la bande d^or brisée d'un annelet d'a^ç^ur 
en pointe. 

Ici, au lieu d'un annelet en pointe, nous voyons une molette 
en chef qui est évidemment la brisure d'une autre bran- 
che (2). 

Or, sous le n^ V qui précède, on vient de voir l'écusson 
d'un Prince d'Orange. Celui-ci en serait-il comme une sorte 
d'écho, son voisinage du précédent faisant involontairement 
songer aux alliances de la famille.de Châlons avec celles des 
Baux?... 

Deux mois d'explication sont ici nécessaires. 

La principauté d'Orange passa par alliance dans la famille 
de Châlons. C'était en iSgS. Mais cette date serait déjà trop 
éloignée de l'époque que j'ai voulu assigner à ces fresques, 
pour me permettre d'attribuer cet écusson à Jean, le premier 



(i) Histoire de Savoie (p. io85). 

(3) Cette branche, paraît-il, brisait d'une molette au chef ^e la bande 
de son écusson, et nous retrouvons, en effet, ce meuble sur une mon- 
naie de Louis, fils de Jean !•' (Voir les Monnaies féodales de France, 
par F. PoEY d'Avant, T. Il, p. 400, pi. xcviii, n* 20). 



282 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

souverain de cette maison qui ait régné sur la principauté. 
Celui-ci avait épousé Marie, fille de Raymond V de Baux et 
de Jeanne de Genève auxquels il était déjà allié par sa propre 
famille, et, sans doute, un de ses ancêtres les moins éloignés 
avait eu l'occasion de faire acte de bienfaiteur vis-à-vis de 
rOrdre de St-Antoine. C'est pour ce motif peut-être que 
nous retrouvons Técu de la famille, ou plutôt de la branche 
des Châlons à laquelle il appartenait lui-même, placé entre 
ceux du Prince d'Orange et du Comte de Genevois... 
Sous toutes réserves, bien entendu. 

VII. — Le Comte de Genevois. 
Cinq points d'or équipolés à quatre d'a:{ur. 

Nous avons vu (pp. 272 et 278) que Hugues et Aymon de 
Genève étaient seigneurs de Roybon, et cet écusson est très 
probablement le leur. Or, de même que plusieurs familles 
ont leurs armoiries répétées plusieurs fois sur notre tableau, 
je serais très porté à penser que l'écusson n"^ 29 pourrait aussi 
être celui des Comtes de Genevois. 

La famille de Saint-Priez, en Forez, a, suivant le P. Ménes- 
trier, porté les mêmes armes. Cependant cet écusson pourrait 
aussi se blasonner: D'or d la croix d'a^ur^ et je dois, faute 
de preuve, m'abstenir de me prononcer en enlevant peut-être 
à une autre famille le droit de figurer ici parmi les bienfai- 
teurs de l'Ordre. Me retranchant donc derrière la dégradation 
de la fresque, je me renferme dans la prudente maxime de 
l'abstention dans le doute, maxime qu'on ne saurait assez 
pratiquer, et dont tant de gens oublient ou feignent d'oublier 
l'existence. 

VIII. — Le Comte de Valentinois. 
D'a:fur^ à six besants d^ argent^ J, 2 et i y au chef d'or. 

IX. — Le Seigneur de Montélimar. 

Bandé d'or et d'azur. 

D'autres disent : D'azur à trois bandes d'or. 



LES PEINTURES MURALES. 283 

X. — Le Seigneur de Roussillon. 

Echiqueté d'or et d'azur ^ à la bordure de gueules. 

Ce sont les armes que Guichenon, parlant de la branche 
d'Annonay des Roussillon, lui donne avec la variante du 
métal : Un echiqueté d'argent et d'azur ^ à la bordure de 
gueules ; et ce dernier blason est aussi celui de la branche 
principale des Roussillon, suivant M" Morel de Voleine et 
de Charpin (i). 

XI. — Le Seigneur de Bressieux. 

De gueules^ à trois fasces de vair. 

On trouve aussi : Fascé de gueules et de vair de six pièces. 

XI L — Le Vicomte de Clermont. 

De gueules^ à deux clefs d'argent adossées et passées en 
sautoir. 

XIII. — Le Comte de Valentinois. 

D'azur., à six besants d'argent, 3^ 2 et i, au chef d'or. 

Cette répétition des armes de la famille de Poitiers me fait 
supposer, de même que pour celles de plusieurs autres que 
nous rencontrerons dans cette étude, que, par là, les Anto- 
nins ont voulu honorer le souvenir des bienfaits de quel- 
qu*autre membre de cette illustre famille. Rappelons-nous, 
du reste, que le premier auteur de la légende Antonîenne est 
précisément Guillaume le Cornu, un descendant des Comtes 
de Poitiers. 

XIV. — Le Seigneur d'Hauterives. 
£)'ai(«r, aux fleurs de lis d'or sans nombre. 



(i) Recueil de documents pour servir à Vhistoire de l'ancien gouverne- 
ment de Lyon, etc. (Lyon, L* Perrin, i854, p. 60). 



284 SOCIÉTÉ D'ARCHÉOLOGrE ET DE STATISTIQUE. 

Quelques uns ont voulu voir, dans ces armoiries, celles de 
France qui sont également, et par excellence, un Seméde 
fleurs de lis d'or en champ d'a\ur ; mais j'ai toujours repoussé 
cette prétention mal fondée, sur ce raisonnement: 1*, que 
l'écu de France, tel avant Charles V, n'a plus porté, depuis 
ce règne, que trois fleurs de lis, 2 et 1 ; 2°, que si c'était l'écu 
de France, il aurait occupé une des premières places de la 
série. Les armes du seigneur d'Hauterives se trouvent donc 
tout naiureliemem en compagnie de celles des autres posses- 
seurs de terre dans le voisinage de l'Abbaye. 

XV. — Le Seigneur oe la Tour de Vinaï, 

De gueules, à la tour d'argent senestrée d'un avant-mur de 
même et maçonnée de sable. 

11 ne faut pas confondre les La Tour-Vinay avec la famille 
qui n'a porté que le dernier de ces noms. 

La terre de Vinay, possédée, en effet, par les anciens barons 
de la Tour du Pin, fut donnée à Guillaume, fils naturel d'Al- 
bert IV, seigneur et baron souverain delà Tour-du-Pin, l'an 



1280, lequel Guillaume et ses descendants ne portèrent 
jamais que le nom de Vinay, et pour armoiries : De gueules, 
à la tour d'argent brisée d'une barre d'a\ur, tandis que les 
La Tour-du-Pin portaient ; De gueules, à la tour d'or senes- 
trée d'un avant-mur de même, et maçonnée de sable ; et les 



LES PEINTURES MURALES. 285 

La Tour-Vinay les mêmes armes, sauf que la tour et son 
avant-mur étaient d'argent (r). 

Or, une erreur parait avoir été commise ou par les histo- 
riens qui auraient donné le nom de La Tour au 12' Grand- 
Maître de St-Antoine, ou par ceux qui ont fait peindre I'j4r- 
morial de Sant Antonio di Ranverso et qui auraient attribué 
à un La Tour-Vinay les armes d'un Vinay; ei je suis d'autant 
plus porté à penser que l'erreur provient de ces derniers, — 
dont le travail, ainsi que je l'ai démontré [2), s'effectua vers 
l'an 1701, — que Guillaume, le fils naturel d'Albert, ne reçut 
cette terre de Vinay qu'en 1 280 et que Jocelin était Grand- 
Maître de la Maison de l'Aumône en 1267; ce qui implique 
une contusion évidente entre les écussons des deux branches 
de cette famille de La Tour-Vinay et de Vinay (3). 

(1) Une charte originale, publiée par M. le Chan* Auvergne {p. 114 
de son Cartulaire des Ècougea), donne les sceaux d'Humbert de la 
Tour, seigneur de la Tour-du-Pin, el d'Aynard de la Tour, seigneur de 
Vinay. Or, cette charte étant de l'an 1275, c'est-à-dire antérieure à la 
donation rapportée ci-dessus, cela explique pourquoi l'écuason d'Ay- 
nard, seigneur de Vinay, ne porte pas encore la barre d'azur de celui de 
Sant-Antonio di Ranverso. 



(3) Armoriai des Grands-Maîtres, etc., p. 16. 

(3) Voir ce que j'ai dit de ces armes à la p. 18 de mon ^rmoriW. 

2' SÉRIE. XXV Volume. — 1891. 21 



286 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

XVI. — Le Seigneur de Chateauneuf-de-l'Albenc. 

Ecartelé: aux i et 4, d'or à trois taus d'azur 2 et i^ au 
chef de gueules; aux 2 et J, d'azur ^ à V aigle éployé d'or. 

U Armoriai du Dauphiné dit: D*a:{ur à trois taus d'or, 2 
et I. Suivant la même source, une branche de cette famille 
brisait d'or, à trois taus de sable 2 et i^ au chef de gueules. 

Je puis garantir les trois taus d'a\ur sur or de mon écus- 
son ; quant au surplus, voici ma pensée. 

Ces armes sont-elles bien celles d'un Châteauneuf-de- 
l'Albenc ? Je ne puis guère en douter, lorsque je songe au 
rôle que cette famille a joué lors de la création et pendant la 
durée de l'Ordre des Antonins. Je ne sais, dans tous les cas, 
à quelle branche de cette famille cet écusson peut appartenir. 
Les i^^ et 4* quartiers ne sont pas douteux: la position des 
taus indique l'existence d'un chef.^ et ce dernier, malgré sa 
disparition presque complète, laisse encore deviner qu'il a 
dû être le chef de gueules donné par les héraldistes aux ar- 
moiries de cette famille. Mais quelle peut bien être Talliance 
des 2* et 3« quartiers ? 

Il m'est permis de rappeler ici, quoique j'emprunte ce ren- 
seignement au Dictionnaire de Guy Allard et que, par con- 
séquent, je ne sois pas bien certain de ce que j'avance, que 
l'ancienne famille de St-Quentin portait: Partie au /, d'ar- 
gent à l'aigle de sable; au 2, fascé d'or et de gueules de 6 
pièces, et qu'elle finit en i33g par Lanielme et Odebert, sei- 
gneurs de St-Quentin, qui laissèrent pour sœurs Béatrix et 
Françoise, dont l'une épousa Odebert, seigneur de Château- 
neuf, et l'autre, Joffrey, seigneur de Chatte. Je serais donc 
bien tenté de voir dans ce blason le souvenir de la première 
de ces alliances, récente relativement à l'époque où ces pein- 
tures ont été exécutées. Mais les émaux ne sont plus les 
mêmes, et, au lieu de Vaigle de sable sur argent, nous trou- 
vons ici un aigle d'or sur a^ur. Je dois avouer, du reste, que 



LES PEINTURES MURALES. 287 

l'état de détérioration de cet écusson qui m'a permis d'affir- 
mer jusqu'à un certain point le chef de gueules du quartier 
des Châteauneuf, pourrait bien aussi avoir affaibli les teintes 
de celui des Saint-Quentin et m'avoir induit en erreur sur 
leurs émaux véritables. 

XVII. — ? 

De gueules^ à l'aigle d'argent, 

Seraient-ce les anciennes armes des Comtes de Bourgogne, 
ainsi que les donne Palliot (i) ? Cet auteur dit, à ce sujet, que 
« Ton tient que cet Aigle estoit de la maison de Vienne des- 
cendue d'vn troisiesme fils des Comtes de Bourgongne: Il est 
vray qu'elle porte de gueules à l'Aigle d'or ». Ces armes fu- 
rent changées par Othon, fils de l'empereur Frédéric, en un 
lion d'or sur champ d'azur. 

Tous les aigles de nos peintures portent le vol abaissé. 
Faudrait-il en conclure que le peintre s'est bien rendu compte 
de la différence qu'il y a entre ce vol et le vol haut ou éleve\ 
qui était celui des armes de Vienne et de Bourgogne (2)? Un 
de mes amis serait tenté de voir, dans cet écu, celui des Coli- 
gny : « A vrai dire, ajoute-t-il, leur aigle était, je crois, bec- 
qué d'azur; mais, comme vous le faites observer pour le 
dauphin, on n'y regardait pas de si près à cette époque ». 

XVI IL — Le Baron de Sassenage. 

Burelé d'argent et d'a!{ur de dix-huit pièces^ au lion de 
gueules. 

Les armes des Sassenage, seigneurs de Pont-en-Royans, 
étaient un burelé d'argent et d'azur de dix pièces, au lion de 
gueules arméy lampassé et couronné d'or brochant sur le tout. 
Ici, c'est le contraire qui existe, car c'est le burelé qui broche 



(1) Ltf Vraye et Parfaite Science des Armoiries, 

(a) Voir aussi ce que j'ai dit des armes des Comtes de Roussillon. 



288 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 
sur le tout. Je ne puis douter, cependant, que c£t écusson 
ne soit celui de cette illustre famille, quoiqu'il soit presque 
entièrement détruit. Je n'ai pu y découvrir les traces de la 
couronne d'or, ni de ce métal sur la langue et les ongles, et 
j'ai dû respecter cet oubli ou cette ignorance, ainsi que je l'ai 
fait pour le dauphin du n* I. Le nombre des pièces du burelé. 
est également bien plus considérable. 

XIX. — 7 

Fascé d'argent et de gueules de 6 pièces. 

Le Comte Amédée de Foras donne 1 1 1 un fascé semblable 
qu'il attribue aux Polignac. Mais, que je sache, cette famille 
n'a rien à voir ici, et l'on devra chercher ailleurs. 

XX. — Aymon be Montagny, 

I«f Abbé de l'Ordre de Saint-Antoine. 

D'argent, à la croix de gueules ; à la bordure de sable. 

On peut remarquer ici (2] une notable différence entre cet 

écusson et celui de VArmorial de Sant-Antonio-di-Ran- 



(i) Di'rtfoBuairerfuB/aton; Grenoble, Allier, i883 {p. ao3). 

(i) J'emprunte à l'Armoriai des Grands-Maîtres et des Abbés de St- 
Attloine de Viennois les boiB qui Hccompagneni la notice dechacun dei 
quatre premiers Abbés, et je les place dans les présentes pages pour 
la comparaison qu'il est bon d'en faire. 



LES PEINTURES MURALES. 289 

verso 11), la bordure n'offrant pas trace des besants dont le 
premier nous donne l'image. Je ne puis attribuer cette parti- 
cularité qu'à l'ignorance ou a l'oubli du peintre, et, quoique 
je sois tenté de penser que les écussons des Loives, exécutés 
sous les yeux mêmes de l'un des Abbés de Saint-Antoine, et 
presque à l'époque où vivaient ceux dont on reproduisait les 
armes sur les murs d'une salle d'honneur, doivent offrir plus 
d'exactitude que ceux reproduits 25o aiis après dans le corri- 
dor d'un couvent de Piémont, je n'en pense pas moins que 
l'écusson des Loives est erroné, tous les héraldistes s'accor- 
dant à donner à celui d'Aymon de Montagny une bordure de 
sable chargée de huit besants d'or. 

De plus, le tau a été placé au 2< quartier de la croix, et nous 
allons le retrouver encore en diverses places, en tfite des trois 
écussons suivants, timbrés comme celui-ci de la mitre et la 
crosse abbatiales. 

XXI. — Ponce d'Alavrac, 2' Abbé de Si-Antoine. 

D'or, au demi-vol senestre abaissé de gueules ; senestré en 
chef d'un tau d'azur. 

Juste l'inverse de l'écusson de Sant-Antonio pour la cou- 
leur des émaux (2). 



(i) PageSï. 

(a) Voir, au sujet de ces armes, la note de VArmorial, p. 35. 



290 SOCIETE D ARCHEOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

XXII. — Guillaume Mitte, 3* Abbé de Saint -Antoine. 

D'argent, au sautoir de gueules ; d la bordure de sable. 

Au sujet de cette bordure et des fleurs de lis qui la déco- 
rent dans VArmorial de Sant-Anionio, je prie le lecteur de 
relire ce que j'ai dit au sujet de l'écusson d'Aynion de Mon- 
tagny fi) et de consulter également la note de l'Armoriai 
citée au n* précédent. 

Le tau est placé ici dans le quartier supérieur du sautoir. 



XXIII. — PiEKHE LoBET, 4' Abbé de Saint-Antoine. 

De gueules, d la bande engrelée d'or, chargée de trois 
loups d'azur et senestre'e en chef d'un tau du même. 

Ce quatrième écusson des Abbés de St-Antoinc est celui 
de tous qui offre le moins de dissemblance avec ceux de la 



(1) N> XX d-dessus. 



LES PEINTURES MURALES. 29! 

série de Sant-Antonio-di-Ranverso ; néanmoins, personne ne 
pourra contester que ces écussons ne soient bien ceux des 
quatre premiers Abbés de l'Ordre. Faut-il attribuer ces va- 
riantes si notables à l'ignorance des artistes ou à l'indifFé- 
rence apathique de ceux qui les firent exécuter ? Je serais 
assez tenté de le croire, surtout en les comparant au sceau 
dont il est question dans une note de V Armoriai et qui, lui, 
doit être un monument parfaitement authentique. Je repousse 
donc la variante de Sant-Ahtonio, laissant néanmoins à la 
critique le champ libre et Tallure indépendante qui est et doit 
être son apanage. 
(Voir, du reste, ce que j'ai dit des armes de Pierre Lobet).(i) 

XXIV. — MONTRIGAUD (?J 

De gueules^ à l'aigle d'argent; à la cotice d'a:[ur brochant 
sur le tout. 

Les Montrigaud, d'après Y Armoriai du Dauphine\ sont une 
ancienne maison du baillage de Saint-Marcellin, tombée en 
quenouille en 1490. 

Le Dauphin Guignes VIII avait donné une dot de loo flo- 
rins et la terre de Montrigaud à Simonde, flUe de Guyonnet 
de Brennes, lors de son mariage avec Vincent Guélix, le 
6 mars i33o. 

Le voisinage des terres de Montrigaud de celles de l'Ab- 
baye, la quasi-ressemblance du trait ou dessin des armoiries 
de cette maison avec celui de l'écusson que je reproduis ici, 
tout m'incite à donner ce dernier à cette famille malgré la 
différence des émaux que je suppose n'être qu'une brisure, 
malgré peut-être sa mauvaise reproduction. Si je suis dans 
l'erreur à ce sujet, je me soumets d'avance à toute rectifica- 
tion juste et probante. Je suis persuadé, du reste, que 
c'est dans le fonds de Malte, que l'on trouvera un jour la clef 

(i) Armoriai des Grands- Maîtres, etc., pp. 3y et 38. 



292 SOCIÉTÉ D^ ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

de ce problème, s'il n'a pas été résolu par mon attribution un 
peu gratuite. 

J'ajouterai que M. de La Bastie ne donne ces armoiries que 
d'après V Armoriai de Torche/elon, et que rien ne prouve qu'il 
y ait à accorder la préférence à ce dernier plutôt qu'aux pein- 
tures des Loives sur l'authenticité des émaux. 

« Faudrait-il, me dit encore cet ami dont je parlais au pa- 
ragraphe XVII, voir là encore les Coligny et la maison de 
Vienne? » 

XXV. ? 

Coupé d'argent et d'azur : chargéde trois fleurs de lis d'à- 
\ur en chef et de trois fleurs de lis d'argent 2 et i en pointe; 
à lafasce de gueules brochant sur le tout. 

Voilà des armoiries bien curieuses, et je suis désolé d'a- 
vouer que je ne sais à quelle famille les donner. 

Je trouve bien quelque chose d'analogue dans le blason de 
Jean III de Norry, archevêque de Vienne de 1423 à 1438 (i), 
et je comprendrais facilement que les armes de ce prélat, — 
dénaturées peut-être par un artiste mal habile, — eussent été 
placées avec tant d'autres sur les murs des Loives ; mais, outre 
les différences qui existent encore entre elles et celles qui nous 
occupent, — et malgré le rapprochement un peu forcé que j'ai osé 
faire de ces singulières armoiries, — je suis, avec plus de raison, 
arrêté parce que j'appellerai euphoniquement une inexactitude 
de l'historien. Comment peut-il se faire que Jean Joguet ait pu 
assister (2) à l'entrée de l'archevêque Jean de Norry dans la ville 



(i) Suivant l'auteur de V Histoire de la Sainte Église de Vienne, 
(P. 498, en note), Jean III de Norry portait : « de Gueules à une Fasce 
d'argent. Jean y ajouta trois fleurs de lys d'or en chef et trois en pointe. » 

(2) « Le prélat fit sa première entrée dans Vienne le 10 Octobre 1423. 
Randon de Joyeuse, Chambellan du Roi et gouverneur du Dauphiné, 
Amédée de Talaru, Archevêque de Lyon, Jean Joquet (sic)^ Abbé de 
Saint-Antoine), etc.. l'accompagnèrent dans cette cérémonie et la ren- 
dirent des plus éclatantes. » {Hist. de la S. Égl. de Vienne, p. 499.) 



LES PEINTURES MURALES. 293 

devienne, puisque cette entrée eut lieu en 1423, et que Jean 
Joguet, suivant la chronologie, ne fut élu Abbe qu'en 1471?... 

Je serais donc tenté de penser que Charvet a commis une 
erreur de nom. C'était Arthaud de Granval qui occupait 
alors, — très peu, il est vrai, — le siège archiépiscopal de 
Vienne. 

Je m'arrête dans mes hypothèses. Il me semble, en effet, 
bien douteux que les armoiries des Norry aient été figurées 
parmi ces peintures, antérieures, ainsi que je Tai avancé plus 
haut, à l'archevêque de Vienne. Dans le doute, abstiens-toi, 
a dit la sagesse des nations..., et je trouve qu'elle a raison. 

XXVI. — Le Vicomte de Clermont. 

Mêmes armes que celles du n» XII. Néanmoins, quoique 
j'aie laissé le champ de gueules, je déclare n'être pas cenain 
de cet émail, qui paraît être différent sur cet écusson, sans 
que l'on puisse déterminer d'une manière assurée quelle en 
est la nuance. En l'état, on dirait d'un gris a\uré (?); mais ce 
renseignement ne peut être un indice. 

XXVII. — Le Seigneur de Claveyson. 
De gueules^ à la bande d'or chargée de trois clefs de sable, 

XXVIII. — ? 
Bandé d'argent et d'azur de 6 pièces. 

XXIX. — Le Comte de Genevois. 
Voir ce que j'ai dit de cet écusson sous le n® VII. 

XXX. ? 

Parti : d'argent et de gueules^ au lion de l'un en l'autre 
brochant sur le tout. 

Je ne vois, dans les armoiries connues de notre pays, que 
celles des de Lcmps qui rappellent notre écusson ; seulement 



294 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 
cette famille, assez illustre et puissante pour qu'on puisse 
songer à elle dans cette circonstance, portait : D'or, parti de 
gueules, au lion de l'un en l'autre, brochantsurletout.it 
n'ose donc rien décider. 

Il y aurait encore une famille de Bons â laquelle, en sup- 
posant, dans les peintures de nos armoiries, une interversion 
des émaux due à une erreur de l'artiste, et en songeant qu'un 
de sesancStres, Guillaume IV de Bons, avait été le [4" Grand- 
Maître de l'Ordre, on pourrait attribuer cet écusson; mais je 
ne possède pas de documents sur cette maison. 

Je mets néanmoins ici, à l'appui démon idée, — toutau moins 
comme un rapprochement curieux — le bois des armes que 
je lui ai trouvées sur les murs de San-Antonio-di-Rosta (i), 
mais que je n'affirme pas plus que celles de notre écusson. 



Il a existé également, à la même époque, sur la frontière 
du Dauphiné, la famille des Chastillon, seigneurs de Chas- 
tillon-lez-Dombes et de Montrevel qui portait, suivant Gui- 
chenon (2), des armes semblables à celles de cet écusson ; mais 
peui-on la rattacher à l'histoire de l'Abbaye de Saint-An- 
toine ? 



(i) Armoriai des Grands- Maîtres, etc., p. 39. 
(a) Histoire de Bresse et de Bugey. 



LES PEINTURES MURALES. 2gb 

XXXI. — Famille de Murinais. 

De gueuleSy au lion d'or. 

U Armoriai de Dauphiné donne également un autre blason 
de cette famille : D'a^ur^ au lion d'or armé et lampassé de 
gueules, 

XXXII. — Famille Lobet. 

De gueules, à la bande engrelée d'or^ chargée de trois 
loups d'a:{ur. 

Voir ce que j'ai dit plus haut, sous le n® XXIII, de Pécusson 
de Pierre Lobet. 

XXXIII. — ? 

D'azur ^ au chef d'or^ à la cotice componée de sable et de 
gueules brochant sur le tout. 

XXXIV. — Famille Du Puy? 

D'or, au lion de gueules armé et lampassé d'a:[ur. 

U Armoriai de Dauphiné ajoute : armé, paré et lampassé 
d'a\ur. 

Cette ancienne famille dauphinoise a fourni les sept bran- 
ches du Mas, de Roche/ort^ de Bellecombe^ de Murinais^ de 
Montbrun, de la Jonchère et de Villefranche, et de Coudray. 
Il ne peut, je crois, être ici question que de celles de Muri- 
nais ou de Montbrun. 

XXXV. - ? 

De gueules^ chargé de deux bandes ondées entées d'or et 
d'a:{ur. 

XXXVI. — Famille Lobet. 

Trois écussons de la famille Lobet (n<» XXIII, XXXII et 
celui-ci)! Ce fait me donne bien envie d'attribuer rétablisse- 
ment de ces peintures décoratives à TAbbé de ce nom!... 



296 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

A moins pourtant que l'on ne suppose qu'on ait voulu 
placer ici les armes des Montchenu, de gueules, à la bande 
engrelée d'or^ aliàs, d'argent, mais sans les trois loups ou 
louvetaux, dont on ne pourrait alors expliquer la présence 
sur cet écusson que par une erreur du peintre, ce que je ne 
crois pas admissible. Les Montchenu étaient seigneurs de 
Moras, Thodure, Châteauneuf-de-Galaure, dans le voisinage, 
et il est probable que la présence de leurs armoiries parmi 
celles des autres seigneurs pourrait être justifiée par des rap- 
ports semblables de Seigneurs à Abbés. Mais, où la preuve? 

XXXVII. - ? 

Ecartelé d'or et d*a\ur^ à la cotice de sable brochant sur le 
tout. 

Chorier(i)nous apprend queû Guill., seigneur de Beavvoir 
(de Marc), et de Septeme, portait TAn M. CC. XLIX, escar- 
tele\ à vne cottice brochant sur le tout » ; mais il ne blasonne 
pas les émaux de ces armoiries. De son côté, M. H'' Morin- 
Pons possède un sceau en cire d'un Guillaume de Beauvoir, 
qui offre un écusson ecartelé de,., et de.,. ^ à la cotice de... 
brochant sur le tout^ et je ne puis douter que ce ne soit le 
même que celui décrit par Chorier et, en même temps, celui 
reproduit sur nos peintures, cette famille ayant été une des 
plus puissantes de notre province et ses vastes possessions 
touchant à celles de TAbbaye de Saint-Antoine. Cependant 
une chose m'arrête. U Armoriai de Dauphiné, de M. de Ri- 
voire-Labâtie, dit que les anciennes armoiries de Beauvoir de 
Marc, d'après un sceau de Guillaume de Beauvoir, en 1270, 
étaient un lion rampant. Mais le Guillaume du sceau de 
M. Morin-Pons n'appartient peut-être pas à la même branche 
de cette famille, ou bien ses armes avaient-elles changé de- 
puis lors. Au XIII* siècle, les symboles héraldiques des sei- 



(i) Histoire générale de Dauphiné, T. I, p. 834. 



LES PEINTURES MURALES. 297 

gneurs dauphinois n'avaient point encore le caractère de fixité 
qu'ils ont acquis plus tard. M. Em. Pilot de Thorey (i) donne 
la description de quatre sceaux de cette famille. 

Guillaume, seigneur de Beauvoir (i223) : Sceau équestre. 

Siboud de Beauvoir (i23i) : Ecu de forme triangulaire, 
parti : au i coupé, au 2 chargé de deux bandes, à une bor- 
dure de fleurs de lis. 

Jean de Beauvoir, seigneur de Septême (i235) : Sceau 
équestre, aux armes (gironné de six pièces). 

Guillaume de Beauvoir, damoiseau : Ecu de forme trian- 
gulaire, écartelé et brisé d'un filet en bande (qui paraît être 
le même que celui qui nous occupe). 

Devant cette multiplicité d'armoiries différentes dans la 
même famille, je ne puis que maintenir mon attribution de 
l'écu des Loives à l'une de ses branches. 

XXXVIII. — ? 
De gueules au lion d'argent. 

XXXIX. — ? 

* 

Complètement détruit. 

J'aurais pu attribuer quelques-uns de ces écussons à des 
familles du Dauphiné, plusieurs entr'autres parmi ceux qui 
portent un lion ; mais, outre que la plupart de ces familles 
ne peuvent remonter à cette époque, j'ai compris qu'il était 
imprudent de donner une attribution quelconque à des ar- 
moiries qui peuvent appartenir simultanément à des maisons 
bien distinctes. J'ai préféré me taire, ne connaissant pas les 
services rendus par leurs membres à l'Ordre de St-Antoine 
et les titres qu'ils pourraient avoir à la reconnaissance des 
Hospitaliers. L'étude seule des archives antoniennes pourrait 



(i) Inventaire des sceaux relatifs au Dauphiné conservés dans les Ar- 
chives dép, de V Isère y pp. 5o et 5i. 



298 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

nous éclairer à ce sujet. Le temps et les moyens m'ont man- 
qué pour de pareilles recherches. Une partie du problème 
reste donc à résoudre. 

Et maintenant que j'arrive à la fin de ma tâche^ qu'il me 
soit permis de dire que, si j'ai montré quelque réserve dans 
Texpression de mon sentiment personnel, c'est que j'ai tou- 
jours pensé qu'il faut savoir respecter l'opinion publique, en 
ne cherchant pas à lui imposer une manière de voir qui au- 
rait la prétention d'être sans appel, en l'absence surtout de 
documents authentiques. Néanmoins, après avoir rétabli la 
question sur une base vraie, raisonnable, consciencieuse et 
réfléchie — autant du moins que me Tout permis mes faibles 
lumières et mon ardent amour de la vérité historique, — je 
suis persuadé de l'avoir fait avancer d'un pas. Qu'un autre 
lui en fasse faire un second, et, quel qu'il soit, il peut être 
assuré que je ne serai pas le dernier à applaudir à son succès 
et à lui prodiguer mes compliments les plus sincères,.... si je 
suis encore de ce monde. 

G. VALLIER. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 2g9 



LES 



AMIS DE JEAN DRAGON 

professeur à l' Sicadémie 'f^roiestante 

de "Die. 



«- 



(Suite. — Voir les 90", 91% 92% 93% 94*, 95* 96* et 97* livraisons). 



XXVII 

Joh ViALUs, ï6i I (i). 

Fils d'un notaire de Die et frère d'un apothicaire de la 
même ville, Jean Vial était un étudiant en philosophie, de 
quinze ans à peine, lorsqu'il écrivit dans l'album de son 
ancien professeur, Jean Dragon, quelques mots, témoi- 
gnant d'une précoce maturité : Pretiosissimum impen- 
dium tempus. Peut-être pressentait-il déjà que le temps lui 
serait parcimonieusement mesuré ? En tout cas devenu 
pasteur en 1618, il fut d'abord envoyé à la Grave (z), puis 
à Clelles (3), (lôrg), et des raisons de santé l'ayant ensuite 
contraint de revenir dans sa ville natale, il y fut bientôt 
employé comme professeur au Collège, ainsi que le prouve 
ce passage des conclusions académiques : a M. Vial ayant 



(i) Fol. 163. 

(2) Ch.-I. de cant. de Tarr. de Briançon (Hautes-Alpes). 

(3) Ch.-l. de cant. de Parpé de Grenoble (Isère). 



3oo SOCIÉTÉ dVrchéologie et de statistique. 

« fidèlement servi par provision, plusieurs années en 
« Texercice de la régence de la troisième classe, a requis 
ce de sa bouche, d'estre proveu définitivement. Sur quoi la 
« compagnie, après meure délibération, a conclu que le- 
« dit Vial est dés maintenant receu définitivement régent 
« en la troisième classe, avec les gages, honneurs, emolu- 
« ments, privilèges et prérogatives accoustumés. » Cette 
conclusion est du 2g décembre 1626 et d^autres nous 
apprennent que notre professeur ayant été chargé, quatre 
ans plus tard, de la seconde classe, le fut jusqu^à sa mort 
arrivée le 25 avril (638 à Tàge de quarante-deux ans. Quant 
à sa conduite, elle fut telle, que le 7 avril i633, il était 
officiellement remercié de « la fidélité et vigilance dont il 
« usoit en l'exercice de sa charge (i). » 

On ne sait rien de plus sur cet ancien élève de Dragon, 
devenu comme ce dernier professeur au collège de Die ; 
mais ce que nous savons encore et ce qu'il est croyons- 
nous, bon de faire connaître, ce sont les incidents carac- 
téristiques, pour ne pas dire les scandaleux conflits, qui 
se produisirent au sein du Conseil académique, à la suite 
de sa mort. Réglementairement, la charge qu'il laissait 
vacante, devait être donnée au concours; seulement comme 
il y avait toute raison de croire qu'elle ne serait postulée 
par aucun candidat du dehors, cette chaire devait naturel- 
lement échoir au professeur de troisième, François Coat- 
quen, un breton de quelque mérite, établi à Die depuis 
deux ans. Or Coatquen était en mésintelligence avec le 
recteur de l'Académie, David Eustache, et le principal du 
collège, David de Rodon, c'est-à-dire avec les deux chefs 
du corps académique et, pour lui faire échec, ces derniers 



(i) Conclus, acad. de Die. — Synodes du Dauphiné. — Mortuaires de Té- 
glise réformée de Die, etc. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 30I 

ne craignirent point de faire ajourner, six mois durant, une 
solution des plus urgentes puis, lorsqu'il ne fut plus possi- 
ble de Tajourner davantage, d'affirmer qu'il n'y avait pas 
« d'autres moyen de pourvoir à la seconde classe, que 
de la personne du sieur David Lagier », un diois, « qui 
« souloit estre régent de quatrième », attendu que ledit 
Coatquen « estoit coupable de plusieurs crimes atroces, 
« sales et noirs *>, Mis en demeure de préciser ses accusa- 
tions, le recteur ajouta même que « c'estoient choses si 
a atroces et si sales, qu'il ne s'en oseroit expliquer et les 
a mettroit par escrit » ; ce qui donna lieu à la nomination 
d'une commission d'enquête, mais n'empêcha point la 
majorité du Conseil^ qui savait à quoi s'en tenir sur la 
valeur des allégations du recteur, de décider que selon les 
règlements et lois du a Collège, ladite seconde classe de- 
ce voit estre disputée et adjugée au plus capable (i). » 

L'insuffisance du candidat opposé à Coatquen étant 
notoire, c'était en réalité donner gain de cause à ce der- 
nier ; aussi le recteur et le principal, firent-ils opposition 
sur opposition à cette décision du Conseil et, lorsqu'ils 
eurent pu constater l'inanité de leurs efforts sur le terrain 
de la légalité, furent-ils jusqu'à menacer ouvertement leurs 
collègues, « d'élire un contraire bureau et conseil, et par 
« l'authorité d'icelui establir le sieur Lagier pour régent 
ce de la second classe et en destituer le sieur Coatquen, 
« s'il s^y trouvait establi ; et opposer la force à la force, au 
« moyen d'une trentaine d'escoliers qu'ils disoient avoir 
« à leur dévotion pour cet office. » Mais ils n'intimidèrent 
point quand même la majorité du Conseil académique, si 
peu que celui-ci ayant entendu ces menaces, de la bouche 



(i) Conclus. acaci. du 24 octobre 1638. 

2- Série. XX V» Volume,- 1891. 22 



302 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

du recteur lui-même, procéda séance tenante à Texamen 
de Coatquen et fit ensuite savoir à son chef qu'il y aurait 
mise en possession, s'il ne prouvait, une fois pour toutes, 
le bien fondé de ses accusations contre le régent de 
troisième. Eustache riposta en déniant au Conseil le 
droit d'entendre les témoins qu'il voulait produire et de 
Rodon après avoir dit « que le jugement dudit conseil 
« estoit nul touchans la capacité de Coatquen, pour avoir 
« esté rendu par des personnes qui n'en pouvoient pas 
« juger sans les livres, combien que les neuf fussent tous 
« docteurs ou pasteurs », en vint à traiter publiquement 
un de ces derniers, le pasteur Jean Aymin (1)9 ^^ * bri- 
gand et de brigueur ». Il tenta même d'ameuter la popula- 
tion contre le corps académique ; mais Coatquen n'en fut 
pas moins solennellement installé professeur de seconde, 
le 8 novembre t638, c'est-à-dire après seize jours de con- 
testations, de querelles, d'injures et de menaces, dont il 
serait oiseux de rechercher les effets, sur la jeunesse tur- 
bulente des écoles (2). 

Six semaines après, David Eustache était remplacé 
comme recteur par le pasteur Aymin, celui-là même qui 
avait été insulté par de Rodon. Quant à ce dernier qui fut 
remplacé, dans le même temps, comme principal, par 
Pierre Chastet, après avoir boudé quelque temps ses 
collègues, les professeurs et régents du collège et de l'aca- 
démie de Die, il prétexta un retard apporté dans le paye- 



Ci) Jean Aymin ou Eymin, de Sisteron, chirurg^ien qui s'étant établi à Die 
y fit des études de théoIog:ie, ensuite desquelles il fut reçu pasteur et envoyé 
à Briançon en 1619. Transféré à Saint-Paul-Trois-Châteaux en i6a6 et h 
Die en 1630, il y était encore en 164a, date à laquelle il passa en Pro- 
vence. 

(a) Conclus, acad. du 4, du 5, du 6, du 7 et du 8 novembre 1638. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON 3o3 

ment de ses gages, pour aller s'établir à Orange, comme 
professeur de philosophie (i). 

XXVIII 

J. F. ViCECOMES, 161I (2). 

Par cela même qu'il est le type de certains professeurs 
de son temps, Jean- François Visconti est incontestable- 
ment une des plus curieuses figures de notre galerie ; car 
la curiosité est bien le sentiment qu'inspirent ces hommes 
d'érudition et de savoir, mais de fort médiocre caractère, 
qui poussés par une humeur capricieuse et vagabonde 
et toujours en quête de fortune et de renommée, s'en 
allaient à travers la vieille Europe, changeant de religion 
comme de patrie, pour le moindre mécompte, mettant 
successivement au service de toutes les causes, leurs habi- 
letés de dialecticiens et leur style de rhéteurs et finissant 
le plus souvent dans la misère et Toubli. 

Italien, c'est-à-dire d'un pays dans lequel les plus mo- 
destes familles, se donnent volontiers d'illustres ancêtres, 
il se disait issu des anciens ducs de Milan et professeur de 
philosophie protestante, c'était un ancien religieux de 
Tordre de St-Dominique qui, enfermé, nous ne savons 
pourquoi, dans quelque forteresse piémontaise, par ordre 
de la duchesse de Savoie, en avait été tiré par Lesdi- 
guières (3), pendant une de ses expéditions au delà des 
Alpes. Amené ensuite en Dauphiné par le futur conné- 



(i) Conclus, acad. du 14 janvier 1639. — M. le pasteur E. Arnaud, qui a 
écrit une Notice sur David de Rodorii ne parle pas de cet incident considé- 
rable de la vie de son héros. 

(a) Fol. 137. 

(3) ViDEL : Hist. de Leediguières, II, 145. 



3o4 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

table, il y avait obtenu, probablement grâce à lui, la pre- 
mière chaire de philosophie de l'académie de Die, et cette 
chaire il l'occupait depuis quatre ans, lorsqu'il écrivit dans 
notre album quelques mots d'hébreu, une ligne de Platon 
et, dans la langue de Tacite, une phrase, qui témoigne 
d'impatiences et de regrets, à moins qu'elle ne soit une 
amère épigramme: lam ita cum civibus^ ut parens cum 
liberis vivis. Il devait du reste en être titulaire pendant 
quatorze ans, et nous pouvons ajouter que pendant ces 
quatorze années, Visconti dont les allures indépendantes 
offusquaient ses collègues, eut d'autant plus de querelles 
avec eux, qu'il exerçait facilement aux dépens des autres, un 
esprit tout à la fois brouillon, mordant et moqueur. Ayant 
secoué le joug des règles monastiques, il n'entendait pas 
que ce fût pour en prendre un autre. 

Moins de trois ans après son arrivée à Die, sa situation 
y était telle du reste, que la charge de principal du Collège, 
qui lui avait été confiée pour Tannée 1609, lui ayant été 
continuée pour l'année suivante, cette réélection donna 
lieu à des protestations en plein conseil et à des placards 
injurieux nuitamment affichés dans les lieux publics ; ce 
qui aiguisant la colère de l'ancien moine, le fit s'attaquer 
ouvertement à deux de ses trois collègues , l'écossais 
Scharp(i)et le bâlois Steck (2). A l'encontre du second, qui 



(1) Jean Scharp, de St-Andrews en Ecosse, ministre protestant que le roi 
Jacques I"" bannit de son royaume, parce qu'il avait refusé de signer une 
profession de foi puritaine. Réfugié d'abord à la Rochelle, puis à Die, il y 
devint professeur, comme Visconti, en 1607 et le fut jusqu'en 1629. 

(2) Jean Steck, né à Bâle le 11 décembre 1582, fut pourvu d'une chaire 
de philosophie à Die, en même temps que Visconti et Scharp, et l'occupa 
jusqu'au 6 mars 161 1, date à laquelle il quitta cette ville. De Die, Steck 
fut à Montpellier, où il obtint le grade de docteur en droit, le 1 2 mars 161 1 ; 
mais les biographes se trompent, lorsqu'ils prétendent qu'ayant refusé cer- 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 3o5 

occupait ia seconde chaire de philosophie^ il publia tout 
un ensemble « de problèmes fort scandaleux à ceux qui les 
« ont lus » et renseignement de l'autre qui était tout 
à la fois professeur de théologie et d'hébreu, fut traité 
d' a asneries » devant les écoliers assemblés. Dragon lui- 
même eut à se défendre, à cause de certain cabinet dans 
lequel il tenait ses livres et, les élèves ayant pris parti 
pour leurs maîtres, le désordre fut bientôt si complet au 
sein de l'académie de Die, que «t pour reprimer les des- 
bords et incorrections des escoliers estudiant la philoso- 
phie », le Conseil décida que « la loi générale des acade- 
« mies, que les escoliers sont subjects à la peine du fouet », 
serait appliquée. De plus, le synode d'Embrun (ibio) saisi 
de Talfaire, ordonna que les « problèmes » publiés contre 
Steck, « feussent suprimés », enjoignant en outre au bu- 
« reau académique de déposer à l'advenir, ceux qui publie- 
« roient tels libelles diffamatoires». Mais, protégé comme 
il rétait, notre professeur n'en resta pas moins paisible 
possesseur de sa chaire et, par cela même, finit par con- 
traindre Steck à abandonner la sienne (i). 

D'autant plus encouragé par ce premier succès, que 
pour s'entretenir dans les bonnes grâces de Lesdiguières, 
il ne manquait pas de l'aller saluer chaque fois qu'il en 
avait l'occasion, l'irrascible italien s'en prit ensuite au 
recteur de l'académie, Vulson de la Colombière et à Jean- 



laines propositions qui lui furent alors faites, au nom de l'académie de Sau- 
mur, il ne fut enseignera celle de Lausanne qu'en 1613 ; car nous savons 
par une lettre de lui au recteur de Tacadémie de Die, qu'il était professeur 
à Lausanne, avant le i^ septembre 161 1. Jean Steck mourut de la peste, à 
Berne, en 1628. 

(i) Conclusions académiques du 4 janvier et du 7, du 19 et du a8 février 
1610. — Actes du synode d'Embrun. 



3o6 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Rodolphe Le Fèvre, successeur de Steck. Croyant avoir à 
se plaindre d'autres personnes, il fut ensuite,sinon Fauteur 
au moins Tinspirateur de certains pamphlets anonymes, 
qui soulevèrent Topinion publique en déversant l'injure 
sur les principales dames protestantes de Die, au mois de 
février i6i3 et il en résulta même une sorte d'émeute, la 
foule indignée s'étant portée « devant la maison du sieur 
a Visconti qu'on voulait mener en prison, ensemble un 
« escolierde philosophie nommé Videl », qui n'est autre 
que le biographe de Lesdiguières. Seulement le juge ou 
bailli de la ville étant alors intervenu, le Consistoire s'en 
émut d'autant plus facilement, que ce magistrat « estant de 
« contraire religion, l'Académie en son corps et sa juridic- 
« tion, en pouvoit recevoir un contre coup irréparable », 
et, comme il arrive souvent, ce conflit de juridiction ayant 
fait oublier celui qu'il s'agissait de punir, Visconti ne fut 
pas autrement inquiété à cause de ces pamphlets. Par 
contre, il fut très sévèrement censuré, avec menace de 
destitution, par le synode qui se tint à Die même, quel- 
ques semaines plus tard, à cause de ses attaques contre 
La Colombière et Le Fèvre; mais non moins habile tacti- 
cien que rude jouteur, Visconti sut paralyser aussitôt les 
effets de cette sentence, en prêtant aux doctrines calvinistes 
l'appui de sa mordante parole, dans une grande dispute 
théologique que les pasteurs et les professeurs de l'aca- 
démie de Die, eurent alors avec le jésuite Arnoux (i). 

Réconcilié par ce moyen-là avec le Conseil académique, 
Visconti fut élu derechef principal du Collège, en i6i5 et 
en 1616, et, preuve non équivoque du bon vouloir de ce 



(i) Conclusions académiques du 25 février et du 2 novembre lOio. — 
Archives de la Drôme, D 54. — Actes du synode de Die. 



fi 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 307 

conseil à son endroit, il obtint même par deux fois l'avan- 
cement de ses gages, bien que Tétat des finances de l'aca- 
démie ne se prêtât guère à cette générosité. Malheureuse- 
ment ses charges de famille étaient trop lourdes et ses af- 
faires trop embrouillées pour qu'il pût se contenter d'une 
simple avance ; aussi le voyons-nous, demander à cause 
décela, une augmentation de traitement au mois de janvier 
ï6(7, priant en tout cas, le Conseil de l'appuyer, auprès 
du Synode provincial, « pour avoir d'icelui quelque grati- 
« fication, afin de pouvoir mettre sous la presse ses cours 
« ainsi qu'il en avoit esté prié autrefois. » Mais si le Con- 
seil accorda Tappui demandé, le Synode refusa l'argent et 
Visconti découragé se mit alors en quête d'autres moyens 
d'existence et ne les trouvant pas, il élabora, probable- 
ment dans l'espoir d'obtenir ainsi ce qui lui manquait, 
différentes thèses protestantes, que son humeur belliqueuse 
lui fit ironiquement dédier au R. P. Isnard, — venerando 
patri Isnardo^ — jésuite connu par ses ardeurs de con- 
troversiste ; ce qui lui valut probablement d'être chargé 
d'une mission de confiance auprès de la compagnie des 
pasteurs de Genève, vers la fin de l'année r6i8. Seulement 
arrivé à Genève, notre professeur oublia complètement sa 
mission, pour ne s'occuper que de ses propres affaires ; 
tellement qu'il ne vit pas même ceux qu'il avait charge 
d'çptretenir, et Ton comprend facilement ce qu'une pa- 
reille conduite dut exciter de récriminations et réveiller 
de rancunes. Il plut des accusations contre cet italien, dont 
le sans-gêne pouvait être taxé d'impertinence et, le désir 
de se ménager à tout événement un protecteur, lui ayant 
alors fait écrire un mémoire, dans lequel il soutenait que le 
mariage que Lesdiguières venait de faire de sa seconde 
fille, avec le fils de sa fille aînée, était parfaitement légi- 



3o8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

time (i), il fut appelé devant le synode de Gap (1619), qui 
le déclara passible d'une rigoureuse censure, « pour avoir 
a quelque fois joué aux cartes et permis qu'on y ait joué 
« dans sa maison, et aussi esté du nombre de ceux, qui 
« se portèrent Tannée d'avant, à appeler comme d'abus 
« d'une sentence du Synode ; comme aussi d'avoir contre 
«1 le consentement de tous les pasteurs, fait des mémoires 
<c dans lesquels il a soustenu, contre la parole de Dieu, le 
« mariage de M. le comte de Sault estre légitimement 
« contracté. Lui défendant très expressément de retom- 
(c ber en tels excès, sous peine de plus grande censure, 
« l'exhortant très sérieusement de ranger sa femme et ses 
<c enfants aux fins qu'ils fréquentent les saintes predica- 
« tions et conversent chrestiennement et avec édification 
« devant toutes sortes de personnes. Le colloque du Diois 
« et ceux qui seroient par ci-après nommés inspecteurs de 
« l'Académie, a iceux joint le Consistoire et Sénat acade- 
« mique, estant expressément chargés de veiller soigneu- 
a sèment sur la vie et mœurs dudit sieur Visconti et de sa 
« famille, pour en faire toutes les années fidèle rapport à 
« la compagnie (2). » 



(i) Catherine de Bonne, fille cadette de Lesdiguières, épousa leio février 
1619, François de Créqui, comte de Sault, fils de sa sœur Magdeleine ; et 
comme ce mariage devait naturellement faire passer une nouvelle parti^ de 
rimmense fortune du futur connétable dans la maison de Créqui, qui 
était catholique, le parti protestant s'y opposa le plus possible. Quelques 
écrivains ont avancé que le mariage condamné d'avance par le synode d'Em- 
brun (1618), est celui de Charles de Créqui, père de François, avec sa belle- 
sœur Françoise de Bonne, qui était fiancée depuis Page de huit ans, avec 
le jeune Montbrun ; mais il ne faut pas oublier que ce second mariage 
n'eut lieu que le 3 décembre 1633 et que la première femme de Charles de 
Créqui ne mourut qu'en i6ai. 

(2) Conclusions académiques des 21 janvier ei 27 décembre 161 6; du 10 
et du 1 1 janvier 16 17. — Actes des synodes d'Embrun et de Gap, etc. 



♦ LES AMIS DE JEAN DRAGON. SOQ 

Rangé officiellement ainsi parmi les suspects, Visconti 
ne modifia pas pour cela sa conduite ; si peu que le collo- 
que du Diois, assemblé à Quint, le censurait quelques mois 
après, et cette fois, au lieu de s'incliner comme il Pavait fait 
jusques-là devant Pautorité ecclésiastique, notre profes- 
seur déclara fièrement qu'il en appellerait, non au Synode, 
mais aux tribunaux séculiers ; ce qui fut cause que le 
Conseil académique, qui n'appréhendait rien tant que l'im- 
mixtion de l'autorité civile dans ses affaires, le pria aussi- 
tôt « de se despartir d'une telle appellation, sous la pro- 
« messe qui lui estoit faite, de lui procurer envers ledit 
« colloque, tout juste contentement pour les griefs qu'il 
a prétendoit avoir receu par ladite sentence ». D'accusé il 
devenait plaignant. Ayant obtenu quelques temps après 
un congé de huit jours pour aller à Grenoble, il y resta 
plusieurs mois sans se préoccuper de son cours, et aux 
lettres qui lui furent alors adressées, pour lui rappeler ses 
devoirs, il répondit en faisant demander pour lui, soit une 
augmentation de gages, soit d'occuper à lui seul les deux 
chaires de philosophie, dont la seconde allait devenir 
vacante, par le départ de Le Fèvre. Ensuite de quoi, cette 
demande ayant été repoussée, il se présenta lui-même 
devant le Conseil académique, et après lui avoir représenté 
l'insuffisance des 400 livres qui lui étaient allouées comme 
traitement, le mit en demeure de lui donner « congé de se 
« pourvoir ailleurs, ou bien de lui augmenter ses estats 
« jusqu'à la somme de 800 livres, sans qu'il y manque un 
<c sol, et dans ce cas, que deux ou trois de la compagnie 
« s'obligent in solidum^ de ceste somme », attendu qu'il 
ne voulait plus, disait-il, dépendre du Synode, « ni pour 
« argent, ni pour sa charge et labeurs ». De plaignant il 
devenait insolent. Aussi, bien que perdant ainsi l'un des 



3 10 SOCIÉTÉ d'archéologie f.t de statistique. 

deux seuls professeurs qui donnassent alors quelque lustre 
à Pacadémie de Die, le Conseil académique, n^hésita-t-il 
point à répondre à Visconti, que « nonobstant les absen- 
« ces, défauts et manquements », on lui payerait intégra- 
lement ses gages, a par respect pour Mgr le Mareschal » ; 
mais qu^il ne devait rien attendre de plus, et finalement 
après quelques aigres paroles de l'arrogant professeur, à 
l'adresse du Synode, la chaire de philosophie dont il était 
titulaire, fut déclarée vacante. C'était le 4 janvier 162» (i). 

En agissant ainsi, le prétendu descendant des ducs de 
Milan obéissait évidemment à sa nature fougueuse et 
primesautière, mais il y a cependant tout lieu de croire 
qu'il eût été moins superbe, s'il n'avait pu compter sur 
la protection de Lesdiguières. Or, il le pouvait, car c'est 
précisément pendant son séjour à Grenoble, que se passa 
le fait suivant, rapporté par Videl. Parlant des négociations 
qui étaient alors engagées, par l'entremise de Déageant, 
avec le futur connétable, pour l'amener à se convertir au 
catholicisme, « la bonne fortune voulut — dit-il — pour 
« Déageant, qu'il y eust à Grenoble un professeur du col- 
« lege de Dye, nommé le Visconti, italien, subtil philoso- 
tt phe, qui avoit esté catholique et religieux de l'ordre des 
<( dominiquains, mais qui pour lors estoit de la religion 
« du duc et assez considéré de luy, tant à cause de son 
« sçavoir, que pour ce qu'il l'avoit autrefois defifendu par 
« escrit, sur quelque action de sa vie, que les ministres 
c< P. R. avoient censurées : Déageant insistant pour qu'il 
c< (Lesdiguières) luy donnât un homme pour traiter avec 
« luy selon leur accord, le duc voyant celuy-cy (Visconti) 



(i) Conclusions académiques du 9 décembre 1619, du 35 novembre et du 
30 décembre 1630 et du 4 janvier 1631. 



LES AMIS DE JEAN DRAGON. 3 1 I 

« dans son cabinet et le luy ayant nommé, il l'accepta 

a quoyqu'il ne fust pas de sa connoissance Les points 

tf de la prédestination et de la communion sous les deux 

« espèces, qui faisaient sa principale résistance et qui sont 

« les plus controversés, ayant esté mis sur le tapis le 

« Visconti après une response qui estoit plus dans la 

« subtilité des paroles que dans la solidité du raisonne- 

« ment ne l'ayant pas contenté, luy dit en particulier, que 

i< les plus habiles gens du monde, ne sçauroient se défen- 

« dre contre les raisons qu'il luy avoit opposées (i). » 

Notre homme se connaissait, on le voit, au métier de 
courtisan, et l'on comprend facilement après cela, que 
Lesdiguières qui devait abjurer dix-huit mois plus tard, le 
protestantisme, se soit attaché « le subtil philosophe ». 
Il est également facile de comprendre, les écarts de plume 
et de parole que celui-ci dut commettre, lorsqu'il put 
compter sur la protection du futur connétable et ne dépen- 
dit plus du Synode. Instruit de « ses déportemens )),le con- 
sistoire de Grenoble le suspendit des « saints sacrements », 
et Visconti ayant alors demandé au Conseil académique 
de Die un certificat de bonne vie et mœurs, on le lui refusa, 
bien qu'il ne semble pas que cet indiscipliné ait jamais eu 
de mauvaises mœurs. Enfin il fut menacé d'excommunica- 
tion par le synode provincial du Pont-en-Royans (1622), 
qui se fit en outre un devoir d'approuver toutes les mesu- 
res de rigueur prises à rencontre d'un homme qui ne 
supporta jamais qu'impatiemment l'autorité synodale, la 
brava même plus d'une fois. Fut-ce là pour Visconti, dont 
la femme était d'ailleurs « papiste », une raison de retour- 
ner au catholicisme ? On peut le supposer, mais rien ne le 

(i) L. VioEL. Hist, du connestable de Lesdig^uiêres, II, 145. 



3 12 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

prouve et nous ne savons pas non plus, s'il est bien vrai 
que l'ancien professeur de philosophie devint ensuite con- 
seiller d'Etat , par la grâce de Lesdiguières , comme 
l'avance le docteur Long ; car tout ce que nous savons per- 
tinemment de lui, après sa condamnation par le synode 
du Pont-en-Royans, c'est qu'en 1624, Visconti fut chargé 
de certaines négociations auprès de gentilshommes pro* 
testants, tels que les seigneurs de Furmeyer et de iMont- 
morin, pour leur faire embrasser le catholicisme et que le 
I**' janvier 1628, autrement sept ans après son départ de 
Die, il réclamait à l'académie protestante de cette ville 
ff sept pistoles », qu'il avait, disait-il, donnés « lorsqu'on 
a poursuivoit la fondation du collège ». Or, une semblable 
réclamation n'est évidemment pas d'un conseiller d'Etat, 
ce qui nous porte à croire, qu'il s'agissait tout simple* 
ment d'un conseiller du roi, titre sans portée que pre* 
naient alors presque tous les magistrats et fonctionnaires 
du royaume (i). 

Indépendamment de ses thèses, des leçons qu'il se 
proposait de faire imprimer en 1617 et des mémoires 
dressés pour la défense de Lesdiguières, tous ouvrages 
restés vraisemblablement inédits, Visconti a laissé quel- 
ques vers latins, qui se trouvent avec ceux de son ennemi 
Jean Steck, parmi les pièces encomiastiques faisant suite 
à la traduction latine de la seconde semaine de du Bartas, 
par Samuel Benoît. 

(i) Actes du syn. du Pont-en-Koyans. — Conclusions acad. du i*' janvier 
1648. -^ Long: Les guerres de religion en Dauphini, 307. — Bulletin de 
rhist, du protestantisme, 39* année, p. 371. 

(A suivre) J. BRUN- DURAND. 



1 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 3l3 



Colonies Dauphinoises 



DE 



L'ABBAYE DE MONTMAJOUR 



9v.«- 



(SuiTB. — Voir la 97' livraison). 



Les églises et biens possédés par la célèbre abbaye sont 
indiqués en détail dans les confirmations que leur en 
accordèrent divers papes et empereurs. Un privilège de 
Pascal II de Tan 1 1 14 ne nomme pour nos contrées que 
réglise de St- Antoine [ecclesiam Sancti Antonii). Mais on 
voit par l'ensemble de cet acte, qu'il ne spécifie qu'une 
très faible partie des dépendances de Montmajour. Il faut 
en dire presqu'autant d'un privilège du pape Gélase II de 
l'an i(i8, qui n'indique nominativement que Téglise de 
St- Antoine et de St-Pierre de Lausanna avec ses appar- 
tenances, dans le comte de Viennois ; Téglise de St- 
Etienne, dans le comté de Grenoble ; l'église de St-Jean 
de Royans, dans le comté de Diois ; et l'église de Ste- 
Marie de Jailians, dans le comté de Valentinois (i) Du 



(i) « ... In Viennensi, ecclesiam Sancii Antonii et Sancti Pétri de Lau- 
sanna cum pertinentiis suis. In Gratianopolitanensi, ecclesiam Sancti Ste« 
phani; et in Diensi, ecclesiam Sancti Joannis de Roiano ; et in Valen* 
tino, ecclesiam Sancfœ Marias de Jaliano, cum omnibus pertinentiis earum. 
In Aquensi.... » (Mss. Chantelou, p. 739). 



3 14 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

reste, la charte elle-même s'explique suffisamment sur les 
possessions non spécifiées, quand elle ajoute ici les mots : 
avec toutes leurs appartenances. Bien plus, nous trouvons 
encore une indication évidemment trop sommaire dans 
les privilèges de Callixte II, du 9 avril 1 123 ; d'Eugène 
III, du 7 avril 1 162 ; et de Luce III, du 17 octobre 1 184. 
Callixte II confirme à Montmajour : « Dans le diocèse 
de Vienne, Téglise de St- Antoine de la Motte (S. Q/int. 
de Motha) et celle de St- Pierre de Lau\onna^ avec toutes 
leurs appartenances; dans celui de Grenoble, l'église de 
St- Etienne de Nacon, avec la paroisse du château d'Iseron, 
et l'église de St-Pierre de Granenc avec ses dîmes et ap- 
partenances, l'église de Prêles avec les dîmes ; dans le 
diocèse de Die, le monastère de St-Jean de Royans avec 
les dîmes d'Oriol et toutes les appartenances ; et dans le 
comté de Valence, l'église de Ste- Marie de Jaillans, et 
l'église de Cerne avec celle qui est depuis peu en cons- 
truction sur une hauteur, de l'avis de Tévêque, dans la 
propriété de Geoffroy, du château de Charpey. » Eugène 
III et Luce III confirment à leur tour : « Dans le diocèse 
de Vienne, l'église de St-Antoine de la Motte, et celle de 
St-Pierre de Lausanna^ avec leurs appartenances ; dans le 
diocèse de Grenoble, l'église de St-Etiennede Nacon avec 
la paroisse du château d'Iseron, l'église de St-Jean du 
château de Rencurel, Téglise de St-Bonnet du Villars, 
l'église de St-Pierre de Granenc avec la paroisse et la 
chapelle du château de Beauvoir et leurs appartenances, 
l'église de Prêles avec la paroisse et les dîmes. Dans le 
diocèse de Die, l'église de Valchevrières, avec ses appar- 
tenances, le monastère de St-Jean de Royans, avec les 
dîmes d'Oriol et ses appartenances. Dans le comté de 
Valence, l'église de Ste-Marie de Jaillans, l'église de 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 3l5 

Cerne, avec leurs appartenances (i). Mais enfin, le privi- 
lège d'Innocent III, du 29 décembre 1204, doit être com- 
plet ou à peu près, dans Ténumération qu'il fait des égli- 
ses et bénéfices de Montmajouren notre région. Il nous y 
signale : « Dans le diocèse de Vienne, l'église de St-An- 
toine de la Motte, avec sa paroisse et toutes ses apparte- 
nances, et la maison de l'Aumône située dans sa paroisse 
et dans sa propriété, avec toutes ses appartenances; 
l'église de Ste-Marie de Montagne ; l'église de St-Mar- 
cellin ; l'église de St-Jean de Fromental ; l'église de St- 
Martin de Vinay ; l'église de St-Pierre de Montelaser, et 
l'église de Ste-Marie de Qui ncivet ; l'église de St-Didier 
du Château ; l'église de St-Cyprien; l'église de Ste-Marie- 
Madeleine deBaer^ avec toutes ses appartenances ; l'église 
de St-Pierre de Lausanna ; l'église de Chevrières, avec 
toutes ses appartenances ; les églises de St-Evode, de 
St-Bonnet, de St-Hilaire, de St-Sauveur, et de Ste-Marie 
de Têche. Dans l'évêché de Grenoble, l'église de St-Just ; 
l'église du château de Rovôn, et la seigneurie de ce châ- 
teau avec toutes ses appartenances ; l'église de St-Romain 
de Granenc, avec toutes ses appartenances ; le monastère 
de St-Etienne de Nacon avec ses appartenances; l'église 
de St-Jean des Essarts ; l'église de Rencurel ; l'église de 
Cognin ; l'église de St-Just ; Téglise de Ste-Marie d'Au- 
berive avec toutes ses appartenances. Dans l'évêché de 
Die, le monastère de St-Jean de Royans ; l'église de St- 
Martin de Coronels, avec ses appartenances, et tout le 

droit que vous avez dans l'église de Ste-Marie d'Oriol. 
Dans l'évêché de Valence, les églises de St-Pierre de la 
Motte, de St-Thomas et de Ste-Marie de Jaillans avec 



(i) Arch. cit., fonds de Montmajour, ^o^stm ; — Mss. cit., pp. 728, 736- 
9, 756-60, 783-8 et 816-7. 



2l6 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

toutes leurs appartenances ; Téglise de Ste-Marie de Mey- 
mians ; l'église de Cerne, et l'église de Puy-Rigaud avec 
toutes leurs appartenances. » Le privilège d'Alexandre IV, 
du 17 mars 12 58, confirme et spécifie les mêmes égli- 
ses (i). 

Outre ces dépendances et biens possédés à titre ecclé- 
siastique, et qui, pour ce motif, étaient confirmés par les 
papes, Montmajour avait alors, en la même région, des 
possessions à titre civil ou féodal et qui, par suite, lui 
étaient confirmées par les souverains temporels. Ainsi, le 
29 mars 12 10, l'empereur Othon IV confirmait à Mont- 
majour : « Dans le comté de Vienne, la ville (villam) de 
Saint-Antoine avec tout ce qu'il (Montmajour) a dans la 
ville de Saint-Antoine et dans celle de Saint-Etienne et 



(i) « ... In diœcesi Viennensi, ecclesiam S. Antonii de Mota, cum paro- 
chia sua et omnibus pertinentiis suis, et domum eleemosynariam quae in ejus 
parochia sita est et proprietate, cum omnibus pertinentiis suis ; ecclesiam 
S. Mariœ de Montanea ; ecclesiam S. Marcellini ; ecclesiam S. Joannis de 
Formental; ecclesiam S. Martini de Vinai; ecclesiam S. Pétri de Montelaser, 
et ecclesiam S. Mariae de Quincevet; ecclesiam S. Desiderii de Castro; eccle- 
siam S. Cypriani; ecclesiam S. Maris Magdalenae de Baer, cum omnibus 
pertinentiis suis; ecclesiam S. Peiri de Lausonna; ecclesiam de Capreriis, 
cum omnibus pertinentiis suis ; ecclesias S. Evodii, S. Boniti, S. Hilarii, 
S. Salvatoris, et S. Marias de Lechis, cum omnibus pertinentiis suis. In épis- 
copatu Gratianopolitanensi, ecclesiam S. Justi; ecclesiam castri de Rovo, et 
terminium ejusdem castri cum omnibus pertinentiis suis; ecclesiam S. Roma- 
ni de Granenco, cum omnibus pertinentiis suis ; monasterium S. Stephani de 
Nascon cum pertinentiis suis; ecclesiam S. Joannis de Exacio; ecclesiam de 
Rencurellis; ecclesiam de Cominis; ecclesiam S. Justi; ecclesiam S. Mariœ 
de Albaripa, cum omnibus pertinentiis suis. In episcopatu Diensi, monaste- 
rium S. Joannis de Royans; ecclesiam S. Martini de Coronellis, cum perti- 
nentiis suis; et quidquid juris habetis in ecclesia S. Maris de Auriolo. In 
episcopatu Valentinensi, ecclesias S. Pétri de Mota, S. Thomas et S. Marias 
de Jallana, cum omnibus pertinentiis suis ; ecclesiam S . Marias de Maimanis ; 
ecclesiam de Cerna et ecclesiam de Podio Rigaudo, cum omnibus perti- 
nentiis suis. » (Mss. Chantelou, p. 931-45 et 1 131-44.) 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 3l7 

dans celle de Saint-Marcellin, avec toutes leurs autres ap- 
partenances; la ville [villam) de Lauxona avec son inté- 
grité et ses appartenances; le château de Rensum avec 
tout son droit; la ville {villam) de Saint-Jean-de-Royans; 
la ville [villam) de Saint-Just ; la ville [villam) de Nacon ; 
la ville [villam) de Saint- Pierre de Maleval; la ville (W/- 
lam)de, Gilgans; la ville [villam) de Saint-Evode. » L'em- 
pereur Frédéric II renouvelait cette confirmation, en mai 

1223(0. 

A cette époque, Montmajour était à Tapogée de sa 
gloire et dans sa plus grande extension. A partir du 
XIII* siècle, il ne fit que décroître, du moins dans le Dau- 
phiné. Il est vrai que ses différends et sa rupture défi- 
nitive avec Saint-Antoine se prêtaient à ce résultat. Les 
notions succinctes que nous allons donner sur chacune des 
dépendances de la célèbre abbaye bénédictine dans notre 
province, nous fixeront à peu près sur les pertes succces- 
sives qu'elle y fit, en attendant qu'elle fût elle-même sup- 
primée par les pouvoirs souverains. 

Pour mettre plus d'ordre dans ces notions, nous les di- 
viserons en autant de sections qu'il y a d'anciens diocèses 
dauphinois où Montmajour eut des possessions. 



III 



Diocèse de Trois-Châteaux . — En supposant que ce 
diocèse eût les mêmes limites que le comté du même nom, 
il contenait Téglise de Saint-Jean, située en la rtV/e appelée 
Treciano et dont la moitié fut donnée à Montmajour, en 

(i) Arch. cit., fonds cit.; — Mas. cit., p. 921-8 et 1007-14 ; — F. db 
Marin de Garranrais, VAhhaye de Montmajour, p. 155-7. 

i* Série. XXV Volume. — 1891 . 23 



3i8 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

960, par la comtesse Berthe. Nous l'admettons d'autant 
plus volontiers que ce village, bourg ou ville appelé 7re- 
ciano^ paraît répondre à la localité même de Trois-Ghâ- 
teaux. Au surplus, on trouve plus tard, à Saint- Paul-Trois- 
Châteaux, une église dédiée à saint Jean. Pons de Grillon, 
évêque de Saint-Paul, témoin de la donation faite, en 
II 37, par Hugues de Montségur aux Templiers de Ri- 
cherenches, donna lui-même aux Templiers l'église et le 
quartier de St-Jean situés dans la cité de St-PauL Après 
l'extinction de ces religieux, les chevaliers de StJean-de- 
Jérusalem héritèrent de leurs biens de Saint-Paul, no- 
tamment de ceux du quartier de Saint Jean. Ce quartier, où 
l'on a découvert d'importants vestiges de monuments an- 
tiques (i), porte encore le nom de son ancienne église. 
Mais le diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux ne figure 
en rien dans les privilèges accordés à Montmajour par les 
papes et les empereurs. Par suite, nous ne savons pas ce 
que devinrent les autres biens situés dans le comté de 
Trois-Châteaux et donnés à la même abbaye par la même 
comtesse Berthe, en 960. Impossible d'ajouter un rensei- 
gnement quelconque à ce que nous en avons dit en les 
énumérant d'après la charte de donation. 



IV 



Diocèse de Gap. — Nous avons vu plus haut que la 
comtesse Berthe donna à Montmajour, en 960, jusqu'à 
neuf villages, bourgs ou autres ensembles d'habitations 



{i) Gallia Christ., édit. cit., I, Animadvers., col. VIII;— Botbr de 
Sainte-Marthb, SuppL àVHist, Cathidr. de Saint- Paul- y -Ch,, p. a 1-2 ; — 
Lacroix, V Arrondissement de Montilimar, VII, p. "^35-9 et 377. 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. SjQ 

{villas) et une église en l'honneur de saint Pierre, localités 
et église situées dans le comté de Gap. Nous n'y revenons 
ici que pour mémoire, n'ayant absolument aucun détail à 
ajouter à ceux que nous avons déjà donnés à leur sujet. Le 
Dictionnaire topographique des Haut es- Alpes ^ qui contient 
tant d'indications sur les communes, paroisses et hameaux 
de ce département, et les autres ouvrages que nous avons 
consultés, ne nous ont appris ni quelles sont aujourd'hui 
les localités qui répondent à ces antiques villœ^ ni où était 
cette ancienne église de Saint-Pierre. 

La même comtesse donna en même temps à Montma- 
jour tout ce que ses père et mère avaient conquis dans la 
vallée de Salarans, Cette vallée de Salarans comprenait 
certainement le tout ou une partie de la vallée de la rivière 
appelée la Méouge, En effet, celle-ci, après avoir traversé 
diverses communes de la Drôme, notamment celle de La- 
chau, traverse celles de Salérans^ Barret-le-Bas, Anto- 
naves et Pomet,pour se jeter ensuite dans le Buech, affluent 
de la Durance. La charte de 960 dit que la vallée de Sala- 
rans^ ou du moins la partie contenant les biens donnés, 
était dans le comté de Die; mais cela n'empêchait pas que 
toutes les localités arrosées par la Méouge ne fussent du 
diocèse de Gap, comme nous le savons indubitablement. 
Salérans, en particulier, qui était autrefois une paroisse 
de l'archiprêtré de Ribiers, forme aujourd'hui une com- 
mune de 270 habitants, du canton aussi de Ribiers. Vers 
1 125, son église figure dans une donation, par Tévêquede 
Gap, à Saint- André d'Avignon. Quant au nom du lieu, 
encore écrit Salaranum en 1 178, Salarani au x[v® siècle 
et Salaroni en 1408, il l'était déjà en français dès i5i6 
avec la forme actuelle de Salérans (i). 

(i) Arch., et mss. cit., p. 97; — Roman,D»c/. topogr. des H.-A.^ p. xxiz, 
LYiiet 147. 



320 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Tout cela ne nous apprend pas en quoi consistaient les 
biens donnés dans la vallée de Salérans. Mais remarquons 
que la Méouge, qui arrose celle-ci, traverse Antonaves, 
dont le petit monastère appartenait à Montmajour en gôS, 
comme nous Pavons dit. M. Roman assure que la terré 
d'Antonaves avait été donnée à cette abbaye, vers 960, 
par Adélaïde, reine de Germanie, sœur du roi Conrad le 
Pacifique, et on a la charte par laquelle ce roi confirmait 
à Montmajour le petit monastère d'Antonaves en 965. 
Celui-ci n'est pas mentionné dans des privilèges des papes 
accordés à Montmajour en 1097 et en 1102; mais, le 
7 avril 1 152, Eugène III confirme à notre abbaye Téglise 
de Sainte-Marie d'Antonaves avec ses appartenances, et le 
pape Luce III en fait autant en 1 184. A leur tour, l'empe- 
reur Othon IV, le 29 mars 1210, et Frédéric II, en mai 
1223, confirment à Montmajour le petit monastère d'An- 
tonaves, dans le comté de Gap. Enfin, en i258, le pape 
Alexandre IV confirme à la même abbaye l'église de 
Sainte- Marie ^ située dans le diocèse de Gap, et toutes ses 
appartenances. Il s'agit sans doute de Sainte-Marie d'An- 
tonaves, simple prieuré vers la fin du xiii* siècle, et dont 
on connaît un grand nombre de prieurs. Parmi les dépen- 
dances d'Antonaves, dont le prieuré était encore dépen- 
dant de Montmajour en 1 337 (1), se trouvaient la paroisse 
de Châteauneuf-de Chabre et le prieuré deLachau. M. Ro- 
man dit que le prieur d'Antonaves a eu, depuis le xii* siè- 
cle jusqu'à 1789, la collation de la cure et un tiers de la 
seigneurie de Châteauneuf-de-Chabre (Hautes-Alpes). Ce 
prieur eut encore au xvi* siècle le prieuré de Lachau, loca- 

(i) Arch. cit., mss. cit., p. 782-96, 816-9, 93i~5ii 1007-17 et 1406-8. 
— Bulletin de la Soc. d'Et. des H,- A,, l, 265-6; — F. de M. de Carr., op. 
cit., p. 155-7; — Cartul. de Vile-Barbe, p. 78-9. 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 321 

lité arrosée, elle aussi, par la Méouge, et qui formait au- 
trefois une paroisse du diocèse de Gap. On a des recon- 
naissances de tenanciers faites en iSyr et le prouvant. 
Rien d'étonnant qu'après avoir appartenu à Cluny, La- 
chau ait passé à Montmajour au xvi* siècle, pour tomber 
entre les mains de séculiers commendataires. Antonaves 
lui-même, comme Lachau et Ballons, avait en r663 
pour prieur et seigneur Charles de Lionne, sacristain et 
gouverneur de Romans. Au surplus, M. Roman nous as- 
sure que les religieux de Montmajour ont possédé le 
prieuré d'Antonaves jusqu'en 1789, et que les prieurs fu- 
rent, depuis le x* siècle, collateurs de la cure du lieu, dé- 
cimateurs et seigneurs temporels de la paroisse (i). 

Notre célèbre abbaye arlésienne avait encore, dès 963, 
le petit monastère de Saint-Martin d'AUemont, comme 
nous l'avons dit. On le lui voit confirmer en 965 par le 
roi Conrad, en 1097 par le pape Urbain II, et en février 
1 102 par le pape Pascal H. Mais avant i (52, ce monas- 
tère était devenu un prieuré dépendant de l'Ile-Barbe près 
Lyon, à qui Luce III le confirmait en 1 183, ainsi que les 
églises établies dans l'intérieur et autour de cette ville 
{oppidum) d'Allemont, certainement représentée aujour- 
d'hui par le Monêtier-Allemont, commune du canton de 
Laragne. Par suite, le pape Eugène III, confirmant à son 
tour, en ti52, les possessions de Montmajour, n'y com- 
prend pas le monastère d'Allemont. On a les chartes des 
empereurs Othon IV, en r2io, et Frédéric II, en f223. 



(i) Invent, somm, des Arch. des H.-A.^ G, 127, 143, 153-6, 184-ç ; — 
Arch. de la Dr., E, 3213, 3155, 3 181, 3186; — Lacroix, V Arrondissement 
de NyonSy p. 355-8; — P. de Thoret, Prieurés de Vanc. diocèse de Gre' 
noble, p. 208-10; — BtUl. Soc. d'Et. des H.-A., I, 266 ; VII, 97 ; — J. 
Roman, Tableau histor. du départ, des Hautes- Alpes, p. 145-6. 



322 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

confirmant à notre abbaye la celle ou petit monastère ap- 
pelé à la Motte Saint-Martin^ situé dans le comté de 
Gap {in comitatu Vapinco^ cellatn quant vocant ad Motam 
sancti Martini), Mais à la fin du xiii* siècle, le prieuré du 
Monêtier appartenait sans conteste à l'abbaye de l'Ile- 
Barbe{i). 

L'église prieurale de Saint-Léger de Jobie {de Jobia^ 
alias Gobia) fut successivement confirmée à Montmajour 
par Eugène III en r i52, par Luce III en i r84, par In- 
nocent III en 1204, et par Alexandre IV en i2'>8. Les 
deux dernières confirmations comprennent expressément 
les appartenances de cette église, alors prieurale et sou- 
mise avant ï326 au prieuré d'Anionaves, qui en retirait 
7 livres de censé en i33o. Nous ne savons si à ce petit 
prieuré, qu'un pouillé de 1 5 16 appelle prioratus de Alpo 
et Zubia^ et M. Roman de Saint* Léger et Notre-Dame 
de Laup'Jubéo^ se rattachait un haut-fief dépendant par 
conséquent de Montmajour. En r2ro et en i223, les 
bulles confirmatives des empereurs mentionnent honorent 
de Gobia^ sans indication de comté ni de diocèse (2). En 
tout cas, l'église en question était au village appelé aujour- 
d'hui Laup-Jubéo, commune de Saint-Genis, canton de 
Serres (Hautes-Alpes). 

Enfin, M. Roman nous apprend qu'en i5i6 la cure de 
Laragne (Hautes-Alpes) était à la collation de l'abbé ^t 
Montmajour, et que le curé en partageait la dîme avec 



(i) Arch des Bouch.-du-Rh., mss. Chantelou, p. 921-30 et 1007-31 ; — 
F. de M. de Carr,^ op. cit., p. 155-7. 

(2) Arch. et mss. cit., p. 782-96, 816-9,921-51, 1007-13, 1131-42; — 
F de M. de C, loc. cit.; — J. Roman, Dict. topogr. des Hautes-Alpes, mot 
Laup-Jubéo; Tableau histor. du départ, des Hautes- Alpes ^ p, 121 ; — Bull. 
cit., VII, 84. 



ABBAYE DE MONTMAJOUR. 323 

celui d'Arzeliers, lequel en 1641 était principal déci- 
mateur de sa propre paroisse et, lui aussi, à la nomina- 
tion de l'abbé de Montmajour (r). 



Diocèse de Vienne. — La première dépendance que 
nous connaissions dans ce diocèse à iMontmajour, dans 
Tordre chronologique, est l'église de Saint-Christophe de 
Montmiral, dont nous avons parlé et qui fut donnée à 
Montmajour antérieurement à novembre 1068. Saint- 
Christophe est le vocable de Téglis'e paroissiale actuelle de 
Montmiral. 

La seconde est Péglise de Saint-Evode de Parnans, dont 
une moitié fut cédée à Montmajour par Léger, abbé de 
Saint-Barnard de Romans, en échange de celle de Saint- 
Christophe, en 1068. Nous voyons ensuite Téglise de 
Saint-Evode confirmée à Montmajour en 1204 par Inno- 
cent III, et par Alexandre IV en i258. Le village de Saint- 
Evode est aussi confirmé à la même abbaye en 1210 par 
l'empereur Othon IV, et en i223 par Frédéric II. Saint- 
Evode de Parnans était dès 1208 un prieuré en titre, 
encore dépendant de Montmajour en 1484, et dont on 
connaît quelques prieurs. Ce prieuré est cotisé 62 livres 
tournois dans un pouillé de i523, tandis que Téglise du 
même lieu ne Ty est qu'à 6. En 1786, cette église, tou- 
jours dédiée à saint Evode, avait encore pour patrons nos 
bénédictins de Montmajour (2). 



(i) Tableau histor. cit., p. 126. 

(2) Mss Chantelou, p. 921-8, 931-43, 1007-14, 1131-42 et 162 1; — 
Cartul. S, Barnardi Roman. j ch. 12 bis; — Dassy, VAbb. de Saint- Antoine t 
p. 490-2 ; — Bull, de la Soc. archéol. de la Drôme^ t. II, pp. 160 et 162 



324 SOCIÉTÉ B^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Le monastère de Saint^Antoine de la Motte^ fondé 
par Montmajour à la fin du xi® siècle, lui a été très souvent 
confirmé par les papes depuis Pascal II en 1 1 14 jusqu'à 
Alexandre IV en i258. Les empereurs Othon IV, en 1210, 
et Frédéric II, en î223, lui confirmèrent de leur côté la 
ville de Saint-Antoine avec tout ce qu'il y avait. Après 
le départ de nos Bénédictins du monastère prieural de 
Saint- Antoine, Boniface VIII ordonna en 1297 9"^ '^^ 
Hospitaliers, pour dédommager Montmajour de la perte 
de ce monastère, payeraient chaque année à l'abbaye aré- 
sienne une pension de i,3oo livres petits tournois. Cette 
pension fut fixée à 2o5 marcs d'argent par un arrêt du 
Parlement de Paris du 8 mai 1442 (i)- 

L'église Saint 'Didier^ précédemment paroissiale, fut 
donnée aux Bénédictins, en même temps que la nouvelle 
église de Saint- Antoine, qui devait la supplanter. C'est du 
moins ce qu'assure Chantelou, en désaccord avec Falcon, 
lequel affirme que les Bénédictins n'eurent d'abord que le 
juspatronat de Saint-Didier. Toutefois, Falcon même re- 
connaît que l'église Saint- Didier fut donnée aux Bénédic- 
tins par Gontard, administrateur du diocèse de Vienne et 
leur fut ensuite confirmée par l'archevêque Guy (2). 



(i\ Mss. Chantelou, passim; — F. de M. de C, op. cit, pp. 44-8, 66-72 ; 
— Dassy, op. cit. f passim i — Valbonnais, Hisi. Dauph., I, 250; 11,7, 87-8. 

(2) Ayin. Falcon, op. cit., fol. xliiij v* et lij v* ; — Mss. Chantelou, 
p. 618-22. 

L'abbé FILLET 

(A continuer). 



LA 



COLLINE DE BEAOSEMBLANT 



sa constitution géologique. — ses mares et leur 
faune malacologique. — comment les étangs 
artificiels peuvent se peupler de mollusques 
d'eau douce. 



La vie, sous les formes les plus variées, est répandue partout, 
dans la nature. Peu de gens se font une idée juste du nombre 
et de la diversité des êtres animés qui peuplent la terre. On 
croit connaître la faune générale parce qu'on en a vu dans les 
Jardins des plantes et d'acclimatations, autour de soi et dans 
les collections des musées. La création a des limites autrement 
étendues, surtout dans les degrés inférieurs de réchcUe orga- 
nique : sans parler des microbes, cette poussière animée et 
parfois si dangereuse, dont le microscope a révélé Texistence, 
nous foulons, à chaque iostand des animalcules que leur peti- 
tesse dérobe à nos regards. 

Comment soupçonner, en effet, sur le moindre brin d'herbe, 
ou dans le plus petit filet d'eau, ces myriades de coquilles terres- 
tres ou Quviatiles, qui sont la proie vivante des oiseaux et des 
rongeurs > Comme elles sont entourées d'ennemis dont l'esto- 
mac n'est jamais rassasié, la Providence a donné à ces bestio- 
les une puissance de reproduction qui tient du prodige. 

Le fait que je viens soumettre à l'examen de la Société aca- 
démique de la Drôme est une preuve évidente de cette faculté 
merveilleuse de propagation. 



326 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 

Pour mettre en pleine lumière l'observation dont il s'agit, 
il est nécessaire d'entrer dans des détails préliminaires un peu 
longs, et de noter toutes les circonstances qui nous Tout ré- 
vélée. 

On connait la belle terre que possède M. le comte de la 
Sizeranne, dans le nord du département, entre les villes de 
Saint- Vallier et de Saint-Rambert-d'Albon. Cette propriété est 
située sur le sommet de la colline de Beausemblant, et près 
du village de Creure. Ce point culminant forme un plateau assez 
étendu, à Taltitude de 350 mètres environ et à celle de 150 
mètres, au dessus du niveau du Rhône, qui coule au pied. 

Sous le rapport géologique, la colline de Beausemblant offre 
des argiles plastiques bleues de Tétage miocène et d'une épais- 
seur de 60 à 70 mètres, reposant immédiatement sur le gra- 
nit (i). Il n'a été recueilli, dans ces argiles, que quelques co- 
quilles marines. Au-dessus, se montre un banc de cailloux 
roulés, atteignant jusqu'à 40 mètres d'épaisseur. 

Les nombreuses collines qui s'étendent de la rive gauche du 
Rhône jusqu'au pied des Alpes dauphinoises sont toutes couron- 
nées par le même terrain de transport ; preuve évidente qu'elles 
constituaient autrefois, une seule masse continue. Ces collines 
sont donc les débris d'une antique plage abandonnée par la 
mer, que le dernier soulèvement alpestre a rejetée dans le bas- 
sin méditerranéen. L'érosion, poursuivant son œuvre de des- 
truction, ne laissera, avec le temps, que de faibles et rares par- 
ties de cette immense formation. Ainsi s'explique la fragmen- 
tation de certaines couches géologiques puissantes, réduites, 
par le même phénomène, aux plus faibles proportions. 

La grande secousse géologique qui a opéré ce déplacement 
de la mer fut suivie d'une période glacière, représentée en Dau- 



(0 Les éléments qui constituent cette roche tombent en poussière et for- 
ment une terre alumineuse et riche en peroxyde de fer. Cette terre, mfilée à 
Targuie plastique, donne aux produits de l'usine céramique de Beausemblant 
une grande solidité, qui les font rechercher, surtout pour la construction. 



LA COLLINE DE BEAUSEMBLANT. 327 

phiné par des couches d'un lehm jaunâtre, sorte de boue duc à 
la trituration du granit par la calotte de glace, agissant comme 
une meule sur la roche qui la supportait. Les glaciers descen- 
daient, alors, jusque dans le fond de la vallée rhodanienne. Ces 
couches recouvrent le banc de cailloux roulés. Si les argiles 
offrent peu de débris organiques, il n'en est pas de même du 
lehm, qui est un véritable ossuaire, renfermant des squelettes 
disloqués de grands et de petits mammifères : elephas primige- 
nius, rhinocéros tichorinus^ equus caballus (Linnée), (cheval de 
petite taille, rappelant la race de la Camargue] « 605 />riW^enitt5, 
sus scropha^ v. major, cervus capriolus^ etc. , ainsi que des débris 
humains. 

En creusant pour établir les fondations d'une construction, 
les ouvriers trouvèrent, en 1883, dans le lehm, près du château 
de Beausemblant, une tête Dolichocéphale, à laquelle il ne man- 
quait que la mâchoire inférieure, des fragments d'une autre 
tête, remarquable par l'épaisseur des os de la boîte crânienne, 
ainsi que de nombreux débris des autres parties du squelette, 
fémurs, tibias, rotules, etc. 

Le crâne, par sa forme, semble se rapprocher de la race 
humaine de Cro-Magnon, qui existait vers le milieu de l'époque 
quaternaire. 

. J'ai, également, recueilli dans ce lehm, des coquilles terres- 
tres, appartenant à des espèces restées vivantes, dans les 
mêmes lieux, à l'exception d'une ambrette se rapprochant du 
succinea ohlonga (Drapamaud), que je crois inédite. 

Beausemblant, comme on le voit, est un champ d'études 
remarquable. Sa colline, sous le rapport géognostique, pré- 
sente, donc, des couches perméables, et d'autres qui ne le 
sont pas. Les pluies qui tombent sur le plateau forment, par 
une infiltration lente, une nappe liquide sur les argiles plas- 
tiques et même au-dessus, sur des argiles provenant de la 
décomposition du feldspath, une des trois roche sconstituantes 
du granit. 

Ces eaux trouvent un écoulement naturel en suivant les pen- 



328 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

tes du terrain argileux. Le nombre des fontaines, des mares, 
des étangs auxquels elles donnent naissance est considérable. 
Il y en a partout, sur les flancs de la colline, au-dessous du 
banc de cailloux roulés. Ces fontaines, ces mares, ces étangs 
renferment tous, sans exception, un grand nombre de mollus- 
ques : des colonies de Limnœa peregra, de divers Planorbis, et, 
dans la vase, des milliers de Cyclas rwalis et palustris, de Pût- 
dium casertanum. Au château de Seneaux, dans les étangs, 
VAnodonta cygnea, variété ventricosa et d'une dimension peu 
commune, s'y trouve par légions. Cependant fontaines, mares, 
étangs sont, exclusivement, alimentés par la nappe souterraine, 
où nous verrons qu'aucun de ces invertébrés n'existe. 

Le docteur Baudon, malacologiste bien connu, m'annonçait, 
le 35 janvier 1885, que M. Masson venait de lut envoyer des 
Physa acuta, provenant d'un puits artésien, à Amélie-les-Bains. 
ff Ces mollusques, ajoutait-il, devaient vivre dans une nappe 
souterraine. » Ce fait étrange ayant éveillé mon attention, je 
pensai qu'il pouvait exister, également, des coquilles dans les 
eaux souterraines de Beausemblant, et je descendis dans les 
galeries qui vont capter les sources à de grandes profondeurs. 
Les plus minutieuses recherches m'ont convaincu que ces eaux 
ne renfermaient aucune plante aquatique, ce qui indiquait, déjà, 
qu'il ne fallait pas s'attendre à y rencontrer des mollusques 
phytophages. Je n'y ai, en effet, aperçu aucune des Bythinies 
vivant aux Cévennes, aussi bien dans les rigoles cachées sous 
des monceaux de pierres, où le jour ne pénétre jamais, que 
dans les ruisseaux coulant à découvert, mais à l'ombre des 
arbres ; aucun des Ancyles, hôtes des eaux limpides, aucune 
cyclade^ aucune Pistdie, en un mot, aucune espèce des genres 
qui recherchent, au contraire, les fonds vaseux. C'était à pré- 
voir pour ces dernières familles, attendu que les eaux, si bien 
filtrées ne font pas de limon, tant qu'elles sont en mouvement. 
C'est précisément le cas de celles qui foiment la nappe souter- 
raine dont il s'agit. 

D'où viennent donc ces coquilles > Personne après les expé- 



LA COLLINE DE BEAUSEMBLA.NT. SîQ 

riences décisives de Pasteur, n oserait, je pense, admettre, 
encore, la possibilité de la génération spontanée. Ces Mollus- 
ques ont, évidemment, été apportés dans les eaux donnantes 
où ils pullulent > Oui, et rien n*est plus certain. Un fait à noter, 
c'est que les puits qui touchent, pour ainsi dire, à ces habitats 
de coquilles, n'en contiennent pas une seule, et ce sont, en* 
core, les mêmes eaux qui les remplissent. 

11 ne sera pas difiScile de découvrir le mode d'introduction de 
ces animaux dans des milieux où ils n'existaient pas ; l'explica- 
tion qui en sera donnée ne laissera, dans Tesprit de personne, 
aucune place au doute ; mais il faut suivre l'enchaînement des 
faits et noter, à mesure, les observations qu'ils provoquent. 

Après d'abondantes pluies, la nappe souterraine grossit, et 
comme l'eau n'est pas compressible, cet accroissement de vo- 
lume soulève les couches supérieures, et, quelquefois, le cou- 
rant souterrain les entraîne, jusque dans le fond de la vallée. 
En 1841, à la suite d'un de ces glissements de terrains, les eaux 
d'irrigation de la propriété de Beausemblant, comme les eaux 
potables, disparurent soudainement, même celle d'un puits 
profond. 11 s'était produit des affouillements considérables au- 
dessous du banc de cailloux roulés, dans la partie sud du pla- 
teau : et toute la nappe souterraine se déversait du côté où la 
dépression du sol sous-jacent existait. Le parc, qui n'a pas 
moins de 60 hectares, avait perdu sa fraîcheur, les pelouses 
étaient devenues arides. M. Lacroix, ingénieur civil, fut chargé 
en 1881-82, de diriger les travaux de recherche, entrepris pour 
capter l'eau à l'endroit où elle coulait. Trois galeries furent 
creusées, à des profondeurs variant entre ao et 30 métrés ; la 
première, dirigée de l'est à louest, sur une longueur de 634 
mètres, rejoint la seconde, dont le parcours, du nord-est au 
sud-ouest, n'a pas moins de 917 mètres. Ces deux canaux 
viennent emplir un vaste puits, dont l'eau aspirée par une 
pompe, jaillit sur un lit de cailloux de rivière et alimente en- 
suite, plusieurs bassins construits en béton, et dont le plus 
vaste est appelé Vile. 



33o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Les eaux souterraines, séjournant peu de temps, dans ces 
réservoirs, ne renfermèrent d'abord ni coquilles semblables à 
celles des mares, des fontaines et des étangs du voisinage, ni 
plantes aquatiques d'aucune sorte. Quel ne fut pas mon éton* 
nement quand j'aperçus, en 1885, rampant contre les parois de 
rile, un grand nombre de Lîmnœa auricularta ! Comment 
avaient-elles pu naître, vivre et se propager, si vite et si abon- 
damment, dans des eaux privées de plantes > Autant de ques- 
tions dont je cherchai, aussitôt, à me rendre compte. 

Je suivis l'écoulement des eaux de l'Ile ; partout, aussi bien 
dans les rigoles à découvert que dans les bassins formés par 
son trop plein, je trouvai la même espèce de Limnée et pas 
d'autres mollusques. 

Une particularité assez étrange fixa mon attention : le pre- 
mier réservoir, qui est en contre haut des autres bassins, ne 
renfermait pas une seule'Limnée, c'était une nouvelle preuve 
que cette coquille ne provenait pas de la nappe souterraine. 
S'il en avait été autrement, c'est dans ce premier réservoir 
qu'elle se serait, d'abord, montrée ; tandis qu'elle n'y a pas 
fait, encore aujourd'hui, son apparition. Il fallait donc chercher 
dans les pièces d'eau en contre bas, dans l'Ile, la cause de son 
introduction. Je savais, aussi, que ce n'était qu'à partir de 1885 
qu'elle avait paru ; en effet, je ne l'avais pas remarquée avant 
cette époque, et la dimension assez grande de la coquille et son 
abondance n'eussent pas manqué d'attirer mon attention. Je 
fus persuadé, aussitôt, que cette Limnée avait été apportée 
dans l'Ile par deux cygnes blancs, envoyés d'un château de 
l'Orléanais, entre 1884 et 1885. Depuis, cette époque, ces pal- 
mipèdes n'avaient pas quitté ce réservoir, et si le Limnœa auri- 
cularia^ est établi dans les bassins inférieurs, c'est parce que 
le trop plein de l'Ile va les remplir et a dû, par conséquent, 
y amener le mollusque. 

Ce qu'il importe, encore, de noter, c'est que cette espèce est 
étrangère à la région. Du moins, je n'ai rencontré aucune de 
ses congénères dans le canton de St-Vallier, et j'ai tout exploré, 



LA COLLINE DE BEAUSEMBLANT. 33 I 

ruisseaux, mares, launes (i).Les eaux du Dauphiné paraissent, 
d'ailleurs, leur convenir à merveille, si Ton en juge par leur 
incalculable progéniture. 

Ce sont bien les cygnes d'Orléans qui ont opéré cette accli- 
matation ; les preuves surabondent. Les pièces d'eau, avant leur 
arrivée, ne renfermaient aucune coquille ; le bassin supérieur, 
celui qui n'a pas de communication possible avec les autres, en 
est, encore, privé. La coquille introduite est d^une espèce diffé- 
rente de celles du voisinage. Mais comment les cygnes ont-ils 
pu opérer ce transport > 

Le vent transplante la graine, portée par sa plumule, les 
cours d'eau, les semences plus lourdes, les palmipèdes par leurs 
déjections introduisent dans les pièces d'eau naturelles ou fac- 
tices, et à leur origine, les mollusques dont ils se nourrissent. 
Un orage, un glissement de terrain peuvent produire des mares 
dont les eaux ne contiennent, d'abord, aucun être organisé. 
Les oiseaux aquatiques, trompés par les apparences, y arrivent 
quœrens quem devoret, et laissent des grappes d'œufs de mol- 
lusques, parfaitement protégés dans la capsule albumineuse 
qui les renferme et les a conservés, sans altération, à travers 
leurs intestins, ces capsules peuvent être comparées aux noyaux, 
qui sont la sauvegade des semences délicates. C'est dans un 
de ces nidamentum que les cygnes de Beausemblant ont ap- 
porté, de l'Orléanais, la Limnée qui a formé une colonie aussi 
florissante que variée. 

Cette famille, provenant, sans doute, d'une capsule unique 
offre, cependant, une prodigieuse quantité de variétés. Il est des 
malacologistes, en trop grand nombre, qui auraient créé nom- 
bre d'espèces avec des différences de forme, purement acciden- 
telles et inconstantes. Ces naturalistes en chambre égarent la 
science et la ridiculisent. Pour un Limnée, pour un Cuvicr, 
que de Darwin 1 



(i) On appelle ainsi, dans la Drôme et TArdèche, des étangs, formés par 
infiltration, généralement plus allongés que larges et épars, près des deux 
rives du Rhône. 



332 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Comment ces Limnées, essentiellement phytophages, ont- 
elles pu vivre, se développer et se propager dans un milieu où 
il n'existait aucune plante aquatique ? Les œufs du Limnœa 
auricularia, comme nous lavons vu» sont rangés dans une cap- 
sule compacte, plus ou moins longue, suivant Tâge du mol-^ 
lusque. Il la pond sur les pierres, sur les parois des pièces 
d'eau, et souvent, aussi, sur le test de ses congénères ou de 
toute autre coquille qu'il rencontre. La capsule est allongée ou 
recourbée, suivant que sa marche, en la déposant, a été droite 
ou inclinée. Après un temps qui n'a rien de déterminé, cette 
enveloppe s'amollit; le milieu s'emplit d'un liquide albumi- 
neux ; bientôt des filaments en sortent, ce sont des algues 
de la tribu des zygnemées. Chaque capsule donne naissance 
à une touffe de ces algues, sur lesquelles les jeunes coquilles 
trouvent un aliment approprié à la faiblesse de leurs organes 
de nutrition. Plus tard, ces végétaux se dévoloppent et for- 
ment de longues chevelures, servant d'aliment aux mollus- 
ques adultes. Puis, arrivent la chute des feuilles, les débris de 
végétaux que le vent jette dans les pièces d'eau et tant d'autres 
corps organiques, plus ou moins apparents, dont se nourris- 
sent les invertébrés, qu'on peut regarder, à ce point de vue, 
comme des épurateurs de l'eau. 

Dans les bassins de Beausemblant, où les Limnœa auricula- 
ria vivent en groupes nombreux, ces mollusques couvrent leurs 
coquilles de capsules, si bien que la même coquille en a plu- 
sieurs, et que, plus tard, elle porte une quantité de ces algues. 
J'en ai conservé avec cette enveloppe végétale, qui, hors de 
l'eau, s'agglutine et se détache facilement du test. 

L. PASCAL. 



i 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINE. 333 



DICTIONNAIRE 

DES 

DEVISES HÉRALDIQUES, NUMISMATIQUES, HISTORIQUES 

ET FANTAISISTES DU DAUPHINÉ 



(Suite. —Voir les 90% 91% 92% 93% 94% 95% 96* et 97* livr.). 



793 . — ViRTUTE NON DOLO. — Pélissiôr. — Saint- 
Ferréol (B). 

794. — ViRTUTE NON GENERE NITI. — Du Puy de 

Montbrun (B). 

795. — ViRTUTE TEMPORE. — De Monaco de Va- 
lentinois (C). 

796. — VïRTUTi OMNIA PARENT. — Bohier. 

797. — ViRTUTis NOSTRiC pRiEMiUM. — Famille 
Basset(M). 

798. — ViRTUTis PRiCMiuM EST viRTUs. — De Sail- 
lans (B). 

799. — Visage d'Altvillars. — Arvillars (CH). — 
Dicton. 

800. — Vis duplex fulget in uno. — Devise attri- 
buée à P'* Scarron, évêque de Grenoble (i 520-68). 

801. — Vis mea in labore. — Devise moderne de 
la ville de Voiron, qui lui a été donnée, avec ses armes, 
par son maire, M. Fréd. Faige- Blanc, sous l'empereur 
Napoléon III. — C. Ta placée dans son livre. 

2« SÉRIE. XXV» Volume. - 1891. 24 



334 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

802. ' — Vis nescia vinci. — Pellet des Granges(CH). 

803. — Vis nescia vinci sine causa. — De Nar- 
bonne-Pelet (B). 

804. — Vis unita fit fortior. — Guyon de Pam- 
pelonne. 

805. — ViTA BENÈ EMiTUR. — Beaumont-Cara. 

806. — Vita sine litteris mors est. ^ Sur un 
ex'librisde B. Odouard, avocat du Roi. 

807. — VivA et perennis. — Sur un jeton de G. de 
Gadagne d'Hostun, de 1695. 

808. — Vivat amicitia constans ! — Sur le sceau 
de la Loge de la Constance. 

809. — Vivat rexÎ — De Barruel ; de Gigord (ori- 
gine dauphinoise) (C). 

810. — Vive le roi et le dofjn! vive! — Sur un 
jeton du Dauphiné (XV* siècle); au revers : Vive amant! 
Vive amours ! 

811. — Vive le roi ! Vive ! — Idem {XV siècle) ; 
au revers : Memore de boire ! 

812. — Vive le roi ! Vive le roi ! — Idem (XV siè- 
cle) ; au revers : Vivre vor en bon espor ! 

81 j. — VivET ET sine fine vivet. - De Virieu (B). 
814. — Vive vive capitaine Pierre Bourcet. — 
Bourcet (M). 
81 ç. — ViviT POST FUNERA. — Castellino. 

816. — VoLATAD SIDERA viRTUS. — Rivail OU Rival. 

817. — VoLAT FAMA PER ORBEM. — De RoUand ou 
des RoUands (CH). 

818. VOLUERUNT Du, UT MORTALES IN PERPE- 

TUO MŒRORE vivERENT. — Du Nièvre (CH), 
819. — ViRiEU I — Cri des Virieu, 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINÉ. 335 



SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 



DES 



DEVISES HÉRALDIQUES^ NUMISMA TIQUES, HISTORIQUES 

ET FANTAISISTES DU DAUPHINÉ 



4K 



820. — Agam. Peragam. — Fanfare de Valence 
(1880). 

C 

821. — Crux ïncedit dum volvitur orbis. — 
Variante de la devise des Chartreux, adoptée par le 
P. Lacordaire au couvent de Chalais (Isère). 

D 

822. — De forti dulcedo. — L'abbé Girolet de 
Vaujany. 

823. — Dec, PATRiiC, Constitution I. — Le Con- 
ventionnel André Amar, (autour de son chiffre, sur le 
cachet d'une de ses lettres). (Af). 

824. — Dexter equis armisque potens. — Sur 
un jeton d'Henri II, dauphin de Viennois et duc de 
Bretagne. 

825. — DiLIGBNTER INVESTIGA PATRUM MEMORIAM. 

— Devise du Bull, d'histoire ecclésiastique y etc. 

826. — DiscERE LEGES, — Académie delphinale, 
(sur un sceau de la Bibliothèque de Grenoble). 



336 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

E 

827. — £K TOT noïor HATAH (Après le travail^ lereposj. 

— Devise de J. de Monteux (corn**, de M. H. de Ter- 
rebasse). 

F 

828. — Fata GALLiiE RESTiTUTA. — Devisc des 
Etats de Romans en 1888 , (discours de Mgr de 
Cabrières au Centenaire des Etats du Dauphiné.) 

829. — FiDES CATHOLICA, APOSTOLICA ET ROMANA. 

— Jean- François Périer, évêque d'Avignon (1802-21), 
né à Grenoble. 

H 

830. — Hallaac. Hallaac. — (Var. du n* 283), 

I 

831. — Impavide. — Sur un jeton deCh. de Bour- 
bon, gouverneur du Dauphiné (16 12). 

832. — In altis Dominus. — P.-A. Berthet, évê- 
que de Gap. (Corn*", de M. P. de Manteyer). 

833. — In te, Domine^ speravi. — Sur un jeton 
(XVr siècle) de J. Prunier, Receveur du Forez (C). 

834. — In vincuus charitatis. — Ange Vigne, 
évêque d'Oran, actuellement évêque d'Avignon, né à 
Grignan (M). 

L 

835. — Labor improbus omnia vincit. — Ville de 
Voiron, (Com**. de M. André Lalande. 



DICTIONNAIRE DBS DEVISES DU DAUPHINE. 337 

8}6. — Labor miseries. — B. NicoUet, publiciste 
à Grenoble (M)- 

837. LeGENT HiBO NOSTRA NEPOTES. — Suf la 

vignette do titre de V Histoire de Dauphiné de Valbonnais. 

N 

838. — Nation, Loi. — Sceau de la Municipalité 
de Grenoble (M). 

839. — NATURiC ET ARTis. — Académie delphinale, 
(sur un sceau de la Bibliothèque de Grenoble). (M). 

840. — Nil Nisi coNSiLio. — Sur un jeton de Jac- 
ques de Prunier, Contrôleur de l'Argenterie du Roi. 

o 

841. — Omnbs omnia. — Sur le timbre ou sceau de 
V Universelle, société coopérative de consommation 
existant à Grenoble, sous le second Empire. 



842. — Plus prodesse quam prœesse. — Pauli- 
nier, évoque de Grenoble. (Rectification du n^ 288). 

843. — Pour mes amis et mes ennemis jusques 
AU sang. — Le colonel Trumelet, né en Champagne, 
mais conseiller municipal de la ville Valence par droit de 
cité. 

Q 

844. QUi€ candida proxima cœlo. — J.-A. 

Blanchet, évoque de Gap (1887-88). — Com«». de M. 
P. de Manteyer. 



338 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

845. — QUiC SEMiNAVERiT. — J.-B.-M.-S. Jacque- 
netjévêque de Gap {i88i-8j). — Com®". du même. 

846. — QUIS INFIRMATUR ET EGO NON INFIRMOR. 

— L.-J.-J.-L. Gouzot, évêque de Gap (i88}-87). — 
Com"*. du même. 

R 

847. — Res, non verba. — Barnier, pharmacien 
de la Grande-Chartreuse. 

848. — Ruminât herbas. — Alfred de Terrebasse. 



849. — Sans nombre. — Devise des Poitiers, (sur 
les plafonds du château de Sérignan). 

850. — Sassenage ! — Cri des Sassenage. 

851. — Sic COUT ARTES. — Société des Sciences 
et des Arts de Grenoble. 

8Ç2. — SiCUT LILIUM INTER SPINAS, SIC AMICA MEA. 

— {Cantic. ch. II, v. 2 ; mais inter filias ne s'y trouve 
pas). Sceau du monastère des Filles du Verbe Incarné 
de Grenoble. 

853. — SociETAS PACis. — Sur un sceau de TAb- 
baye de Bongouvert. 

854. — Spe ET PATiENTiA. — Sur un ex4ibris de 
M. Boyer de Bouillane, avocat à Nîmes. 

855. — Statuta Delphinalia restituta. — De- 
vise des Etats de Romans en 1788. 

856. — Super omnia virtus et honor. — De 
Parisot de Durand de la Boisse. 



I 



DICTIONNAIRE DES DEVISES DU DAUPHINÉ. SSg 



857. — Tene mensuram. — D'Abon (Corn"*, de 
M. P. de Manteyer). 

858. — Toujours simple. — Allègre, curé de St- 
André-le-Bas, à Vienne. Devise dont le corps est une 
fleur de pensée. 

V 

859- -^ Veritate et CHARiTATE. — Servonnet, év. 
de Digne. 

860. — ViNCULA QUiB MANEANT SEMPER. — Re- 

gnauld de Bellecise. — Bonce. 

861. — ViRIBUS MAJORA NON AUDET. — Regnault 

de Bellecise. — Bonce. 

(A suivre,) G. VALLIER. 



340 SOCIÉTÉ D ARCHÉOLOGIE ET DE STATISTIQUE. 



m COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS 



AU XVII» SIÈCLE 



L'Abbé de Lesseins et sa Galerie 



(Suite. — Voir la 97* livraison). 



Ce codicille, comme le testament, est écrit de la main 
du sieur de St-Challier ; il est signé à chaque page par 
Tabbé de Lesseins, qui a ajouté aussi la date. Le tout, 
fermé et scellé, fut déposé entre les mains du notaire 
Legentil en présence de Messire Laurent de Maisonblan- 
che, prêtre, recteur de Thôpital Sainte-Foy et concuré 
de l'église de Saint-Barnard ; de Louis de Collet, écuyer, 
sieur de la Chasserie, avocat en la cour ; de Gabriel Bo- 
chage, marchand; de Louis Chambon, maître apothicaire 
juré ; de maître Laurent Gitton, procureur aux cours de 
Romans ; de Louis Faure et d'Antoine Bochard, mar- 
chands, tous habitants de Romans. Les signatures de tous 
ces témoins, accompagnées de leur sceau en cire rouge, 
se trouvent avec celle du testateur sur l'enveloppe qui 
renfermait ces deux actes de dernière volonté. 

Un mois après, le 9 août, Tabbé de Lesseins dicta au 
même notaire un second codicille en présence du susdit 
recteur de l'hôpital Sainte-Foy, de M. M* Jean Chaléat, 
maire perpétuel de la ville de Romans, de M. M" Pierre 
Chazal, élu assesseur en l'élection de Romans, de Claude 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. 341 

Robert, assesseur en Thôtel de la dite ville, tous les trois 
conseillers du roi, et de Martin Chabert, troisième coasul 
de Romans. Par ce nouvel acte, le testateur complète les 
dispositions déjà prises et entre dans les moindres détails. 
On voit quUl se sentait sur sa fin. Le notaire constate en 
effet qu'il était « griefvement indisposé ». Voici le résumé 
de cet intéressant document : 

« L'abbé de Lesseins prie le chevalier de St-Challier» 
son exécuteur testamentaire, de déclarer à Messieurs du 
chapitre de St-Barnard que son intention a toujours été 
de ne point résigner sa dignité de sacristain, afin de les 
laisser en état d'en disposer après son décès en faveur de 
celui qu'ils jugeront à propos. 

(( Il veut que ses obsèques et funérailles soient faites 
simplement, suivant l'usage et les bienséances, et n'être 
point porté ni enterré découvert. 

« Il laisse son aumusse avec son surplis, qui sont dans 
son cabinet et armoire de St-Barnard, à Messire Charles 
Delacour, sous-sacristain, outre et par dessus ses droits 
d'ensevelissement, qui lui seront payés à la forme ordi- 
naire. 

« Veut et entend que, sitôt après son décès et avant 
l'apposition des scellés, sa pendule qui est présentement 
sur la cheminée de sa chambre soit délivrée à M. l'abbé 
de Chastelard, son cousin, avec sa console de bois doré ; 
laquelle pendule et console il lui lègue et le prie de la gar- 
der comme un témoignage de son amitié. 

(( Veut que, outre le legs qu'il lui a fait, M. Jassoud, 
son médecin, soit indemnisé des soins qu'il a pris de lui 
pendant sa dernière maladie. 

(c II lègue à Virginie, outre ce qu'il y a pour elle dans 
son testament, son habitation dans la maison qu'il a léguée 



34*i SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

« au s' et d"* de la Cour et leur enfant, pour y être et de- 
meurer sa vie durant, ensemble le lit et meubles de la 
chambre où elle est présentement logée », dans sa propre 
maison, lesquels doivent lui être livrés avant l'apposition 
des scellés. 

tf A Jean Chambaud, son valet de chambre, sa montre 
de poche, qui a été envoyée à Grenoble pour être raccom- 
modée, et en outre le lit où il couche « dans le retranche- 
ment de l'antichambre dudit seigneur, et le meuble qui s'y 
trouve. Moyennant lesquels légats led. Chambaud ne 
pourra rien prétendre de ses gages du passé, attendu 
même les présents que led. seigneur lui a faicts et les 
emplois qu'il luy a procurés, desquels il prie son héritier 
de lui procurer la continuation. » 

a Prie son exécuteur testamentaire de faire payer la 
somme de 3oo livres au sieur des Hayes, peintre, demeu- 
rant à Paris, pour fourniture de tableaux et bordures 
dorées qu'il a faites pour lui et dont il ne luy en a payé 
aucune chose. 

« Et comme le nommé Nevers n'étoit pas proprement 
son domestique, que néantmoins il est venu pour le servir 
en sa dernière maladie, il lui donne et lègue la somme 
de 60 livres; à son jardinier de Romans, 24 livres outre 
ses gages; au petit Pichon, 12 livres, pour s'habiller 
l'hiver prochain ; au portier et à la portière, 24 livres 
pour les deux. 

« A Catherine Chabert, outre ce qu'il lui a légué par 
son testament, la moitié de tout le gros linge de sa mai- 
son servant aux domestiques, savoir, des nappes, ser- 
viettes, torchons et draps, plus, le lit et les meubles qui 
sont dans la chambre où elle est présentement logée en 
lad. maison de Romans, lesquels lui seront de même dé- 
livrés avant l'apposition des scellés. 



UN COLLECTIONNEUR DAUPHINOIS. 343 

« Il charge son héritier de faire dire annuelietnent dans 
la chapelle de sa maison de Romans ou à Triors une 
messe chaque jour de dimanche et de fête de commande- 
ment, c dontled seigneur codicillant a esté chargé par feu 
Monsieur son frère, comme son héritier, et de payer pour 
lesd. messes la somme de 62 liv. 10 sols par an au prestre 
ou prestres séculiers ou réguliers auxquels sondit héritier 
en voudra donner la commission à son choix. 

a Et parce que ledit seigneur a eu intention de faire 
faire une porte ou grille de fer à Tare de triomphe qu'il a 
faict construire sur Tavenue de sa maison à l'occasion du 
passage de Messeigneurs les princes, laquelle mesure a 
esté déjà commancée par un serrurier de la présente 
ville, il veut que sy elle n'a point esté achevée avant son 
décedz, elle soit mise en sa perfection par sondit héritier 
et posée aussy tost qu'elle sera en estât de ce faire, en satis- 
faisant à ce qui en sera deubt, déduction faicte de l'avance 
que ledict serrurier a receu. 

« Et faisant réflexion que par sondit testament, il a 
ordonné que les tableaux qui sont dans ses dites maisons 
seront portés à Paris ou à Lyon pour y estre vendus aux 
enchères, et considérant qu'il y en a une partie qui ne 
sont pas assez considérables pour estre transportés dans 
lesdits lieux, dont la dépence seroit trop grande, il déclare 
que son intention est qu'on y fasse porter seulement ceux 
qui seront jugés les plus spécieux par sondit héritier ins- 
titué et sondit exécuteur testamentaire, lesquels pourront 
faire vendre les autres en telles villes de Dauphiné qu'ils 
jugeront à propos. 

« Il veut que son testament et codicille solennels soient 
ouverts incontinent après l'apposition des scellés, sans que 
pour raison de ce ni pour la vérification des inventaires il 



3*14 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

soit besoin d^assigner ni d'attendre aucun de ses héritiers, 
iKHi plus que leur pouvoir et procuration... Voulant seu- 
lement que son héritier institué soit assigné pour assister 
à la vente des effets. Et comme les inventaires dressés par 
ses ordres, tant de ses papiers que de ses effets mobiliers, 
ont été faits sans quMl puisse, à cause de son indisposition, 
les examiner et les contrôler, il prie son exécuteur testa* 
mentaire de les vérifier et de les signer, conjointement 
avec «c le sieur abbé de Chastellard ». 

Sept jours après avoir arrêté ainsi ses dernières dispo- 
sitions, Tabbé de Lesseins mourut dans son hôtel des 
Allées, le (6 août 1701, à Page de soixante-quinze ans, 
à la suite d'une longue et douloureuse maladie. Il fut inhu- 
mé en grande pompe dans Téglise de St-Barnard. Les 
consuls de Romans, qui avaient toujours entretenu de 
bons rapports avec lui, firent célébrer, quelques jours 
après, pour le repos de son âme, un service solennel au- 
quel assista tout le clergé de la ville (i). 



(i) D'après un bruit qui courut dans le temps, l*abbé de Lesseins serait 
mort de chagrin de ce que, lors de la visite des princes dans sa maison, 
on enleva de la table où ils devaient preadre leur repas un troisième couvert 
que leur hôte y avait fait mettre pour lui. « Mais, observe M. le D' Che- 
valier, il était de trop bonne maison et trop instruit des usages de la cour 
pour avoir, dans une circonstance aussi importante, méconnu Tétiquette et 
lea convenances, qu'au reste aurait rappelées le maître d*hOtel des princes.» 

Cyprien PERROSSIER. 



CA continuer J 



■■■■■• 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. 345 



LE TRIÈVES 



ET 



SON PASSÉ 



(SoiTE. — Voir les 84% 85% 86% 87% 90% 91-, 93% 94% 95% 

96* et 97* livr). 



ifcr^^KX»;»-»* 



CHAPITRE VII 

PÉRIODE DE l'ÉDIT DE NaNTES. 

Les protestants n'avaient pas attendu Pédit de Nantes 
pour s'établir sérieusement ; car ils savaient saisir toutes 
les occasions favorables de fortifier leur parti. Au moment 
même où ils avaient encore les armes à la main (janvier 
i586), une assemblée générale de la noblesse appartenant 
aux églises réformées, tenue à Die, organisait Tadminis-. 
tration de la justice en Dauphiné, nommait un juge par 
baillage ou sénéchaussée et une cour suprême à Die pour 
juger des appels. Ce fut alors que le baillage de Graisi- 
vaudan eut Marc Vulson pour juge, avec son siège à 
Mens (i). A Tavance, les protestants s'étaient préparés à 
jouir avantageusement de la paix; aussi les douze années 



(1) ArchÏTes de M. Romau, ayocat à Gap, citées dans Arnaud, 
t. ly p. 515. 



346 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

qui s^écoulèrent de l'édit de Nantes à la mort de Henri IV 
furent-elles des plus prospères pour eux (i 598-16 !o). 
Pendant ce temps Jis se fortifièrent encore, ne prirent pas 
les armes ; mais tinrent de trois en trois ans des assem- 
blées politiques, où ils nommaient des députés généraux 
pour défendre leurs intérêts devant les cours, rédigeaient 
des cahiers très volumineux où étaient mentionnés leurs 
griefs particuliers, les faveurs qu'ils désiraient obtenir et 
les infractions à Tédit, dont ils souffraient. 

Dans le Trièves ils furent plus calmes et plus modérés 
qu'en beaucoup d'autres endroits ; les chefs protestants, 
il est vrai, tous devenus riches et comblés d'honneurs, 
tenaient à jouir en repos de ce qui leur avait coûté tant 
de peines. Il y eut bien çà et là quelques contestations 
entre les partisans des deux cultes, à en juger d'après bon 
nombre de délibérations des communautés de l'époque; 
mais elles ne méritent pas d'être signalées. 

L'organisation religieuse des protestants ne le cédait 
pas à l'organisation civile: presque dans chaque paroisse 
du Trièves, ils avaient un temple et- un pasteur à demeure 
fixe, ou du moins un service religieux célébré régulière- 
ment. Leurs pasteurs recevaient un traitement variant, 
suivant les postes, entre trois et quatre cents livres. Les 
étudiants en théologie eux-mêmes étaient pensionnés. 
Marc Vulson, sieur du Collet, fut chargé, le 3o janvier 
iSgS, par Henri IV, de payer ces divers traitements (1). 

Pendant que de toutes parts le clergé catholique, aidé 
par les congrégations religieuses, s'efforçait de réparer 
les maux faits à TEglise par l'erreur et de ramener au 
bercail les brebis égarées, les pasteurs et un très grand 

(1) Arnaud, ]. c. 1. 1, p. 488. 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. 847 

nombre de réformés influents ne montraient pas moins de 
zèle pour leur parti. Les synodes prenaient toutes les 
mesures jugées utiles, afin de maintenir les églises dans 
un état florissant. Ils se montraient fort sévères contre 
ceux qui faisaient voir des tendances favorables à la reli- 
gion romaine, ou laissaient leurs enfants libres d^être éle- 
vés catholiquement. Ainsi le synode tenu à Veynes, en 
1621, censura fortement celui de Graisivaudan de ce qu'i^ 
n'avait pas suspendu de la cène le sieur de Chichilianne, 
pour avoir permis à sa femme que ses iSlles fussent « nour- 
ries en l'idolâtrie nonobstant de si fréquentes admonitions 
et recherches faites tant par les colloques que par les syno- 
des ; et est arrêté que s'il ne procède pas avec plus de 
rigueur contre ledit Chichilianne en une affaire où il va 
de tout, et si, entre-ci et la cène de septembre prochain, 
M. Maguet, pasteur, n'a pas fait son devoir, selon la 
discipline, il sera procédé contre ledit colloque avec la 
rigueur de la discipline (i). » 

Mens fut choisi pour la tenue de plusieurs synodes, en- 
tre autres pour ceux de 161 5, 1648, 1673 (2). C'est dans 
celui de [6i5 qu'on reçut la plainte des protestants de 
Crestà propos d'une inscription placée sur le frontispice de 
l'église de St-Sauveur (3). Le synode prit à son occasion 
la délibération suivante : a M. le maréchal sera supplié 
d'interposer sur ce sujet son autorité, et au cas qu'il faille 
plaider par devant les sieurs commissaires pour l'exécu- 
tion de l'édit, la poursuite s'en fera par le procureur des 
églises, sous le nom d'icelles églises, aux frais de l'église 
de Crest, sauf d'y avoir égard tel que de raison. » 

(1) Actes du colloque de Veynes, p. 182. 

(2) Arnaud. 1. c, t. I, p. 204^. 

(3) Ubi suprà, 1. 1. p. 270-1. 



348 SOCIÉTÉ D^ARCHÉOLOCrE ET DE STATISTIQUE 

Quelques aperçus sur l'histoire générale des protestants 
sont encore nécessaires pour aider à comprendre certains 
faits se rapportant au Trièves. Le synode de Dauphiné, 
réuni à Embrun (17 juin f6io), se hâta de jurer fidélité à 
Louis XIII et rédigea à cet effet un long factum qu*il fit 
porter à la cour par deux de ses députés, Chamier et Jean 
de Julien. Mais les expressions d'humble soumission et 
les protestations de ne vouloir s^occuper que des intérêts 
de la religion fondée sur le pur Evangile, n'empêchèrent 
point les réformés de chercher à diriger la politique du 
royaume, de s'opposer à la ligue défensive et offensive 
conclue entre la France et l'Espagne (3o avril 1612), d'a- 
dresser au roi remontrances sur remontrances, et même 
des plus violentes, sur le rétablissement de la religion ca- 
tholique en Béarn (1 5 février 16 ï 8) et l'incorporation de 
cette province à la France (1620). Enfin, dans l'assemblée 
politique tenue, malgré le roi, à La Rochelle, et ouverte 
le 24 décembre 1Ô20, la révolte armée fut décidée et des 
secours demandés à l'étranger contre la patrie elle-même. 

A cette nouvelle, les protestants du Dauphiné se réu- 
nissent en assemblée provinciale à Die (avril 1621), y éta- 
blissent un conseil politique des églises réformées de la 
province, envoient à l'assemblée de La Rochelle qu'ils 
se soumettent à tout ce qu'elle a décidé ou décidera, 
et nomment lieutenant général des églises de Dau- 
phiné, Jean du Puy-Montbrun (if janvier 1622), fîls du 
fameux partisan mis à mort à Grenoble en 1575. Ce capi- 
taine, plus présomptueux que son père, mais moins ha- 
bile et placé dans des circonstances moins favorables, entre 
aussitôt en campagne et se saisit de plusieurs villes ou 
bourgs du Diois. En même temps, Pierre de Bérenger, 
seigneur de Pipet et de Beaufain, était inutilement envoyé 



LE TRÏÈVES ET SON PASSÉ. 349 

vers son parent, Lesdiguières, pour rengager à approuver 
la révolte, et à mettre au service de celle-ci et sa vaillante 
épée et son expérience. 

L^astucieux vieillard poursuivait alors un autre but. 
Loin d'encourager Montbrun et ses partisans, il fit son 
possible pour les détourner de leur projet et se rendit à la 
cour, en laissant le gouvernement de la province à Âbel 
de Bérenger, son neveu, avec le soin de repousser les at- 
taques des réformés. Ce dernier, en capitaine prudent, 
commença par faire réparer les places et châteaux forts se 
trouvant sur le chemin que Montbrun se proposait de 
suivre pour aller attaquer Grenoble (i). 

Pendant qu'Abel de Bérenger veillait aux préparatifs 
de la défense, les chefs des révoltés ne perdaient point de 
temps : ils levaient des troupes; préparaient des intelli- 
gences avec leurs coreligionnaires de Grenoble et des en- 
virons, des conspirations partout afin d'être plus sûrs de la 
réussite. Quant ils crurent avoir tout prévu et ouvert les 
voies, Montbrun quitta le Diois, franchit les montagnes, 
qui ferment ce pays du côté de Test, et entra dans le 
Trièves. Il voulait ensuite descendre sur Grenoble par la 
route de Provence. 

C'était là une manœuvre hardie et habile; car si Mont- 
brun réussissait à s'établir solidement dans ce petit pays, si 
bien fortifié par la nature, il pouvait, alors même qu'il eût 
échoué contre Grenoble, prolonger la lutte et recom- 



(Ij. Les actes de Dayid Rey, notaire à Cordéac, donnent un prix 
fait, du 27 mai 1621, pour les réparations du château de Morges» 
ordonnées par le premier président de Frères et par Abel de Morges, 
le 23 du môme mois, et la fixation de la quote-part imposée aux 
communautés pour les divers travaux destinés à fortifier le pays. — 
Une Page d'Histoire des Guerres..,, par M. Ch. Revillout. 

2« SÉRIE. XXV Volume. - 1891 25 



35o SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

mencer la carrière militaire de Lesdiguières; mais les cir- 
constances étaient bien changées, et Jean de Montbrun ne 
devait pas rencontrer les mêmes facilités que François de 
Bonne. Il songeait à s'emparer de Mens, de Morges et du 
pont de Cognet (i); et, pour réussir, il n'avait point Jean 
de Bardonenche et Giraud de Bérenger comme auxiliaires. 
Les descendants de ces deux hommes employèrent au con- 
traire leur autorité à maintenir leurs vassaux dans la fidé- 
lité au roi; Abel de Bérenger prescrivait les réparations et 
Alexandre de Bardonenche les faisait exécuter promp- 
tement (2); aussi le capitaine protestant, qui s'était porté 
à Clelles et dont les avant-postes couvraient la route de 
Grenoble jusqu'au Monestier-de-Clermont et jusqu'à 
Vif (3), ne voyait point accourir sous sa bannière ses co- 
religionnaires habitant la contrée. Dès lors il n'osa avan- 
cer plus loin. Bientôt même, Lesdiguières, de retour de 
la cour, ayant déclaré à Ghampoléon « qu'il ne vouloit re- 
cevoir personne de leur part, avant qu'ils eussent promis 
de désarmer et de se ranger au pur service du roi, sous 
le bénéfice des édits (4) », il vida les places déjà occupées 
et licencia ses troupes (5). 



(1) « Le seigneur de Montbrun fut en ce pays de Triesve pour 
se saisir du chasteau de Morges, de Mens et du pont de Cougnet. » 

— Acte, du 13 janvier 1684, reçu par D. Rey, ubi suprà. 

(2) Le prix fait, déjà cité, nous montre ce dernier rassemblant les 
consuls et châtelains des paroisses intéressées pour visiter le châ- 
teau de Morges, vérifier les réparations à faire et répartir la dé- 
pense, — * et en outre, ajoute Tacte, fourniront aussi chacune 
commune et paroisse ung homme avec armes, pour chaque feu, 
par jour, pour la garde dudict chasteau, en fournissant par iesdites 
communautés, vivres nécessaires, àcommencer de février prochain. 

— Une Page,.., p. 11. — (8) Ch. 1. c, t. II, p. 232; — FiViei, ubi suprà, 

— (4) Mercure français, t. VIII. p. 237.— (5) Chorier, ubi suprà, p. 233. 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. 35 I 

Chorier attribue (i) ce dénouaient à la fidélité de Lesdi- 
guières; mais on ne sait sMl aurait eu cette puissance, 
ajoute M. Reviliout (2), « si Morges et Bardonenche 
avaient coaune leurs pères, cinquante ans auparavant, li- 
vré le Trièves aux partisans armés de la réforme et laissé 
le second Montbrun s'établir sur la tête des maîtres du 
Dauphiné ? Peut-être Alexandre de Bardonenche, retiré 
dans sa vieillesse au château de Thoranne, et voyant venir 
les édits de Louis XIV, précurseurs de la révocation, re- 
gretta- t-il souvent d'avoir, en 1621, travaillé pour sa part 
au triomphe des catholiques (3)! Au moins savons-nous, 
par un dernier acte de D. Rey, que les protestants du 
Trièves ne subirent qu^avec répugnance la politique d'Abel 
de Morges et d'Alexandre de Bardonenche. Les gentillâ- 
tres qui fourmillaient dans le pays étaient vassaux ou 
clients de la maison de Bérenger et se sentaient trop petits 
seigneurs pour lui résister. Les soldats de fortune, rentrés 
dans leurs foyers, après les guerres du xvi* siècle, et de- 
venus importants dans leurs villages ou leurs hameaux 
sous le nom de capitaines^ étaient déjà bien vieux : n'a- 
vaient-ils pas fait d'ailleurs leurs armes sous François de 
Bonne ? Les marchands et les paysans admiraient et re- 
doutaient Lesdiguières. Mais si Ton ne se révoltait pas 
ouvertement contre les ordres venus de Grenoble, au fond 
du cœur on gémissait d'avoir à réparer et à garder, pour 
les catholiques, ces tours et ces murailles tant de fois re- 
levées contre eux. Pendant qu'on obéissait à Bardonen- 



(1) Ibidem. 

(2) L. Cm P* 12 et suir. 

(3) Il ne mourut que le 15 septembre 1662, k quatre-vingt-dix ans. 
— Registres protestants de Mens au greffe du tribunal civil de Gre- 
noble. 



352 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

che, on faisait secrètement des vœux pour Montbrun. 
C'est ce que prouve l'acte notarié dont nous avons parlé 
plus haut et qui contient la réclamation d'une fourniture 
faite pendant la guerre de 1622. Le '3 janvier 1624, ^^ 
paysan de Masserenge, hameau situé sur les terres d'Âbel 
de Bérenger, arrête sur la place publique de Mens le con- 
sul de Morges. Il est accompagné d'un notaire et demande 
le prix de deux charges de vin vieux qu'il a, deux ans au- 
paravant, portées, à Clelles, au seigneur de Montbrun. 
S'il n'a pas réclamé son argent du marquis lui-même, 
c'est que le consul et le châtelain de Morges l'en ont em- 
pêché, pour ne pas « irriter ledit seigneur Montbrun », et 
lui ont promis de le payer aux frais de la commune. 

c( L'objet de Pacte est bien mesquin, bien insignifiant : 
il y a pourtant dans cette réclamation si minime, la révé- 
lation des secrètes dispositions du paysan triévois. Ce 
muletier qui porte à (Nielles du vin vieux pour un adver- 
saire armé d'Abel de Bérenger, est un de ses vassaux : 
l'amour du gain a pu le conduire; mais que penser de ce 
consul de Morges, et surtout de ce châtelain, officier judi- 
ciaire nommé par le seigneur lui-même, qui craignent 
« d'irriter le seigneur Montbrun ». Ne voit-on pas per- 
cer sous ces détails les espérances que ces villageois pro- 
testants nourrissaient au fond du cœur, malgré leur 
adhésion extérieure et forcée à la politique de leur ancien 
chef? 

« Au surplus, on savait si bien à Grenoble quel fonds il 
fallait faire sur la fidélité des Triévires, que, quatre ans 
plus tard, le 25 avril 1628, le comte de Sault, gouverneur 
du Dauphiné, ordonna de démolir ras terre les tours de la 
ville de Mens. Lesdiguières venait à peine de mourir; et 
pour empêcher que,' au moment du siège de La Rochelle 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. 353 

et OÙ le duc de Rohan remuait le Midi, un autre aventu- 
rier ne vînt s'établir dans ce poste, d'où si longtemps il 
avait plané sur les contrées avoisinantes, on se hâta de 
démolir « en toute diligence », et c^était le petit-fils du 
connétable, le comte de Sault, né lui-même dans la ré- 
forme, qui donnait un pareil ordre. C'est que Richelieu 
dominait alors, et qu'il avait hâte d'en finir avec ces for- 
teresses féodales, qui, parfois, comme en 162a, dans le 
Trièves, avaient servi l'autorité royale, mais qui presque 
toujours n'avaient été que des repaires tout prêts pour la 
révolte et la guerre civile. » 

Si les protestants crurent devoir à ce moment déposer 
les armes, s'ils furent forcés de le faire plus tard, surtout 
après la prise de leur boulevard, La Rochelle, par les 
troupes royales, ils ne renoncèrent pas à leurs trames se- 
crètes pour arriver à occuper tous les emplois et à diriger 
la politique générale de la France. Mais le gouvernement 
français se souvint des dangers que le parti avait fait courir 
à l'unité française, sut découvrir ses prétentions et prit 
pour les réfréner des mesures souvent trop rigoureuses et 
cependant nécessaires presque toujours. 

L'année 1628 fut signalée par les différends entachés 
de violences qui surgirent, à Tréminis, entre le sieur 
de Bérenger^ seigneur du lieu, et les habitants. Ces dev" 
niers, après de nombreuses démarches^ établirent, devant 
notaire, que chez eux les droits de mouture devaient être 
semblables à ceux établis dans les communautés voisines; 
mais nous n'avons pu constater si leur demande était fon- 
dée sur des motifs légitimes et si elle fut acceptée ou re- 
jetée simplement (28 janvier) (i). 

(1) Etude de M* Ferrier de Mens, protocoles de Gii^ard, notaire 
royal k Tréminis. 



354 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Le bourg de Mens venait d'être profondément humilié 
en se voyant condamné à perdre ses fortifications et sur- 
tout les deux tours dont il était fier, lorsque peu après 
un incendie le détruisit presque entièrement et consuma 
ses archives (i), enlevant ainsi à la postérité la connais- 
sance de bien des faits précieux pour l'histoire. 

Le souvenir funèbre des années i63o et ï6Ji s'est per- 
pétué jusqu'à nos jours : la peste sévit avec fureur dans le 
Trièves, à cette époque, et y fit de nombreuses victimes. 
La terreur était dans tous les cœurs. 

Les habitants mirent d'abord leur confiance dans la pro- 
tection du ciel; partout on invoqua saint Roch, et on fit 
des vœux en son honneur : ce qui nous explique les nom- 
breuses chapelles qu'on lui éleva alors ou un peu plus 
tard. On pensa ensuite aux choses de ce monde^ et les pro- 
tocoles des notaires contiennent, surtout pour Tréminis, 
les testaments d'une foule de personnes faisant des dons 
importants aux églises (2). 

Depuis que la paix avait été rendue à la France, le 
nombre des catholiques augmentait dans le Trièves, 
mais lentement; ce qui ne doit pas surprendre, car les 
protestants y étaient puissants par l'influence et la for- 
tune. Presque toutes les fonctions publiques étaient rem- 
plies par les leurs, et les écoles, où se formaient pour la 
vie, le cœur et l'intelligence des enfants, étaient dirigées 
par leurs créatures. Cet état de choses devait durer de 



(1) Mens, Compte rendu pour 1628» fait par Solomon Marié, consul. 

(2) Dépôt cité plus haut. — Un habitant de Tréminis donne alors 
une terre, située au mas du Fau, pour l'entretien de la lampe de 
Péglise. — On 7 trouve encore, à la date du 1*' mars 1631, une al- 
location accordée à Claude Abonnenc, pour «r avoir parfumé les 
maisons » de Tréminis pendant l'épidémie. 



LE TRIÈVES ET SON PASSÉ. 355 

nombreuses années et les conséquences en étaient toutes 
en faveur de la réforme. Mgr Charles-Jacques de Gelas de 
Léberon essaya d'enrayer le mal. En 1644, lors de ses vi- 
sites pastorales dans cette contrée, il ordonna partout 
d'instruire les enfants des vérités religieuses et d'établir, 
dans chaque localité, des maîtres d'écoles catholiques (i). 
Dans la même visite, Tévêque autorisa les habitants de 
Thoranne à reconstruire leur église, détruite pendant les 
guerres de religion, et à se procurer un nouveau cime- 
tière pour remplacer l'ancien dont les réformés s'étaient 
emparés (2). Ce fut vingt ans plus tard seulement, en 1668, 
9 novembre, que cette petite communauté put s'assem- 
bler à l'effet de s'imposer pour reconstruire son église et 
la cure. Il lui fallut encore deux années d'instances, pour 
obtenir qu'un curé résiderait dans son sein et y ferait le 
service religieux (3). 



(1) Archives de la Drôme, fonds de l'évéché de Die. 

(2) Saint-Michel-les-Portes. — Rôles d'assemblées. 

(3) Vbi suprà. 

A. LAGIER. 

(A continuer.) 



35b SOCIETE d'archéologie et de statistique. 



NÉCROLOGIES 



*-»> ^••Iw •*• 



LAMBERT (Louis-François-Pierre-Simon). 

Né à Combovin, le 5 mars i8o5, ce collègue de la pre- 
mière heure, a été maire de sa commune pendant 25 ans 
et longtemps suppléant du juge de paix de Chabeuil. 
M. Lambert était plein d'ardeur pour Tétude de nos chro- 
niques et il apportait à leur recherche toute l'application 
et la sagacité désirables. Il a laissé sur son pays natal et 
les environs, un gros volume de notes et de documents, 
fruit de ses recherches. Ce manuscrit est devenu la pro- 
priété de M. Prompsal (Emile), neveu du regretté défunt, 
qu'il va remplacer dans nos rangs. 

M. Lambert avait le goût des arts et des fleurs, il pei- 
gnait à merveille à 8o ans. Cet homme de bien est dçcédé 
au milieu des siens^ le 20 avril, et les regrets. qui Tpnt ac- 
compagné à sa dernière demeure disent bien haut l'esti- 
me de ses concitoyens. 

C. P. 



LACROIX-SAINT-PIERRE (Pierre-Henri-Albert). 

Le nom primitif de sa famille était Saudecœur, auquel 
s'adjoignirent successivement ceux de Lacroix et de St- 
Pierre. Le 3o mars 17 f 9, naissait à Chabeuil François 
Saudecœur-Lacroix, fils d'Antoine, bourgeois de Die et 
d'Hélène Nicolas. Ce François devint juge ducal et pre- 
mier consul de Chabeuil ; il s'unit avec Elisabeth de St- 



NÉCROLOGIES. 357 

Germain, sœur de Mme de Montalivet et ils eurent Louis- 
François, né en 1747, qui ne porte plus que les noms de 
Lacroix-Saint-Pierre. Il fut juge ducal du prince de 
Monaco et épousa Mlle Chevandier, de Die. Leur fils, 
Loiiis-Antoine-François, né vers 1783 et décédé en i856, 
avait été secrétaire général du ministère de Tintérieur. 
Bonne- Emilie de Poissallolle de Nanteuil, fille de l'un 
des créateurs des Messageries impériales, son épouse, lui 
donna Mmes Chalandon et Teyssier-Palerne de Savy et 
un fils M. Albert Lacroix-Saint- Pierre, né en 18 17 et 
décédé subitement le 3 juin dernier. Les titres d^ancien 
député de la Drôme, d'ancien vice-président du Conseil 
général, d'ancien maire de Chabeuil, de président du 
Conseil d'administration du chemin de fer d'Orléans, des 
Conseils d'administration des Messageries maritimes et 
des Messageries nationales, des omnibus et des Tram- 
ways de Lyon, d'administrateur des forges et chantiers de 
la Méditerranée et d'officier de la Légion d'honneur pro- 
clament assez haut la compétence et la haute valeur du 
regretté défunt. Pour nous qui avons le culte des souve- 
nirs, nous n'oublierons jamais son titre de membre fonda- 
teur de notre Société et de collègue dévoué. 



MORIN (Adolphe). 

Affable, généreux, lettré et écrivain, l'homme de bien 
que la mort vient encore de nous enlever, jouissait à 
Dieulefit de la plus sympathique estime. Il était modéré et 
impartial en politique, loyal, bienveillant et paternel en 
affaires, modeste en littérature ; lui seul ignorait son mé- 
rite et sa valeur. Il a voulu garder jusqu'au tombeau cette 



358 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

modestie excessive : ses obsèques ont été des plus sim- 
ples ; aucun discours, la prière d'usage seule. Toutefois, 
les ouvriers des usines Morin, confondus dans l'assistance 
nombreuse, témoignaient assez haut, par leurs regrets, 
l'estime qu'ils professaient pour un homme de sa valeur 
et de son caractère. 



FLOUEST (Edouard). 

Il nous reste à mentionner un défunt illustre, secrétaire 
de la Société des Antiquaires de France, ancien procu- 
reur-général à Chambéry, Nancy et Orléans, décédé le 
4 juin à Paris ; bien qu'étranger à notre Société, il lui a 
prêté plus d'une fois le secours de ses vastes connaissan- 
ces archéologiques. 

A. Lacroix. 



CHRONIQUE. 359 



CHRONIQUE 



Cette livraison' termine Tannée, la 4* devant être con- 
sacrée à la publication des chartes de Tabbaye de St-Ruf. 

OUVRAGES REÇUS : 

— I. Bertrand. Un monde fin de siècle. Paris, Bloud et 
Barrai, i vol. in-12, 467 pp. Il y a là beaucoup d'esprit 
et d'érudition ; mais la matière traitée s'écarte de nos at- 
tributions statutaires. 

— Diane de Poitiers, dame de S/- Vallier. Ses actes^ 
ses prédécesseurs et ses successeurs dans la communauté 
de St' Vallier^ par Albert Caise. Valence, 1891,!. Céas, 
br. in-8**, 20 pp. — Nos lecteurs connaissent cette étude 
pleine de recherches. 

— Eloge de M. Eugène Chaper^ prononcé à l'Académie 
delphinale le 16 janvier fSgi, par M. le D*^ J. Carlet, pré- 
sident. La vie de l'éminent bibliophile est là toute entière; 
la raconter c'est l'apprécier. 

— Pèlerinage régional et annuel des agriculteurs à 
S. Hugues^ à Châteauneuf'd'' Isère, Historique^ mémento 
et cantiques. Valence, Imprimerie Valentinoise, br. in-32. 
43 pages. 

— Allocution funèbre sur Mgr Gueullette^ ancien épê- 
que de Valence et chanoine de St-Denis, prononcée à la 
cathédrale de Valence^ le 22 avril iSgi^ par M. l'abbé 



îbo SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Didelot, chanoine-archiprêtre. Valence, 1891, J. Céas, 
br. in-4®, 40 pp. On retrouve là le style coloré, élégant et 
harmonieux des autres publications de fauteur, uni à la 
profondeur des pensées et à toutes les qualités oratoires. 

— Etudes franciscaines sur la révolution française dans 
le département du Gard^ par le Père Apollinaire de Va- 
lence, de Tordre des Capucins. Nîmes, Gervais-Redot, 
1891, fo6 pp. in-8®. Renseignements nombreux et inté- 
ressants sur les religieux de ce département. 

— M. Eugène Chaper^ par M. Masimbert. L'auteur 
énumère dans ce travail toutes les publications du grand 
bibliophile et il le fait en connaissance de cause et en vrai 
bibliophile lui-même. 

— Quelques notes sur l'origine des églises du Vivarais^ 
diaprés les anciens cartulaires et d'^ autres documents^ par 
A. Mazon, t. I•^ Privas, imp. Centrale, rSgi. i vol. 
in-i2, 3i23 pp. L'auteur étudie les moines de St-ChafiFre, 
les dépendances de Pabbaye de Pébrac, les moines de la 
Chaise-Dieu, les chanoines de St-Barnard de Romans, 
les monastères de Vienne, le cariulaire de St-Pierre du 
Bourg-lès- Valence et les chanoines de St-Ruf. Il y a là de 
précieux éléments pour une histoire des paroisses de TAr- 
dèche que M. Mazon connait si bien. 

— Vabbé Abel Vincent Notice biographique et litté- 
raire^ par Tabbé Cyprien Perrossier. Valence, J. Céas, 
1891, br. in-8®, 14 pp. 

— Du même auteur. Lettres adressées par Achard de 
Germane^ avocat au Parlement de Dauphiné^ à M. de la 
Coste^ Vun des derniers présidents de cette assemblée pen- 
dant les deux premières années de V émigration. Valence, 
J. Céas, 1891, I vol. in-8% 275 pp. 



CHRONIQUE. 36 1 

M. Perrossier étudie parfaitement les sujets qu'il traite ; 
il juge avec indépendance et écrit en littérateur. 

— Gonialve de Cordoue et Christophe Colomb^ d'après 
un drame espagnol, par Emile Travers. Ce drame est 
VIsabel la Catolica de D. Thomas Rodriguez Rubi et il 
y a réellement des scènes d'une vraie beauté dramatique. 

— De Vancienneté de l'usage des méreaux au chapitre 
de Saint -Apollinaire de i^alence^ par Roger Vallentin. 
Valence, J. Céas, iSgc. br. in-8% 17 pp. 

— Du même auteur : Deux lacunes de la numismatique 
papale d'Avignon jBruxcllQs^GoQmeicre, 1891, br. in-8% 
8 pp. 

Voilà deux thèses habilement élucidées, comme tou- 
jours. 

A. Lacroix. 



362 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 



SÉANCE DU 28 /VRIL 1891 



Présidence de M. de Gallier. 



Sur la présentation de MM. de Bouffier et Brun-Du- 
rand, M. de Gaillard-Bancel est proclamé mem- 
bre titulaire^ et sur la présentation de MM. Vallentin et 
Lacroix, M. Georges de Manteyer est proclamé 
membre correspondant. 

M. le Président donne lecture d'une lettre de M. 
l'abbé Perrossierà M. le Secrétaire, pleine de rensei- 
gnements divers et d'un vif intérêt. 

D'abord, le docte abbé, à propos de l'inscription de 
Portes, publiée dans la dernière livraison, constate que 
Téglise où elle est, se rapporte, dans ses parties con- 
servées au Xr siècle et qu'elle a été restaurée avec 
intelligence par M. TabbéGény, curé actuel. 

En second lieu. Portes se trouvant dans le diocèse 
de St-Paul-Trois-Châteaux et non dans celui de Die, 
l'inscription doit se rapporter à Odalric II, qui vivait 
de 1044 a 1056. Il n'est pas certain, au surplus, que 
iND(i)E signifie indictione^ et alors on aurait in die XIV 
kalendas octobris, en supposant une inversion dans les 
chiffres III IX et toute date disparaîtrait ainsi. 

Portes relevait de Tabbaye de Cruas et son église, 



SÉANCE. 363 

dédiée à S. Pierre, s'appelait d'Alanson ou du Lançon^ à 
cause de la petite rivière du pays, sans avoir rien autre 
chose de commun avec Téglise de même nom, située en 
face de Bécone, dans la paroisse de La Roche-St- 
Secret. 

M. l'abbé Perrossier rend compte dans sa lettre 
d'une visite à l'église d'Aleyrac, toujours belle dans ses 
ruines, et exprime la crainte qu'elle ne soit encore 
menacée de destruction. Sur le désir de la Société, 
M. le Secrétaire, a écrit depuis lors à M. l'Ingénieur 
en chef, chargé de la protection des monuments histo- 
riques, classés ou non classés, et sa réponse est des plus 
rassurantes. 

Venant à Jean Belon, M. l'abbé Perrossier signale de 
cet imprimeur, outre le bréviaire de St-Ruf, un missel de 
Valence, dans la bibliothèque du regretté M. Chaper, 
imprimé en 1504, le 9 des calendes de janvier. Tannée 
commençant à Noël; le bréviaire d'Agde du même Jean* 
Belon et de 1 5 ) o. Enfin la bibliothèque du Grand-Sé- 
minaire possède de lui une plaquette intitulée: Nova cons- 
titutio S. D. N. Leonis pape decimi: De judicum seca- 
larium in clericos delinquenles potestate, imprimée à 
Valence par maître Jean Belon, citoyen de la ville et 
Louis Olivel, bachelier en droit, du diocèse de Saintes, 
libraire juré de l'Université. 

Olivel publia encore Pulchra disputatio magnifici D. 
Anlhonii Piscarii juris utriusque dodo ris papiensis ac 
olim mediolani senatoris^ nunc Valentie apud Allobroges 
jura canonica ordinarie interpretentis (i). 

(i) Nous avons supprimé les abréviations, faute de caractères spéciaux. 



364 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

Après la lecture de cette lettre, que le défaut d'es- 
pace nous oblige à regret d'abréger, M. le Secrétaire 
signale divers doctiments historiques curieux, trouvés 
dans les archives communales de St-Nazaire-en-Royans 
et dont il fait constater l'authenticité par les membres du 
bureau : 

i" Un ordre de des Adrets du 2 juin 1562 à Bejet 
de désarmer les habitants du Royans ennemis du repos 
public, et d'avertir ceux « qui veulent vivre sans aul- 
cune religion » d'avoir à assister aux prêches et prières 
des ministres et diacres, à peine de confiscation de leurs 
biens et de punition corporelle. 

t!" Un ordre de logement pour le capitaine Portes, 
du 28 juin. 

j* Un ordre à François Chosson du Périer de pren- 
dre les vases sacrés et joyaux des églises, etc. 

Ces documents seront publiés. 

M. le Trésorier fait connaître le résultat de sa ges- 
tion au I*' mars. Les recettes s'élèvent à 2,563 fr. 85, 
qui joint au reliquat de (890, donnent un total de 4,844 
fr. 80 ; les dépenses sont de 2,196 fr. 15 ; d'où il suit 
que l'encaisse au i'*" mars 1891 est de 2,648 fr. 65. 

Des remerciements sont votés à M. Rey (Johannis). 

A. Lacroix. 



CHRONIQUE 365 



CHRONIQUE 



La Société, d'après ses statuts, a pour but non seule- 
ment de faire connaître le département de la Drôme et 
le Dauphiné, à tous les points de vue, mais encore de 
conserver ses monuments et les titres de son passé. 
L'humidité, les rongeurs, le feu et les détournements 
peuvent faire disparaître les chartes les plus importantes; 
une fois imprimées, elles n'ont plus rien à craindre. 
Celles de l'abbaye de St-Ruf intéressent Thistoire de 
Valence, de la Drôme et de bien d'autres localités. Un 
habile paléographe, M. le chanoine C. U. Chevalier, a 
réuni et collationné ces documents épars. Les lecteurs 
du Bulletin nous pardonneront pareille publication. Nos 
ressources n'ont pas permis de faire autrement. 

M. le Ministre de l'Instruction publique a bien voulu 
adresser à la Société : 

« 

Le programme des questions à traiter à la Sorbonne 
par le Congrès des Sociétés savantes en 1892 ; 

— Le Journal des Sapants des sept premiers mois de 
Tannée 1891 ; 

— Les Discours prononcés à la Séance générale du 
Congrès, le mercredi 27 mai 1891, par M. Gaston Bois- 
sier, de l'Académie française, membre du Comité des 
travaux historiques et scientifiques, et M. Léon Bour- 
geois, ministre de l'Instruction publique et des Beaux- 
Arts ; 

2« Série. XXV Volume. — 1981. 86 



366 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

— Le Bulletin archéologique du Comité des travaux 
historiques et scientifiques, année 1891, n** i ; 

— Les Annales du Musée Guimet, t. -XVI IL — Ava- 
dâna-Çataka^ cent légendes (Bouddhiques)^ traduites du 
sanscrit par Léon Feer ; 

— Les Mémoires de la Société des Antiquaires de 
Picardie, — Documents inédits concernant la province^ 
t. XII. — Histoire de l abbaye de St- A cheul4ès- Amiens ; 

— Les Chartes de St-Bertin, publiées par la Société des 
Antiquaires de La Morinie, t. IL 

— Club alpin français, section de la Drôme, Bulletin 
n"" 1 , illustré de 1 15 vues photographiques tirées en glypto- 
graphie et d'un panorama. Valence, 1891, in-S"*, 327 pp. 

Cçt élégant volume nous décrit les grottes de TAr- 
déche, St-Romain-de-Lerp, la forêt de Saou, le Royan- 
nais elle Vercors, Tabbaye de St-Antoine, Valence et 
ses alentours, le Mont-Pilat, le défilé des Trente-Pas et 
même une partie de Tltalie et de l'Afrique. Sous la 
plume alerte et spirituelle de M. Et. Mellier, les sites 
pittoresques de la Drôme resplendissent d'attraits ;. 
M. Guilleminet, du haut des montagnes nous retrace 
rhistoire de Thumanité; MM. Ruzan, Combier, Berger, 
et d'autres racontent leurs excursions avec verve et en- 
train. En somme, l'idée de faire connaître leur pays aux 
Dauphinois est une idée heureuse, et le premier compte 
rendu de l'œuvre mérite tous les éloges, a Un instinct 
irrésistible attache nos cœurs, souvent même malgré des 
éloignements prolongés, au coin de terre foulé par nos 
premiers pas », a fort bien dit M. Mellier ; mais lorsque 
ce coin de terre renferme des curiosités naturelles ou. 



CHRONIQUE. 367 

artistiques, aussi grandes que les pays les plus vantés, 
n'est-ce pas un devoir de les révéler, de les visiter et de 
les décrire ? Le Club alpin vient de nous prouver qu'il 
saura accomplir sa mission. 

— Quelques actes d'abjuration du protestantisme à Gre- 
noble (1^72-1585), publiés par Éd. Maignien, conser- 
vateur de la Bibliothèque de Grenoble. Grenoble, Allier, 
1891, br. in-8**, 2j pp. Il y a ceux de Jean Franchessin, 
« advocat du Monteillimar », de Claude Marconis, de 
Valence, etc. Documents utiles pour l'histoire. 

— Le Père Joseph et Richelieu. — La déchéance poli-- 
tique et religieuse du protestantisme et la première cam- 
pagne d'Italie {i62y'] 6^8), par G. Fagnçz. Paris, 1890, 
br, in-8^ 5 5 pp. 

— Du même auteur : L'Industrie en France sous Henri 
IV (i 589-1610). Paris, 1883, br. in-8**, 75 pp. Dans le 
premier travail, l'auteur étudie avec soin le rôle de Fran- 
çois Leclerc du Tremblay, capucin, et, dans le second, 
celui de Barthélémy de Laffemas (de Beausemblant). Le 
savant écrivain de la Revue historique nous révèle sur ces 
deux personnages une foule de détails du plus haut 
intérêt, 

— Le sceau de Vautier de Bonjour^ chanoine de Genève^ 
par H. Morin-Pons. Genève, 1891, br. in-8'*, 7 pp. 
L'habile archéologue^ en publiant ce sceau d'une facture 
élégante, a montré ce que l'érudition peut tirer du plus 
petit monument. 

— Pièces de fantaisie en plomb analogues aux méreaux 
du chapitre de St-Apollinaire de Valence, par Roger Val- 
lentin. Bruxelles, J, Goemaere^ 1891, br. in-8% 6 pp. 



368 SOCIÉTÉ d'archéologie et de statistique. 

— De la position des roses du pape Clément FI, par le 
même. — Avignon, Seguin frères, 1891, br. in-8**, 5 pp. 

— Les monnaies d'or de compte en usage dans le Dau^ 
phiné à la fin du KVT siècle^ par le même auteur. Ge- 
nève, 1891, br. in-8'*, 7 pp. Ces monnaies étaient le 
denier d'or^ \ obole ou maille dor^ le gros d'or^ le gros 
du or de bon poids delphinal, le gros d'or monnaie courante^ 
le gros d'or à FO rond, le gros dor de censé, lapite d'or 
et le sol dor. 

— Roger Vallentin : Les statuts des prévôts généraux 
des ouvriers et des monnayers d Avignon et du Comfat-- 
Venaissin. Paris , Société française de Numismatique , 
1891, br. petit in-4*', 18 pp. 

L'étude attentive des documents originaux permet à 
notre infatigable collègue de fixer définitivement des 
points obscurs, inconnus ou controversés de la science, 
et sa collaboration est fort recherchée pour tout ce qui 
se rattache à la numismatique. 

— Les muletiers du Vivarais^ du Velay et du Gévaudan^ 
par A. Mazon, 2* édition revue^ corrigée et augmentée. 
Le Puy, Prades-Freydier, in-8'*, 108 pp. 

— Vivarais et Velay. — Deux livres de notes journa- 
lières au XVII^ siècle^ par le même auteur. Annonay, 
Hervé, 1891, in-*", 1835 PP* 

Voilà encore un travailleur émérite, sachant animer 
son récit par les charmes du style et la variété des re- 
cherches. L'Académie française a récompensé naguères 
son voyage au Mont-Pilat. 



SÉANCE. 369 



SÉANCE DU 17 AOUT 1891 



Présidence de M. Vallentin. 



Sur la présentation de MM. de Gallier, Brun-Durand, 
Cyprien Perrossier et Lacroix, M. Emile Prompsal est 
proclamé membre titulaire^ 

Et M. le marquis de La Tour du Villard, ancien magis- 
trat, membre correspondant. 

Lecture est donnée d'une lettre de M. l'Ingénieur en 
chef sur l'église d'Aleyrac, dont Texistence n'est nullement 
menacée. On sait qu'un de nos collègues avait exprimé la 
crainte de voir disparaître ce beau monument. 

M. le maire d'Amibes avait bien voulu inviter aux fêtes 
du i5 août, M. le Président de notre société; il n'en a pas 
été de même ici, à la réception des Félibres. 

Les membres de la commission d'organisation du Con* 
grès provincial de la Société bibliographique et des publi- 
cations populaires^ fixé du 9 au ii décembre prochain, à 
Lyon, font un appel à notre concours. 

Dans un article intitulé : Un Maréchal de France et Un 
Maréchal des lettres, la Grande Revue (n'* du 25 juillet 
i8gi) publie la correspondance échangée entre Alexandre 
Dumas et le maréchal Victor, duc de Bellune, au sujet de 
la qualification « d'ancien soldat, épicier, ménétrier et com- 
mis expéditionnaire d, donnée à ce dernier, avant d'être 
maréchal de France, duc, ambassadeur, pair et ministre 
de la guerre. Sans entrer dans le débat, il est permis de 



370 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

rappeler que le 16 mai 1791, Claude- Victor Perrin épou- 
sait à Valence Jeanne-Joséphine Muguet et que Tacte qua- 
lifie de négociant le futur époux. 

Le Bulletin de la Société historique et archéologique 
du Périgord (T. XVII, p. 446) fait connaître succincte- 
ment la biographie de Pierre-Paul de'Mèredieu, baron de 
Nailhac, né à Périgueux le 17 août 1737, ministre des 
affaires étrangères du i5au 17 juin 1792, capitaine en 
1760, conseiller d'ambassade à Vienne eu 1771, ambassa- 
deur à Gênes en 1792. 

Il possédait en Tan III le domaine de Boissière à Etoile 
vendu nationalement et, de 1826 à ï832, le chevalier de 
Mèredieu de Chantlebout et le marquis André-Alain de 
Fayolle réclamaient une indemnité en leur qualité d'héri- 
tiers. On ignore la cause de sa présence dans notre ré- 
gion. 

Il se trouve dans les archives de Chabeuil divers docu- 
ments relatifs à son collège et à des représentations théâ- 
trales; une étude à ce sujet est en préparation. 

M. le chanoine Chevalier soumet le résultat de ses re- 
cherches sur le style des chartes et déclare n'avoir pas 
trouvé d'éléments suffisants pour asseoir une opinion in- 
discutable. 

Il demande ensuite que la publication de son cartulaire 
deSt-Ruf soit continuée jusque vers i3oo; M. Vallentin 
fait remarquer que le petit nombre de membres présents 
ne permet pas de prendre une décision. 

Enfin, M. le chanoine Isnard offre une étude sur un épi- 
sode de Phistoire de Valréas et il lui est promis que le 
Bulletin la publiera en son temps. 



TABLE ALPHABÉTIQUE DU TOME XXV. 87 [ 



TABLE ALPHABÉTIQUE OU TOME W 



(ANNÉE ^89^J 



Chronique, par A. Lacroix 121, -359, 365 

Chronique : Iean Bellon, imprimkur a Valence, par A 
Lacroix 233 

Colonies dauphinoises dk l'abbaye de Montmâjour, par M. 
rabbéFiLLET 201, 313 

Correspondance d*Aghard de Germâne avec M. de La 
CosTE, par M. Tabbé Cyprien Perrossikr 89 

De l'ancienneté de l'usage des méreaux au chapitre DE 
Saint-Apollinaire de Valence, par M. Roger Vallentin. 145 

Diane de Poïtièrô, dame de Saint- Vallier, par M. Albert 
Caise 125 

Dictionnaire des devises héraldiques, numismatiques, his- 
toriques ET fantaisistes DU Dauphiné, par M. Gustave 
Vallier 96, 193, 333 

La colline de Beausemblant au point de vue géologique et 
MACALOGiQUE, par M. L. Pascal 325 

Le pape Adrien iv a Valenck, par M. le Chanoine Didelot. 5 

Le Prieuré de l'Ile de St- Vallier, par M. Albert Caise . . 229 

Le prieuré DE St- Vallier, par M. J. Brun-Durand .... 112 

Les amis de Jean Dkagon, professeur a l'Académie de Die, 
par M- J. Brun-Durand 62, 162, 299 

Les peintures murales des Loives de Montfalcon, par M. 
Gustave Vallier 253 



372 SOCIÉTÉ d'archéologie ET DE STATISTIQUE. 

Le Trièves et son passé, par M. Tabbé Lagier. . 102, 179, 345 

MÉMOIRES POUR SERVIR A l'HISTOIRE DES COMTÉS DE VaLENTI- 

Nois ET DE Diois, par M. le chanoine Jules Chevalier . . 73 

MM. PioLLET, Gbaper et BovET, par A. Lacroix ! 17 

, MM. DÉRiARD, Macé et DE La Baume-Pluvînel 231 
Nécrologies :< .... . ' ^ ., ^, ♦ 

MM. Lamrert, Lacroix-St-Pierre, Morin et 

Flouest 356 

SÉANCES DU 1 1 novembre 1890 Ot DES 3 FÉVRIER, 28 AVRIL et 

17 AOUT 1891 114, 243, 362, 369 

Tableau des Membres de la Société 245 

Un atelier monétaire a Nyons (1592), par M. Roger Val- 

LENTIN • 51 

Un collectionneur dauphinois au XVII* siècle, l'abbé DE 

Leissins et sa galerie, par m. l'abbé C. Perrossier .216, 340 

Articles avec une pagination à part 

L'arrondissement de Nyons, par A. Lacroix (livr. 96, 97). 33, 41 
Codex diplomaticus ordinis S" Rufi (livr. 99) 1 



Codex diplomaticus 
ORDINIS SANCTI RUFl 



I. !*>■ janvier 1039. 

(FUNDATIO ABBATI^ S. RUFI EXTRA MUROS AVENIONIS) '. 

IN nomine eterni summi et ' Salvatoris nostri Jhesu Christi. 
Omnibus cathoUcis utriusque ordinis, laicis sive clericis, 
Benedictus, * Avenioneûsis sedis humilis episcopus •, li- 
quepateat cimcta videlicet pêne omnîa * loca prope civîtatem 
Avenioneosem ' olim jam dicata fuisse ad summum honorem, 
et magnam saactitatera habuîsse ac religioslssime ia servitio 
Domini perstitisse ', sita ia hoaorem Sancti Justi ac glorio- 
sissimi ^ confessons Christi, quem patrem habitatoribua ip- 
sius loci fuisse non dubitavimus ; ac postquam hujus provio- 
oie epiacopi, non per donum spirituale ', sed per terrenum 
lucrum " in sede episcopali sublîmati sunt, per superbam " 
elationem et in tumorem " coaversi, humilitatis et religionis 
gratie ", quam iirmiter tenere debuerant ", obliti sunt, ac 
per boc opes et predia dicte Dei ecclesie, unde pauperes et 
clerici sustentari " debuerant, mundîales homines possident 
injuste" : ideo tali occasione talia loca remanserunt " inha- 
bitabilia. Sed cum jam lougum tempus preteriisset et me 
Deus Omnipotens, non meis meritis sed sua bonltate, in sede 
pontificali sublimari voluisset, ex '* nostra ecclesia clerici, 
diviuo amore tacti pro oblitibus carats, nostram adeuutes 
presentiam, scilicet Kamaldus, Odile, Pontius et Durandus, 
humiliter flagitarunt '* quatenus jam dicta loca sanctorum, 
ut religiose ilUc viverent, concederemus * ; quorum petî- 
tionibus prebentes assensum, una cum concitio canonicomm 



2 CODEX DIPLOMATICUS 

nostrorum eis concessimus, ut ab hodierna die et deinceps 
firmiter teneant et possideant, tam illi quam successores 
illorum, cum eis que illis modo coUata sunt et in antea col- 
latum erit. Ego vero Benedictus episcopus, tali desolatione 
congemiscens cupiensque ut Deus annuat ad pristinum 
reformare, dono supra dictis presbiteris jam dictam eccle- 
siam, que sita est in territorio Avenionensi, subtus burgo ip- 
sius civitatis, cum decimis et oblationibus, cum primitiis **, 
terris ^, pascuis, vineis cultis et incultis, nemoribus ; et 
dono illis de vineaculta, que modiata est super Sancto Rufo, 
omne'quod in ea continetur, cujus fines de oriente sunt Pon- 
tius Bruanus, de occidente Arnaudus ^ Mantone et terre ip- 
sius ecclesie. Etiam damus terras meridianas, etiam terram 
juxta ecclesiam triangularem, in capite, a circio, ab ortu et 
occasu duabus viis publicis, que continent in universo vide- 
licet per omnem circuitum médium milliare. Etiam damus 
terras visuabiles, nuncupatas Cecilianas, parvas et magnas, 
que habent confines a tribus partibus vias publicas, a quarta 
parte terras veteres, que olim dicte ecclesie pertinebant, us- 
que ad alveum ^ aque, que habent per longum et circuitum 
in universo quatuor mille suptuaginta passus : ex una fronte, 
scilicet orientis, mille quinque centum passus et iter magnum 
mejanum ** ; de alla fronte, a colis occasu videlicet, mille sep- 
tem centum passus et magnum iter Rognonac ^ et terra Sanc- 
ti Stephani ; de alia fronte, a circio " videlicet, ducentum et 
septuaginta passus, cum parvo violo transversali ; de alia 
fronte, meridionali videlicet, sexcentum passus, via inter 
dictas terras et terras veteres. Juxta vero Sanctum Rufum 
petiam de terra arabili, consortes ex utraque parte terras 
ipsius ecclesie. Addimus quoque libéra et prona voluntate 
et libero animo oblationis nostre donum, ut predicti presbi- 
teri a presenti tempore in futurum, in campis, in vineis, in 
decimis et de omnibus quidquid et ipsi et ^ ecclesie pertinet, 
quantumcumque sit, cum suo lucro sive sine lucro acquisi- 
verint, ut supra simili donatione concedimus ; unde habeant 
ab hodierna die et deinceps potestatem, tam illi quam suc- 
cessores illorum, jure perpétue possidere sub omni inte- 
gritate cum eo, ut predictum est, quod ipsi ecclesie conces- 
sum est. Si autem defuerint jam dicte persone, quod absit, 
que dictum locum venerentur et custodient 2», matri ecclesie 
et successoribus meis revertatur ; talique tenore concedi- 
mus, ut*®annuatim in Pentecostem ** per censum libram cere 



ORDINIS SANGTI RUFl. 3 

ad matrem ecclesiam persolvant. Sane si quis, ego vel uUus 
de successoribus meis vel quelibet alla persona opposita, 
que oblationis nostre donum infringere curaverint, hoc mi- 
nime consequi valeaat, sed nostram et maledictionem Dei 
incurrant in ipsos, et sint anathematici, et cum Juda prodi- 
tore in infernum damnentur, et postea penitentia ductus 
sciât ^ se decem libris damnandum, et in antea donatio ista 
tempera per cuncta maneat inconcussa. Âctum publice in 
Âvenionensi civitate, sub die kalendarum januarii, anno 
Incarnationis Dominice miliesimo tregesimo octavo, indic- 
tione septima. S(ignum) ^ domini Benedicti, qui donationem 
istam fieri et testibus firmari rogavit. Berengarius voluit et 
concessit, et libère similiter filii sui Rostagnus et Leodega- 
rius ** firmaverunt. Dominus Pontius decanus voluit et fir- 
mavit ; item, frater Reynaudus •*, frater Martinus, frater Val- 
fredus **, frater Farcaudus*^, frater Joannes, frater Constan- 
tinus Fizentalus ^, frater Rigaudus *•, frater Deobardus *•, 
frater Guillelmus, frater Silinus, frater Petrus, imperante 
domino Bénédicte episcopo, qui scribi et recitari mihi nota- 
rié et scribe dicti domni Benedicti ; et signe meo manualt 
signavi et de précepte dicti domini episcopi ** bullavi. Sic at- 
tester ego Martinus Ânolonensis ^ notarius. 

• 

1. Arch. de la Drôma, fonds de St-Ruf» double copie du XVIi* s. ; 
autres dans Fontanieu, Preuv. de l'Hist. de Daup/i., t. II» 1'* part. 
(Paris. B. N., 1. 10950), p. 209 (n* xxv) ; Ollivier (Jules), Cartul. de 
St-Ruf (Bibl. de Grenoble, R. 6), f» 34. Cff. Nououier (Franc.). HisL 
chronoL de l'égL. .d'A vignon (1660); Columbi, Opusc, var, (1668), p. 544; 
Fantoni Castrucci (Seb.), Istor. del. citlà d'Avignone (1678), t. II, 
p. 390-1 ; Valbonnais, Hist. de Dauph. (1722), t. II, p. 549; Gatellan, 
Anliq. de l'égl. de Ka^ence (1724), p. 295-7, « acte tiré des archives du 
collège de S. Ruf à Montpellier » ; Fontanieu, Cartul. du Dauph., t. I 
(Paris, B. N., 1. 10954), f* 73t>; ëusebi, Repert., pp. 131 et 155. 

2. Al. omis. — 3. F. gratia Dei. 

4. Benoit I*', évoque d* Avignon, ne figure dans le nouv. Gallia 
Christ, que pour cet acte, sa présence à Marseille le 15 octobre 1040 
(Jaffé, Reg. pont. Rom., p. 360; éd. 2*, t. I, p. 521) et un diplôme de 
l'empereur Gonrad II (la 12* année de son empire, indiction 7), dont la 
date est circonscrite entre le 27 mars et le 31 décembre ]038(Stumpf, 
Reichskanzler, t. II, p. 170-1). 

5. Mss. cunctis v. p. omnibus. — 6. F. A. c. — 7. prestitisse ? — 
8. J., g. ? — 9. Mss. spéciale. — 10. O. locum. — 11. Al. s-biam. — 
12. Al.* tim-m. — 13. Al, g-a. — 14. F. debuissent. — 15. Al. s-re. 
— 16. F. t. p. — 17. Al. r-rant. — 18. Al. quatuor ex. — 19. F. in- 
terf't h. — 20. Al. illis c. — 21, Al. premi-s. — 22. F. et t. — 23. F. 
Arnaldus. — 24. F. iacum. — 25. F. m-nanum. — 26. F. R-se, O. 
Rogognac. — 27. Al. circcio. — 28. O. omet. — 29. Al. c-iunt. — 



4 CODEX DIPLOMATICUS 

30. F. et. — 31. 0. P-e. — 32. F. sciet. — 33. F. omet. — 34. Al. Léo- 
deyrarius. —35. F. R-aldus, 0. R-ardus. —36. F. V-ridus.— 37. O. 
F-arduSy F. Paca-s. — 38. F. Figenianus. — 39. F. R~aldus, 0. R- 
ardus. — 40. F. D-aldus. — 41. F. mei e. — 42. F. Avals ; Ai?eni- 
onensts. 



II. 1066. 

Carta pasguorum et bannorum domus 
Sancti Felicis in dominio suo Valentino *. 

NovERiNT présentes et futuri, quod anno Incamationis 
Domini nostri Jhesu (Xpisti) millesimo sexagesimo 
VI, anno m episcopatus Gontardi gratia Dei episcopi 
Valentinensis *, vertebatur discordia seu querela inter Um- 
bertum, abbatem Sancti Felicis •, et Lantelmum, priorem 
domus Sancti Felicis. Dicebat dictus Umbertus abbas quod 
pascua et banna erant sua, nomine abbatie sue, per totum 
dominium abbatie sue et per totum dominium domus Sancti 
Felicis. Sed prier hoc negabat et dicebat, quod domus Sancti 
Felicis habebat libéra pascua et banna per totum dominium 
domus Sancti Felicis, ita quod poterat dare, vendere pre- 
dicta pascua et levare banna, vel de ipsis pascuis et bannis 
suam facere omnimodam voluntatem ; item dicebat dictus 
prier, quod domus Sancti Felicis erat in possessione ven- 
dendi et dandi predicta pascua quibuscumque volebat ; item 
dicebat quod erat in possessione levandi et percipiendi ban- 
na supra dicta : predicto abbate omnia hec negante et di- 
cente, quod predicta ad eum pocius pertinebant. Ego vero 
G(ontardus), gratia Dei supra dictus episcopus, cognitor et 
judex hujus cause, assignavi diem partibus ut probarent quod 
dicebant ; qua die L(antelmus) predictus priôr probavit co- 
ram nobis légitime quod dicebat, et peciit dictus prier quod 
imponeremus ipsi Umberto abbati silentium super hoc quod 
petebat super dominium domus Sancti Felicis. Nos vero 
predictus Gontardus, gratia Dei predictus episcopus Valen- 
tinensis, de consilio kannonicorum meorum et ceterorum 
hominum, idonearum personarum, adjudico per sententiam 
predicta pascua et banna inperpetuum domui Sancti Felicis 
per totum dominium suum, et super hoc inpono silentium 
predicto Umberto abbati Sancti Felicis, nomine sue abbatie; 
et in perpetuam rei memoriam presentem cartam sigilli mei 



ORDINIS SANCTI RUPI. 5 

munimine firmo, et predicta pascua et banna domui Sancti 
Felicis inperpetuum confirmo. Signum Goatardi episcopi 
Valentinensis. S(ignuin) G(ontardi) decani Valeatinensis * . 
S(ignum) Stephani Arnulfi. S(ignum) Poncij. S(ignura) Ai- 
mini laici. S(igiium) Johannis. 

1. Original parch. de 13 \ïg.; trace de sceau sur corde à double queue. 
Vidimus de l'official de Valence du 16'juin 1264; copies modernes. 

2. Cette charte (encore inédite) m'a permis naguère de Hxer à l'année 
1064 (ou 1063) le commencement de Tépiscopat de Gontard, évoque de 
Valence [Cartut. S» Pétri de Burgo, 1872, p. 7, n. 2). 

3. On a désigné a tort cet abbé de St-Félix sous le nom de Berton 
(Bull, de la soc. d'archéoL de la Drôme, 1869, t. IV, p. 446) ; il n'y a 
pas lieu de le distinguer de VHumbert qui figure, vers 1067, dans le 
Cartul. de St-Barnard de Romans (ch. 66, p. 121 ; 2" éd., n« 144, 
p. 166). 

4. Le vidimus de 1264 porte Guigonis ; le nom de ce doyen de Va- 
lence n'est révélé que par le Cariai, de St-Barnard (ibid.). 



III. 26 septembre i08k, 

(Carta Bernardi, comitis Bisuldunensis, de ecclesia 

Beat^e Marine Bisuldini) *. 

ANNO ab Incarnatione Domini millesimo octuagesimo IIIJ**. 
Ego Bernardus, gratia Dei cornes Bisuldunensis *, 
sciens'ob hoc me potentie secularis perfrui dignitate, 
quatinus ecclesiam Xpisti totis debeam viribus augmentare, 
propter remedium anime mee, consilio et assensu domni 
Berengarii presulis Girundensis *, necnon et aliorum nobi- 
lium virorum, clericorum scilicet atque laicorum, dono Deo 
et ecclesie S(anctiJ Ruphi, que sita est super fluvium Ro- 
dani, et dorano Arberto, ejusdem loci abbati, atque clero ibi- 
dem Domino servieati, ecclesiam Béate Marie Virginis intra 
muros Bisulduni fundatam, cum omnibus que ad eandem 
quocumque modo pertinent ecclesiam. Quam donationem 
perpétue volo semper jure consistere, tali videlicet firmitate 
ut nec a me nec a filio meo, neb ab alia aliqua persona pos- 
sit dirrumpi ; set quandiu canonice vixerit domnus Arbertus, 
abbas Sancti Ruphi, successoresque ejus et ejusdem clerici 
loci, teneant, habeant, possideant, ordinent et disponant, 
secundum regulam sanctissimi patris Augustini, prefatam 
ecclesiam Béate Dei Genitricis Marie, cum omnibus que 
sub ejus haberi noscuntur dicione, quacumque pontificum 



6 CODEX DIPLOMATIGUS 

ac principum et aliorum virorum collatione, absque mei et 
omnium hominum inquiet atione. Quod si ego vel aliqua 
utriusque sexus persona contra hanc scripturam donationis 
venerit ad irrumpendum, omni génère excommunicationis 
percuciatur in perpetuum. Acta est hec scriptura donationis 
VI kal(endas) octobris, anno xx*v* regni Philippi régis *. 
S(ignum) ' Bernardi comitis Bisuldunensis, qui hanc scriptu- 
ram fieri jussi, firmavi et testes firmare rogavi. S' Guillel- 
mi vicecomitis. S* Pétri vicecomitis. S* Arnaldi Johannis. 
S* Guillelmi Otonis. S' Raimundi Odegarii. 

Gaufredus, canonicus et ievita, scripsit in Castro novo sub 
dio et anno quo supra. 

t Original parch. de 11 lignes 1/2; au dos : Bisuldun, Nombreux 
e cédilles. Copies mss. dans Ollivier fJules), CarL de St-Ruf, f» 36 ; 
le môme, Arch. hist, duDauph., t. XV (Bibl. de Grenoble, U. 317), 
f- 47 (tab. eccl. 8" Ruffi). Texte impr. (incomplet) dans : Petit, Théo- 
dori PœniienL (1677), t. II, p. 626 (ex Chartulario ecclesiae 8. Ruffi) ; 
Marca (Petr. de), Afarca Hispanica (1688), c; 1175. Cf. Eusebi, i2e* 
pert., p. 93. 

2. Bernard II, comte de Bésalu, 1052-95 (Art de vérif. les dates). 

3. Bérenger Wilfred, évoque de Girone, 1050-93 (Gams). 

4. Le règne de Philippe I" est pris ici au 29 août 1060. 



IV. 22 juin 1092. 

(Placitum inter abbates de Insula Barbara]et S« Ruphi 

DE ECCLESIA SaNCT^ MaRI^ IN SUBURBIO LuGDUNi) *. 

NOTUM sit omnibus Lugdunensis ecclesie filiis, tam futuris 
quam presentibus, me Hugonem Lugdunensem archi- 
episcopum Clementi abbati et monachis de Insula Bar- 
bara *, et Arberto abbati Sancti Ruphi suisque canonicis, de 
ecclesia Sancte Marie, que constructa est in suburbio Lug- 
dunensis civitatis, supra ripam Araris ab oriente, et de cete- 
ris ad eam pertinentibus, videlicet de ecclesia Sancti Andrée, 
cum capella que est in Castro Corziaci, et de ecclesia Sancti 
Marcelli, cum integris parochiis sais, et de ecclesia Sancte 
Marie de Buxa, cum intégra parochia sua, videlicet cum ca- 
pella de Giriaco et cura capella de Monte Loello, apud Lug- 
dunum placitum dédisse ; in quo placito, causis ex utraque 
parte diligenter examinatis, fratres nostri episcopi, videlicet 
Landricus Matisconensis et Valterius Cabilonensis, Hugo 



ORDINIS SANCTI RUFI. 7 

Gracianopolitanus et Jarento Divionensis abbas, in presen- 
tia nostri et Gibilini Arelatensis archiepiscopi •, et utriusque 
abbatis, videlibet Arberti Sancti Ruphi et Clementis de Bar- 
bara lusula inter quos calumpnia agebatur, et canonicorum 
nostrorum, scilicet Arberti archidiaconi, Bladini decani \ 
Girini capellani nostri, Berardi Orselli, Stephani de Portu, 
et multorum aliorum canonicorum in claustre residentium, 
judicaverunt atque diffinierunt quod omnes supradictas ec- 
clesias, Arbertus Sancti Ruphi atque canonici, propter do- 
nationem et investituram , quam béate memorie Gibuinus 
Lugdunensis archiepiscopusj ecclesie Sancti Ruphi, cum 
consilio et auctoritate mea fecerat, qui tune temporis eram 
Diensis episcopus et in his partibus apostolice sedis legatus, 
omni sopita querimonia, tenerent atque jure perpétue possi- 
derent. Nos vero donationem domni Gibuini prefati archie- 
piscopi et judicium tantorum virorum prosequentes, supra- 
dictas ecclesias, salva nostre ecclesie reverentia atque oboe- 
dientia, Arberto Sancti Ruphi suisque successoribus atque 
canonicis concedimus atque laudamus, et iitteris presentibus 
confirmamus ; ecclesiam vero Sancti Juliani, fundatam in 
territorio quod dicitur Condoisieu, ad prenominatam eccle- 
siam Béate Marie dono domni Gibuini venerabilis archiepis- 
copi eodem modo pertinentem, ecclesie Sancti Ruphi con- 
cedimus atque laudamus. 

Hec carta facta est Lugduni, decimo calendas julii, anno 
ab Incarnatione Domini millésime nonagesimo IP. 

Hujus autem carte testes et laudatores sunt hii : Bladinus 
decanus, Arbertus archidiaconus, Almannus camararius, 
Girinus capellanus, Berardus Orsellus, Aino, Bono, Godo, 
canonicus et archipresbiter. 

1. Arch. du Rhône, fonds de la Flatière, original parch. ; Arch. de 
la Drôme, copie du XVII* s., signée : Docquet de Glianteresse. Texte 
impr. par moi, d'après cette copie, dans la Revue du Lyonnais (1867), 
3- sér., t. III, p. 504-8 (cf. t. IV, p. 152) = Docum. inéd, relat, à l'égL 
de Lyon, 1867, gr. in-8', p. 9-14 ; et par M.-G. Guigue, d'aprôs l'origi- 
nal, dans son Cariul. Lyonnais, 1885, in-4*, t. I, p. 23-4. 

2. Le nouv. Gallia Christ, se l)orne à enregistrer Glément parmi les 
abbés de llle-Barbe (t. IV, c. 226), sans lui assigner aucune date. 

3. Ges prélats sont tous connus : Hugues, évoque de Die, puis ar- 
chevêque de Lyon ; Landry, de Mâcon ; Gautier, de Gh&lon-sur-Saône; 
Hugues, de Grenoble ; Jarenton, abbé de St-Bénigne de Dijon ; Gi- 
belin, archev d'Arles. 

4. Le doyen Bladin II (1084-7) figure dans l'Obituaire de la cathé- 
drale de Lyon au 23 sept. (Guioue, ObiL Lugdun. eccL, 1867, p. 119) 
et non au 3 des ides d'oct. (Fisqubt, France pontif., Lyon, p. 693). 



8 CODEX DIPLOMATICUS 

V. (1092-99). 

(UrBANI II PAP.« CONFIRMATIO ORDINIS SaNCTI RuFl) *. 

URBANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
A(rberto) abbati Sancti Rufi ejusque fratribus canoni- 
cam vitam professis, salutem et apostolicam benedic- 
tionem. Pie voluntatis aflfectus prosequente débet studio con- 
foveri, ut ecclesiastica utilitas apostolice Sedis favore vires 
accipiat et accrescat. Omnipotenti Domino, cujus « melior est 
misericordia super vitas^», gratias agimus quia vos estis 
qui sanctorum patrum vitam probabilem renovatis et apos- 
tolice instituta doctrine, primordiis Ecclesie sancte inolita* , 
sed crescente Ecclesia jam pêne deleta, instinctu Sancti 
Spiritus suscitatis. Due enim ab Ecclesie sancte primordiis 
vite ejus sunt filiis institute : una qua infirmorum débilitas 
retinetur, altéra qua fortiorum virtus beata perficitur ; una 
remanens in Segor * parvula, altéra ad montis altiora cons- 
cendens ; una lacrimis et helemosinis cotidiana peccata 
redimens, altéra cotidiana instantia mérita eterna conqui- 
rens ; altera(m) tenentes inferiorem bonis terrenis utuntur, 
alteram sequentes superiorem bona terrena despiciunt ac 
relinquunt. Hec autem, que a terrenis divino fervore diver- 
titur, in duas unius pêne ejusdemque propositi dividitur por- 
tiones, canonicorum scilicet atque monachorum : harum se- 
cunda per divinam misericordiam frequentata satis jam se- 
culo universo elucet, prima vero decalescente fervore fide- 
lium jam pêne omnino defluxit ; banc martyr et pontifex 
Urbanus instituit, banc Auguîitinus suis regulis ordinavit, 
banc Jheronimus suis epistolis informavit. Non minoris ita- 
que estimandum est meriti vitam banc Ecclesie primitivam, 
"aspirante ac prosequente divino Spiritu, suscitare quam 
florentem monachorum religionem ejusdem Spiritus perse- 
verantia custodire. Vestrum ergo propositum nostri aucto- 
ritate officii confirmamus et firmes vos in eo persistere ad- 
hortamur, et tanquam Domino exhortante per nos * obsecra- 
mus. Quamobrem omnibus in vestro cenobio vitam canoni- 
cam, secundum hujus tenorem ordinis, profitentibus et in ea, 
adjuvante Domino, permanentibus nos, licet indigni aposto- 
lorum vicarii, eorum ac nostram benedictionem peccatorum- 
que absolutionem, potestate nobis • a Domino indulta, conce- 
dimus. Constituentes ne cuiquam omnino liceat hune vestri 



ORDINIS SANCTI RUFI. 9 

statum ordinis commutare, cujus tantus in tôt terrarum par- 
tibus fructus exuberat, ut plures ecclesie vestri saporis dul- 
cedine condiantur. Statuimus etiam ne professionis canonice 
quispiam, postquam Dei vice super caput sibi hominem 
imposuerit, alicujus levitatis instinctu vel districtioris reli- 
giouis obtentu, ex eodem claustro audeat sine abbatis totius- 
que congregationis permissione discedere, discedentem vero 
ut ûuUus abbatum vel episcoporum et nullus '^ raonachorum 
sine communium licterarum cautione suscipiatinterdicimus. 
Vos ergo, filii in Xpisto karissimi, dilectioni(s) nostre studiis 
semper prestantioribus respondentes, strenue quod Dec pro- 
misistis implere satagite, « luceat lux vestra corain homi- 
nibus, ut videant opéra vestra bona et glorificent Patrem 
vestrum qui in celis est * •>, cujus Patris hec ut firma per- 
maneant et Filii et Sancti Spiritus virtute sanctimus ^ . 

1. Vidimus de Franc, du Puy, officiai de Valence, du 10 sept. 1487, 
f» 1. Copies mss. dans : D. Estiennot, Fragm, hist. Aquit., t. II 
(Paris, B. N., 1. 12764), f* 171, avec le mot Valete à la fin et cette note: 
« Lemovicis, ut opiner, datum c. a. mxcvi » (ou 1095) ; Peiresg, ms. 
LXXV (à Carpentras), t. II ; Fontanieu, Preuv. de l'Hisi, du Dauph., 
t. II, 1" part., p. 217 (n* xxvi), en 1092 ; Eusebi, Repert., p. 290-1: 
Fragm. dans Ivo Carnot., Décret,, pars vr, c. 411 (PatroL latina, 
t. CLXI, c. 533) ; Gratianus, Décret,, 2* pars, causa xix, qu. in,c. m 
(forte an. 1096 in Gailia). Gflf. Gatellan, ouvr. cité, p. 297-301 (en 1092); 
FoNTANiBU, Cart. du Dauph., t. I, f" 88»>(1092) ; Eusebi, Repert., p. 70; 
Jaffb, Reg. pont, Rom., 2» éd., t. I, p. 698 (n» 5763). 

2. Psalm, Lxii, 4. — 3. Al. molita. — 4. Gènes, xix, 22-3. — 5. Al. 
vos. — 6. Al. illis. — 7. AI. etiam. — 8. Matth. v, 16. — 9. AI. «an- 
ximus. 



VI. 19 septembre 1095, 

(UrBANI II) GONFIRMATIO ECCLESIARUM S* R(UF)I *. 

URBANUS EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DeI, DILECTIS 
IN Xpisto filiis Arberto abbati ejusque fratri- 
Bus in ecclesia Sancti Rufi canonicam vitam pro- 
fessis, et eorum suggessoribus in eadeh religione per- 
MANSURis, IN PERPETUUM. Desiderium quod ad religiosum 
propositum et animarum salutem pertinere monstratur, auc- 
tore Deo, sine aliqua est dilatione complendum. Quia igitur, 
filii in Xpisto karissimi, per oiunipotentis Dei gratiam as- 
pirati, primaiu nascentis Ecclesie conversationem, multis 



10 CODEX DIPLOMATIGUS 

jam temporibus destitutam, renovare proposuistis, ut se- 
cundum sanctorum patrum instituta corde uno et una anima 
sub jugo régule omnipotenti Domino serviatis, nos religioni 
vestre paterno congratulamur affectu ; et ut semel inchoata 
religio, auctore Deo, semper inviolabilis perseveret, tam 
vos quam vestra omnia sedis apostolice gremio confoventes, 
presentis privilegii auctoritate munimus. Statuimus enim ut 
nemini inter vos, professione exhibita, proprium quid habere 
nec sine tua, iili karissime Arberte abbas, et eorum qui 
post te in eodem regimine successerint aut sine communi 
congregationis licentia, de claustro jdiscedere liberum sit. 
Quod si discesserit et commonitus redire contempserit, tibi 
tuisque successoribus facultas sit ejusmodi ubilibet a suis 
officiis interdicere ; interdictum vero nullus episcoporum 
abbatumve suscipiat. Preterea per presentis decreti pagi- 
nam apostolica vobis auctoritate firmamus, ecclesiam Sancte 
Marie infra urbem Ludg(unensem), ecclesiam Sancti Pétri 
secus Diam, ecclesiam Sancti Jacobi de Melgorio, eccle- 
siam de Buxa, ecclesiam de Turre, ecclesiam de Caveirag, 
ecclesiam de Vences, ecclesiam de Ârmazanzas cum capella, 
ecclesias de Beterrita ; et omnia que episcopi Avennionen- 
ses Benedictus, Rostagnus et Gibilinus vestre ecclesie con- 
tulerunt. Ad bec etiam adicimus, ut quecumque hodie ves- 
trum cenobium juste possidet, sive in futurum concessione 
pontificum, liberalitate principum vel oblatione fidelium 
juste atque canonice poterit adipisci, vobis vestrisque suc- 
cessoribus qui in eadem religione permanserint intégra sem- 
per illibataque permaneant. Decernimus ergo ut nuUi om- 
nino hominum liceat idem cenobium temere perturbare aut 
ejus possessiones auferre, vel ablatas retinere, minuere vel 
temerariis vexationibus fatigare, sed omnia intégra conser- 
ventur eorum, pro quorum sustentatione ac gubernatione 
concessa sunt, usibus omnimodis profutura : salva in omni- 
bus Avennionensis episcopi canonica reverentia. Si qua sane 
in crastinum ecclesiastica secularisve persona hujus decreti 
paginam sciens contra eam temere venire temptaverit, se- 
cundo terciove commonita si non satisfactione congrua 
emendaverit, potestatis honorisque sui dignitate careat, 
reamque se divino judîcio existere de perpetrata iniquitate 
cognoscat, atque a sacratissimo Corpore et Sanguine Dei 
ac Domini Redemptoris nostri Jhesu Xpisti aliéna fiât, et in 
extremo examine districte ultioni subjaceat. Cunctis autem 



ORDINIS SÂNGTI RUFI. 11 

eidem loco justa servantibus, sit pax Domini nostri Jhesu 
Xpisti, quatinus et hic fructum bone actionis percipiant et 
apud districtum judicem premia eterne pacis inveniant. 
Amen. Amen. Amen. 

Datum Tricastri, per manum Johannis sancte R{omane) 
ecclesie diac(oni) cardinairs, indictione lU', xiii kal(endas) 
octobris, anno Dominice Incarnationis M^'XC'^VJo, pontifica- 
tus vero domni Urbani secundi pape viW. 

1. Original parch. de 22 lignes, d*une belle écriture ; la devise du 
pape (f Benedictus ds et pater dni nri ihv xpi-:) et le Datum sont 
de deux mains différentes ; la roue et le monogramme (Benevalete) 
ont 7 cent, de haut ; bulle en plomb sur lacs de soie rouge et jaune 
Copies mss. dans: Peiresc, ms. LXXV, t. II ; Ollivier (J.), Cart. de 
St-Ruf, f« 38 : Arch. fiist. du Dauph., t. XV, f* 73 (arch. eccl. S.Rufi). 
Texte impr. dans : Gallia Christ, vet. (1656), t. IV, p. 802 ; Petit, 
Theodori Pœnitent., t. II, p. 614-5 (ex Ghartulario ecclesiœ S. Ruffi); 
Patrol. latina (Migne), t. CLL c. 427-8 (n^ 153). Cf. Fantoni Cas- 
TRUGGi, ouvr. cité, t. II. p. 391 ; Eusebi. Repert., pp 61, 77, 237 ; Jaffé, 
Reg. pont, Rom., n* 4176 (éd. 2» , n* 5579). 



VII. 26 mai U06, 

CaRTA RaYMUNDI NeMAUSENSIS EPISGOPI, QU^ EGCLESIiE 

Sangti Rufpi concedit kcclesiam Sancti Genesii de 
Mandolio *. 

QuoNiAM, disponente Deo, pastoral! prediti officie, eccle- 
siarum ejus sollicitudinem gerimus, levius ferendum 
tantum onus nobis inpositum credimus si, partito per 
alios onere, curam et ordinationem earumdem religiosis per- 
sonis impartiraur. Quapropter ego Raimundus, miseratione 
divina Nemausensis episcopus *, manifestum esse volo om- 
nibus nostre ecclesie filiis , tam presentibus quam futuris, 
quod ecclesiam Sancti Genesii de Mandolio et ejusdem pre- 
phate ecclesie suffraganeam, videlicet ecclesiam Béate Marie 
de Irignano, religioso viro Leberto, ecclesie Sancti Ruphi 
abbati, suisque successoribus in perpetuum habendas et re- 
gendas concède, consentientibus et laudantibus canonicis 
nostris : Gaucelino decano et Fredolone archidiacono, atque 
Petro sacristano et Willelmo camerario ; ut, remota omni 
calumnia, tam prelibatus abbas quam successores ejus pre- 
fateque ecclesie canonici prescriptas ecclesias, cum omni- 



12 CODEX DIPLOMATICUS 

bus sibi jure pertinentibus, perpetuo regant et possideant et 
quidquid voluerint, salva in omnibus reverentia et obedientia 
Nemausensis ecclesie, sine cujusquam refragatione, ibi fa- 
ciant et disponant ; hac videlicet ratione, ut annuatim abbas 
aut clerici Sancti Ruffi duos solides singulis synodis pro 
majori ecclesia et quatuor nummos pro minori Nemausensi 
ecclesie et ejusdem sedis episcopo, pro censu et sinodo et 
earumdem ecclesiarum quarto, persolvant ; et insuper do- 
mino episcopo R(aimundo) receptionem cum quatuor sociis, 
ita ut ipse sit quintus, semel in anno, si recipere voluerit, et 
successoribus ejus faciant. Et ut hec nostra concessio firma 
in eternum permaneat, hanc nostre ordinationis et conces- 
sionis cartam laudamus ac firmamus, atque laude et testi- 
monio nostrorum clericorum eam roborari et precipimus et 
rogamus. 

Acta est hec carta cum litteris suprascriptis, in undeci- 
ma (lire xxi) luna, vu kal(endas) junii, anno millésime cen- 
tesimo VI ab Incarnatione Domini. f Signum Raymundi 
episcopi, qui hanc cartam firmavit et testibus subscriptis 
firmari voluit. f Signum Gaucelini Nemausensis decani. 
f Signum Pétri sacriste. f Signum Guillelmi camerarii. 
f Signum Geraldi canonici Nemausensis d'Esparrone. 

1. Copie dans Ollivibr (J.), Cariul. de St-Ruf [Bihl. de Grenoble, 
R. 6), f* 42. 

2. Raymond I (Tuillautne, sacré évèque de Nîmes en 1098, mort en 
1112 (Vic-Vaissete, Ilist. de Languedoc, 1872, t. IV, p. 277). 



VIIL (Avant liiO), 

(Carta Ismidonis episcopi Diensis, de egclesiis 

DE TaULINIACO) *. 

CUM omnibus ecclesiis nobis commissis ex injuncto ofBcio 
providere debeamus, illi(s) tamen precipue debitores 
sumus,in quibus canonicus ordo observatur et soliDeo 
clerici militare cupiunt, communiter viventes secundum 
sanctorum patrum institucionem. Quam ob rem ego Ismido, 
gratia Dei Diensis episcopus 2, donc ecclesie Sancti Ruphi 
et Letberto abbati, et clericis sibi commissis et successori- 
bus suis ecclesias de Thauliniaco, cum omnibus ad eas per- 
tinentibus, ut ordinent eas sicut eis visum fuerit, ad hono- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 13 

rem Dei, et Geraldum capellanum : salva reverentia et obe- 
dientia nostra et ecclesie nostre. Et constituo ut reddatur 
michi census per singulos annos vu. solidi et i. modius aa- 
none, in Castro Mirabel. Si quis autem successorum nostro- 
rum huic donationi et confirmationi nostre obviare presump- 
serit, « fiant dies ejus pauci et episcopatum ejus alter acci- 
piat • », et iram Dei omnipotentis incurrat. Si quis quoque 
clericorum, manacorum (sic), laicorum hoc ipsum calump- 
niari presumpserit, veniat super illum omnis maledictio et 
sit ^nathema maranatha, nisi resipuerit et predictis canoni- 
cis satisfecerit. 

1. Copie du XII* s. (voir n* IX). Autres dans : Baluze (Paris, B. N.), 
t. LXXV (arm. m, paq. 2, n© 1). fo 293 (ex arch. S. Ruffi Valent.) ; 
Ollivier (J.) Cart. de St-Ruf. f* 47 »». Texte impr. dans Petit, Théo- 
dori Pœnitent., t. II, p. 632 (ex Ghartulario ecclesiae S. Ruffi). Cf. 
EusEBi, Repert., p. 86. 

2. Ismidon, chanoine de St-Etienne de Lyon, devint évéque de Die 
vers 1098 et mourut le 30 sept. 1115 (Guigub, Obit. Lugdun, eccL, 
p. 125). — 3. Psalm. cviii, 8. 



IX. 25 mai iiiO. 

(Carta Leodegarii episcopi Vivariensis, 

DE ECCLESIA SaNCTI AnDEOLI IN LOCO BURGIAS) *. 

IN nomine Domini nostri Jhesu X(pist)i, Leodegarius Viva- 
riensis episcopus 2 et totus ejusdem ecclesie cleri con- 
ventus. Si utilitatibus ecclesiarum a Deo nobis commis- 
sarum insistimus, officii nostri modum procul dubio exequi- 
mur : ad episcopale enim officium pertinet sana docere, he- 
retica reprobare, destructa construere, errata corrigere, 
secularia sectantes ad spiritualia reducere, voluntates pro- 
prias sequentes divine voluntati atque prelatorum obedientie 
subdere, immo auctoritate pontificali compellere ; talia enim 
facientibus a Domino dictum legimus : « quia super pauca 
fuisti* fidelis, supra multa vos constituam* ». Igitur ego 
Leodegarius, Vivariensis ecclesie indignus episcopus, cum 
consilio clericorum nostrorum ecclesiam Sancti Andeoli, in 
loco qui Burgias dicitur, ubi sacratissimum corpus ejusdem 
martiris requiescere videtur, temporalibus bonis quondam 
locupletatam, nunc autem multimodis attritara, coramitti- 
mus atque donamus sub cura et providentia Letberti, abba- 



14 CODEX DIPLOMÂTIGUS 

tis Sancti Ruphi, et successorum ejus ibidem canonice subs- 
tituendorum, ut canonici in ea ordinis norma amodo serve- 
tur et ecclesiastice religionis cultus in perpetuum stabilia- 
tur : hoc est ecclesiam supradictam, cum omnibus ad com- 
muniam ejusdem ecclesie pertinentibus. Res autem que ad 
episcopatus nostri sive prepositure proprietatem pertinent» 
in integrum retinemus ; et illi omni anno sextarium olei oli- 
varum in CenaDomini ecclesie nostre persolvant. Prior ta- 
nem * ibi non mutetur, nisi culii consilio Vivariensis episcopi 
et canonicorum ejusdem : et hoc âat secundum regulam 
beati Augustini. Si qua vero inter Vivarienses et Sancti 
Ruphi canonicos orta fuerit de supradicte ecclesie negociis 
controversia, ipsius episcopi et comunis capituli canonica 
determinetur sententia. Hujus itaque doni soUempniter facti 
testes advocati sunt : Geraldus de Grana, Petrus de Cam- 
bau, Pontius Dalmacii, Petrus Ademari, Armannus de Rach, 
Stefanus Quintini, Dalmatius Rufus, Vidianus, Dalmatius 
de Sancto Montano, Bertrandus presbiter, Petrus Lanberti, 
Ugo de Burgo, Poncius de Vercausco, Guillelmus Rufus, 
Petrus Stephani, Petrus Raimundi. Horum ceterorumque 
canonicorum communi consensu et favore in plenaria sinodo 
Vivariensi recitata et corroborata est hec donationis pagina 
auctoritate pontiâcali, anno Dominice Incarnationis millé- 
sime centesimo X, octavo kal(endasj junii, indictione iii*. 

1. Copie du XII* s., bande de parchemin epistographe, renfermant 
les n" IX, XI, X, VllI et XVII; au dos : Sancti Andeoli et ecclesia- 
rum in Diensi episcopatu positarum. Autres dans : Baluze, t. LXXV, 
f 292 (ex arch. S. Ruffi Valent.) ; Ollivier (J.), Cart. de St-Ruf, 
f' 46. Texte impr. dans Petit, Theodori Pœnitent., t. II, p. 629-30 
(exeodem Ghartulario). Cf. ëusebi, Repert., p. 85. 

2. Léger paraît comme évêque de Viviers de 1096 à 1119. 

3. Corrigé: fuistis. — 4. Matth. xxv, 21. — 5. Var. tantum. 



X. (1110). 

(Mandatum Ricabdi Albanensis EPISCOPI Leodegario 

Vivariensi episcopo) •. 

R(iCARDUS) Albanensis episcopus, apostolice Sedis licet 
iudignus servus et legatus *, venerabili fratri L(eode- 
gario) Vivariensi episcopo, salutem. Institutionemet 
concessionem, quam fecistis ecclesie Sancti Ruffl et domno 



# 



ORDINIS SANCTI RUFI. 15 

L(etberto) loci ejusdem abbati, de ecclesia Sancti Andeoli, 
tam ei quam successoribus suis in perpetuum tradita ; ad 
quam etiam laudandam, ut in perpetuum intemerata perma- 
neret •, scripto nostro firmandam nos inclinari fecistis, et si 
quis eam temerare vel perturbare presumpserit, eum ubique 
locorum a liminibus ecclesie alienum existere, sancire nos 
coegistis ; audivimus a quibusdam ecclesie vestre clericis 
contra decretum nostrum contaminari et perturbari. Manda- 
mus itaque vobis et apostolica auctoritate precipimus, ut 
ipsam institutionem et concessionem, quam vos fecistis et 
nos laudare et confirmare petivistis, ita ut facta et confir- 
mata est inconvulsam teneri faciatis ; et qui eam temerare 
vel perturbare presumpserit, anathematis vinculo, quod ibi 
posuimus, subjiciatis. Val(ete) *. 

1. Copie du XI !• s. (voir n" IX). Autres dans : Baluze, t. LXXV, 
f 293 (ex arch. S. Rufi Valent.) ; Ollivier (J.), CartuL de St-Ruf, f 47. 
Texte impr. dans : Petit, Tkeodori Pœnitent., t. il, p. 506 (ex eodem 
Chartulario) ; Brial. Rec. d. hist. de France (1808), t. XV, p. 47 (d'après 
Petit). Cf. ËusEBi. ReperLy p. 86. 

2. Richard, évéque d'Albano (1102-14) et légat du St-Siège, célébra 
cette année (1110) deux conciles en France : l'un, peu après la Pente- 
côte (29 mai) à Toulouse (Vig-Vaissete. HisL de Languedoc, t. II, 
p. 356; Z* éd., t. III, p. 592) ; l'autre, le 1" octobre, à Fleury ou 8t- 
Benoit-sur- Loire (Brial, Rec, d. hist, de France, t. XIV, p. 157). 

3. O. remaneret. —- 4. P. omet. 



XI. 18 octobre liiO. 

(Epistola Paschalis II AD eumdem) *. 

P(aschalis), servus servorum Dei, venerabili fratri L(eo- 
degario) Vivariensi episcopo, salutem et apostolicam 
benedictionem. Non est episcopalis constantie justa 
vota frangere et constitutiones rectas in nihilum revocare. 
Ecclesiam Beati Andeoli fratribus Sancti Ruffi pro eleemo- 
syna et religione concesseras et clericorum tuorum consensu 
firmaveras, sicut a fratribus ipsis accepimus et litterarum 
tuarum iectione cognovimus ; nunc autem clericis tuis con- 
niventiam parare conspiceris, cum per eos predictis fratri- 
bus ecclesiam ipsam permittis auferri. Nos quidem conces- 
sionem tuam factam canonice firmamus ^, te autem vehemen- 
ter arguimus, quia te in hoc prevaricatorem ostendisti. Tue 
igitur experientie per hec scripta precipimus, ut* constitutio- 



16 CODEX DtPLOMATlCUS 

nem tuam integram ratamque custodias : si vero clerici tui 
ut voti justi transgressores pertinaciter contraire presump- 
seriat, tu eos magistri jure corrigere et austeritate congrua 
studeas emendare : alioquin super vos apostolice Sedis jus- 
titia dirigetur. Datum Laterani, xv kalendas novembris. 

t. Copie du XII* s. (voir n"" IX). Autres dans : Baluzb, t. LXXV, 
f- 292»» (ex arch. S. Ruffi Valen.) ; Ollivier (J.), CarL de St-Ruf, f 46 *». 
Texte impr. dans : Petit, Theodori PœnitenU, t. II, p. 505-6 (ex Char- 
tulario ecclesisB S. Ruffi) ; Brial, Rec. d. hist. de France, t. XV, p. 47 
(d'après Petit) ; Patrol. latina, t. GLXIII, c. 280 (n* 306). Cf. Eusebi, 
Repert., p. 85 ; Jaffb, Reg. pont, Rom,, n* 4653 (éd. 2* , n* 6278). 

2.0. confirmamus, — 3. P. omet. 



XII. 23 novembre iiii, 

(DONUM ECCLËSIiE BsATifi MaRI>EJ DE BiSALDUNO ^. 

IN Dei eterni régis noiuine. Ego Raimundus Berengarii, 
Dei gratia marchio Barchionensium 2, princeps Ausonen- 
sium, cornes vero Gerundensium atque Bisullunensium •, 
venerabilibus ecclesie Sancti Rufi Ollegario * abati et cano- 
nicis, in perpetuum.Ambiguitate caret omnes* terrene domi- 
nationis ® potestates ^ ad hoc a Deo esse constitutas *, ut 
justicias et justificationes ej[us exquirjendo, non solum iniquo- 
rum perversitati resistere, verum etiam religionis cultum pro- 
pagare ^ studeant. Unde predictus ego cornes pontificalem et 
canonicalem Gerundensis sedis assecutus favorem, reddo et 
dono prephate ecclesie S(ancti) Rufi et ejusdem abati atque 
canonicis ecclesiam Sancte Marie intra muros Bisullunensis** 
castri constitutam, cum omnibus que in presenti videtur ha- 
bere, vel quocumque modo habere débet, vei in futurum ad- 
quisierit collatione quorumcumque fidelium ; ut bec omnia 
habeant et possideant ad Dei servicium, et ipsam ecclesiam 
in perpetuum regant et disponant secundum canonicam re- 
gulam, et taies ibi constituant personas clericorum qui sine 
proprio ibi Deo militent et serviant. Factum est hoc nono 
kfalendas) decembris, anno Dominice Incarnationis millesi- 
mo (3^X°I°. S(ignum) Raimundi comitis. S' Meltis comitisse. 

1. Original parch. de 8 liR.1/4. Copie dans Ollivier (J.). Cart, deSt- 
Ruf, fo 37. Texte impr. dans : Petit, Theodori Pœnitent,,i. II, p. 627 
^extrait de l'orig. en parch. exhibé — par — m* Humbert de Valer- 
nod, abbé... de St-Ruf...,ce 20 avr. 1573 [=1673]) ; Marca (Petr. de), 



ORDINIS SANCTI RUFI. 17 

Marca Hispanica (1688), c. 1235-6 (n« 344), ex arch. 8. Rufi Valentiœ. 
Cf. EusBBi, Repert.f p. 93-4. — 2. Al. Barchino-m, 

3. AI. Bisuldu-m. Raymond-Bérenger III, devenu comte de la 
Manche d'Espagne en 1093, prenait en 1125 la qualification de « uni- 
verse Barchinonensis regionis et monarchie Provincie comes » (Rev. 
des sociétés savanieSy 4* sér., t. III, p. 405) ; il se fit templier le 14 
juil. 1131 et mourut à la fin de ce mois. 

4. Al. Olde-o. — 5. Al. nos. —6. Ms. d-ne«. — 7. Al. p-te, p-em, 
— 8. Ms. c-tos. — 9. Ms. pro parte. — 10. Al. Bisuldu-s. 



XIII. 5 janvier 1113. 

(Car TA Raymundi episcopi Gerundensis elkcti) *. 

IN nomine sancte et individue Trinitatis. Ego Raimundus, 
divino nutu in Gerundensem episcopum electus 2, et uni- 
versus Geruadensium caaonicorum conventus, cum coa- 
sensu et voluntate domni Raimundi, Dei gracia Barchino- 
neasium marchionis, Ausonensium principis, Girundensium 
et Bisulduneasium comitis, per hanc scripturam donationis 
donamus Deo et ecclesie S(ancti) Ruphi ecclesiam S(ancte) 
Marie Virginis de Bisulduno, cum omni honore et dignitate 
sua, et cum universis ad se pertiaentibus, tam in presenti 
quam in futuro, atque in manum domni Oldegarii prefate 
ecclesie S(ancti) Ruphi abbatis, et cuncte congregationis 
sibi commisse ac successorum eorum, votive et potentialiter 
tradimus ; ut ab ipsis jam dicta ecclesia S(ancte) Marie, cura 
omnibus ad se pertinentibus, tam in ecclesiis quam in ceteris 
possessionibus quas hodie habet et quas habere débet et in- 
futurum adquisitura est, possideatur, regatur et ordinetur 
inperpetuum in servicio Dei, secundum regulam s(ancti) 
Augustini : salva reverentia sancte Gerundensis sedis. Si 
autem in crastinum quelibet persona ecclesiastica vel secu- 
laris contra hanc donationem quoquo modo venire presump- 
serit, nichil penitus proficiat, set firma donatione pro sola 
presumptione iram Dei omnipotentis se noverit graviter in- 
cursurum atque vinculis anathematis innodandum. Actum 
est hoc anno Dominice Incarnationis C^^X^'II** post millesi- 
mum, nonis januarii. Raimundus, Dei gratia in pontificem 
s(ancte) Gerundensis ecclesie electus, confirme, salva obe- 
dientia nostre ecclesie. S' Berengarii capiscole. S' Johan- 
nis. S' Berengarii Lucianensis. S' Berengarii archidiaconi. 
8' Gaufredi. S' Bernardi prioris. S' Pétri sacriste, S* Pétri 
presbiteri. 

2 



18 CODEX DIPLOMATICUS 

1. Original parch. de il lig. Copie dans Ollivier (J.)> CarL de 
St'Ruf, f« Z&\ Texte impr. dans: Petit, Theodori Pœnilent., t. II, 
p. 628-9 (ex Ghartulario S. Ruffi) ; Marga, Marca Hispan., c. 1236 
(n® 345), ex arch. S. Rufi Valentie. Cf. Eusebi, ReperL, p. 94. 

2. Cet évoque de Girone figure en 1112 et 1114 dans VEspana sa- 
grada de Florbz (Gams). 



XIV. 10 janvier iiik, 

(PaSGHALIS II PAPifi PRIVILEGIUM PRO MONASTERIO 

Sancti Ruphi Avenionensis) *. 

PASGHALIS episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio 
Odolgerio abbati canonice Sancti RufS, que in epis- 
copatu Avennico sita est, ejusque successoribus regu- 
lariter substituendis, in perpetuum. Religiosis desideriis 
dignum est facilem prebere consensum, ut fidelis devotio 
celerem sortiatur effectum. Proinde nos, devotionis tue pre- 
cibus annuentes, Beati Ruffi ecclesiam, cui Deo auctore 
présides, cum omnibus ad ipsam pertinentibus sub tutelam 
apostolice sedis excipimus. Fer presentis igitur privilegii 
paginam apostolica auctoritate statuimus, ut quecumque 
bona, quecumque possessiones ad idem Beati Ruffi monaste- 
rium legitimis âdelium donationibus vel aliis justis modis 
pertinere videntur ^, et quecumque in futurum concessione 
pontificum, liberalitate principum vel oblatione fidelium 
juste atque canonice poterit adipisci, firma tibi tuisque suc- 
cessoribus et illibata permaneant ; in quibus bec propriis 
duximus nominibus annotanda : ecclesias de Tauliniaco, cum 
omnibus pertinentiis suis, ecclesias de Albananco, de Me- 
duUione, de Serreriis, cum pertinentiis earum ; decimam de 
Berra, sicut a bone memorie Gibeline Arelatensi archiepis- 
copo vobis concessa est ; ecclesias Sancte Marie de Turre, 
Sancti Victoris, Sancte Eulalie, Sancti Laurentii de Barba- 
ras ; ecclesias de Mandolio in Bisilduno ; ecclesiam Sancte 
Marie, cum dignitatibus et possessionibus suis, et cum ec- 
clesiis sibi subditis : salvo censu Lateranensis palatii ; eccle- 
sias Sancti Pétri et Sancte Marie Egarensis, Sancti Juliani 
de Terracia, cum possessionibus subditis et ecclesiis per eas 
constitutis, quas vobis Barchinonensis episcopus Raimun- 
dus concessit, cum patrimonio quondam tuo et ceteris pos- 
sessionibus que tibi et clericis tecum viventibus coUate sunt, 



ORDINIS SÂNGTI RUFI. 19 

dum Beati Adriani ecclesie preeras : excepta dominicatura 
Barchinonensis episcopi. Confirmamus etiam vobis posses- 
sionem quam Raimundus nobilis memorie cornes vobis in 
Tripolitana regione concessit, cum ecclesia Sancti Ruffi, 
quam in eadem possessione construxit. Decernimus ergo, 
ut nulli omnino hominum liceat prefatum monasterium te- 
mere perturbare, aut ejus possessiones aufferre vel ablatas 
retinere, minuere vel temerariis vexationibus fatigare ; sed 
omnia intégra conserventur eorum, pro quorum sustenta- 
tione et gubernatione concessa sunt, usibus omnimodis pro- 
futura. Laicos sane seu clericos seculariter viventes ad 
conversionem suscipere et ad divina officia, nisi forte ex- 
communicati sint, admittere nuUius episcopi vel prepositi 
contradictio vos inhibeat. Âd hec adicimus, ut nulli episco- 
porum facultas sit, sine Romani pontificis vel legati ejus 
audientia, vos vel loca vestra interdictioni vel excommuni- 
cationi subicere, aut judicio pregravare. Sepulturam vero 
locorum vestrorum omnino liberam esse decernimus, ut 
eorum qui illic sepeliri deliberaverint devotioni et extrême 
voluntati, nisi forte excommunicati sint, nullus obsistat. 
Cetera quoque omnia, que vobis a predecessore nostro feli- 
cis memorie papa Urbano concessa et privilégie confirmata 
sunt, nos etiam concedimus et firmamus. Si qua igitur in fu- 
turum ecclesiastica quelibet secularisve persona banc nos- 
tre constitutionis paginam (p. 10, l. 36).... Amen. 

Ego Paschalis, catholice ecclesie epispopus. 

Datum Laterani, per manum Johannis, Sancte Romane 
ecclesie diaconi cardinalis ac bibliothecarii, iiu idus janua- 
rii, indictione vu* , Incarnationis Dominice anno M^C^^XV*, 
pontificatus quoque domini Paschalis secundi pape anno xv^. 

1. Vidimus de Tofficial d'Avip^non (1420) et de celui de Valence 
(1487), f« 4* (n* xvii). Copies dans : Peihesc, ms. LXXV, t. II ; Eusebi, 
Repert., p. 305-6 ; Ollivier (J.), Car/, de St-Ruf, f* 44 (extraictde 
Toriginal estant en parchemin avec un sceau de plomb) : Arch. hist. 
du Daup/i., t. XV, f* 126 (ïab. eccl. Sancti Ruffi). Texte impr. dans : 
Gallia Christ, vet, t. IV, p. 802*>-3*; Fantoni Gastrucci, ouvr. cité, 
t. II. p. 392 (incomplet) ; Pairol. latina, t. CLXIII, c. 336-7 ; Gallia 
Christ, nova (1865), t. XVI, instr. c 102-3 (ex arch. Valent.^» Gflf. Eu- 
sebi, Repert., pp. 62 et 72 ; Jaffé, Reg. pont. Rom., n» 4721 (éd. 2* , 
no 6369). 

2. Ms. videretur. 



20 CODEX DIPLOMATIGUS 

XV. 28 avril 1123. 

BuLLA Calixti secundi in favorem ordinis 

Sancti Rupfi *. 

CALixTus episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
Pontio abbati et ceteris fratribus in ecclesia Sancti 
Ruffi regularem vitam professis, in perpetuum. Ad hoc 
sumus in apostolice sedis spécula, disponente Domino, cons- 
tituti, ut Dei servos, ecclesiasticos precipue atque religiosos 
viros, tueri et religionem augere per ipsius gratiam de- 
beamus. Quam ob rem, carissimi in Christo filii, vestris 
per priorem vestrum Guillelmum petitionibus clementius 
inclinati, sanctam Beati Ruffi ecclesiam, in qua sub cano- 
nici ordinis observantia omnipotenti Domino militatis, cum 
omnibus ad eam pertinentibus, in apostolice sedis tutelam 
et protectionem suscipimus, et vos ipsius autoritate in Dei 
servitio stabllimus. Per presentis itaque privilegii paginam 
constituimus ut vite canonice ordo, qui per bone recorda- 
tionis Pentium abbatem in vestra ecclesia institutus est et 
a nostris ^ predecessoribus confirmatus, perpetuis ibi tem- 
poribus habeatur ; vobis itaque vestrisque successoribus 
ecclesias, que justis acquisitionibus loco vestro pertinent, 
confirmamus : videlicet ecclesiam Sancti Martini infra Vien- 
nensem urbem, juxta aquam que Jayria dicitur sitam, et 
molendina que sunt juxta eamdem ecclesiam ; in eadem par- 
te ripe ac * bastitare, vineam que dicitur Violaria, cum aliis 
vineis juxta ipsam positis, guardiam vinearum totam, nec- 
non et décimas omnes quas Adalardus dictus Grammaticus 
vel alius per manum ipsius Adalardi habuit vel tenuit in 
Monte Salomonis et in Monte Arnaldo et in Segnes, et ubi- 
cumque décime ipse sunt ad eamdem ecclesiam pertinentes ; 
et furnum qui est in Cuveria ; ecclesiam quoque Sancti Ni- 
cetii, cum villa que dicitur Lerens, cum omnibus pertinen- 
tiis suis ; et ecclesiam Sancti Albani martyris, in loco qui 
dicitur Cesirin *, cum appendentiis suis ; sicut nos olim, dum 
Viennensi ecclesie preessemus, ipsam Beati Martini eccle- 
siam per nos in canonico ordine constitutam, cum istis dua- 
bus ecclesiis et aliis nominationibus, possessionibus atque 
omnibus ei pertinentibus bonis, ecclesie Sancti Ruffi, consi- 
lio canonicorum nostrorum, concessimus : salva obedientia, 



ORDINIS SANCTI RUFI. 21 

reverentia et subjeçtione matris ecclesie Viennensis, et 
salvo censu quem canonici Viennensis ecclesie initi consilii 
una nobiscuna constituerunt, pro qua nimirum concessione 
fratres vestri *, qui in supradicta Beati Martini ecclesia 
fuerint, in obitu uniuscujusque canonici Viennensis eccle- 
sie triginta dierum officium et in archiepiscopi obitu anni 
totius obsequium, pro animarura illorum sainte in charitate 
divina persolvant ; pro me autem, cui a adherere Domino 
bonum est » •, et cui de ordinando atque reedificando supra- 
dicto loco cura et sollicitude fuit, non annualis tantum, sed 
perennis in missarum solemni(i)s et in aliis divinis ofRciis 
ab ejusdem loci fratribus apud Deum memoria fiât, et pro 
absolutione anime mee unus pauper in domo eadem omni 
tempore habeatur, et in matutinali atque vesperali ofScio 
semper psalmus cum oratione dicatur, quemadmodum con- 
tinetur in scripto illo quod nos, Viennensi ecclesie adhuc 
présidentes, Beati Ruffi ecclesie fecimus et in ipsa Vien- 
nensi ecclesia, presentibus suffraganeis nostris episcopis 
Hugone Gratianopolitano, Leodegario Vivariensi, b(eato) 
Ismidone "^ Diensi, Eustachio Valentinensi, Conone Mau- 
rianensi * et Guidone Gebennensi, et presentibus Viennen- 
sis ecclesie canonicis, in plena synodo confirmavimus ; ec- 
clesias Sancte Marie et Sancti Joannis ac Sancti Rustici de 
Annoniaco, cum possessionibus infra ipsam villam et extra, 
sicut a Gurgite Feminarum et aVilla Valleta infra decursus 
fluviorum Deume et Cancie concluduntur, et cum scolis pue- 
rorum, cancellaria, banno ex * forisfactura, cimiterio et cum 
omnibus aliis rébus et possessionibus earumdem ecclesia- 
rum ; ecclesiam Sancti Andrée de Costa, cum suffraganeis 
suis ; ecclesiam Sancti Martini de Perau, cum capella sua ; 
ecclesiam Sancte Marie de Lugduno, cum suffraganeis suis; 
ecclesiam Sancte Marie de Buxa, cum suffraganeis suis ; 
ecclesiam Sancti Pétri de Dia, ecclesiam Sancte Marie de 
Claellis, ecclesiam de Chalancone, ecclesiam de Volvenco, 
ecclesiam de Arnajone, ecclesias de Tauliniano, ecclesiam 
Sancte Marie de Albaniaco ; ecclesiam Sancti Genesii, cum 
suffraganeis suis ; ecclesiam Sancte Marie de Fleyca, eccle- 
sias Sancte Marie et Sancti Simphoriani de Betorreto, ec- 
clesiam Sancti Laurentii de Barbaras, ecclesiam Sancti 
Joannis de Castro Novo ; ecclesiam Sancti Erigii de Me- 
duUione, cum suffraganeis suis ; ecclesiam Sancti Jacobi de 
Sarrariis, cum suffraganeis suis ; ecclesiam Sancte Marie 



22 CODEX DIPLOMATICUS 

de Turre, cum suffraganeis suis ; ecclesias Sancti Pétri de 
Ventiis et Sancte Cecilie et Sancti Verudimi ; ecclesiam 
Sancti Qenesii de Mandolio, cum capella sua ; ecclesias 
Sancti Saturnini et Sancte Crucis de. Armazanicis ; quar- 
tam partem decimarum Sancti Silvestri de Telliano, quar- 
tam partem decimarum de Berra ; ecclesiam Sancti Nazarii; 
ecclesiam Sancti Martini de Cavaralho, cum capellis suis ; 
ecclesiam Sancti Jacobi de Mergorio ; ecclesiam Sancte 
Marie de Bezuduno, cum suffraganeis suis ; ecclesias Sancte 
Marie ac Sancti Pétri et Sancti Joannis de Teraciis ; eccle- 
siam Sancti Vincentii de Cardona, cum suffraganeis suis ; 
ecclesiam Sancti Pétri de Canafaya, cum suffraganeis suis ; 
ecclesiam Sancti Jacobi de Tripoli, cum suffraganea ; ec- 
clesia(m) de Ârtucia ; molendinum juxta ipsam ecclesiam 
Sancti Ruffi, necnon et molendina apud Surgenterem et 
apudCastrumNovum. Quecumque preterea ecclesia eadem, 
vel episcoporum Avenionensium Benedicti, Rostagni et Ar- 
berti concessione vel aliorum fidelium largitione légitima, 
in presenti possidet sive in futurum, largiente Domino, 
juste atque canonice poterit adipisci, firma vobis vestrisque 
successoribus in eadem religione persistentibus conserven- 

tur. Decernimus ergo ut nulli Si qua ergo.... Cunctis 

autem... inveniant. 

Ego Calixtus, (catholice) ecclesie episcopus. 

Datum Laterani, per manum Aymerici, sancte Romane 
ecclesie diaconi cardinalis et cancellarii, quarto kalendas 
maii, indictione prima, Incarnationis Dominice (anno) mil- 
lésime centesimo vicesimo tertio, pontificatus autem do- 
mini Calixti secundi pape anno quinto. 

1. Copie dans Ollivibr (J.)» Car t. de St-Ruf, f» 50 (extr. de l'orig. 
étant en parcb. avec le sceau de plomb pendant) : Arc/i. hisi. du 
Daup/i., t. XV, f* 142 (ex archiv. eccl. S* Ruffi). Gff. Gatellan, ouvr. 
cité, p. 309 ; Eusebi, Repert,, p. 62 ; Jaffé, Reg. pont. Rom., éd. 2» , 
n"7069 et 7101. 

2. Mss. vestrie. —3. Effacé en mss. — 4. Al. Eeseren. — 5. Mss. 
nostri. — 6. Psalm. lxxii, 28. — 7. Mss. Di-e. — 8. Al. Mor-i. — 
9. Al. et. 



ORDINIS SANGTI RUFI. 23 

XVI. 1125. 

CPetrus archiepiscopus Viennensis 
confirmat donationem pr^edecessoris sui guidonis) *. 

QuoNiAM nostri officii est et bene semper agere et bene- 
facta laudare, ego Petrus, Dei gratia Viennensium 
archiepiscopus et apostolice sedis legatus, consensu 
et voluntate omnium canonicorum meorum, laudo et con- 
firme atque jure perpétue habendum decemo ecclesie Sancti 
Rufi, et carissimo fratri nostro Poncio abbati et successo- 
ribus ejus, donum quod fecit prefate ecclesie Sancti Rufi 
predecessor meus Guido, venerabilis Viennensis archiepis- 
copus, de ecclesia Sancti Martini Viennensis, cum omnibus 
appendiciis suis, molendinis, batitoribus, vineis, cum gardia 
tota vinearum et decimis quas ibi habet ipsa ecclesia et 
quas Amblardus habet pro ea, juxta terram Hugonis Qale 
et Villelmi de Pernans ^ : qui tamen habet ad feudum ab 
archiepiscopo ; et furno quod est in Cuveria *, cum aliis om- 
nibus ad eamdem ecclesiam pertinentibus ; et similiter de 
ecclesia Sancti Nicetii *, cum appendiciis suis, et villa que 
dicitur Tenciis, cum appendiciis suis : prêter illa parte 
quam predecessor meus sibi retinuit ; donum etiam de eccle- 
sia Sancti Albani de Cisysino * et de ecclesia Sancti Romani 
de Vermaella, cum appendiciis utriusque, similiter confirme. 
Hec, inquam, omnia sicut supradictum est, consensu et 
voluntate omnium canonicorum meorum, laudamus et con- 
firmamus prenominate ecclesie Sancti Rufi : salva obedien- 
tia et reverentia sacrosancte matris ecclesie Viennensis et 
salvo censu quem pro his omnibus de predicta ecclesia Sancti 
Marcelli ^ reddi statuimus, xl. scilicet solides in festivitate 
Omnium Sanctorum et alios xl. in capite jejunii ; de obitu 
autem canonicorum nostrorum ac archiepiscoporum, sicut 
ab antecessore meo constitutum est, fieri rogamus atque 
precipimus, id est ut tricesimus canonicis et annuale obse- 
quium archiepiscopis persolvatur. Âctum est hoc anno ab 
Incarnatione Domini M. G. XXV ; prefate vero donationis 
actores fuerunt et testes : domnus Petrus archiepiscopus et 
V^illelmus decanus, et cantores Umbertus et Folco, Girber- 
tus et Amedeus archidiaconi, Girbertus tesaurarius, Ame- 
deus, Amblardus, Guigo de Alba Ripa, Guigo de Turre, 
Guigo de Siureii, Silvius de Farnay ''j Mile, Gage, Adema- 



24 CODEX DIPL0MATIGI3S 

rus, Guillelmus de Turre, Galterius de Balben, Ugo, Guil- 
lelmus de Chasnario, Prichardus, Ulbertus de Ornaceu, 
Nantelmus de Revel, Petrus Villelmi, Umbertus filius co- 
mitis, Amedeus, Bomo, Rostagnus de Reventi *, Rostagnus 
de Moras, Petrus, Poncius Aremberti. Hoc etiam volumus 
ut anniversarium semper^ agatur tam pro archiepiscopo 
quam pro canonicis. 

1. Copies dans : ms. de Secousse, 904 (cab. Giraud), f* 24** ; ms. de 
Harlay, 397 (Paris. B. N., 1. 11743), f<> 146»» ; Rivaz, Diplom. de Bour- 
gognSy t. Il, n® 153 (extr. du Gartul de la calhédr. de Vienne, f« 70»> ). 
Texte impr. dans Petit, Theodori Pœnitent., t.JI, p. 630-1 (ex Char- 
tulario ecclesiœ Viennensis). Cff. Chorier, Estai polit, t. II, p. 335; 
Charvet, Hist. delà s. éyl. de Vienne (1761), p. 334-5 (traduction, ex 
Tab. eccl. Vienn., f* 70) ; Ann. ord. Cartus. (1888), t. I. p. 234-5; 
Chevalier, C&rtul, de St-Maur de Vienne, p. 40 (n* 171). 

2. H. Prenant. — 3. H. Guooria. — 4. H. Mauricii, — 5. H. Ci- 
ryaino. — 6. S. Mauritii. — 7. [H. Jarnay» — 8. H. Reveusti. — 
9. H. saepius. 



XVII. 24 avril 1127. 

(Stephani episcopi Diensis confirmatio dont 

PRiEDEGESSORXJM) ^. 

QuoNiAM c generatio prétérit et generatio » per successus 
temporis advenit, terra vero in perpetuum manet* , de- 
crevimus dignumcommendarememorie donasanctorum 
poQtificum domni Ugonis et sancti Ismidonis, que consiiio 
et auxilio Diensis ecclesie dederunt ecclesie Sancti Ruphi 
et canonicis inibi degentibus, scilicet ecclesiam de Calon- 
cone, cumomni juread se pertinente, videlicet cum capellania 
de Vol ven to, aecclesias vero de Tauliniaco, cum appendiciis 
ad se pertinentibus, et ecclesiam Sancte Marie de Arnajone, 
cum omni suo bénéficie et honore, specialiter prefate eccle- 
sie concesserunt, ut canonici ibi degerent et Deo militarent. 
Tantorum igitur patrum dona, domnus Stephanus Diensis 
ecclesie antistites (sic), rogatu canonicorum ejusdem eccle- 
sie, magnifiée et soUempniter in pleno capitule, nulle dissen- 
tiente, dando confirmavit et corroboravit, in manu domni 
Severi abbatis Sancti Ruphi : salve episcopali jure et censu. 
Census vero prefati episcopi in ecclesia de Caloncone, semo- 
dius frumenti et v. solidi ; in ecclesiis autem de Tauliniaco, 



ORDINIS SANCTI RUPI. 25 

modius frumenti et vu. solidi ; in ecclesia de Arnajone, iiii**' 
annone et iiii. avene sextarii et due libre cere. Acta hec 
carta est in ecclesia Beati Pétri Die foris murum, anno ab 
Incarnatione Domini millésime centesimo XXVII, indic- 
tione V, mense aprilis, viii kal(endas) maii, feria i, luna x, 
anno vi. episcopatus domni Stephani. 

S(ignum) predicti episcopi,- qui hanc cartam fieri jussit et 
manu propria firmavit f . Sigf num Pétri prepositi. Sigf num 
Poncii de Torana. Sigf num Guilelmi d'Aix. Sigf num Ugo- 
nis d*Avinione. Sigfnum Fredelonis. Sigfnum Lantelmi. 
Sigf num Jarentonis. Sigfnum Ugonis. Sigfnum Arnaldi 
Johannis. Sigfnum Pétri de Maiseires. Sigfnum Pétri 
Arnaldi. Sigfnum Pétri Berengarii. Sigfnum Fronconis. 
Sigfnum Bermundi Raimundi. Sigfnum Guilelmi de Maien- 
cac. Sigfnum Armani. Sigfnum Poncii Margarita. Sigfnum 
Guigonis. Sigfnum Bertranni. Sigfnum Giraidi. 

1. Copie du XII* s. (voir n* IX). Autres dans : Baluze, t. LXXV, 
f* 293; Ollivier (J.), Cart. de Si-Ruf, f* 48: Arch. hist. du Dauph., t. 
XV, f' 145 (ex litteris original, eccl. Diensis). Texte impr. dans Î^etit, 
Theodori Pœnitent.y t. II, p. 632-4 (ex Ghartulario ecclesiae S. RuflR). 
Gff. GoLUMBi, Opusc. var., p. 280 ; Eusebi, ReperU P 86. 

2. Eccle. I, 4. 



XVIII. 1129. 

(PONTII EPISCOPI BeLLICENSIS DONATIO ECCLESIiE) 

DE OrDINATIO *. 

PONTius, Dei gratia Belicensis ecclesie servus ^, et ejus- 
dem ecclesie cetus venerabili in Xpisto fratri Wilelmo, 
eadem gratia Sancti Ruphi abbati, et ejusdem eccle- 
sie canonicis ac successoribus ejus, in perpetuum. Benedictus 
Deus, qui religionem vestram in rigore proposito perduran- 
tem, ceteris canonici ordinis domibus quamvis longe remo- 
tis imitabilem fecit. Unde factum est ut honorabilis frater 
noster Aimo, prier Ordinatensis ecclesie, que in episcopatu 
nostro sita est, sepius a nobis multa supplicatione petierit, 
quatinus ad religionem quam ibidem, Deo auctore, incoave- 
rat provehendam et tenore durabili conservandam, obedientie 
vestre eadem domus subdi nostra concessione deberet. Qui 
religiosum desiderium tandem benignitate débita confirman- 



26 CODEX DIPLOMATIGUS 

tes, venerabilem fratrem nostrum Petrum priorem de Buxa 
vocavimus eumque predicti loci priorem statuentes, ipsum 
locum cum universis appendiciis suis vobis et ecclesie ves- 
tre jure perpetuo possidendum, et juxta morem claustri 
vestri, quantum possibilitas loci permiserit, in canonico or- 
dine disponendum concessimus. Retinuimus autem, ut qui- 
eumque prior ejusdem loci extiterit, Belicensi episcopo 
canonicam obedientiam, salva dumtaxat abbatis sui obedien- 
tia, spondeat et presentiam suam sinodis ejus, excepta neces- 
sitatis causa, exibeat et decem libras cere, ad paschalem 
cereum faciendum, in Gêna Domini vel ante annuatim per- 
solvat, et ad capitulum vocatus causa cousulendi veniat, et 
si tanta nécessitas fuerit unum aut duos consilii viros de aliis 
Sancti Rufi obedientiis secum adducere studeat. Non solum 
autem prefati loci priorem, set generaliter universos Sancti 
Rufi fratres in canonicalem societatem suscepimus, ut vide- 
licet singulos ubi ad nos venerint tanquam canonicos habea- 
mus, eisque spiritualiter et temporaliter in ecclesiasticis 
beneficiis vivis ac mortuis juxta consuetudinem Ecclesie 
fideliter comunicemus. Nostris quoque apud vos universa- 
liter condignam juxta predicta vicissitudinem exsibendam 
determinavimus : quod quandocumque apud Ordinatum ca- 
nonicus noster ad conversionem venire infirmus ac sanus, 
pauper aut dives voluerit, gratanter suscipi debere nomina- 
tim expressimus. Subnotari quoque precepimus ecclesias ad 
predictum locum pertinentes, quarum ista sunt nomina: 
ecclesia de Corbellino, cum capella de Favergiis ; ecclesia 
de Sancto Simphoriano, cum capella de Sancto Andréa; 
ecclesia Sancti Xpistofori de Romaniaco ; ecclesia Sancti 
ÂpoUinaris de Colomiaco ; ecclesia de Chimilliaco. Testes 
autem et factores nostre concessionis isti sunt : Arnaldus 
archidiaconus, Ugo decanus, magister Umbertus, Isulfus 
decanus, Petrus de Briort, Johannes sacerdos, Guigo d'Iseu, 
Boso Gochez, Giraldus, domnus Umbertus Gebennensis epis- 
copus, Uldricus, Girardus. 

Igitur ego Pontius, Belicensis ecclesie minister et episco- 
pus, auctoritate Dei omnipotentis Patris et Filii et Spiritus 
Sancti, et beatorum apostolorum Pétri et Pauli, et omnium 
sanctorum Dei et nostra, omnes illos tam clericos quam 
laicos quicumque hanc nostram donationem et concessionem 
irrupere, infringere sive destruere temptaverint aliqua ca- 
lumnia, a sancte liminibus Ecclesie separo et omnibus modis 



ORDINIS SANCTI RUPI. 27 

excomunico, et in perpetuum cum diabolo et angelis ejus 
damno. 

Facta est autem carta ista anno ab Incarnatione Domini 
millesimo C. XXVIIII, apud Portas, precipiente domno 
Pontio Turrensi, Belicensi episcopo. 

1. Original parch. de 22 lig. Copies dans : Baluzb, t. LXXV, fo 298-9 
(ex arch. S* RuflB Valent.) ; Ollivier (J.), Cart. de Sl-Ruf, !• 52 : Arc/i. 
hiêt, du Daup/i., t. XV, f 148 (ex litteris originalib. eccl. S" Ruffi). 
Texte impr. dans Petit, Theodori Pœnitent., t. 11, p, 634-5 (ex eodem 
Ghartulario). Cf. ëusedi, ReperU, p. 89: f Carta originalis in perga- 
meno, cum sigillo pendente, ubi est imago episcopi circumscripta : 

SIOILLVH PONTII BELLIGEN ' EPISCOPI »... 

2. Le b' Ponce, évéque de Belley, que l'on dit originaire de la pa- 
roisse du Balmey (Réperl. d. sourc. hUt., c, 1859), semblerait, d'après 
la fin de cette charte, se rattacher à une famille de la Tour. 



XIX. H33. • 

(BosoNis DE Brior donatio domui) de Ordenas * . 

NOTUM sit omnibus tam presentibus quam futuris, quod 
ego Boso de Brior, recogitans inenarrabilem illam 
mercedem quam Deus ante secula preparavit diligenti- 
bus se * in veritate et in corde perfecto, do ecclesie Sancti 
RvFi et domui Ordinatensis loci, et Guillelmo predicte eccle- 
sie abbati et omnibus successoribus ejus, totam terram quam 
habeo in eodem loco cultam atque incultam, silvas, campos 
et prata ; et quecumque predecessores mei pra animabus 
suis predicte donaverunt ecclesie, bono animo laudo atque 
confirme, perpétua pace possidenda ab ecclesia Sancti Rvfi 
et Béate Marie Ordinatensis. Propter hoc ipse domnus 
abbas Guillelmus cum suis fratribus dédit michi et meis pro- 
pinquis, Bosoni Burdini et Fulconi Boschaz, qui bec mecum 
pariter laudaverunt, societatem et participationem in benefi- 
ciis et orationibus ecclesiarum Sancti Rvfi sicut unius cano- 
nici. Hec donatio facta est, domno Guillelmo abbate présente, 
in claustroOrdinatensi, etpostmodumiterumrecitataet con- 
firmata in presentia domni Guillelmi Ârelatensis archiepis- 
copi. Romane sedis legati, et Bernardi Aurasicensis epis- 
copi. S' magistri Duranni monachi. S' Johannis monachi 
Cluniacensis. S* Pétri Leotardi. S' Aymonis de Corbelino. 
S* Bernardi de Marchanz. S' Bernardi deFlavini(ac)o. S* Be- 
rardi et Humberti de Chindes. S* Josmari. S* Beduinî. S' Ste- 



28 CODEX DIPLOMATICUS 

phani de Corbellino. S' Hugonis de Colomeo. S' Hugonis 
conversi. S' Poncii de Loiis. S' Poncii de Balon. S' Poncii 
de Avinio. Hanc ipsam donationera laudavit Berlio Rufus, 
consanguineus Bosonis, et si quid juris habebat in his ter- 
ris, totum pari modo concessit jamdicte ecclesie, sub testi- 
monio predictorum. Actum sub veaerabili anacorita Pon- 
cio Beliciensi episcopo. Anno Dominice Incarnationis 
M'.C.XXX.III. 

Si quis hanc donationem ab ecclesia Beati Rufi auferre 
presumpserit, anathema sit. 

1. Original parch. de 20 lig., en très grosse *^criture (le mol anno a 
14 mill. de haut). Copie dans Ollivier (J.), Cari, de Sl-Ruf, f° 54 : 
Arch. kist. dxi Dauph., t. XV, f« 143 (ex litteris originalib. ecclesiae 
S" Huffi). Cf. EusEBi, Repert., p. 90. 

2. Gff. / Corinih., ii, 9; Jacob r, 12. 



XX ». H39. 

Gaufridi episcopi Burdigalensis 2, pro prioratu de Mor- 
naco, carta originalis in pergameno, cum sigillo pendente. 
Incipit : « Quod a nobis », datum Agadellsô 1139; ubi 
confirmât Roberto priori et canonicis suis Sancti Nicolai 
de Mornaco ecclesias Beati Pétri de Mornaco et Beati Ste- 
phani de Arverto et Beati Cirici, cum décima ejusdem, et 
Beati Pétri de Chalaveda, et capellam Beati Romani, cum 
appendiciis suis, molendinis, terris quœ sunt in mari sive in 
campestribus, et salinis et terris vicinis maris ; et recipit sub 
perpétua protectione ecclesiae Burdigalensis. Ait etiam quod 
ipsa ecclesia eisdem adjudicata solemniter fuit in concilie Pi- 
sano contra Cluniacenses et Malliacenses ; unde Innocentius 
papa II scripsit Guillelmo episcopo Xantonensi, tamquam 
pastori suo, ut in canonicum ordinem secundum regulam 
beati Augustini observari faciat, etc. « Actum presentibus 
religiosis et venerabilibus episcopis Guillelmo Xantonensi 
episcopo * et Liberio [lire Lamberto) Engol(ism)ensi epis- 
copo * », etc. In sigillo est imago episcopi dextera benedi- 
cen(ti)s et sinistra baculum tenen(ti)s, circumscripta : sigil* 

GAUFRIDI DEI GRATIA BXJRDEGALEN' EPI. 

1. Analyse fournie par Eusebi, Repert., p. 91-2. 

2. Geoffroy du Loroux, archevêque de Bordeaux {Répert. d. sourr. 
/lis^, c. 836). 

3. Guillaume Guadrati, évêque de Saintes (Répert, c. 961). 

4. Lambert, évéque d'Angoulôme en 1136, mort le 13 juin 1148. 



ORDINIS SANCTI RUPI. 29 

XXI. U39. 

(Stephani Vilar, venditio de portu Rodani Lugduni) *. 

IN scripturis legitur, sicut nobis a viris provectioribus tra- 
ditur, quod penitentia non agitur, sed fingitur, si quod 
oblatum est non restituatui*. Idcirco ego Stephanus Vi- 
larensis, Ylie filius, volens Jerosolimam proficisci, ne labor 
meus sit irritus et vacuus, si pergam sanguine et rapina 
cruentas habens manus, si in hoc itinere mortuus fuero, in 
sacra manu domni P(etri), sancte Ludunensis ecclesie ar- 
chiepiscopi, sedis apostolice legati *, assistentibus Ylione 
abbate et Stéphane archidiacono, et G. dapifero et G. de 
Sal, et S(ancti) R(ufi) canonicis, Hu. priore de Buxa, et 
Fulcherio et Giraido priore de Platera, et Giraldo de Luseis 
et Valcherio, pro anima matris mee et pro sainte mea et 
antecessorum meorum, solvo, dimitto, dono per fidem sine 
enganno ecclesie Sancte Marie de Platera et tibi Giraldo, 
ejusdem ecclesie priori, et omnibus aliis Sancti Rufi cano- 
nicis, presentibus et futuris, partem meam de portu Rodani 
qui est Lugduni ; pro qua parte, tu, predicte Giralde, prier 
de Platera, et S. R. canonici de me querimoniam faciaebatis, 
eo videlicet quod, secundum allegationes vestras, eam eccle- 
sie predicte et vobis pro decem et viii libris vendiderini et 
postea, suscepto precio, eandem partem abstulerim. Tu vero, 
Giralde, prier de Platera, prenominatam partem portus a 
Guielmo de Luseis de decem marchis argenti redimis et duas 
marchas mihi Stéphane Vilarensi tradis. Hoc itaque donum 
facio secundum prefatum modum, tali tenore ut, si ab Jero- 
solimis rediero et duodecûm marcas argenti tibi Giraldo, 
predicte priori, et S. R. canonicis reddere voluero, tu, pre- 
nominate Giralde, prier Sancte Marie de Platera, et S. R. 
canonici non ante predictas marcas argenti accipiatis nec 
ante de portu vos devestiatis, donec querimonia, quam tu 
predicte Giralde et S. R. canonici pro supra dicta portus 
venditione et ablatione de me faciebatis, dihgenter exami- 
netur et sopiatur justoque juditio terminetur. Ego P(etrus), 
sancte Ludunensis ecclesie arcbiepiscopus, sedis apostolice 
legatus, ut hoc prefatum donum quod supradictus Stephanus 
Vilarensis, Ilie filius, secundum supradictum modum , in 
manu nostra, coram supra nomminatis personis, fecit, filiis 
nostris S. R. canonicis ratum et inconcussum in perpetuum 



30 CODEX DIPLOMATIGUS 

maneat et stabili tenore inconvulsum illibatumque jugiter 
vigeat, ipsum doiium laudando confirmo et omnes hujus doni 
violatores, si qui unquam forte, quod absit, fuerint, débite 
excommunicatioais sententie auctoritate Dei et nostra subi- 
cimus, et successoribus nostris, ut hoc ipsum inviolatum 
custodiant, intimo mentis affectu supplicamus ; et ad fulcien- 
dam ejusdem doni cartam, istam quam supradictus Stepha- 
nus Vilarensis de prenominato dono coram nobis fieri jussit, 
rogatu ejusdem Stephani, sigillum nostrum aponimus do- 
numque cum carta nostra auctoritate munimus. S. Ilionis. 
S. Stephani archidiaconi. S. Qirini dapiferi. 3. Girini de 
Sal. S. Umberti Sancti Rufi canonici. S. Fulcherii. S. Ge- 
raldi. S. Geraldi. S. Balcherii. S. Stephani Vilaransis, qui 
hoc donum fecit et hanc cartam fieri jussit. Ego Stephanus 
Vilarensis, filius supradicti Stephani, hoc donum laudo, 
facio et confirmo in castro quod dicitur Vilars, in domo Ste- 
phani Broci, coram pluribus clericis et laicis. S. Guillelmi, 
abbatis S(ancti) R(ufi). S. Balcherii. S. Umberti de Monte. 
S. Geraldi. S. Guillelmi de Carboneres. S. Negelli de Bra- 
onna. S. Stephani Broci. Facta est carta ista et donatio 
anno ab Incarnatione Domini M.C.XXX.VIIII. 

1. Arch. du Rhône, fonds de la Platière, orig. Texte impr. dans 
GuiouB, C&rtuL LyonnaiSj t. I, p. 35-6. 

2. Pierre I"% archevêque de Lyon dès 1129, mourut à St-Jean- 
d'Acre le lundi 29 mai 1 139 ; cette charte doit donc appartenir aux 
premiers mois de cette môme année. Cf. Obituar, Lugdun,, p. 47 



XXIL 29 janvier iikT. 

(EUGENII III PAPiE CONFIRMâTIO SENTENTI^Ë AhEDEI AH- 
GHIEPISGOPI LUGDUNENSIS DE ECGLESIA S** AnDEOLI) *. 

EuGENius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
N(icolao) abbati Sancti Ruffi ejusque fratribus, salu- 
tem et apostolicam benedictionem. Que a fratribus 
nostris episcopis et precipue sedis apostolice legatis ratio- 
nabili providentia acta esse cognoscimus, in sua debemus 
stabilitate firmare, ne pravorum hominum ^ valeant refra- 
gatione turbari. Venerabilis frater noster A(medeus) Lugdu- 
nensis archiepiscopus, apostolice sedis legatus', sicut ex 
litteris ipsius * accepimus, pro controversia que inter vos et 



ORDINIS SANGTI RUFI. 31 

clericos Sancti Ândeoli, super ipsa Sancti Ândeoli ecclesia, 
diutius agitata est, utramque partem ante suam presentiam 
evocavit et post multas hinc inde disceptationes et allega- 
tiones, legitimorum testium ex parte vestra susceptis jura- 
mentis, fratres vestros canonicos Sancti RufB turpiter ac 
violenter de ipsa ecclesia expulses fuisse, ejusdem Sancti 
Andeoli ecclesie possessionem vobis plenarie restituendam 
çwljudicavit. Quod per venerabilem fratrem nostrum G(uillel- 
mum), Vivariensem episcopum, ex mandate ipsius legati effec- 
tui mancipatum est et eadem ecclesia vobis est restituta. 
Quia ergo nostri officii est maie acta corrigere et bene gesta 
firmare, eamdem restitutionem vobis sedis apostolice aucto- 
ritate firmanus : salvo jure proprietatis, si modo a nobis 
vocati illud in presentia nostra ordine judiciario ostendere 
poterunt. Datum apud Vicum, quarto kalendas februarii. 

1. Copies dans : Baluze, t. LXXV, {• 294 (ex arch. Valen. S» Ruffl) ; 
Olliyibr (J.), Cari, de St-Rut, f* 49 (extr. de l'orig. parch. le 3 déc. 
1702) : Arch. hist. du Daup/i.. t. XV, f* 160 (ex litterîs original, eccl. 
S«> Ruffl). Gff. EusEBi, Repert., p. 86 (Bulla originaUs) ; Jaffb, Reg. 
pont. Rom., éd. 2* , n» 8999. — 2. B. omet. — 3. Amédée, archevê- 
que de Lyon vers 1142, mort en 1147/8. — 4. B. eju$. 



XXIII. 19 octobre 1152. 

. (EXJGENII III PAPiE CONPIRMATIO INSTITUTIONIS ORDINIS 
CANONICI IN ECCLESIA DE BeLLOMONTK) *. 

EUGENIXJS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
W(illelmo) preposito et ceteris clericis ecclesie Béate 
Marie de Bellomonte, salutem et apostolicam benedic- 
tionem. Quotiens ea que hortari nos convenit postulamur, 
moras ad concedendum facere non debemus, ne differre bona 
desideria, que magis dirigenda et fovenda sunt, videamur. 
Ideoque rationabilem postulationem vestram, quam ex lit- 
teris venerabilis fratris nostri P(etri) Rutinensis episcopi et 
nobilis viri T(rincavelli) Biterrensium vice comitis, atque 
relatione prepositi vestri cognovimus, débita benignitate 
attendentes, religiosis desideriis vestris clementer annui- 
mus et institutionem canonici ordinis, quam in vestra eccle- 
sia inducere et observare cupitis, favoris nostri authoritate 
firmamus et futuris temporibus ratam haberi precipimus : 



32 GODKX DIPLOMATIGUS 

statuentes ut ordo canonicus, secundum Deum et beati Au- 
gustini regulam, in vestra ecclesia juxta observantiam 
patrum Sancti Rufi, ex hoc nunc a vobis et aliis, qui in eo 
substituentur in perpetuum, observetur et amodo nuUus ibi 
nisi canonicus regularis ordinetur. Datum Albe , decimo 
quarto kalendas novembris. 

1. Copie dans Doat (Paris, B. N.\ t. CXXXVII, fo 19 (extraict et 
collationné à l'original trouvé dans les archives des titres de l'église 
collégiale de Beaumont, au diocèze de Vabres,... le 29 may 1667). Cff. 
EusBBi, Repert., p. 78; Jaffb, Reg. ponL Rom., éd. 2* , n« 9609. 



XXIV*. 2ksivnlli5k. 

BuUa Anastasii papse IV directa « dilectis filiis Durando 
abbati ecclesie Saneti Rufl ejusque fratribus ». Incipit : « Re- 
ligiosam... Datum Laterani, viii kalendas maii MCLIIII » ; 
ubi suscipit sub protectione apostolicae sedis ecclesiam et or- 
dinem Sancti Rufi, prœcipit ut ordo canonicus ibidem secun- 
dum Deum et beati Augustini regulam institutus perpétue 
observetur; confirmât omnia bona et ecclesias quas nomi- 
nat, et inter eas : « ecclesiam Sancti Jacobi et Sancti Rufi 
subtus cfvitatem Tripolitanam sitam, et cum ecclesia de 
Artucia, et cum honore et possessionibus ad easdem eccle- 
sias pertinentibus ; ecclesiam Sancti Jacobi de Valen- 

tia», etc. ; « preterea aqueductum a Durentia descendentem in 
Rhodanum... » Eximit terras quœ coluntur propriis canoni- 
corum sumptibus a decimis. Subscriptus est idem papa et 
17 cardinales. 

1. Analyse fournie par Eusebi, Reperi., pp. 5 et 77 : t Liber 28 fol. 
notatus sub littera A, n* 36, continet bullas seq. autentice eztractas 
ab earum originalibus ». Cf. Jaffb, Reg. pont. Rom., éd. 2*, n* 9874- 



XXV. (ii5k-59), 

DoMNi PRiORis Sancti Pétri foris portam Dyensem *. 

ADRIANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
Petro priori ecclesie Sancti Pétri Diensis ejusque fra- 
tribus, tam presentibus quam futuris, regularem vitam 
professis, in perpetuum. Religiosis desideriis dignum est fa- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 33 

cilem prebere consensum, ut fidelis devotio celerem sortia- 
tur effectum. Eapropter, dilecti in Domino filii, vestris justis 
postulationibus clementer annuimus et prefatam ecclesiam, 
in qua divino mancipati estis obsequio, sub beati Pétri et nos- 
tra protectione suscipimus, et presentis scripti privilegio 
communimus. In primis siquidem statuentes, ut ordo cano- 
nicus qui secundum Dei timorem et beati Âugustini regulam, 
et secundum institutionem ecclesie Sancti Rufi in ecclesia 
ipsa institutus esse dinoscitur, perpetuis ibidem temporibus 
inviolabiliter conservetur. Preterea quascumque possessio- 
nes, quecumque bona eadem ecclesia inpresentiarum juste 
et canonice possidet, aut in futurum concessione pontificum, 
largitione regum vel principum, oblatione fidelium seu aliis 
justis modis, prestante Domino, poterit adipisci, firma vobis 
vestrisque successoribus et illibata permaneant ; in quibus 
hec propriis duximus exprimenda vocabulis : ipsum burgum 
qui est juxta ipsam ecclesiam, jus parrochiale, viridarium, 
condaminam, cum décima que est juxta eandem civitatem, 
molendina cum cursu aquarum superius et inferius, ortos, 
prata, nemora, terram de Planis, terram de Rebusac, ter- 
ram de Noullac, terram de Cavallac, terram de Sancto Satur- 
nine et vineas, terram de Podio, terram de Taalosc, domos, 
vineas, terram de Quinto, terram de Tues cum omnibus ap- 
pendiciis suis, terram de Verneih, terram de Corneto, ter- 
ram de Ruant et vineas, terram de Monte Sancti Martini, 
terram de Sebione, terram de Segeleiras, terram de Besso 
et vineas, terram de Vaileu, terram de Aucellone, et omnes 
alias terras cultas et incultas ubicumque sint, vineam que est 
juxta condaminam supradictam et omnes alias cum omnibus 
pertinentiis suis ; annuam pensionem domorum, ortorum, 
vinearum et terrarum, cum venditionis et emtionis usatico. 
Sanctimus preterea ut [ne]c Tempiariis nec Hospitalariis, 
neque cuilibet alii liceat infra termines ipsius ecclesie, in 
dampnum ejus, oratorium vel ecclesiam quamlibet vobis in- 
vitis hedificare ; sepulturam quoque ipsius loci liberam esse 
concedimus, ut eorum devotioni et extrême voluntati qui se 
illic sepeliri deliberaverint, nisi forte excommunicati sint vel 
interdicti, nullus obsistat : salva tamen justitia matricis 
ecclesie. Sane cum commune interdictum terre fuerit, liceat 
vobis, clausis januis, non pulsatis tintinnabulis,exclusis ex- 
communicatis et interdictis, suppressa voce, in ecclesia vestra 
divina oflScia celebrare. Ad hec décimas agrorum, vinearum 



34 CODKX DIPLOMATICUS 

et omnium possessionum vestrarum, sicut Hugo bone me- 
morie, Diensis quondam episcopus, atque Ismido et alii suc- 
cessores ejus 

1. Orif^inal parch. dont il ne reste que 18 lig. Cf. Jaffé, Reg. pont. 
Rom,, éd. 2*, n* 10455. 



XXVI ». (115^-59). 

Bulle du sainct Siège soubz le pape Adrien 4% confirmant 
la sentence donnée par les sieurs archevesque de Vienne et 
evesque de Grenoble, sur le différent des sieurs abbé de Saou 
et prieur de Sainct Félix. 

1. Analyse fournie par V Inventaire de St-Félix, f* 37, n« 188. 



XXVII. n avril (1155}. 

(BULLA AdRIANI IV PAP.E DE DECIMIS TERRARUM) *. 

ADRiANUs episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
D(urando) abbati et ceteris canonicis ecclesie Sancti 
Ruffi, salutem et apostolicam benedictionem. Licet ex 
injunctonobis a Domino apostolatus ofïicio debeamus omnibus 
ecclesiis providere, pro illis tamen precipue nos opportet esse 
sollicites quibus speciali vinculo caritatis sumus astricti, 
quatinus et nos videamur exequi quod debemus et que no- 
bis mater extitit honestatis et in religione studuit actencius 
informare patris benefïicium senciat et illius qui olim fîlius 
merito vocabatur. Ea propter, dilecti in Domino filii, utili- 
tati vestre imposterum providentes, statuimus ut nuUius 
nostre vel predecessorum nostrorum constitucionis aucto- 
ritas vobis obsistat, quin de omnibus terris, de quibus déci- 
mas canonice et légitime habere aliquando consuevistis vel 
aliqua vestra ecclesia que sit vobis subjecta, ad quoscumque 
terre ipse devenerint, de cetero habeatis. NuUi ergo omnino 
hominum liceat hanc nostre constitucionis paginam teme- 
rario ausu infringere seu ipsi modis quibuslibet contraire. 
Si quis autem hoc actemptare presumpserit, indiguationem 
omnipotentis Dei et beatorum Pétri et Pauli apostolorum 



ORDINIS SANCTI RUFI. 35 

ejus se noverit incursurum. Datum Rome, apud Sanctum 
Petrum, xv kalendas maii. 

1. Vidimus de Franc, du Puy, officiai de Valence (1487), f* 3»» (n« xiiii). 
Copie dans Eusebi, Repert., p. 303. Texte impr. (incomplet) dans : 
Gallia Christ, vet., t. IV, p. 803; Fantoni Castrucci, ouvr. cité, t. II, 
p. 392-3. Cfif. EusEBi, Repert., p. 70; Jaffb, Reg. pont, Rom., éd. 
2* , n* 10030. On remarquera le passade où le pape Adrien lY rappelle 
avec gratitude les liens qui avaient uni Nicolas Breakspear à Tordre 
de St-Ruf {Réperl. d. sourc. hi»t., ce. 29 et 2381). 



XXVIII. 31 octobre (1155). 

(Ejusdem bulla Ademaro sacristie Sancti Rufi) *. 

ADRiANUS episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio 
Ade. sacriste Sancti RufR, salutem et apostolicam 
benedictioaem. In eminenti apostolice sedis spécula, 
disponente Domino, constituti, que ad utilitatem ecclesiarum 
pertinent et statuere debemus modis omnibus et firmare, Ea 
propter, dilecte in Domino fili, peticioni tue gratum impen- 
dentes assensum, auctoritate apostolica constituimus ut ea 
que nos sacristie concessimus aut processu temporis conce- 
demus, nullus unquam exinde alienet. Si quis autem hoc 
actemptaverit, indignacionem omnipotentis Dei et beatorum 
Pétri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Da- 
tum Capue, II kalendas novembris. 

l. Vidimus de Franc, du Puy, officiai de Valence (1487), f* 4(n*xviii). 
Copie dans EusEBi,Reper/., p. 306. Gif. Eusebi, p. 72; Jaffé, Reg. pont, 
Rom., éd. 2», n» 10096. 



XXIX. 27 avril 1156. 

(Ejusdem bulla pro ecclesia B. M. de Bellomonte) ^ 

ADRIANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
Guillelmo, preposito ecclesie Béate Marie de Bello- 
monte, ejusque fratribus, tam presentibus quam fu- 
turis, regularem vitam professis, in perpetuum. Pie postu- 
latio voluntatis eiTectu débet prosequente compleri, ut devo- 
tionis sinceritas utiliter enitescat, et utilitas postulata vires 
indubitanter assumât. Eapropter, dilecti in Domino filii, 



36 CODEX DIPLOMATICUS 

vestris postulationibus clementer annuimus et prefatam 
ecclesiam, in qua divino estis obsequio mancipati, sub beati 
Pétri et nostra protectione suscipimus et presentis scripti 
privilégie communinius. In primis siquidem statuentes, ut 
ordo canonicus secundura Deum et beati Augustini regulam 
in ipsa ecclesia, juxta observantiam ecclesie Sancti Rufi, 
perpetuis temporibus inviolabiliter observetur. Preterea 
quascumque possessiones, quecumque bona juste et canonice 
possidetis, aut in futurum concessione pontificum, largitione 
regum vel principum, oblatione fidelium seu aliis justis mo- 
dis, prestante Domino, poteritis adipisci, firma vobis ves- 
trisque successoribus et illibata permaneant. In quibus bec 
duximus propriis exprimenda vocabulis : in episcopatu Ru- 
thenensi, ecclesiam Sancte Marie de Viveyriis, ecclesiam 
Sancte Marie de Comps, ecclesiam Sancti Vincentii de 
Calm, cum sua capella de Prohencone, ecclesiam Sancti 
Pétri de Mones, ecclesiam Sancti Amantii de Anglaris, 
ecclesiam Sancti Privati , ecclesiam Sancti Stephani de 
Caucas, ecclesiam Sancti Simphoriani de Mercato, et in 
eadem parrochia villam de Bosqueto cum omni suo terri- 
torio; in episcopatu Albiensi, ecclesiam Sancti Stephani de 
Capella, ecclesiam Sancti Hilarii de Cabanes, cum decimis 
et aliis pertinentiis, sicut vobis a venerabilibus fratribus 
nostris Petro Ruthenensi et Rigaldo Albiensi episcopis 
concessa esse noscuntur et scripta pagina confirmata. 
Obeunte vero te nunc ejusdem loci preposito seu tuorum 
quolibet successorum, nullus ibi qualibet surreptionis astutia 
seu violentia preponatur, nisi quem fratres communi con- 
sensu vel pars consilii sanioris secundum Dei timorem et 
beati Augustini regulam providerint eligendum. Sepulturam 
quoque ipsius loci liberam esse decernimus et ejus {lire 
eorum), qui se illic sepeliri delibe(rave)rint, devotioni vel 
extrême voluntati, nisi excommunicati vel interdicti fuerint, 
nullus obsistat : salva tamen justitia matris ecclesie. De- 
cernimus ergo, ut nulli (p, 10, L 36).,,, profutura : salva 
nimirum sedis apostolice auctoritate et diocesanorum epis- 

coporum canonica justitia. Si qua ergo in futurum 

inveniant. Amen. Amen. Amen. 

Ego Adrianus, catholice ecclesie episcopus, s(ub)s(cripsi). 

f Ego Guido, presbiter cardinalis tituli Sancti Griso- 
goni, ss. 



ORDINIS SANCTI RUFI. 37 

f Ego Ubaldus, presbiter cardinalis tituli Sancfe Pra- 
xedis, ss. 

f Ego Bernardus, presbiter cardinalis tituli Sancti dé- 
mentis, ss. 

f Ego Octavianus, presbiter cardinalis tituli Sancte Ce- 
cilie, ss. 

f Ego Johannes, presbiter cardinalis Sanctorum Johan- 
nis et P(auli) tituli Pamachii, ss. 

j- Ego Henricus, presbiter cardinalis tituli Sanctorum 
Nerei et Achillei, ss. 

f Ego Joannes , presbiter cardinalis tituli Sanctorum 
Sylvestri et Martini, ss. 

f Ego Oddo, diaconus cardinalis Sancti Georgii ad Vélum 
Aureum, ss. 

f Ego Guido, diaconus cardinalis Sancte Marie in Por- 
tion, ss. 

f Ego Odo, diaconus cardinalis Sancti Nicolai in Carcere 
Tulliano, ss. 

Datum Beneventi, per manum Rolandi, sancte Romane 
ecclesie presbiteri cardinalis et cancellarii, v. kalendas maii, 
Incarnationis Dominice anno M. C. LVJ, indictione un, 
pontificatus vero domni Adriani pape un anno secundo. 

1 . Copie en fac-similé, avec la devise (Oculi mei semper ad Do- 
minum) dans la roue et le monogramme (Benevalete), extraite « d'un 
grand parchemin escript et en la même figure que dessus.., exhibé par 
Pierre Arvieu, sacristain' de l'église N.-D. de Beaumont, et .... par 
François Miffaud, sindic du chapitre de Beaumont. en 1665 i». Autres 
à Paris, Bibl Nat., dans Doat, t. GXXXVII, f® i (extraict comme au 
n« xxiii), et ms. lat. 12776, f* 196. Gff. Eusebi, Reperl., p. 78; Jafpé, Reg, 
pont. Rom., ed 2a, n" 10176 et 10456. 



XXX. 30 mai (1151-8). 

(Ejusdem CONFIRMATIO CONCESSIONIS EPISCOPO ' 

AVENIONENSi) *. 

ADRiANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
R(aimundo) abbati et universo capitule ecclesie [Sancti 
Rufi], salutem et apostolicam benedictiouem. Devotioni 
vestre presentium [litterarum lecti]one volumus innotescat, 
nos concessionem quam dilec[ti filii] nostri R. de Arenis et 



38 CODEX DIPLOMATICUS 

frater C. venerabili fratri nostro G(aufrido) Av[enion]ensi 
episcopo auctoritate nostra fecisse noscuntur, ratam atque 
inconcussam habemus et eam firmitatis robur deceraimus 
obtinere. Datum Lat(erani), m. kal(endasj . junii. 

1. Original parch. de 7 lig., avec bulle en plomb sur cordelette de 
chanvre. Copie dans Eusebi, Repert., p. 98. Cf. Jaffé, Reg, pont. 
Rom., éd. 2a, n* 10370. 



XXXI. (10129 janvier) U58. 

Privilegium dom. Adriani pape IIIJ^ (pro egglesia 
BeatvE Marine de Bisulduno) *. 

ADRIANUS EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DeI, DILECTIS 
FiLiis Bernardo priori [ecclesie Béate Marie de Bi- 
sulduno, Gerundensis diocesis], ejusque fratribus 

TAM PRESENTIBUS QUAM FUTURIS REGULAREM VITAM PRO- 

FESSIS, IN perpetuuM. Religiosam vitam eligentibus aposto- 
licum convenit adesse presidium, ne forte cujuslibet teme- 
ritatis incursus aut eos a proposito revocet aut robur, quod 
absit, sacre religionis infringat. Eapropter, dilecti in Do- 
mino filii, vestris justis postulationibus clementer annuimus 
et prefatam ecclesiam, in qua divino mancipati estis obse- 
quio, sub beati Pétri et nostra protectione suscipimus et 
presentis scripti privilégie communimus. In primis siqui- 
dem statuentes ut ordo canonicus, qui secundum Deum et 
beati Augustini regulam in eadem ecclesia noscitur institu- 
tus, perpetuis ibidem temporibus irrefragabiliter observetur 
atque in [su]bjectione et dispositione ecclesie Sancti Rufi 
inviolabiliter perseveret. Preterea quascumque possessio- 
nes, quecumque bona eadem ecclesia impresentiarum juste 
et canonice possidet, aut in futurum concessione pontificum, 
largitione regum vel principum, oblatione fidelium seu aliis 
justis modis, prestante Domino, poterit adipisci, firma vobis 
vestrisque successoribus et (per) vos ecclesie Sancti Rufi 
illibata permaneant. In quibus bec propriis duximus expri- 
menda vocabulis : ecclesiam Sancte Marie, ecclesiam Sancti 
Vincentii, ecclesiam Sancte Marie de Bello Loco, ecclesiam 
Sancti Martini de Cappelladda, ecclesiam Sancte Marie de 
Paris, ecclesiam Sancti Fructuosi de Ursimano, ecclesiam 



ORDINIS SANGTI RUB^I. 39 

Sancti Silvestri de Mauro, ecclesiam Sancti Andrée de Soc- 
carraz , ecclesiam Sancti Johannis de Balbis , ecclesiam 
Sancti Quintini, ecclesiam Sancti Cornelii supra Gurnum, 
ecclesiam Sancti Michaelis de Médiane, ecclesiam Sancti 
Juliani de Ribellis, cum cimiteriis. decimis, primitiis et 
oblationibus earundem ecclesiarum. Libertatem quoque et 
justitias, quas prefata ecclesia juxta privilégia etmonimenta 
usque ad hec tempera sua noscitur habuisse, vobis nichilo- 
minus confirmamus. Sepulturam quoque ipsius loci liberam 
esse concedimus, ut eorum devotioni et extrême voluntati, 
qui se illic sepeliri deliberaverint, nisi forte excommunicati 
vel interdicti sint, nuUus obsistat : salva tamen justitia ma- 
tricis ecclesie. Ad hec adicientes statuimus ut aliqua eccle- 
sia parrochianos vestros , qui se illic sepeliri non devo- 
ver[int], ad sepulturam recipere nuUa ratione présumât. In 
precipuis quoque festivitatibus , Pasche videlicet, Pente- 
costen et Natalis Domini, aliquem parrochianorum vestro- 
rum nuUa ecclesia vobis invitis ad communionem recipiat. 
Decernimus ergo ut nuUi.... profutura : salva sedis aposto- 
lice auctoritate et dyocesani episcopi consueta justitia. Si 
qua igitur in futurum.... judicem inveniant. Amen. 

A(me)N. Amen. 

Ego Adrianus, catholice ecclesie episcopus, s(ub)s(cripsi). 

f Ego Gregorius, Sabinensis episcopus, ss. 

Ego Hubaldus, presbiter cardinalis tituli Sancte Praxe- 
dis, ss. 

Ego Octavianus, presbiter cardinalis tituli Sancte Ceci- 
lie, ss. 

Ego Girardus, presbiter cardinalis tituli Sancti Stephani 
in Celio Monte, ss. 

Ego Johannes, presbiter ca(r)dinalis Sanctorum Johannis 
et P(auli) tituli Pamachii, ss. 

Ego Henricus, presbiter cardinalis tituli Sanctorum Nerei 
et Achillei, ss. 

f Ego Odo, diaconus cardinalis Sancti Georgii ad Vélum 
Aureum, ss. 

f Ego Guido, diaconus cardinalis Sancte Marie in Por- 
tion, ss. 

f Ego Jacintus, diaconus cardinalis Sancte Marie in Cos- 
mydyn, ss. 

Dat(um) Rom(e), apud Sanctum Petrum, per manum Ro- 



CODEX DIPLOMATICUS 

landi, sancte Romane ecclesie [presbiteri cardinalis et can- 

cellarii, , indictione vj, Incarnationis D]omi- 

nice anno M*» C* L** VII, pontificatus vero domni Adriani 
pape un. anno quarto. 

1. Original parch. de 32 lig.; légères déchirures; la roue a 48 mill. 
de haut et le monogramme (Benevaleie) 53. Copies dans Ollivier (J.)» 
Cart de St-Ruf, f- 56 : Arch. hist. du Dauph., t. XV, f* 183 (ex lit- 
teris originalib. écoles. S*' Ruffî). Gif. Eusbbi, Repert., p. 62 : a est 
ibi idem papa subscriptus sua propria manu juxta suum signum ro- 
tundum [+ Oculi mei semp. ad dnm\'] » ; Jaffé, Reg. pont. Rom., 
éd. 2a, no 10457. 



XXXII. 1158. 

(OdO EPISCOPUS VaLENTINUS vendit INSULAM Espar VARIAM 

suBTUS Valentiam ordini Sancti Rufi) *. 

QviA necease est ut ea que a prelatis et rectoribus eccle- 
siarum, religiosis locis et divinis obsequiis raancipatis 
pietatis intuitu largiuntur, ad memoriam transferantur 
posterorum et bis qui pacem hoderunt malignandi prorsus 
toUatur occasio : idcirco ego Odo, Valentine ecclesie epis- 
copus, una cum ejusdem ecclesie canonicis, donationem de 
insula subtus Valentiam, quam fecimus domno Raimundo 
Sancti Rufi abbati et canonicis ecclesie presentibus et futu- 
ris, presenti pagina adnotamus et sigilli nostri munimine 
roboramus ; cujus donationis modum atque tenorem in se- 
quentibus duximus exprimendum. Ego utique Odo, Valen- 
tine ecclesie episcopus, communi consilio et unanimi volun- 
tate canonicorum ejusdem ecclesie, donamus et concedimus 
tibi Raimundo Sancti Rufi abbati et successoribus tuis, ca- 
nonicis quoque Sancti Rufi presentibus et futuris, insulam 
que dicitur Esparvaria, ad construendam ibidem Sancti Rufi 
abbatiam, libère et quiète perpetuis temporibus habendam 
et possidendam ; ita ut neque a nobis neque a successoribus 
nostris episcopis, neque etiam ab aliqua Valentine ecclesie 
persona, uUa deinceps valeat vel debeat exactio flagitari. 
Concedimus etiam ab oriente omnes decursus aquarum, ad 
molendina facienda et alia quelibet edificia ; piscandi quoque 
per totum Rodanum liberam facultatem , consuetudines 
porte et nauli, quas ab aliis exigimus, vobis remittimus in 



ORDINIS SANCTI RUFI. 41 

perpetuum, ita ut nichil consuetum super inductumve exi- 
gatur. Preterea si aliquid a nobis jure feudi possessum, do- 
natione vel emptione, vel quolibet alio titulo a vobis vel 
successoribus vestris fuerit acquisitum, jure vobis perpétue 
possidendum concedimus : exceptis feudis Pétri de Monte 
Vendrio, Guidonis de Monte Marano, Ismidonis de Ai et de 
Âttoeriis , quibus talem apponimus condicionem, ut sine 
consciencia nostra nichil ex bis dominio vestro valeat ad- 
notari ; ab hac tamen exceptione removemus terram de Se- 
ron, ut eam libère etiam sine nostra conscientia valeatis ac- 
quirere. Vestris etiam gregibus et armentis omnia pascua 
nostra ubicumque sint, in mandamento civitatis sive castro- 
rum sive villarum, libère pascenda concedimus. Et si que- 
libet persona honorem, quem a nobis annuali censu possi- 
det, vobis vestrisque quolibet modo vel titulo dimiserit vel 
assignaverit, liberam facultatem accipiendi et possidendi in 
perpetuum damus et concedimus : retento tamen in omni- 
bus annuali censu. Excipimus quidem ab bis domos infra 
civitatem Valentinam sitas, quarum precium videlicet quan- 
to plus vendere poteritis, volumus et concedimus tantum ut 
habeatis. Hoc totum ut predictum est et presens carta tes- 
tatur, videlicet prout melius et sanius intelligi potest ad 
utilitatem vestri vestrorumque posterorum, remota omni 
questione et qualibet retractacione, vobis et vestris succes- 
soribus laudamus, damus et concedimus, et ut ratum in 
perpetuum habeatur sigilli nostri attestacione signamus. Et 
sciatur quod pro hujus modi donatione habuimus de bonis 
ecclesie Sancti Rufi ce. marchas argenti fini, ita quod nichil 
indebitum remansit. Si qua igitur deinceps ecclesiastica se- 
cularisve persona huic nostre donationi et confirmationi 
sciens contra ire temptaverit, si secundo terciove comme- 
nita emendare neglexerit , omnipotentis Dei et omnium 
sanctorum et beati ApoUinaris indignationem et nostram 
incurrat, et a comunicatione Corporis et Sanguinis Domini 
nostri Jhesu Xpisti alienus fiât, atque in extrême examine 
divine subjaceat ultioni : sit pax omnibus diligentibus eam. 
Féliciter. Facta autem est bec donatio et confirmatio anno 
ab Incarnatione Domini M*» C** L*» VIII*, in presentia domni 
Stephani Viennensis archiepiscopi, apostolice sedis legati, 
et Hugonis Diensis episcopi, qui hanc cartam confirmave- 
runt et sigillorum suorum munimine roboraverunt, in capi- 
tule Valentinensis ecclesie, laudante hoc et confirmante 



42 CODEX DIPLOMATICUS 

ejusdem ecclesie conventu : scilicet Armanno decano, Wil- 
lelmo abbate Sancti Felicis, Olivario vicario, Willelmo ca- 
pite scole, Bertranno de Stella, Falcone priore de Burgo, 
Berengario de Boraa, Heustachio de Marzana, Latgers de 
Vaesc, Rotberto archipresbitero, Hugone de Castro Novo, 
Raimundo Provinciali, Poncio de Cleu, Airaone de Satilleu, 
Aîmone de Torench, Monaido de Aies, Raimundo de Bello 
Castro, Rostagno de Auriolo, Parisio, Petro Cornilla, Ste- 
phano Richardi, Willelmo Aaugis. 

Presentibus etiam canonicis Sancti Rufi : Raimundo ab- 
bate, Martine priore Sancti Rufi, Ademaro sacrista, Wil- 
lelmo camerario, Wicardo priore de Buxa, Guigone priore 
de Lugduno, Isardo priore de Vienna, Andréa priore de 
Comba, Raimundo priore de Peirau, Willelmo Rotberti, 
priore de Annoniaco, Petro Crasso, priore de Dia, magistro 
Elia, Willelmo priore de Claellis, Ademaro priore de Vol- 
vento, Stephano priore de Valentia, Stéphane de Rivo 
Sicco, Petro canonico, Petro de Vernaisone, Ysaia, Lauren- 
tio presbitero ; presentibus aliis clericis Valentiniensibus : 
Chatberto, Petro Gaucelmo, Boneto de Finceu, Abone de 
Stella, Petro Chatberti, Willelmo Chabiol, Bonello presbi- 
tero, Johanne presbitero, Petro de Saône et quodam clerico 
domini pape, Willelmo Riculfo, et multis aliis clericis et 
laicis. Facta est hec carta vi vente Adriano papa IIII**, ré- 
gnante Frederico Romanorum imperatore. 

1. Superbe original parch. de 32 lig., avec trace de quatre sceaux, 
dont trois pendants sur soie jaune, le 4* sur soie rouge. « Extrait de 
Foriginal en parchemin, avec trois sceaux pendants..., exibé... par M* 
André de Serre, chanoine chamarier et sindic du chapitre..., ce 12 mai 
1673 ». Copie dans Fontaniru, Preuv. de l'Hist de Dauph., t. II, 
!'• part., p. 225 (n* xxvii). Texte impr. dans Gallia Christ, nova, t. XVI, 
instr. c. 105-6 (d*après Fontanieu et l'extrait de 1673). Traductions : 
française dans Catellan, ouvr. cité, p. 304-7; italienne dans S. Con- 
gregat. consistor. (1764), Summar. n* 4 (3 p.). Cff. Columbi, Opusc, 
var., pp. 257 et 288 ; Valbonnais, Hist. de Dauph., t. II, p. 549; 
Fontanieu, Cari, du Dauph., t. I, f» 113» ; Eusebi, Repert., p. 97. 



ORDINIS SANCTI RUFI. 43 

XXXIII. 15 avril (1158). 

(AdRIANI IV CONFIRMATIO CONCORDL« INTER CANONICOS 

Sancti Rufi et Malleonenses) *. 

ADRIANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Raimundo; abbati et canonicis ecclesie Sancti Rufi, 
salutem et apostolicam benedictionem. Sicut equum 
est et officie religioso conveniens ut orte inter viros eccle- 
siasticos controversie concordia vel judicio terminentur, ita 
quidem ordo exigit rationis ut cum fuerint terminate firmen- 
tur et ad posterorum memoriam scripture fidei committan- 
tur. Inter vos autem et dilectos filios nostros (Aimericum) 
abbatem et canonicos Malleonensis ^ ecclesie, super ec- 
clei^iis scilicet Sancti Pétri de Riamo et Montis Tornesii et 
Sancti Jacobi et Sancte Gemme et Brolii, a longis rétro 
temporibus est negotium agitatum et usque ad bec tempora 
finem debitum non potuit optinere. Super quo cum ex parte 
vestra fuisset in auditorio nostro querela proposita, quod 
videlicet prefati canonici easdem ecclesias contra justitiam 
detinerent, nos illos ad exhibendam vobis justitiam nostro 
jussimus conspectui presentari. Quibus suam nobis presen- 
tiam exhibentibus, vos etiam per nuntios vestros ad sedem 
apostolicam accessistis et illis presentibus vestram propo- 
suistis in conspectu nostro querelam ; unde susceptis advo- 
catis hinc inde, negotium ipsum in audientia nostra et fra- 
trum nostrorum aliquandiu tractavistis. Quia vero testes 
sine difficultate nimia hinc inde non poteratis adducere, 
cum utraque pars multos diceret se habere, nos causam 
ipsam venerabili fratri nostro (Gaufrido) Burdegalensi ar- 
chiepiscopo et (Geraldo) Lemovicensi episcopo et dilectis 
filiis nostris (Boneto) Sancti Sabini et (Junio) de Gorona 
abbatibus decrevimus committendam , nostris eis litteris 
injungentes ut, testibus parcium auditis, examinatis atque 
susceptis, dicta omnium in scripture seriem fideliter hinc 
inde rédigèrent et nostre transmitterent noticie cognos- 
cenda. Quibus rite peractis, tam vos quam antedicti cano- 
nici cum depositionibus testium et aliis rationibus vestris 
ad sedem apostolicam rediistis, et peticionem, allegationes 
ac defensiones vestras in nostro auditorio iterastis. Pars si- 
quidem vestra, ex donatione bone memorie (Pétri) quondam 



44 CODEX DIPLOMATICUS 

Pictavensis episcopi et diutina possessione postmodum sub- 
secuta, ea(s)dera vobis ecclesias vendicabat ; donationis au- 
tem autenticum et bullatum instrumentum prefati episcopi 
proferebat in médium, quod ecclesiam de Cavafaia cum 
omnibus pertinentibus sibi ecclesiis , scilicet ecclesia de 
Rialmo, Sancti Mauricii, Lotarderie, Moleronis, Telle, Bro- 
lii, Lilii, Sancti Sulpicii, Sancte Gemme et Sancti Germani 
ecclesie Sancti Rufi concessas fuisse monstrabat : posses- 
sionem autem postmodum per multum temporis subsecutam 
multis testibus ostendebat. Quo contra Malleonenses cano- 
nici transactionem quandam coram felicis memorie papa 
Honorio factam opponebant in médium et instrumentum 
ipsius transactionis ad noticiam proferebant ; donationi 
etiam cuidam ab Arnaldo priore de Cavafaia Maleonensi 
ecclesie facte et a prefato episcopo postmodum confirmate 
videbantur inniti : sed ipsius donationis instrumentum au- 
tenticum non habebant. Transactionem vero pars vestra his 
rationibus infirmabat, quod videlicet frater ille qui transac- 
tionem fecerat ad transigendum non fuerat destinatus, et 
postea abbas et canonici Sancti Rufi transactionem ipsam 
ratam nullatenus habuerunt : immo in synodo Pictavis ha- 
bita per nuntios suos eodem anno quo transactio facta fue- 
rat manifeste contradixerunt, et hoc ipsum pars vestra testi- 
bus et litteris comprobabat. Unde cum nos, rationibus utri- 
usque partis auditis, sententiam proferre vellemus, inter- 
ponentibus ex voluntate nostra sollicitudinem suam dilectis 
filiis nostris Julio tituli Sancti Marcelli et G(uidone) Sancte 
Marie tituli Calixti et W(illelmo) tituli Sancti Pétri ad Vin- 
cula presbiteris cardinalibus, pro parte Maleonensis eccle- 
sie abbas et R. de Bria et P. Giraldi, ejusdem loci canonici, 
pro parte vero vestra P. prier de Cavafaia, A(demarus) 
sacrista Sancti Rufi, magister E., magister G., (Petrus) 
abbas Cellensis • contentionem ipsam elegerunt concordia 
finiendam et in hune transactionis modum ex utraque parte 
de voluntate spontanea convenerunt, per pacis osculum et 
fide data in manu venerabilis fratris nostri G(re)g(orii) Sa- 
binensis episcopi, utrunque Armantes quod transactionem 
ipsam a capitule faceret ratam haberi. Ipsi quidem vobis 
ecclesiam Brolii et ecclesiam de Sancta Gemma, cum omni- 
bus pertinentiis suis, et si quid etiam in ecclesia de Cava- 
faia vel Moleronis et Sancti Laurentii de Taluch et Sancti 
Mauricii et Sancti Sulpicii et Lotarderie et Lilii, cum om- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 45 

nibus pertinentiis earum, de jure poterant postulare abso- 
lute vobis et libère dimiserunt, et sine ulla repeticione sua 
et successorum suorum perpetuis vobis temporibus red^i- 
derunt et concesserunt habendas. Pars autem vestra quic- 
quid haberatis in ecclesia Sancti Jacobi et quicquid in 
ecclesia de Rialmo et de Monte Tornesio earumque perti' 
nentiis de jure petere poteratis, Maleonensi ecclesie sine 
vestra et successorum vestrorum repeticione liberum abso- 
lutumque dimisit. Hac ergo transactione ad noticiam apos- 
tolatus nostri prolata et petente utraque parte robur ei 
nostre confirmationis adjungi, nos de consilio et voluntate 
fratrum nostrorum eandem transactionem auctoritate nostra 
duximus confirmandam et eam scripti nostri pagina curavi- 
mus communire. Nulli ergo hominum liceat hanc pagiuam 
nostre confirmationis infringere vel ei aliquatenus contraire : 
si quis autem hoc attemptare presumpserit, indignationem 
omnipotentis Dei et beatorum Pétri et Pauli apostolorum 
ejus se noverit incursurum. Dat(um) Laterani, xvii. kalen- 
das maii. 

1. Original parch. de 31 lig., avec trace de bulle sur lacs de soie 
rouge et jaune : au dos : « Reg(istrata) ccc' Iz viiij ». Gtr. Eusebi, 
Repert., p. 63; Jaffé, Reg, pont. Rom,, éd. î», n» 10399. 

2. Ici et plus loin le notaire avait d*abord écrit : Mauleonen, L'ab- 
baye de la Trinité de Mauléon (nuj. Gh(^tillon-sur-Sèvre), ordre de 
St-Augustin, avait été fondée au diocèse de Poitiers avant 1079. Le 
lendemain de Teipédition de cette bulle, l'abbé Aimeric en obtint une 
qui lui confirmait les possessions de son monastère (Gallia Christ, 
nova, t. il, c. 1393). 

3. Pierre, abbé de Notre-Dame de Celles (ordre de St-Augustin, 
diocèse de Poitiers), avait été chanoine de St-Ruf (Gallia Christ. 
nova, t. II, c. 1338). 



XXXIV. 7 janvier (1159). 

(Ejusdem confirmatio de portu Lugdunensi) *. 

ADRiANus episcopus, servus servorum Dei, dilecto filio 
Raimundo abbati et canonicis ecclesie Sancti Ruphi, 
salutem et apostolicam benedictionem. Que pietatis 
intuitu ecclesiis aliquibus vel personis ecclesiasticis confe- 
runtur, in sua volumus stabilitate consistant et, ne processu 
temporis debeant immutari, apostolice sedis oportet muni- 



46 CODEX DIPLOMATICUS 

mine roborentur. Quocirca, dilecti in Domino filii, quod in 
portu Lugdunensi a Stephano de Vilari et filio ejus Ste- 
phano de Vilari vobis coilatum esse dinoscitur, et bone me- 
morie qiiondam (Pétri) archiepiscopi Lugdunensis scripte 
firmatum, quemadmodum in eodem scripto rationabiliter 
continetur, vobis et successoribus vestris auctoritate apos- 
tolica confirmamus, et confirmationem ipsam ratam imper- 
petuum decernimus permanere. Liberum etiam transitum 
tibi, fili abbas, et successoribus tuis, cum bis omnibus qui 
in societate tua fuerint, in eodem portu, quemadmodum tibi 
concessum est et nos ipsi cognoscimus, nichilominus confir- 
mamus. NuUi ergo omnino hominum liceat hanc nostre 
confirmationis paginam temerario ausu infringere, vel ei 
modis quibusiibet contraire : si quis autem hoc attemptare 
presumpserit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum 
Pétri et Pauli apostolorum ejus se noverit incursurum. Da- 
tum Laterani, vu*» idus januarii. 

1. Arch. du Rhône, fonds de la Platière, orig. Texte impr. dan» 
GuiGUE, C&rluL Lyonnais, t. l, p. 58-9. Cf. Jaffé, lîô</. pont. Rom., 
éd. 2a, n<* 10533. 



XXXV. 14 mars 1159. 

Privilegium de insula Valentie que dicitur 

esparveria *. 

ADRiANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
Raimundo abbati et universis fratribus ecclesie Sancti 
Rufi, salutem et apostolicam benedictionem. — Quanto 
ecclesiam vestram sinceriori caritate diligimus et majori 
amplexamur dilectionis affectut tanto amplius ad ejus com- 
modum et utilitatem intendimus,et vos in vestris justis pos- 
tulationibus libentius exaudimus. Inde est quod, petitioni 
vestre grato concurrentes assensu, donationem seu vendi- 
tionem insuie Esparvarie que subtus Valentiam * sita est, 
quam scilicet venerabilis frater noster 0(do), Valentinus 
episcopus, vobis et ecclesie vestre, cum assensu et coni- 
ventia canonicorura suorum, fecisse dinoscitur, vobis et per 
vos ecclesie vestre auctoritate apostolica confirmamus. Cu- 
jus quidem donationis seu venditionis modum atque teno- 
rem, sicut in scripto ipsius episcopi novimus contineri, duxi- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 47 

mus in subsequentibus exprimendum ; est autem hujusmo- 
di : « Ego 0(do), Valentine ecclesie episcopus (supra, p. 40, 
L 25) indebitum remansit. » Ut autem hec omnia perpetuis 
teraporibus inviolabiliter observentur, auctoritate apostolice 
sedis ea duximus munienda et presentis scripti pagina robo- 
randa. Statuentes ut nuUi omnino hominum liceat hanc 
nostram confirmationem ausu temerario infringere vel ei 
aliquatenus contraire. Si quis autem hoc attemptare pre- 
sumpserit, secundo terciove commonitus nisi reatum suum 
congrua satisfactione correxerit, potestatis honorisque sui 
dignitate careat, reumque se divino judicio existere de per- 
petrata iniquitate cognoscat, atque in extremo examine dis- 
tricte subjaceat ultioni. Cunctis vero eam servantibus sit 
pax Domini nostri Jhesu Xpisti, quatinus et hic fructum 
bone actionis percipiant et apud districtum judicem premia 
eterne pacis inveniant. Amen. Amen. Amen. 

Ego Adrianus, catholice ecclesie episcopus, s(ub)s(cripsi). 

Dat(um) Lat(erani), per manum Rolandi, sancte Romane 
ecclesie presbiteri cardinalis et cancellarii, n. idus martii, 
indictione vu, Incarnationis Dominice anno M® C® L*» VIII®, 
pontificatus vero domni Adriani pape iiii anno quinto. 

1. Original parch. de 25 lig., avec bulle de plomb sur lacs de soie 
rouge; la roue et le monogramme {Benevalete) mesurent 52 raill.; 
seule la souscription du pape est d*une écriture différente et semble 
autographe. Le dos porte cette autre inscription : Gonfirmatio ven- 
diiionis insuie Esp&rverie per d Adrianum papam çuaWum. a Ex- 
trait tiré du propre original estant en parchemin exhibé... par le 
seigneur (Guilhaume) abbé de S' Rufz ... ce 3* janv. 1635 » ; autre 
extrait de Torig. en parch. exhibé par Guilh. de Gonar, chan. de S. 
Ruf, en 1663. Copies dans Ollivibr (J.), CarL de St-Ruf, f* 62 
(extrait de l'original... exibé... par M* André de Serre, chanoine cha- 
marier et sindic du chapitre de S* Hufz... ce 12* may 1673) : Arch. hisL 
du Dauph., t. XV, f* 186 (ex lilteris originalib. abbatiae S" Ruffi). 
Traductions (incompl.) : franc, dans Gatbllan, ouvr. cité, p. 307-8; 
ital. dans S. Congreg. consist. (I76i\ Summar. n"* 4> . Cff. Fontanieu, 
Car t. du Dauph,, t. I, f* 113a ; Eusebi, Reperi,, p. 97 ; Jaffé, Reg. 
pont. Rom., éd. 2* , n» 10556. 



XXXVl i. Vers il59. 

Item (transumptum) alterius litterae seu privilegii dom. 
Frederici Romanorum imperatoris, continentis confirma- 
tionem dicti Odonis praedecessoris nostri (Ludovici de Villa- 



48 CODEX DIPLOMATICUS 

ris, episcopi Valentin.), quae incipit in 2* linea : « inclinari 
precibus nostra imperialis dignitas seraper consuevit », etc. 
et finit dicti privilegii ultima linea : « comités Otto et frater 
ejus. » 

1. Mention fournie par Eusebi, Repert., p. 97. Gif. Fontanieu. Cart. 
du Dauph., t. I, f» 113» ; Catellan, ouvr. cité, p. 308. 



XXXVII. 21 msLi(H59). 

(BULLA AdRIANI IV DE DECIMIS ET ORATORIIS) *. 

ADRIANUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
Raimundo abbati et fratribus Sancti Ruffi, salutem et 
apostolicam benedictionem. Justis petencium desideriis 
facilem debemus impartiri consensum et vota, que a racionis 
tramite non discordant, effectu sunt prosequente complenda. 
Ea propter, dilecti in Domino filii,vestris justis postulacioni- 
bus gratum impercientes assensum, apostolica auctoritate 
statuimus ut nuUi omnino liceat décimas ad vestrum jus vel ad 
parrochias ecclesiarum vestrarum pertinentes, vobis invitis 
et nescientibus, emere vel eas quomodolibet usurpare. Sta- 
tuimus eciam ut nemo in territorio ecclesie vestre aut in ter- 
ritoriis ecclesiarum ad vestrum jus pertinencium, absque 
vestra et diocesani episcopi conivencia et assensu, ecclesiam 
vel quodlibet oratorium edifficare présumât. Decernimus 
ergo ut nulli hominum fas sit banc paginam nostre institu- 
cionis et confirmacionis infringere vel ei aliquatenus con- 
traire : si quis autem hoc actemptare presumpserit, indigna- 
cionem omnipotentis Dei et beatorum Pétri et Pauli aposto- 
lorum ejus se noverit incursurum. Datum Tusculani, vi ka- 
lendas junii. 

1. Vidimus de Franc, du Puy, officiai de Valence (1487), f» 3b (n»xv); 
copie dans Eusbbf, Reperi., p. 303. Gff. Eusebi, p. 72; Jaffé, Reg, 
pont. Rom., éd. 2« , n« 10571. 



ORDINIS SANCTI rufi. 49 

XXXVIII. 17 août U59, 

DONATIO ECCLESIE DE MORNACO PER EPISCOPUM 
ET CAPITULUM XaNTCONENSES) *. 

BERNARDUS, Dei gratia Sanctonensis episcopus, dilectis in 
Xpisto fratribus Raimundo abbati et canonicis Sancti 
Ruphi, tam presentibus quam futuris, in perpetuum. 
Episcopalis officii esse dinoscitur religiosa loca diligere eis- 
que ex intuitu pietatis congrua impertiri bénéficia. Ea prop- 
ter, dilecti in Domino fratres, considerata honestate et reli- 
gione vestra que in dies, propiciante Domino, magis ac 
raagis dilatatur, ecclesiara Sancti Nicholai de Mornaco, cum 
pertinentiis suis, co(n)silio capituli nostri et commun! coni- 
ventia fratrum ejusdem ecclesie, vobis donamus perpetuis- 
que temporibus quiète habendam concedimus, ut ordo cano- 
nicus ibidem a vobis conservetur : salvo jure et auctoritate 
Xantonensis episcopi, in obedientia prioris et fratrum ejus- 
dem ecclesie qui ad regendas capeilanias eidem episcopo 
présentât! fuerint, et in ceteris omnibus que ad dignitatem 
pertinent episcopi et ministrorum ejus, et salvo censu quem 
sub annua pensione v® solidorum ecclesie Xantonensi red- 
dere eadem consuevit ecclesia. Ut igitur bec donatio nostra 
firmior certiorque habeatur, presentem inde cartam fieri et 
sigilli nostri munimine roborari fecimus, manu propria subs- 
cribentes. Si qua ergo ecclesiastica secularisve persona 
hanc nostre donationis paginam sciens contra eam temere 
venire temptaverit, nisi semel, secundo terciove commonita 
condigne resipuerit, iram et indignationem omnipotentis Dei 
et apostolorum ejus Pétri et Pauli incurrat et excommuni- 
cation! subjaceat. Datum apud Sanctum Florentium juxta 
Niortum, xvi. kalendas septembris, Dominice Incarnationis 
anno M. G. L. VIIII, indictione vu* , Romano pontifice do- 
mino Adriano papa iiii. Henrico rege Anglorum et duce 
Aquitanorum, episcopatus vero nostri anno x** viii**. Ego 
Bernardus Xantonensis. episcopus s(ub)s(crip)s(i). Ego El- 
dradus, Xantonensis archidiaconus, concessi et subscripsi. 
Ego Helias, Xantonensis ecclesie decanus, concessi et subs- 
cripsi. Ego Johannes, Xantonensis archidiaconus, concessi 
et subscripsi. f Ego Michael, cantor Xantonensis ecclesie, 
concessi et subscripsi. Ego Willelraus, canonicus et archi- 



50 CODEX DIPLOMATICUS 

presbiter de Surgeriis, concessi et subscripsi. Ego Hiterius 
Morel, canonicus, concessi et subscripsi X. Ego Ademarus 
Carbonelli, canonicus, concessi et subscripsi. Ego G. Mau- 
seaci concessi et subscripsi. Ego Helyas D(avi)d, canoni- 
cus, concessi et subscripsi X. Ego Petrus Papini concessi 
et subscripsi. Ego W. Aleardi, canonicus, concessi et subs- 
cripsi X. Ego Rotbertus Quod Capud concessi et subscripsi. 
Ego Petrus Helye, canonicus, concessi et subscripsi X. Ego 
Ademarus subscripsi et concessi X. 

1. Original parch. de U lig. 1/2; trace de sceau pendant sur bande 
de cuir. Texte impr. dans Gallia Christ, nova (1720), t. II, instr. c. 
460-1 (ex Ghart. S. Rufi). Cf. Eusebi, ReperL, p. 92. 



XXXIX. (1163-73). 

Sententia dom. episcopi Diensis contra monachos 
Sancti Giraldi super egglesia de Volvent *. 

EGO Petrus, Diensis episcopus, cura sederem in causa 
monachorum Sancti Geraldi et canonicorum Sancti 
Rufi, monachi conquesti sunt se violenter expulses 
a canonicis Sancti Rufi ab ecclesia que est extra castrum 
de Volvent : quod a canonicis Sancti Rufi factura esse non 
probaverunt. Canonici vero Sancti Rufi per Hugonem 
Diensera episcopum possessionera sibi adjudicatara pro(b)a- 
verunt. Probaverunt etiara ab A(raedeo) Lucdunensi archi- 
episcopo, apostolice sedis legato, cura de appellationecognos- 
ceret, eandera sibi adjudicatara. Probaverunt etiam ipsi 
canopici mandate legati se raissos ab episcopo Hugone in 
possessione utriusque ecclesie. Probaverunt etiara auten- 
ticis instrumentis a sumrais pontificibus Eugenio et Adriano 
confirmatura quod legatus super possessione decreverat. 
Unde nos, majorum vestigia sequentes, canonicos Sancti 
Rufi justos possessores judicamus et monachos a petitione 
possessionis utriusque ecclesio, salva proprietatis questione, 
submovemus. 

1. Original parch., avec fragment de sceau sur forte leranisque. 
Copie dans Oluvier (J.), Cart. de S(-Ruf, 1* lOfi (extrait de l'orig. en 
parch. avec un sceau de cire, ce 6 dec. 1712). Cf. Eusebi, Repert., p. 87. 



ORDINIS SANGTI RUFI. 51 



XL. {U61'12). 

(CONPIRMATIO EPISCOPI XaNTONENSIS DE ECCLESIA 

Sancti Nicholai de Mornaco) *. 

A(DEMARUS),Deigratia Xantonensis episcopus, Raimundo 
eadem gratia ecclesie Sancti Rufi venerabili abbati 
sanctoque ejusdem ecclesie conventui, in perpetuum. 
Que a sanctis patribus nostris episcopis religiosis locis et 
his qui terrena omnia contemplatione celestium reliquerunt 
pietatis et religionis intuitu conferuntur, in sua debent stabi- 
litate consistere et ad majorem in posterum firmitatem ha- 
bendam successorum sigillis eadem necesse est communiri, 
ne pravorum hominura valeant refragatione perturbari. 
Quapropter, karissimi in Domino fratres ac filii, vestris jus- 
tis postulationibus gratumimpertientesassensum, ecclesiam 
Sancti Nicholai de Mornaco, cum omnibus ecclesiis et pos- 
sessionibus ad eam pertinentibus, que a predecessore nostro 
Bernardo felicis memorie ecclesie Sancti Rufi concessa esse 
noscuntur, vobis et successoribus vestris laudamus et con- 
firmamus, et in perpetuum eas habendas concedimus : salvo 
jure episcopali, ad instar predecessoris nostri B(ernardi) 
bone recordationis viri, in capellanis presentandis ad pre- 
fatas ecclesias regendas et prioris Sancti Nicholai de Mor- 
naco representandi episcopo qui tune forte residebit pro- 
missa sibi obedientia, et sub annua pensione v^"« solidorum 
quos predicta ecclesia Sancti Nicholai de Mornaco ex dono 
Willelmi Gardradi ecclesie Xantonensi in Nativitate Domini 
reddere consuevit ; ita tamen ut ordo canonicus secundum 
regulam sancti Augustini et facultatem ejusdem loci ibidem 
irref(r)agabiliter perpetuis temporibus observetur. Hanc au- 
tem concessionem sigilli nostri munimine roboramus. Et si 
quis hanc nostre confirmationis paginam ausu temerario in- 
fringere voluerit aut aliquo modo perturbare presumpserit, 
indignationem omnipotentis Dei et béate Marie semper vir- 
ginis atque omnium sanctorum ejus incurrat. 

1 Original parch. de 17 \ig 2/3, avec sceau ogival (55 mill.) pendant 
sur corde tressée : évéque assis, vu de face, chape, mitre, crosse et 
bénissant; sur le contre-sceau (45 mill.) un aigle aux ailes déployées. 
Gf. EosBBi, Repert.y p. 92. 



52 CODEX DIPLOMATIGUS 

XLI. U69. 

(CONCORDIA INTER PRIOREM S' FeLICIS ET CASTELLANOS 

MONTILISIl) *. 

NOS Odo, Valentinus episcopus, notum facimus universis 
presentibus et futuris, quod cum discordia verteretur 
inter Hugonem Galterii, priorem Sancti Felicis Valen- 
tie, ex una parte, et chaaslanos castri Montilisii et alios 
habitatores dicti castri, ex parte altéra, super eo quod dictus 
Hugo prier Sancti Felicis dicebat quod animalia domus 
Sancti Felicis et pastorum suorum, quecumque essent et 
quocumque nomine censerentur, habebant et longo tempore 
habuerant et eciam habere debebant libéra pascua per totum 
mandamentum castri Montilisii ; quod dicti chaaslani et alii 
habitatores dicti castri Montilisii penitus denegabant. Tan- 
dem partibus in nostra presentia constitutis, prier Sancti 
Felicis probavit légitime coram nobis quod domus Sancti 
Felicis longuo tempore habuerat et habere debebat libéra 
pascua per totum mandamentum castri Montilisii superius 
nominati ; nec obstabat quod chaaslani superius nominati et 
habitatores dicti castri dicebant quod longum tempus lap- 
sum fuerit quod animalia Sancti Felicis non fuerant in man- 
damento Montilisii superius nominati : cum, secundum quod 
dictus prier Sancti Felicis dicebat, hoc domui Sancti Felicis 
nocere non debeat, quoniam illo tempore domus Sancti Fe- 
licis animalia que illuc posset mittere non habebat. Nos 
vero Odo predictus episcopus Valentinus , auditis et dili- 
genter intellectis que partes coram nobis proponere volue- 
runt, requisito et habite concilie peritorum, pronuntiando 
sententiamus quod animalia domus Sancti Felicis et pasto- 
rum suorum, quecumque sint et qualitercumque censeantur, 
habeant de cetero libéra pascua per totum mandamentum 
castri Montilisii superius nominati, super hoc ipsis chaas- 
lanis et aliis habitatoribus dicti castri Montilisii, presen- 
tibus et futuris, perpetuum silentium imponentes, ipsi domui 
Sancti Felicis predicta pascua per totum mandamentum 
castri Montilisii, cum ingressibus et egressibus suis, et aquis 
et viis, confirmantes. Actum fuit hoc Valentie, anno Domini 
M'^C** sexagesimo nono, presentibus dom. Guillelmo Ame- 
liensi episcopo *, Martio et abbate Secureti fratre suo •, 



ORDINIS SANCTI RUFI. 53 

Guillelmo cantore, Abone de Alesio, Hugone de Stella, 
Eudone, Hugone Athoerii, Guillelmo BoUiardi, Petro Tru- 
berti, Pontio Benedicti, Guillelmo Moterii, Otgerio et Ni- 
cholao PayroUerii, et pluribus aliis fide dignis. In cujus rei 
testimonium nos Odo predictus episcopus presenti pagine 
sigillum nostrum duximus apponendum. 

1. Insérée dans la transaction du 29 octobre 1261 entre les prieurs 
de St-Félix et du Val-Ste-Marie ; vidimus de l'official de Valence, du 
4 mars 1312 ; autres copies modernes. Texte impr. dans S. Congreg, 
coiisii^l. (1764), Summar. n» 8 (ex origfin.). 

2. Cet évêque d'Amelia (district de Terni en Ombrie) doit être inter- 
calé entre Gérard (1126) et Pierre (1179) dans la liste, encore fort in* 
complète, des titulaires de ce siège dressée par Gius. Gappellbtti (Le 
Chiese d'italia, 1846, t. V, p. 199; cf. Gams, Séries epLscop,, p. 662) ; 
on le trouve encore à Valence le 6 mai 1170 (voir le n* xlii). 

3. Cet abbé de St-Michel-de-rAiguille (près du Puy-en-Velay) est 
peut-être celui qui, dans le Cariul, de St-Chaffre (p. 176-7), porte le 
nom d'à Arimandus (al. A-nnus) Tondut ». Dans cette charte, de l'an- 
née 1159, figure son frère Etienne. Armand paraît encore en 1162 {Gai- 
lia Christ, nova, t. II, c. 756-7). 



XLII. 6 mai WO. 

(CONVENIENTIA INTER ECCLESIAM SaNCTI FeLICIS ET 
FRATRES IIOSPITALIS PROPE VaLENTIAM) *. 

ANNO ab Incarnatione Domini M'^C^^LXX'*, maio in mense, 
pridie nonas ipsius, facta est pactio, concordia sive 
convenientia inter ecclesiam Sancti Felicis, cui prior 
erat Hugo Gauterius , et fratres Hospitalis quod prope 
Valentie muros est situm, in quo magister fuerat Geraldus 
de Larnaz. Que fuit hujusmodi : ecclesia Sancti Felicis a 
tempore isto et deinceps non accipiet a fratribus Hospitalis 
aut queret décimas de nutrimentis animaliura suorum, cujus- 
cumque fuerint speciei, neque de novalibus illis que proprio 
labore vel propriis sumptibus in terris quas possident facte 
sunt aut fecerunt. Si vero terras suas ad novalia facienda 
hominibus aliis aut dederunt aut dabunt, quamdiu illas co- 
lent quibus fuerunt date, ecclesia Sancti Felicis semper in 
illis décimas accipiet ; postquam autem ad Hospitalis do- 
mum illarum queîibet intègre revertetur, décimas ulterius 
illa non dabit. Eadem prorsus lex erit de terris quarum non 
est memoria quod fuerint aliquo ante tempore culte. Si forte 



54 CODEX DIPLOMATICUS 

qualibet in parte aliqua abbacie Hospitalis adquisierint fra- 
tres, tara cura ipsis quamdiu illas sumptu proprio laborare 
voluerint quam cum alienis cultoribus quamdiu illas colent ; 
et si cultas adquisierint terras in eisdem semper et in oranibus 
aliis, quas per totam abbaciam Ilospitale possidet que supra 
nominate non sunt, ecclesia Sancti Felicis sine contradic* 
tione décimas accipiet. De animalibus pastorum aliorum 
quoruncumque hominum, quorum oves erunt in ovili vel in 
ovilibus Hospitalis, videlicet de agnis qui non fuerint Hospi- 
talis proprii, semper décimas habebit ecclesia. In manso 
dels Chabertz et in cabanaria Pétri Morra accipiet taschiam 
et offerendam et décimas, in cabanaria del Revest offeren- 
dam et décimas ; in duabus vineis, quarum altéra est juxta 
grangiam et altéra al Revest, accipiet annis singulis asina- 
tam vini puri, quam fratres Hospitalis afferri facient in cela- 
rium Sancti Felicis. Ut autem pactio hec sine specimencia 
firma sit atque perpétua, habent hinc et inde singulas sin- 
guli cartas, per A, B, C divisas, sigillis etiam ab alterutra 
parte Hospitalis et ecclesia Sancti Felicis premunitas, qua- 
tenus aliquo superveniente de uno casu seu apostolici vel 
cujuscumque alterius privilegii auctoritate infirmari vel mu- 
tari non possit. Quod totum factura est ac diligenti studio per- 
quisitura in presencia O(donis) Valentini et G(uillelmi) Ame- 
lini episcoporum, Ugonis de Stella et Guigonis de Sancto 
Romano, canonicorura Valentine ecclesie, Hugonis de Bar- 
celona, magistri Terapli, et confratris ejus Rayraondi de 
Cruzol, Hugonis de Castellonovo, Lantelrai Roberti, Pontii 
AUiardi, Girardi Lanberti, Barnardi et Stephani hospitalarii 
et Guillelmi Rayraondi, Faucherii, Pétri del Mas, Guillelrai 
Geraldi, Johannis d'Anonay, Hugonis de Alexiano, Otgerii, 
Guillelmi de Chandieu, Hugonis Othoerii, Armann Einevonis. 

1. Copie tirée d'un ancien terrier de St-Félix, n» 4. 



XLHI. 20 juillet fUlO). 

(AlEXANDRI ni PAPiB EXEMPTIO A DECIMIS ET PRIMITIIS) *. 

ALEXANDER episcopus, sorvus servorum Dei, dilectis filiis 
Raimundo abbati et fratribus ecclesie Sancti Ruffi, 
salutem et apostolicam benedictionem. Justis peten- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 55 

tium desideriis dignura est nos facilem prebere consensum 
et vota, que a rationis tramite non discordant, effectu sunt 
prosequente complenda. Ea propter, dilecti in Domino filii, 
vestris justis postulationibus grato concurrentes assensu, 
auctoritate vobis apostolica indulgemus ut novalium vestro- 
rum, que propriis manibus aut sumptibus colitis, sive de nu- 
trimentis vestrorum animalium nullus a vobis décimas vel 
primitias exigere audeat. Ad bec vos et ecclesiam vestram, 
intuitu religionis et honestatis qua preminere noscimini, 
quadam speciali prerogativa decorare volentes, tibi, fili ab- 
bas, et successoribus tuis duximus indulgendum, ut vobis 
canonicos vestros, cum episcopi opportunitatem non habue- 
ritis, liceat tonsurare et coronam facere. Decernimus ergo 
ut nuUi omnino hominum liceat banc paginam nostre con- 
cessionis et confirmationis infringere vel ei aliquatenus 
contraire. Si quis autem hoc attemptare presumpserit, indi- 
gnationem omnipotentis Dei et beatorum Pétri et Pauli apos- 
tolorum ejus se noverit incursurum. 
Datum Verul(is), xiii kalendas augusti. 

1. Vidimus de Franc, du Puy, officiai de Valence (1487), f* 3 (n* ix). 
Copies dans Eusebi, Reperl., p. 301 ; Ollivier (J.), Car t. de Si-Ru f, 
fo 62 (extraite de l'original en parchemin avec le sceau pendant, ce 3* 
déc. 1702) : Arch, hisl. du Dauph.,t. XV, f» 188 (ex litteris originalib. 
ecclesie S*> Ruffi). GfT. Eusebi, pp. 71 et 81 ; Jaffé, Reg. pont Rom., 
éd. 2», n* 11819. 



XLIV. 16 décembre (1110-2) *. 

Alexandri papse III bulla originalis directa (Roberto ?) Vi- 
variensi episcopo, incipit : « Cum religiosos viros et eorum 
loca et ordinem ex pontificatus officie debeas sincère diligere 
et ab eorum grayamine alios coercere verbo et exemple », etc. 
Datum Tusculani, 17 kalendas januarii ; ubi ait : « Miramur 
plurimum quod dilectos filios nostros fratres Sancti Rufi 
super ecclesia Sancti Andeoli pro tue voluntatis arbitrio di- 
cari3 contra nostram sententiam... Sane cum super eadem 
ecclesia controversia verteretur, inspectis rationibus bine 
inde, de fratrum nostrorum consilio, predictam ecclesiam cum 
omnibus bonis et possessionibus suis adjudicavimus fratri- 
bus memoratis. Decrevimus etiam prescriptam ecclesiam sub 
religione et obedientia et subjectione Sancti Rufi perpetuis 



56 CODSX DIPLOMATIGUS 

temporibus permansuram ». Inde ait quod, licet capitulum 
Vivariense probare posset jus fundi, nec tamen propter hoc 
ab obedientia et dispositione Sancti Rufi esset aliquatenus 
eximenda. « Ceterum, ut accepimus, sententiam non obser- 
vas », etc. « et contra antiquam et laudabilem consuetudi- 
nem Sancti Rufi per abbatem ipsius priorem in ea institui 
contradicis. Presbiteri etiam capellarum et aliarum ècclesia- 
rum, que sunt infra parochiam Sancti Andeoli constitute, 
ipsius parochianos ad officia quotidiana recipiunt, visitant 
infirmes et contra voluntatern canonicorum ministrant eis 
ecclesiastica sacramenta » ; denique ei prsecipit auctoritate 
apostolica juxta instare exigentiam rei. 

1. Analyse fournie par ëusebi, ReperL, p. 87, B, n* 21. 



XLV. au. 

(DONATIO FILII RaIMUNDI GaRCINI EGCLESIiE 

DE MaNDOLIO) *. 

>► i NNO ab Incarnatione DominiM.C.LXXI, ego Raimundus 

A Garcinus dono et offero D[omin]o Deo et Sancto Rupho 

M. filium raeum Raimundum in canonicum, et dono ei- 

dem filio meo jure institutionis et omni conventui prefate 

ecclesie, et proprie et nominatira tibi Poncio Bremundo, 

^ priori ecclesie de Mandolio, et omnibus successoribus tuis 
unum stare in civitate Nemausi, quod confrontatur ab oriente 
in muro civitatis, a circio et occidente in stari Pétri Rai- 
mundi et suorum coheredum, a meridie in stari Marie de 
Garricis. Hoc stare dono vobis cum exitu et introitu et cum 

O lit... eidem. fricargis que sunt circa et cum femoraz qui est 
ante portam, et dominium, et viii. denarios de censu ad 
festum Sancti Michaelis et xvi. denarios de muda ; et 
omne hoc quod habeo in stare quod Petrus Guiraldus et 
Bernardus de Monte Oliu tenent de me in civitate Nemausi, 

D et similiter totum hoc quod habeo in terra quam tenet de me 
ad meiariam, pro qua dat xii^*"* numos Guilelmus Forne- 
rius. Et pro hacdonatione habuiate jamdicto priore CCCC. 
Lx.vii. solides Melgorienses ; et promitto vobis quod pre- 
dictum honorem perpétue vobis defendam et jure tenere fa- 



ORDINIS SANCTI RUFI- 57 

C?3 ciam, et si filius meus diabolico monitu vel aliqua occasione 
vel voluntate sua ab ordine vestro recesserit, predictus honor 
sit vester in perpetuum. Hujus rei sunt testes : Petrus Gar- 
ciaus, Petrus de Cabreriis, Guiraldus Treila, Petrus de 
Olobrega, Johannes Blanch(e)rius, Petrus Guiraldus, Pon- 

"^ dus Treila, Poncius Borgoinus, Siguinus, Bertrandus Arnal- 
dus, Guil(elmus) de Claustro, Petrus de Agarna. Petrus 
Petiti scripsit, mandatus ab u traque parte. 

Item ego ELairaundus Garcinus promitto vobis, quod si 
quid jure in predicta donatione perdideritis, vobis sine vestro 

^ inganno restituam ; et de hoc do vobis fidejussores : Petrum 
Aldebertum et Ugonem de Brascha, qui per stipulationem se 
fidejussoria cautione astrincxerunt hoc modo. Ego Petrus 
Aldebertus et ego Ugo de Brascha sumus fidejussores tibi 
Poncio Bremundo et omnibus canonicis Sancti Ruphi, pre- 

* sentibus et futuris, quod si quid evictum fuerit de predicto 
honore, vobis restituemus ; et propter hoc obligamus vobis 
omnia bona nostra. Hujus promissionis et horum fidejusso- 
rum sunt testes : Johannes Blancherius, Petrus de Capra- 
riis, et Petrus et Bernardus ejus filii, Guil(elmus) de Agarna, 

*^ Arnaldus de Curia, Guil(elmus) Centeoila, Guil(elmus) lago. 
Et ego Aldebertus, Nemausensis ecclesie episcopus ^ a quo 
predictum stare et locus pro femoraz tenetur, predictam 
donationem laudo et confirme R(aimundo) abbati Sancti 

j^ Ruphi et tibi Pontio Bremundo, et omnibus canonicis pre- 
sentibus et futuris Sancti Rufi : salvo dominio episcopi. In 
presentia Bernardi de Figeria, Poncii Guil(elmi), Guil(elmi) 
Elias et Pétri ad Saû, canonicorum, Johannis Blancherii, 
Poncii de Sancto Juliano, Ugonis de Brascha, R. Garcini. 

tr* Aliam cartam habet episcopus non sigillatam. 

1. Original parch. de 21 lig.; trace de sceau sur grosse lanière de 
cuir. 

2. Aldebert d*Uzès, évêque de Nimes de 1141 à 1180 {RéperL, c. 16)- 



58 CODEX DIPLOMATICUS 

XLVI. 8 juillet (1111-2). 

(AlEXANDRI III PAP^ PRIVILEGIUM DE ORDINATIONE 

CLERICORUM, ETC.) *. 

ALEXANDER epîscopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
R(aimundoJ abbati et fratribus Sancti Ruffl, salutem 
et apostolicam benedictionem. Quoeiens anobis requi- 
ritur quod a religione vel honestate discordare non videatur, 
animo nos decet libenti concedere et justis petenciura desi- 
deriis effectum congruum indulgere. Ea propter, dilecti in 
Domino filii, vestris justis postulacionibus gratum imper- 
cientes assensum, apostolica auctoritate statuimus ut vos et 
concanonici vestri, qui in ecclesiis vobis subdictis commoran- 
tur, crisma, oleum sanctum, consecraciones altarium seu 
basilicarum, ordinaciones clericorum qui ad sacros fuerint 
ordines promovendi, adiocesano suscipiatis episcopo : siqui- 
dem catholicus fuerit et graciam atque communionem apos- 
tolice sedis habuerit, et ea vobis gratis et absque pravitate 
voluerit exhibere ; alioquin liceat vobis quemcumque volue- 
ritis catholicum adiré antistitem, qui nostra fretus auctori- 
tate vobis quod postulatis indulgeat. 
Datuni Tuscul(ani), viii. idus julii. 

1. Vidimus de Franc, du Puy (1487), P 3 (n* x). Copie dansEussBi, 
ReperL, p. 301-2. Cf. Jaffé, Reg, pont, Rom., éd. 2», n* 12091. 



XLVII. il72. 

CaRTA DE DECIMIS VINEARUM QUAS DEBEMUS GANONICIS 

Sancti Felicis *. 

EGO frater Ugo, Sancti Felicis prier dictus, et humilis 
ejusdem ecclesie conventus tam ad presentiuni quam 
futurorum noticiam transmittere volumus, quod uno 
consilio et pari consensu fratrum et amicorura nostrorum 
inter nos et domnum abbatem et fratres Sancti Ruphi facta 
est conventio talis : quod videlicet in vinetis Lamberti Ma- 
rascalci et vineis Johannis Pagani et Aliphanti et Boneti 
Rotgerii eisdera vinetis contiguis, que idem fratres jure sunt 



ORDINIS SANCTI RUFI. 59 

emptionis adepti, per singulos annos duas asinatas et dimi- 
diam vini pro decimis ecclesie nostre persolvant : quibus de 
pacto semper contenti esse debemus. Ut igitur deinceps asu- 
pradicta conventione omnimoda questio et ambiguitas remo- 
veatur, ejusdem territorîi m[eta]s présent! pagina duxinaus 
adnotandas : a parte orientali idem territorium in alveolo de 
Charomb terrainatur, a parte septemtrionali in vinea Valen- 
tiani et Pétri de Podio, a raeridie in olchia Bénédicte et in 
publica via de Faventinis, a parte occidentali in vinea Lam- 
berti Sancti Nazarii et domine Benestantis. Factum est hoc 
anno Incarnationis Domini M**C'*LXX''IJ% in presentia domni 
Odonis Valentini episcopi, et Berenguarii de Borna et Elde- 
nonis, canonicorum ejusdem ecclesie sibi assistentium, et 
Bartholomei capellani episcopi, canonici S» Felicis, et domni 
abbatis et prioris S» Ruphi, et magistri Stephani, c(anonic)i 
S' R(uphi), et Guillelmi Geraldi et Lamberti de S« Nazario, 
et magistri Alliardi et Willelmi Boliardi, et Pétri Martini et 
quorundam aliorum canonicorum nostrorum, etDavidis Ca- 
ballarii. Ut igitur presens pagina rata semper et firma per- 
maneat, eandem sigilli nostri impressione omnium fratrum 
nostrorum consilio munivimus. Et ego Odo Valentinus epis- 
copus, que superius memorantur nota semper et certa fieri 
volens, sigilli mei munimine eandem cartam corroboravi. 

1. Original parch. de 27 lig., avec trace de deux sceaux, dont il 
reste une lemnisque. Cf. Invent, de St-Félix, î* 48, n* 252. 



XLVIII. 20 août 1112 *. 

A. 1172, 13 calendas septembris, Raimundus abbas, Ade- 
marus prier et canonici S. Rufi recipiunt a Durando de 
Romanis, qui habebat uxorem conversam S. Rufi, terram et 
vineas in Faventinis, et 300 solides in vargerîa David Cabal- 
larii, scilicet in pratis et 2 petiis terrse, retento usufructu 
vinearum in vita dicti Raimundi (= Durandi), qui fatetur 
habuisse a S. Rufo 520 solides, etc. « Actum in cimiterio S. 
Rufi, juxta parietem capituli, in presentia d. Odonis epis- 
copi Valentini. » 

1. Analyse fournie par Eusebi, Repert., p. 387, cap. xii, n^ 11. 



60 CODEX DIPLOMATIGUS 



XLIX. (1113-). 

De difpinicione facta inter ecclesiam Sancti Apolli- 

NARIS ET ECCLESIAM SaNCTI FeLICIS, UT ALTERA TENE- 
MBNTA ALTERIUS SIBI RELICTA INFRA ANNUM VENDAT *. 

NovERiNT omnes ad quorum manus presens cartula per- > 
venerit, quod Lanbertus decanus et canonici ecclesie 
Valentine convenerunt V(gonem) Gauterii, priorem 
Sancti Felicis, de quibusdam tenementis que in dominio eo- 
runi ecclesia Sancti Felicis aquisierat, eo quod ecclesie et 
loca religiosa in dominio eorum nichil possidere deberent ; 
set si aliquorum largitione possessiones de dominio illorum 
supradictis locis darentur, ad eorum commonitionem infra ^ 
annum alienare deberent. Quibus prior Sancti Felicis res- 
pondebat eodem jure ecclesiam Valentinam uti debere in illis 
possessionibus que eis in territorio Sancti Felicis relinque- O 
bantur, et tamen vineam quam Ârmannus de Saisolio pro 
die anniversarii eis reliquerat, spreta eorum denuntiatione, 
alienare postponebant, nec ad hoc eos conpellere debebant ^ 
quod ipsi observare nolebant. Hac utique controversia inter 
eos habita, hujus litis decisores ab utraque parte electi 
sunt Eldeno, Disderius, Durandus, qui ita statuerunt, ut ^ 
prior Sancti Felicis supradicta tenementa statim alienaret 
et ecclesia Sancti ApoUinaris supra dictam vineam statim 
post obitum cantoris : ante enim non poterat, cum hoc judi- 
cium defuncti fuisse diceretur, ut cantor in vita sua eam pos- ^ 
sidère deberet ; et hoc ab utraque parte conlaudatum est et 
ad futurorum noticiam sigillo Sancti ApoUinaris corrobo- 
ratum. Actum est hoc in domo decani, ipso présente, et S 
Airno cantore et Ricone de Stella et Amblardo et W. de 
Vaesc et Ugo de Stella et W. de Livrone et Girardo sa*- 
crista et Durante et Pontio Benedicto et Odilone. >-, 

1. Orig^aal parch. de 14 lig.» avec trace de sceau sur lemnisque. 



ORDINIS SANCTI RUFI. 61 

L. un. 

QUOD CANONICI S(ANCT)i R(uf)i 
NON DENT PEDATICUM PER TERRAM PREPOSITI VaLENTINI, 

ANNO DOMINI M.C.LXX.IIIJ ». 

NOVERINT omnes tam presentis quam futuri temporis 
quod ego Eustachius, Valentiiius prepositus, dedi et 
concessi pro remedio anime mee Deo et ecclesie Sancti 
Rufi, ut ejusdem ecclesie fratres per terram meam et flumina 
liberum semper et absque ornai pedagii exactione transitum 
habeant in adducendis sive subvehendis annonis, lignis et 
universis predictorurn fratrura victui et ecclesie necessariis. 
Ut autera hec donatio firma semper habeatur, présentera 
cartam sigilli mei inpressione munire feci. 

1. Original parch. de 5 liflr. 1/3, grosse écriture, sans abréviations; 
trace de sceau sur lanière de cuir. Copie dans Oluvier (J.), Cart, de 
St'Ruf, f» 103. Cf. EusEBi, Repert., p. 83. 



LI *. 6 mai 1118. 

A. 1178 Vuilelmus de Clerieu, abbas S. Felicis Valentiœ, 
laudat Guilelmo abbati et ecclesiœ S. Rufi duas vineas, vo- 
cabulo in Chambalussa, emptas ab abbatibus S. Rufi, prse- 
decessoribus suis, de feudo abbatiae S. Felicis, sub censu 12 
denar. et 1 saumat^ vini ; item confirmât totum tenemen- 
tum Durandi de Romanis, in territorio quod dicitur Faven- 
tinas, sub censu 2 solid. et 2 saumatarum vini ; et a(c)quies- 
cit pro grangia et ejus appendentiis, possessis ab ecclesia 
8. Rufi. Cum sigillé dicti abbatis 8. Felicis. 

1. Analyse fournie par Eusebi, ReperL, p. 388, cap. xii, n» 13. Cf. 
Inventaire de 1768, arm. 6, vol. 2, n* 1 bis. 



62 CODEX DIPLOMATICUS 

LU. 16 mai (1118-9). 

Privilegium (apostolicum pro ecccesia s* Felicis) *. 

ALEXANDER episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
Hugoni priori et conventui Sancti Felicis, salutem st 
apostolicam benedictionem. Si quando a nobis petitur 
quod religioni et honestati conveniat, animo nos decet li- 
beati concedere et petentium votis congruum suffragium 
impertiri. Eapropter, dilecti in Domino filii, vestris justis 
postulationibus annuentes, ecclesiam vestram sub beati Pé- 
tri et nostra protectione suscipimus, statuentes ut quas- 
cumque possessiones, quecumque bona eadem ecciesia in- 
presentiarum juste et canonice possidet, aut in futurum 
justis modis, prestante Domino, poterit adipisci, firma vobis 
vestrisque successoribus et illibata permaneant : specialiter 
autem ecclesiam de Insula, cum appenditiis suis ; ecclesiam 
de Cozau, cum appenditiis suis ; ecclesiam de Montilisio, 
cum appenditiis suis ; ecclesiam de Castro Duplo, cum ap- 
penditiis suis ; ecclesiam de Alamenc, cum appenditiis suis ; 
pascua, census et décimas, quas a longo terapore per ter- 
mines abbatie vestre recipere consuevistis, canonice vobis 
concessas, sicut eas ecciesia vestra juste possidet et quiète, 
vobis et per vos eidem ecclesie auctoritate apostolica confir- 
raamus. Preterea sententiam quam bone memorie Humber- 
tus, quondam Viennensis archiepiscopus, apostolice sedis 
legatus, et Hu(go) Gratiopolitanus episcopus, de mandate 
felicis memorie Eugenii, patris et predecessoris nostri, super 
controversiis que inter ecclesiam vestram et Saonenses ca- 
nonicos de libéra electione substituendi prioris in ecciesia 
vestra. sicut rationabiliter lata est, nichilominus auctoritate 
apostolica confîrmamus et presentis scripti patrocinio com- 
munimus. Aditientes ut tu, fili prier, et successores tui po- 
testatem habeatis in eadem ecciesia permanus impositionem 
canonicos benedicendi ; liceat quoque vobis clericos et laicos 
a seculo fugientes libères et absolûtes, absque alicujus con- 
tradictione, ad conversionem recipere et in vestra ecciesia 
retinere. Sepulturam preterea ejusdem loci liberam esse de- 
cernimus, ut eorum devotioni et extrême voluntati, qui se 
illic sepeliri deliberaverint, nisi forte excommunicati vel in- 
terdicti sint, nuUus obsistat : salva tamen justitia illarum 



ORDINIS SANCTI RUFI. 63 

ecclesiarum a quibus mortuorum corpora assumuntur. Nulli 
ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostre protec- 
tionis, confirmationis seu constitutionis infringere vel ei ausu 
temerario contraire. Si quis autem hoc attemptare presump- 
serit, indignationem omnipotentis Dei et beatorum Pétri et 
Pauli apostûlorum ejus se noverit incursurum. Dat(uni) La- 
teran(i), xvu. kalendas junii. 

1. Original parch. de 19 lig., avec bulle de plomb pendante sur lacs 
de soie jaune. Gff. Invent. , f* 25'»; Jaffé, Reg. pont. Rom., éd. 2», 
n* 13265. 



LUI. (XW siècle). 

(Statuta domus Sancti Felicis) *. 

HEE sunt institutioaes que in domo Sancti Felicis servari 
debent et servabantur sub domno Ugone Galterii, qui 
ecclesiam Sancti Felicis per xx" v* annorum spatium 
rexit. Tune omnes uno vestiario vestiebantur, et uno cella- 
rio pascebantur et in uno refectorio reficiebantur. In eccle- 
sia, in refectorio et in dormitorio silentium servabatur ; set 
si alicui necessarium erat loqui, submissa voce, brevibus 
verbis loquebatur, ita ne scandalum fieret fratribus. Ab ydi- 
bus septembris usque ad Pascha silentium servabatur in 
claustro usque ad terciam. Omni die omnes in capitulo 
conveniebant, mane et vespere. In matutino capitulo reci- 
tabatur tabula sequentis diei ; [deinde] si quis in aliquo 
diliquisset, ibi emendabatur. Si delinquens ultro confîtebatur 
peccatum suum, si veniale erat, prior libero arbitrio satis- 
factionem dabat ; si crimen, ut est furtum vel incontinentia 
vel taie aliquid, cum capituli consilio prior satisfactionem 
injungebat. Si delinquens peccatum suum celare volebat, sa- 
crista vel aliquis de senioribus, quibus peccatum innotuerat, 
eum accusare debebat ; si accusatus negabat, tune adhibe- 
bantur testes. Postea, cum capituli consilio, prior emenda- 
toriam imponebat sententiam ; et si contingebat quod eum 
nuUus accusare vellet de publiée crimine vel privato, prior 
eum accusabat, dicens tamen non esse suum accusare simul 
et judicare : set ad taciturnitatem aliorum melius est ipsum 
priorem accusare peccantem, quam impunitum dimittere. 
Hoc numquam vidimus quod accusatus de publico ad objecta 



64 CODEX DIPLOMATIGUS 

non responderet. In privato accusatus potest respondere, 
licentia prius a priore impetrata. Post capitulum unusquis- 
que ad necessarium recurrebat opus, set nuUus exibat extra 
portam absque licentia, excepto sacrista et procuratore : 
isti possunt absque speciali licentia vill.am intrare vel ad 
grangiam pergere pro necessitate domus. In vespertino ca- 
pitulo tractabatur tantum de his que ad ecclesiam pertinent, 
et de anniversariis defunctorum. Post completorium cum 
silentio dormitorium petebamus ; jacebamus indutis cami- 
siis, et braccis et trabuccis. Post matutinas per totum an- 
num ad lectos revertebamur. A Pascha usque ad ydus sep- 
tembris, post prandium dormitorium petebamus. A Pascha 
Domini usque ad ydus septembris licet nobis bis in die man- 
ducare, nisi in solempnibus jejuniis. Ab* idibus septembris 
usque ad Pascha semel tantum in die comedere debemus, 
exceptis diebus dominicis et festivitatibus et octabis. In die 
dominica et feria iij' et v' carnes comedimus ; a Septuage- 
sima usque ad Pascha quadragesimalibus utiraur cibis. Cum 
priore vacat nostra domus, unus de prioribus exterioribus, 
qui tamen sanioris erit consilii, et sacrista Sancti Felicis 
[preesse] debent nobis. Cum deprioris electione tractamus, 
ad primum electores eliguntur lu vel v% et illi fideliter pro- 
mittunt se electuros quem utiliorem credunt domui dispo- 

nende. Postea singillatim omnes consulunt. E electo, 

omnes ei in capitulo promittunt obedientiam, secundum re- 
gulam sancti Augustini, et omnes priores exteriores, pro- 
curator et sacrista procurationes suas ab eo accipiunt. Prior 

débet esse sacerdos, quia cum de sacerdotis 

diem aut superior aut equalis, et débet secundum confes- 
siones audire et satisfactiones dare ; ipsis etiam Corpus et 
Sanguinem Xpisti tradere, pro ut judex de animabus eorum 

rationem redditurus. In ecclesia, in , 

cui semper preesse débet, nisi instanti evidenti necessitate. 
Et hoc scimus quod supradictus prior domnus Ugo Galterii 

semper in dormitorio jacebat et se damus etiam uni- 

versis horis poterunt even 

1. Insérés dans la ch. lxxxiv. Ces statuts sont postérieurs au décès 
du prieur de St-Félix, Hugues Gautier, lequel figure pour la dernière 
fois dans la charte précédente. 



ORDINIS SANCTI RUFI. 65 

LIV. Juin 1118. 

CaRTAM (sic) VENDICIONIS VICARII *. 

QuoNiAM, lubrico labente memorie, qui inter mortales 
iniuntur coritractus aut ex toto oblivioni traduntur, 
aut ab adversariis secus quam fiant calumpniose ne- 
gantur aut in contrarium astruuntur, ideo utile fore videtur 
initi formam contractas scripturis declarari, ne veritatis 
vestigium temporum prolixitaie aut calumpniantium raali- 
tia a presentium meraoria décidât aut posterorum noticie 
non innotescat. Quocircaperpresentis scriptipaginam notum 
fiât , tam presentibus quam futuris , quod ego Petrus de 
Auriolo, vices filii mei Pétri de Auriolo, Valentini vicarii, 
agens, utilitatibus quoque ipsius providens et necessitatibus 
occurrens, cum ipse propter etatis lubricum ad propria 
peragenda negotia non sufficiat, vende nomineejusdemetin 
perpetuuin trado ad habendum et quiète possidendum eccie- 
sie Sancti Rufi et tibi, domno Guillelmo, ejusdem ecclesie 
abbati, et successoribus tuis quicquid predictus vicarius vel 
alius per eura vel ab eo habet vel habere videtur, et quicquid 
Guillelmus Bertrandi , nepos Olivarii quondam Valentini 
vicarii, habet vel habere videtur in territorio quod dicitur 
Oisaias, intra viam que ducit ad castrum quod dicitur Mons 
Veneris et viam que dicitur Crestesa, et extenditur versus 
oriens et austrum usque ad nemus episcopi et canonico- 
rum Valentinorum quod dicitur Chastanetura, scilicet déci- 
mas, taschas, annuos census tam nuramorum quam fruc- 
tuum, agros quoque et nemora, et quicquid prorsus cultum 
seu incultum predictus vicarius P{etrus) de Auriol et merao- 
ratus Guillelmus Bertrandi vel alius per eos vel ab eis habet 
vel habere videtur in predicto territorio, nichil juris, pro- 
prietatis aut possessionis infra predictos termines retinentes. 
Hanc itaque venditionem facio nomine memorati vicarii, 
auctoritate et asseusu domini Odonis Valentini presidis et 
episcopi, voluntate quoque et assensu W(illelmi) Picta- 
vensis, ad cujus feudum res predicte noscuntur pertinere, 
volente quoque et faciente predicto W(illelmo) Bertrandi, et 
quicquid prorsus juris aut possessionis infra predictos ter- 
mines habet vel habere videbatur donante et transferente 
in ecclesiam memoratam Sancti R(ufi) et in domnum 



66 CODEX blPLOMATiCÙi; 

W(illelmuin) ejusdem ecclesie abbatem. Quam utique vendi- 
tioaem non alla de causa, sed pro sola necessitate, scilicet 
pro exhonerando debito predicti vicarii, pro expensis neces- 
sariis et utilibus in vicaria factis, obligati facio. Pro his 
autem rébus, nomine predicti vicarii, accipio in pretium ab 
ecclesia Sancti Rufi sex . milia solidorum Valentine monete, 
minus sex libras, ex quibus solvo nomine sepedicti vicarii, 
auctoritate domini O(donis) memorati Valentini presidis et 
episcopi, duo milia solidorum Lamberto de Sancto Nazario 
et Rai(mundo) Augerio et Aldeberto, quibus memoratus vica- 
rius pro vicaria fuerat obligatus ; solvo etiam W(illelmoJ 
Pictavensi mille et centum solidos, pro laudamento pres- 
tando hujus venditionis ; solvo etiam dcccc. solidos domino 
O(doni) Valentino presidi et episcopo, pro prestanda aucto- 
ritate huic venditioni ; solvo quoque ecclesie Sancti Rufi 
ccccLVi solidos, pro quibus pars predictarum rerum eidem 
ecclesie fuerat obligata; solvo etiam l. solidos Ugoni de 
Stella, pro quibus tascha unius terre supradicti territorii ei- 
dem fuerat obligata ; solvo etiam ecclesie Sancti Apollinaris 
CGCG. solidos et Petro Ugoni de Cruzol dcccc. xxviiii soli- 
dos, pro quibus furnus et molendinum vicarie eisdem fuerant 
obligata ; (solvo etiam) Templariis xlv. solidos, pro quibus 
pars predicte venditionis eisdem fuerat obligata. Hee autem 
solutiones omnes facte sunt auctoritate et assensu domini 
O(donis) Valentini presidis et episcopi. Hanc itaque vendi- 
tionem ego predictus P(etrus) de Auriolo juro super sacro- 
sancta Evangelia me sine fraude et dolo perpetuo observa- 
turum ; juro etiam me, aut alium nomine meo aut voluntate 
aut mandate aut alio quoquo modo, nuUo tempore venturum 
in contrarium, aut aliquod impedimentum quiète possessio- 
nis prestaturum aut prestanti aliquo modo consensurum : 
sed pro posse meo restiturum omni contra hanc venditionem 
venienti, aut ecclesiam S(anct)iR(uf)i pro hac venditione in- 
quietanti aut quietam possessionem rerum predictarum tur- 
banti. Jurans quoque aditio quod, si ego vel alius nomine 
meo aut voluntate aut mandate aut alio quocumque modo 
contra hoc venerit, aut predictam ecclesiam pro hac vendi- 
tione inquietaverit aut quietam possessionem turbaverit, me 
tamdiu futurum obsidem intra iiii^' portas Valentie, donec 
ecclesie S(anct)i R(uf)i et abbati et conventui pro tempore 
ibidem existenti plenarie satisfactum fuerit. Juro etiam quod 
si aliquis de predicta venditione pusillum vel magnum evi- 



OBDINÎS SANCTI RUFI. &1 

cerit, ego ea fretus auctoritate qua et venditionem istam 
facio, de rébus ejusdem vicarie, arbitrio domini O(donis) Va- 
lent(iiii) presidis et episcopi et P(oatii) Algisii, vel si aliquis 
vel uterque eorum deesset, arbitrio boni viri ejusdem boni- 
tatis, concambium cum ecclesia S(aiict)i U(ufji faciam rei 
evicte. Juro etiam quod cum filius meus P(etrusJ de Auriol, 
Valentinus vicarius, nomine cujus venditionem istam facio, 
ad pubertatem venerit aut si ante pubertatem ipse decederet 
alius qui ei succederet, hanc venditionem predicto modo ra- 
tam habebit et sacramento predicto firmabit ; quod si ali- 
qua occasione facere recusaverit, predicte pêne subjaceam. 
Quod si ego de rébus humanis essem exemptus aut si adhuc 
vivons predictum sacramentum servare recusarem, pro eo- 
dem observaudo infra predictos termines obsides constitue, 
qui eodem sacramento astricti tenentur, Bertrandum de 
Steia et W. de Jubiano ; fidejussores quoque pro eodem 
pacte observando constitue dom. O(donem) Valentinum pre- 
sidem et episcopum, \V(ilieimum) Pictaviensem, Ademarum 
de Stela, W(iiieimum) de Stela. 

Ego ODOjValentinus preses et episcopus, utilitates pariter 
et nécessitâtes predicti vicarii in hac venditione cognoscens, 
eam iaudo et confirme, eique plenam auctoritatem de ofRcio 
presidali tribuens, presentem paginam proprio sigillé mu- 
nie et contra quempiam ecclesiam Sancti Rufi pro hac ven- 
ditione inquietantem me defensorem et protectorem promitto. 
Facta est hec venditio, anno ab Incarnatione Domini M^.C"*. 
LXX**VIII^, mense junio, in presentia dom. O(donis) Valen- 
tini presidis et episcopi, in domo ejusdem. Testes sunt : 
domnus Ademarus Saonensis abbas ^, Giraldus Grassus pro- 
curator et Giraldus camerarius ecclesie Sancti Rufi, Pon- 
tius de Sancto Romane, prier Sancti Jacobi de Valentia, 
Petrus de Tornon, Pontius Algis, Esdras, Ugo, Falco de 
Doennai, presbiteri et canonici Sancti Rufi, Ugo de Stela, 
Eudo, canonici Sancti ApoUinaris, Eustachius Valentinus 
prepositus, W(illelmus) Pictavensis, Ademarus de Stella, 
W(illelmus) de Stella, Eustachius de Alexiano, Lambertus 
de Sancto Nazario, Raimundus Otgerii, Aldebertus Otgerii. 

1. Original parch. de 39 lig. 1/2, grosse et belle écriture; trace de 
sceau sur lacs de soie rouge. Copie du XVI* siècle. On remarquera 
les précautions multiples pour rendre inéluctables les conséquences 
de cette vente. 

2. Adémar était bien abbé de Saou en 1178 (non 1158). 



68 CODKX DIPLOMATICUS 

LV. il juin fU18'9). 

PrIVILEGIUM AlEXANDRI pape super INQUIETANTES 

DONO UtGERII *. 

ALEXANDER episcopus, sei'vus servorum Dei, venerabilibus 
fratribus R(oberto)Viennensi archiepiscopo, apostolice 
sedis legato, et 0((loni) Valentinensi episcopo, salu* 
tem et apostolicam benedictionem. Ex parte dilectorum filio- 
rum [nostro]rum prioris et canonicoruin Sancti Felicis ad 
apostolatus nostri presentiam querela pervenit, quod cuin 
Otgerius se et hereditatem suam ecclesie Sancti Felicis pia 
devotione donasset, nunc nepotes ejus et nobilis vir abbas 
W(illelmus) de Claireu eandem ecclesiam super prenomi- 
nata hereditate contra justiciam inquietare non cessant. 
Quoniam igitur pro nostri ofïicii debito ipsain ecclesiam in 
suo jure defensare tenemur, f[ratern]itati vestre per aposto- 
lica scripta mandamus, quatinus memoratos viros studiosius 
ammonere curetis ut ab ipsius infestatione désistant : quod si 
facere forte noluerint, eos et complices eorum, nuUius con- 
tradictione vel appellatione obstante, per excomunicationis 
sententiam compescatis ; et si nec sic resipuerint, in terris 
ipsorum quaradiu présentes fuerint divina prohibeâtis officia 
celebrari. Si tamen adversus ecclesiam aliquid se asserunt 
questionis habere, sub vestro examine ordini judiciario po- 
terunt experiri. Datum Laterani, m. idus junii. 

1. Original parch. de 11 lig., trace de buUe sur lacs de soie jaune. 
Cf. Jaffé, Reg., pont. Rom., éd. 2», n® 13269. 



LVI. l" février 1180. 

(PrIVILEGIUM DE ECGLESIIS PARROCHIALIBUS) • 

ALEXANDER episcopus, sorvus servorum Dei, dilectis filiis 
(Willelmo) abbati et fratribus Sancti Ruffi, salutem et 
apostolicam benedictionem. Apostolice sedis auctori- 
tas nos inducit et debitum postulat caritatis, nt tanto 
libencius vestris utilitatibus intendamus, quanto ccclesia 
vestra magis noscitur religione vigero. llac igitur conside- 



OHDINIS SANCTI RUFI. 69 

racione racionis inducti, presencium vobis auctoritate duxi- 
mus iudulgendum ut, si quando ecclesias vestras parrochia- 
les, in quibus très vel quatuor canoaici rnoram faciunt, 
presbiteris vacare contigerit, liceat vobis uaum ex fratribus 
vestris canonicis eligere et episcopo preseatare, a quo curam 
recipieus animarum, episcopo de spiritualibus, vobis vero de 
temporalibus et ordinis observancia debeat respondere. 
Nulli ergo houiinum liceat banc paginam nostre constitu- 
cionis infringere... Si quis autem... Datum Velletri, kalendis 
februarii. 

1 Vidimus de Franc, du Puy. officiai de Valence (1487), f» 3* (n» xi). 
Copie dans Eusebi, Reperd P- 302. Gff. idem, p. 71 ; Jaffé, Reg, pont. 
Rom., éd. 2» , n» 13603. 



LVII. 28 mars 1181. 

(PrOHIBITIO APOST. INTERDICTl VEL EXCOMMUNICATIONISj *. 

ALEXANDER episcopus, sorvus servorum Dei, dilectis flliis 
Willelmo abbati et canonicis Sancti Ruffi, salutem et 
apostolicam benedictionem. Ex officie summi pontiffl- 
catus, quod nobis est superna dispensacione commissum, 
loca religiosa specialius tenemur diligere et ea contra raali- 
gnorum hominum insolenciam pastorali sollicitudine deflfen- 
sare. Ilac igiturconsideracione racionis inducti et vestris jus- 
tis postulacionibus inclinati, auctoritate presencium distric- 
tius inhibemus, utnullus ecclesias vestras velpersonas, abs- 
que summi pontifficis vel ejus legati audiencia, interdicere 
vel excomunicare présumât. Nulli ergo omnino hominum 
liceat hanc paginam nostre prohibicionis infringere vel... 
Si quis autem... Datum Tusculani, v. kalendas aprilis. 

1. Vidimus de Franc, du Puy (1187), f* 3* (n* xii). Copie dans Eusedi, 
Repert., p. 30'2. Texte impr. dans Gallia Christ, nova, t. XVI, instr. 
c. 108 (c. 1080). Gff. EusBBi, p. 71 ; Jaffé, Reg. pont. Rom., éd. 2» , n* 
14385. 



70 CODEX DIPLOMATICUS 

LVIII. U8i. 

(concordia inter canonicos 
Sancti Ruphi et abbatissam Subdionis) *. 

OMNIBUS tam presentis quam futuri temporis hominibus 
notum sit et manifestum, quod cum canonici Sancti 
Rufïi ecclesiam de Insula Subdionis, cum pertinentiis 
suis, de manu domini Odo{nis) Valentinensis episcopi susce- 
pissent et posside(re)nt, et hoc ^ cum consensu et voluntate 
canonicorum de Insula Sancti Valerii, quod e(am) tune tem- 
poris administrabant et possidebant, abbatissa et domine ' 
Subdionis supra ipsa ecclesia eisdem canonicis, videlicet 
S*' Ruffi, calumniam fecerunt, plurima gravamina, vexatio- 
neset damna inferentes. Tandem post* multarum utriusque 
partis querelarum inquietudines et disseptationum alterca- 
tiones, mediantibus viris * prudentibus et sapientibus, ad 
hoc resdeductapervenitquodomnis querela et controversia, 
que de una ad aliam ecclesiam tune temporis proponebant 
vel proponi poterant, sub amicabili compositione penitus 
sopita quievit, eo videlicet tenore quod dom. venerabilis 
abbatissa Subdionis et sui conventus universalitas omnem 
querimoniam et calumniam quam adversus ecclesiam S^* 
Ruffi proponebant omnino postponentes ®, ecclesiam de 
Insula cum pertinentiis suis, nominati(m) ea que ipsarum 
nomine possidebat, juxta modum annuali censu '^ antiquitus 
impositum, dom. Guillermo abbati S" Ruffi et ecclesie sue 
in perpetuum habenda landaverunt et concesserunt, et pre- 
sentem cartam sigillé suo muniri fecerunt. Abbax et cano- 
nici S" Ruffi, cunctaminjuriam ab eisdem sibi illatam omnino 
rémittentes, quosdam terrarum reditus quos jam dicte 
domine Subdionis fratribus de Insula impigno(ra)verant pro 
ducentis solidis, eisdem libères dimiserunt et juxta pristinam 
consuetudinem debitum censum et décimas ex eis se reddi- 
turos et, excepta farailia sua et grangiariis suis, nuUum de 
parrochianis illarum ad sepulturam suscipere compromise- 
runt : illud* etiam adjicientes, quod terras que sunt de do- 
minio dominarum Subdionis, id scilicet canonici S" Ruffi 
emere vel acquirere absque illarum voluntate non debebunt; 
quod si titulo donationis sive pignoris aliquid horum acquisi- 
verint , vendere debebunt. Hec omnia abbas et canonici 



ORDINIS SANCTI RUPI. 71 

S" Ruffi se observaturos compromiserunt et ad hujus rei • 
notitiam presenti carte sigillum suum impresserunt ; denique 
ex consensu utriusque partis conspectui dom. Odonis Valen- 
tinensis episcopi hinc inde se présentantes, amicabilem corn- 
positionem inter se factam perhibuerunt*®, rogantes ut eam 
authoritate sua confirniaret et sigilli sui munimine corro- 
boraret; ipseque utrorumque satisfactiens peticioni, com- 
positionem laudavit et confirmavit, et banc compositionis 
cartam sigilli sui impressione signavit. Actum est hoc anno 
ab Incarnatione Doraini M.C.LXXXIIII, inpresentia dom. 
Odonis Valentinensis episcopi et Guillermi abbatis S" Rufïi 
et canonicorum suorum Poncii Augicii, prioris majoris, et 
dom. prioris claustralis, et magistri Guillermi et Pétri** de 
Tornorie, et Girardi et Falconis camerarii, sacerdotum, et 
Armanni subdiaconi ; et venerabilis abbatisse Subdionis et 
monacarum suarum : Aygline sacriste etNasare, Annetis de 
Crest, Severe, Guillerme de Alessa, Aurose, Largantis, 
Largere, Bernarde, Guillerme de Mota, Delphine, Anne, 
Marguerite, Selenne, Donnes, Austorgie. Cum bis etiam 
présentes fuerunt et testes Guigo de Sancto Roraano, prier 
de Burgo, magister Senioretus, Imbertus de Monte Vençris 
archipresbyter, Lambertus Estienne, Imbertus de Vernas, 
Guarnerius, Pontius Rotrus. 

1. « Extrait tiré d'un parchemin, ou a un seau pendant, estant dans 
les archives du chapitre de l'abbaye de S' Ruf de Valence, ezibé... 
par M* André de Serre, chanoine chamarier et sindic... ce 12* may 
1673». Texte impr. dans G allia Christ, nova (1865), t. XVI, instr. 
c. 109-10 (d'après cette copie). 

2. Ms. et h. et. — 3. Ms. domina. — 4. Ms. per. — 5. Ms. juris. 
— 6. Ms. proponentes. — 7. Ms. manuali aensu. — 8. Ms. illis. — 
9. Ms. r. et. — 10. Ms. proh-t, —11. Ms. Petrus. 



LIX. Mai ii8k. 

(CONCORDIA CUM BAJULO COMITIS VaLENTINENSIS) *. 

UNivERSis bec legentibus pateat quod dissentio erat inter 
fratres Sfanctji R(uf)i et Deusloguart, bajulum domini 
W(illelmi) comitis Val(entinensis). Dicebat enim Deus- 
loguart quod tascas et omnia que jure dominii habebant in 
feudo quod emerant a P. de Donnai, ipse debebat congre- 
gare jure bajulatus et congregata eisdem fratribus reddere; 



72 CODEX DIPLOMATICUS 

asserebat etiam ad jus suum pertinere omnes tascas de 
miliis et très puUos gallinarum, et i. fogaciam vel eininam 
frumenti, quam débet Petrus Seuza a Monte Mairan a la 
Jarba, et aliam fogaciam vel i. eminam frumenti, quam 
debent li Vivet et li Cataron pro terris quas habent ad ul- 
mum a la Jarba. Predicti vero fratres non plenarie credebaut 
prefato bajulo, quia cum feudum emerunt, hoc ad jus suum 
pertinere ignoraverunt. Unde ego W(illelmus) de Pictavo, 
comes Val(entinensis), ad cujus dominium pertinet predic- 
tum feudum, cum utraque pars in presentia mea esset cons- 
tituta, dolens banc dissentionem esse inter eos, volui eam 
sic diffiniri et terminari. Predictus enim bajulus, pro re- 
demptione peccatorum suorum, omnia predicta jura sua, 
sive qualicumque alio modo habebat vel habere credebat in 
predicto feudo jure bajulatus, Deo et ecclesie S' R(ufji dona- 
vit et laudavit in perpetuum. Fratres vero S* R(uf)i, ejus 
piam voluntatem considérantes, ipsum et uxorem et filios 
suos in bénéficie suo receperunt et promiserunt quod, cum 
audirent obitum suum, inter familiares suos eum scriberent 
et pro eodem orarent. Dederunt etiam eidem duos sextarios 
frumenti, et duos ordei et eminam ordei, et xx. solides Va- 
l(entinenses). Et ego prelibatus comes, intuitu Dei et pro 
redemptione peccatorum meorum, laudo et confirme hanc 
donationem et impressione sigilli mei presentem paginam 
corrobore. Acta sunt bec anno ab Incarnatione Domini 
M°C°LXXXMIII°, in mense maii, assistentibus W. de 
Nemauso, W. de Stella, canonicis S* Rfufli, P. Kremundi, 
bajulo predicti comitis, et Juvene Megir. 

l. Original parch. de 24 lig. 1/4; fragment de sceau équestre sur 
lanière de cuir. Cf. Eusebi, Repart., p. 387. 



LX. i^ janvier H85. 

(CONFIRMATIO PRIVILEGII DE ECCLESIIS PARROCHIALIBUS) •. 

LUGius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Aimoni ?) abbati et conventui Sancti RufR, salutem et 
apostolicam benedictionem. Justis petenciumdesideriis 
facilem nos convenit prebere assensum et vota que a racio- 
nis tramite non discordant effectu prosequente complere. Ea 



ORDINIS SANCTI RUFI. 73 

propter, predecessorum nostrorum vestigiis inhérentes, auc- 
toritate vobis apostolica indulgemus, ut in ecclesiis parro- 
chialibus que ad vos spectant quatuor vel très de fratribus 
instituere valeatis, quorum unusdemanu episcopi animarum 
curani recipiat, ut ei de spiritualibus, vobis autem de tem- 
poralibus debeat et ordinis observancia respondere. Nulli 
ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostre confirma- 
cionis infringere... Si quis autem... Datum Vérone, v* idus 
januarii. 

1 . Vidimus de Franc, du Puy (1487), f"* 3^ (n* xiii). Copie dans Eusebi, 
ReperL, p. 302. Cff. idem, p. 71 ; Jaffé, Reg. pont. Rom., éd. 2», n* 
15345. 



LXl >. ii85. 

A. 1185, Aimo abbas S. Rufi recipit ab Odone episcopo 
Valentino confîrmationem vineœ emptœ, pretio xx. marca- 
rum, a Pontio de Vacheras, quœ vinea est adjacens clauso 
episcopi, etc. 

1. Analyse fournie par Eusebi , Repert,, p. 387, cap. xii, n*» 9. 



LXII ». 21 mars litiô. 

Urbani papae III bulla directa (Petro ?) abbati et fratribus 
S. Rufi; incipit: « Regularem vitam... Dat(um) Vérone, 12 
kalendas aprilis 1185 » ; ubi, ad instar Adriani papae IV, 
suscipit sud Romana sede « ecclesiam S. Rufi, in insula que 
dicitur Esparveria sitara, in qua divine estis obsequio man- 
cipati», et universas ecclesias ordinis quas nominat, inter 
quas « ecclesiam S. Jacobi, S. Rufi sub civitate Tripoli- 
tana. » Subscriptus est idem papa et 10 cardinales. • Datum 
Vérone, per manum Moysis, Lateranensis canonici, vicem 
agentis cancellarii. » 

1. Analyse fournie par Eusebi, Repert,, p. 74. Cf. Jaffé, Rerj. pont. 
Rom., éd. 2*, n® 15568. 



74 CODEX DIPLOMATICUS 

LXIII. U86. 

(Carta) de terris RoTGERir IN Mazzas *. 

IN nomine Domini nostri Jhesu Xpisti, aano Iiicarnationis 
ejusdem M°.C<'.LXXXo.VIo, ego Rotgerius de Claireu, 
in bona memoria mea constitutus, intuitu pietatis et 
misericordie, pro redemptione anime mee, asseasu et volun- 
tate domini L(antelmi) Valentini episcopi et Aderaari Picta- 
vensis et W(illelmi) de Claireu, fratris mei, Valentini abba- 
tis, dono in helemosinara et concedo Deo et ecclesie Sancti 
Rufi, et Petro ejusdem ecclesie abbati et successoribus suis 
mansum de Cortellas, cum pertinentiis suis, apud Liberonem 
constitutum, ad habendum perpétue et quiète possidendum, 
absque mea meorumque suc(c)essorum contradictione et 
retractatione aliqua, ut prefata ecclesia ab bac die in antea 
prefatum mansum, cum pertinentiis suis omnibus, sine dimi- 
nutione aliqua, habeat perpétue et quiète possideat, et 
pro voluntate prelatorum suorum disponat ; quod videlicet 
mansum est pênes villam de Massaz, cum territorio suo. Et 
preterea ego memoratus Rotgerius, pro remédie anime mee, 
dono et concedo prefate ecclesie, prefato abbati et succes- 
soribus suis jus pascendi animalibus et gregibus sive jumen- 
tis eorum, in omnibus pascuis meis que habeo in territorio 
de Voûta usque ad Rodanum. Hanc vero donationem et con- 
cessionem ego prefatus Rotgerius laudo et confirme predicte 
ecclesie, predicto abbati et successoribus suis sine fraude et 
deceptione, ad quicquid voluerint faciendum, sicut sanius et 
melius credi potest et intelligi. Hoc autem factum est in 
presentia et sub testimonio domni L(antelmi) Valentini epis- 
copi, Ademari Pictavensis, W(illelmi) de Claireu, Valentini 
abbatis, magistri Senioreti, Poncii Rufi et uxoris ejusdem 
prescripti Rotgerii, Baldemari et W. prioris Sancti Rufi, 
Raimundi Biterrite, Poncii Conilli, canonicorum Sancti 
Rufi, et aliorum quam plurium. 

l . Original parch. de 16 lig. Des quatre sceaux jadis appendus à 
cette charte, il ne subsiste que celui d'Adémar de Poitiers, rond de 
55 mill. de diam., équestre, chevalier passant àsenestre, armes sur le 
bouclier: + SIGILLVM • ADEMARI • comitis ' Valeniim, 



ORDINIS SANGTI RUFI. 75 

LXIV. U88. 

(Carta) de insula subter Valentiam *. 

DIGNUM EST ET HUMANE GONGRUIT NECESSITATI, qUatinUS 
ea que solemniter inter aliquos acta noscuntur, per 
scripture noticiam perpétue memorie commendentur, 
ne super his que quandoque manifesta fiunt, inter posteros 
teraporum diuturnitate ex oblivione litigium generetur^ 
Eapropter ego Falco, Dei gratia Valentine ecclesie dictus 
episcopus, per présentera cartam sigilli mei impressione 
signatam, tam presentibus quam futuris notum facio quod 
cum W(illelmus) de Beldisnar adversus ecclesiam Sancti 
Ruphi querelas quandoque proponeret, eo quod insula Sug- 
dionensis cum pertinenciis suis ad proprietatem et dominium 
ejusdem ecclesie Sancti Ruphi translata fuerat, et quod 
fratres ejusdem insuie Sugdionensis in insula de Bolzanis 
mansionem suam non mutaverant ; tandem utraque parte 
présente, et hinc inde rationibus et allegationibus auditis, 
idem W(illelmus) ad salubrem exortacionera meam omni- 
modam querelam, quam supQr his vel aliis quibuslibet ad- 
versus abbatem et fratres Sancti Ruphi proponere poterat, 
omnino relinquens, chabannariam de Polsasner, sicut per 
quinque partes divisa videtur, et insulam de Bolzanis cum 
adjacenti manso et si qua bona prêter hec ex predecesso- 
rum suorum donatione vel vendicione possidere videbantur, 
domno Petro abbati et ecclesie Sancti Ruphi, et fratribus 
in insula Sugdionensi vel alibi necessitate cogente manen- 
tibus, in perpetuum habenda et possidenda donavit atque 
concessit ; et coram positis Evangeliis in manu mea prestitit 
juraraentum et insuper me dédit fidejussorem, ne sub ali- 
quarum occasione querelarum supra memoratos f[ratre8 
ajliquatenus fatigare seu calumniare vel querelam contra 
eos facere présumât : et si quispiam de parentela sua ali- 
quibus exactionibus eosdem inquietaret, ad quoslibet se débet 
opponere defensorem, ut que Dei famulis pietatis intuitu 
sunt concessa, in perpetuum sibi proficiant et in pace possi- 
deant. Eapropter idem abbas et fratres Sancti Ruphi eun- 
dem Willelmum et omnes de parentela sua participes 
oracionum suarum constituerunt . Facta sunt hec aput 
Valentiam, in caméra pontificali, anno ab lacarnatione Do- 



76 CODEX DIPLOMATieUS 

mini Mo.C^.LXXXo.VIJI", sub presentia et testiiiionio Lani- 
berti decani, W. de Eras, Lantelmi bajuli Valeutini, Pontii 
Algisii, prioris Sancti Jacobi, Pétri de Tornone, Poncii 
Conilii, Uldrici, canonicorum Sancti Ruphi. ff. Ego Jaco- 
bus, domini^episcopi notarius, presentem cartam mandate 
ejus scripsi. 

1. Oriflrinal parch. de 17 lig. ; le sceau est encore pendant sur cor- 
donnet: ôvêque assis, vu de face ; au dos : Carta insuie Subdionis, 
quam dominiLS do Beldisnar dédit monasterio Sannti iîup/ii. 
Copies dans Ollivibr (J.). Arch. hist, du Dauph., t XV, f» 229 
(ex litteris originalibus abbatiœ S« Ruffi) : CarL de St-Ruf, f* 64 
(extr. de l'orig. parch. avec un sceau en cire). Cf. Eusehi, Repert,, 
p. 387. 



LXV. U90. 

Carta de insula que dicitur Esparveria *. 

INTER comendabiles hominum actus ea potissimum appro- 
batione digna videntur, in quibus pietas existit et mani- 
festa caritas exibetur. Eapropter ego Falco, Dei gratia 
Valentinus episcopus, proprie saluti previdens nec non pro 
patrum venerabilium animabus qui Valentinensis ecclesie 
quondam gubernacula tenuerunt, et specialiter pro anima 
pie recordationis domni Odonis olim episcopi Valentini, ut 
videlicet in die obitus sui per singulos annos conventus 
ecclesie Sancti Rufi copiosius reficiatur, tibi Petro, ejusdem 
ecclesie abbati, et successoribus tuis et ecclesie tue, cum 
deliberatione et consilii maturitate, prout melius et sanius 
intelligi potest, quicquid juris sive potestatis, auctoritate 
pontificali vel imperiali concessione, habeo vel habere pos- 
sum vel debeo in omni alveo insuie Sparaverie versus orien- 
tem a principio usque ad finem, sicut a ripa continetur utrâ- 
que, dono, laudo et in perpetuum habendum conoedo : ita 
scilicet quod nulli indigène vel alienigene liceat ibi piscari vel 
instrumenta piscatoria vobis invitia ibidem ponere, set seraper 
ad usus vestros ejusdem loci captura piscium tantummodo 
reservetur. Ut igitur hujusmodi donatio sive concessio 
firma semper maneatet illibata, presentis attestatione scrip- 
ture et sigilli mei impressione eandem duxi corroborandam ; 
adiciens insuper quod quicuraque contra eam venire vel 
eam impedire vel revocarepresumpserit, iram et indignatio- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 77 

nem omnipotentis Dei incurrat et in extremo magni judiciidie 
in numéro reproborum eternis suppliciis deputetur. Facta 
sunt hec anno ab Incarnatione Domini M^.C*.LXXXXo, 
sedente in Urbe Clémente, Frederico imperatore régnante, 
pontificatus nostri anno tercio ; sub testimonio Ramundi 
prions claustralis, magistri Johannis sacriste, Isardi prions 
Vienne, P(ontii) Augisii, prioris Sancti Jacobi, Gontardi 
prioris Coste, Helie prioris de Dia, Falconis de Bozosel, 
prioris de Corbeliino, P(ontii) de Soz, prioris de Burgo, 
Giraudi prioris de Turre, P(etri) de Tornone, W. de Ne- 
mauso, P(ontii) Conil, operarii, W. hospitalarii, Umberti 
camerarii, Rafini procuratoris, magistri W., G. de Alben- 
naz, Ilelie, W. prioris de Peiraudo et Pétri de Avinione, 
canonicorum Sancti Rufi;Duranti etiam de Tornone, W. 
de Bello Viso, Achillei sacerdotis, W. de Cabiolo, clerico- 
rum, Pétri de Auriolo, vicarii, et Lantelmi bajuli. 

1. Original parch. de 20 lig. 1/5, grosse écriture; trace de sceau 
pendant sur lanière de cuir. Au dos: Donatio alvei insuie que Espar- 
veria Uicilur, existenlis a parte orientis dicte insuie. « Extrait tiré 
de Torig. en parch. exhibé par Guil. de Gonar, chanoine de 8* Ruf, 
pour servir ... à M* Guil Munuel de la Fay, abbé général dud. ordre. 
Paul Cholet notaire, 1663 ». Autre dans le ms. 824, f* 7. Texte impr. 
dans GalliaChrisl. nova, t. XVI, instr. c. 110. Trad. italien, (incplte) 
dans S. Congreg. consist. (1784), Summar. n» 4*» (2 p.) Cf. Fontanieu, 
Cart. du Dauph., t. I,f 150* . 



LXVI. fi92. 

(CONCESSIO DECANI ET CAPITULI AnICIENSIS) *. 

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CUMjuxta Apostolum, omnibus debitoressimus ', eistamen 
propensiori karitate tenemur astricti, qui renunciantes 
seculo in religîonis habitu, Domino famulari noscun- 
tur. Ea propter ego Pfetrus), ecclesie Aniciensis decanus, 
et totus ejusdem ecclesie conventus, ecclesie Sancti Rufi 
religionem attendeiites, ut tam présentes quam futuri Ani- 
ciensis ecclesie canonici orationum ecclesie Sancti Rufi par- 
ticipes esse mereaniur, concedimus tibi Petro Sancti Rufi 
abbati et per te ecclesie Sancti Rufi in perpetuum ecclesias 
Sancte Marie et Sancti Andrée de Crista, et ecdesiam Sancti 



78 CODEX DIPLOMATICOS 

Domnini que est apud Granam, cum decimis et primiciis, et 
oblationibus vivorum et mortuorum, et sepulturis et omnibus 
appendiciis suis, exceptis domibus de Crista: retento tamen in 
eis dominio et annuali censu treeentoruin solidorum Viennen- 
sium, aut si monetam lege aut pondère câdere contigerit vu. 
marchas et dimidiam argenti ad pondus Podiense ; ita ut tam 
présentes quam futuri ecclesie Sancti Rufi canonici habeant, 
teneant, possideant et ut de ceteris suis rébus pro beneplacito 
suo disponant : sic tamen ut ad alios transferre non possint. 
Si vero Aniciensis ecclesie canonicos per loca illa transitum 
fàcere contigerit, tenentur canonici Sancti Rufi eos in pre- 
dictis ecclesiis bénigne ospicio suscipere, et ut dominis reve- 
rentiam et honorem et idoneam procurationem exibere ; 
speciaiiter tamen P. de Monte Rebeili et ejus successores 
et nuncios suos, qui tune temporis supradictarum eccle- 
siarum possessor existebat. Si quis autem supradictos eccle- 
sie Sancti Rufi canonicos super hoc inquietare temptaverit, 
Aniciensis ecclesia se justicie pro eis oppônere tenetur. Ut 
autem supradicta concessio omnimodam obtineat firmitatem, 
laudaverunt hoc Anicienses canonici : Petrus decanus, raa- 
gister Alanus, Gibertus de Spaleto, S. de Buzillo, P. Ricar- 
di, P. de Monte Rebeili, P. Gaufredi, Bertrandus de Fillinis, 
Poncius de Fillinis, Bermondus d. Salnerii, P. Poncii, Ber- 
trandus Aspasii, Guigo de Rocha, W. Salnerii, Odilo, Paga- 
nus, Ugo de Podempniaco, D. de Saisiaco, W. de Corberia, 
P. Pictavinus, W. de Sancto Quintino, Dalmacius Guini, 
Ferrandus, Radulfus abbas Brivatensis *, Poncius Mauricii, 
P. de Belle Monte, W. Dracho, W. prepositus. 

Hoc autem factum est in capitule Aniciensi, anno ab Incar- 
natione Domini M«.G'*.LXXXX°.1I% Gelestino summo ponti- 
fice. IIujus rei testes sunt : Poncius Augis, Poncius de Sus, 
P. de Prunet, canonici Sancti Rufi, D. de Turnone, Poncius 
de Sancto Prejecto, Poncius de Valentia, Durantus de 
Trevix et multi alii. Hujus consentionis paginam Anicien- 
ses canonicii sigilli sui auctoritate firmaverunt. 

1. Original parch. de 18 lig. 1/9, sans trace dp sceau. Cf. Eusebi, 
Repert.f p. 88. 

2. Cf. Roman, i, U. 

3. Sans doute Rodolphe de Langeac, 1175-1207 {Gallia Christ, nova, 
t. II, c. 477 et xlj). 



ORDINIS SANCTI RUFI. 79 



LXVII. 6' mai U92, 

(CCELESTINI III PAP^ CONCESSIO PRO ECCLESIIS 

DE BURGO) *. 

CELESTiNOS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Petro) abbati et fratribus ecclesie Sancti Ruffi, salu- 
tem et apostolicam benedictionem. Cum a nobis requi- 
ritur quod a tramite rationis non deviat, petentium deside- 
riis facile nos decet annuere et ipsis effectum congruum 
indulgere. Hac igitur consideratione mimiti vestrisque pre- 
cibus inclinati, presentium vobis authoritate concedimus ut, 
sicut hactenus habuistis in ecclesiis de Burgo et aliis in 
quibus consuevistis, habere vobis liceat canonicos, quorum 
unus qui idoneus sit a diocesano episcopo curam recipiat 
animarum, ut ei de spiritualibus et vobis de temporalibus 
debeat respondere ; districtius inhibentes ne infra villam de 
Burgo, cujus parrochie ad vos pertinent, sine diocesani 
episcopi et vestro concensu novum oratorium et cimeterium 
consecretur : salvis tamen privilegiis Romanorum ponti- 
ficum. Volumus insuper ut parrochiani ecclesie Sancti An- 
deoli, que ad vos dicitur pertinere, aut alii homines qui ad 
eamdem villam sua domicilia transtulerint et ibi viginti an- 
nis et amplius habitaverint , cum ad ecclesiam ipsam jus 
parrochiale totius ville pertineat, sibi de cetero nuUatenus 
auferatur. NuUi ergo omnino hominum liceat banc paginam 
nostre concessionis (et) inhibitionis infringere. . . Si quis. . . 
Datum Laterani, secundo nonas maii, pontificatus nostri 
anno secundo. 

1. Copie du XVII* s. (extraict de son original en parchemin, deue- 
ment scellé et signé par Célestin troizième..., exhibé par M* Aymard 
Desont, prieur du Bourg-St-Andéoh. Cf. Jaffb, Uctj. pont. Rom., 
éd. 2« . n* 16866. 



80 CODEX DIPLOMATICUS 



LXVIII. 19 mai 1192. 

(EjUSDEM CONCKSSIO de DECIMIS et ECGLESIIS 

VEL ORATORIIS) *. 

CELESTiNUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Petro) abbati et fratribus Sancti Rufïi, salutem et 
apostolicam benedictionem. Justis petencium deside- 
riis dignum est nos facilem prebere concensum et vota, que 
a racionis tramite non discordant, effectu prosequente com- 
plere. Ea propter, dilecti in Domino filii, vestris justis postu- 
lacionibus grato concurrentes assensu, apostolica auctori- 
tate statuimus ut nulli omnino liceat décimas ad jus vestrum 
vel ad ecclesiarum vestrarum parrochias pertinentes emere 
vel eas illicite usurpare; indulgemus eciam vobis ut nemo in 
parrochia ecclesie vestre aut in parrochiis ecclesiarum ad 
vestrum jus pertinencium, absque vestra et diocesani epis- 
copi conivencia et assensu, ecclesiam vel oratorium, salvis 
privilegiis nostris, edifficare présumât. Decernimus ergo ut 
nulli omnino hominum liceat hanc paginam nostre constitu- 
tionis et inhibicionis infringere. . . Si quis. . . Datum Rome, 
apud Sanctum Petrum, xiiii kalendas junii, pontifRcatus 
nostri anno ii°. 

l. Vidimus de Franc, du Puy (1487), f» 2b fn- vu). Copie dans Eu- 
SEBi, ReperL, p. 300-1. Gflf. idem, p. 71; Jaffé, Reg. pont. Rom., 
éd. 2a , n- 16879. 



LXIX. 12 jsinvier 1193. 

(EjUSDEM GONCESSIO de ECCLESIIS PARROCHIALIBUS) *. 

CELESTINUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Petro) abbati et canoniois Sancti RufR, salutem et 
apostolicam benedictionem. Apostolice sedis auctoritas 
nos inducit et debitum postulat caritatis, ut tanto liben- 
cius vestris utilitatibus intendamus, quanto ecclesia vestra 
magis noscitur religione vigere. Hac igitur racione conside- 
racionis inducti, presencium vobis auctoritate ad i(n)star fe- 
licis recordacionis Alexandri et Lucii predecessorum nos- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 81 

trorum, Romaûorum pontifficum, duximus indulgendum, ut 
si quaado ecclesias vestras parrochiales, in quibus très vel 
quatuor canonici moram faciunt, vacare contigerit, liceat 
vobis unum ex fratribus vestris canonicis eligere et episcopo 
presentare, a quo curam recipiens animarura, episcopo de 
spiritualibus, vobis vero de temporalibus et ordinis obser- 
vancia debeat respondere. NuUi ergo. . . hanc pag. nostre 
concessionis et constitucionis infring. . . Si quis. . . Datum 
Rome, apud Sanctum Petrum, ii idus januarii, pontifficatus 
nostri anno secundo. 

l. Vidimus de Franc, du Puy (1487), f*2b (n* vj). Copie dansEusBBi, 
Repert., p. 300. Gff. idem, p. 71 ; Jaffé, Reg. pont, Rom., éd. 2b , 
n- 16947. 



LXX «. 1195. 

Chirographe de Tan 1195, portant concession par M. Tabbé 
à un religieux de battir une maison auprès de la chapelle de 
la Magdeleine pour les frères malades et une chambre à 
côté pour s'y retirer ; avec pouvoir de posséder des revenus 
pour l'infirmerie. 

1. Analyse fournie par VInvent, de 1768, arm. 2, vol. 2, n« 12. 



LXXI. 10 mars 1196. 

(Bernard! cardinalis transactio inter Diensem et 

S' MeDARDI ecclesias, et ECGLESIAM S' RUFI SUPER 
ECGLESIIS DE CrISTA) ^. 

1. Tituli Dienses (Paris, Bibl. nat., ms. lat. 18356, anc. Min. 61), V* 
38, n^ XXVI. Copie dans Ollivier (J.). Arch. hist. du Dauph., t. XV, 
{^ 243 (ex litt. original, episcopatus eccl. Diensis). Texte impr. dans 
Acad. Delph., Docum. inéd. relat. au Dauph,, 1868, t. II, 3* livr., p. 
57-9. Cf. GoLUMBi, OpuBC, 1668, pp. 261 et 292. 



82 CODEX DIPLOMATICUS 

LXXII. 1191, 

Carta (Arm. de Retortor) de insula Sudionis *. 

NOTUM sit presentibus et futuris, quod Armannus de Re- 
tortor inquietabat domum insuie Subdioii(ensis) , que 
propria est monasterii Sancti Ruphi, querens placita- 
mentum in quadam terra dicte insuie que Venecia nuncupa- 
tur, eo quod ipsa terra patris sui fuisse dicebatur. Qua- 
propter ego Falco, Valentinus episcopus, audito clamore 
jamdicte domus prioris et litteris a domino Odone episcopo 
super donatione et inquisicione supradicte terre factis et di- 
ligenter inspectis, quod in terra illa dictus Arfmannus) nichil 
querere posset ipsum certuni fecimus et rogavimus illum ut, 
amore Dei et nostro, ab ejus vexatione desisteret. Unde ad 
preces nostras inclinatus sepedictus Ar(mannus), tactis sa- 
crosanctis Evangeliis, juravit quod nuUam de cetero ipse 
aut aliquis successorum suorum vel aliquis nomine suo ïn 
supradictis nec etiam in aliis prenominate insuie pertinen- 
ciis querelam vel calumpniam faciat ; set pro posse suo ab 
omni inquiétante et calumpniam inferente defendat, et si 
quid juris in terra illa habebat vel etiam habere videbatur, 
totum pro sua et parentum suorum sainte donavit, laudavit, 
guirpivit supradicte domui et Willelmo priori et successo- 
ribus suis et in pace possidendum perhenniter concessit. 
Preterea si supradicta domus de loco sepedicte insuie, causa 
necessitatis, ad alium magis congruum et oportunum locum 
transferretur, sub eodem sacramento promisit prenominatus 
Ar(mannus) quod ipse et successores sui teneant in pace 
dictum donum, et quod de cetero nuUam ibi faciant calump- 
niam sive querelam. Hoc idem juravit Dalmacius bajulus 
ejus, mandato suo, et ut cercius haberetur rogavit nos ut 
presentem cartam sigillo nostro muniremus. Testes sunt 
Achilleus sacerdos, Xpistianus nepos ejus, Rainoldus Cocus, 
Petrus de Curia, Rotbertinus, Acharnz, W. Szups, Ugo 
bajulus, magister Pe(trus), canonicus Sancti Ruphi, Aimo 
de Solomniaco, Dalmacius vicarius ejus, Jaucerandus Ru- 
phus. Actum est hoc in aula Valentinensi, anno Domini 
M. C. XC. VU, sedente in Urbe Celestino papa, régnante 
Henr(ico) serenissimo Romanorum imperatore. 



ORDINIS SANCTl RUPI. 83 

Ego Jacobus, domini episcopi notarius, decimo anno pon- 
tificatus ipsius, presentem cartam mandato ejus scripsi. 

1. Original parch. de 16 lig.; au dos encore : Caria de insula Sub- 
dionis, que est monasterii Sancii Ruphi, Cf. ëusebi, Repert., p. 387. 



LXXIII. 1197. 

CaRTÀ de MOLENDINO, SET ALIA MELIOR *. 

UT HOMINUM TRANSEUNCIUM STATUTA NON TRANSEANT, 
MAJORUM AUCTORITATE ET SIGILLI EORUM MUNIMINE 
ROBORANTUR. Per PRESENTEM igituF paginaiïi ego 
Falco, episcopus Valentinus, notum fieri volo tam presen- 
tibus quam futuris, quod Lambertus de Sancto Nazario, 
saaus et incolumis, in optima ^ mentis disposicione consti- 
tutus, molendina que ipse edificaverat, ob remedium anime 
sue parentumque suorum, contulit Deo et ecclesie Sancti 
Ruphi, nostre concessionis licencia priiiiitus impetrata. Post 
cujus Lamberti mortem, Lambertus decanus, Rico, magister 
Senioretus, Johannes sacerdos, Jarento de Bisatgio, Petrus 
de Salis, Poncius Biza, Umbertus de Valentia testificati 
sunt molendina ecclesie Sancti Ruphi in testamento suo 
prefatum Lambertum reliquisse. Accédons igitur Bertran- 
dus, ecclesie Sancti Ruphi abbas, ad nostram presenciam, 
humiliter postulavit ut eandem donationem firmam habe- 
remus et ratam, et eorumdem molendinorum plenam pos- 
sessionem concederemus ecclesie Sancti Ruphi pacifiée in 
perpetuum obtinendam. Nos vero *, tantoruni virorum tes- 
timonio plenissimam fidem habentes et omnia sollempniter 
acta considérantes, condescendentes ejusdem abbatis preci- 
bus propter religionis et honestatis fraglanciam que in 
eadem ecclesia dinoscitur .vigere, visis etiam predecessorum 
nostrorum instrumentis et diligencius exquisitis, in quibus 
eontinetur quod in feudis nostris ecclesia Sancti Ruphi lar- 
gicione fideiium, emptione, vendicione, permutacione vel 
quolibet alio juste titulo adquisicionem possit facere, omnis 
contradictionis, reclamationis et calumpnie obstaculo non 
obstante, molendina predicta cum omni tenemento suo, 
prout meiius et sanius intelligi potest, salvo tamen débite 
censu XV. solidorum, ecclesie Sancti Ruphi donamus, lau- 



84 CODEX DIPLOMATICUS 

damus et concedinius perpétue possidenda. Pro hoc autem 
laudamento, a te Bertrando, abbate Sancti Ruphi, reco* 
gnosco me ce. solidos accepisse *. Si quis autem hanc nostre 
concessionis et donationis paginam infringere vel aliquo 
modo permutare attemptaverit, indignationera omnipotentis 
Dei et béate virginis Marie, omniumque sanctorum et beati 
Apollinaris se noverit incursurum. Nos quoque hanc dona- 
tionis cartam, ut majoris firmitatis robur obtineat, sigilli 
nostri munimine confirmamus. Testes sunt Poncius Chais, 
Falco de Monmira, Stephanus medicus, W. de Neumauso, 
Bartholomeus de Costa, Bernardus de Fontanis, Ugo vica- 
rius, canonici Sancti Ruphi, et Poncius Conils, L. bajulus, 
Petrus de Salis, Erpinus, Petrus nepos ejus, Guigo de Tor- 
no, Pe(trus) de la Sonna, Pe(trus) de Podio, Ticbaudus, W. 
de Podio, Pe(trus) Iters, Barnardus Chanabaz, Raimundus 
Citarella, Petrus del Obra, Bernardus marescalcus, W. de 
Pelafol, Ugo nepos ejus, Durandus de Turnone, W. de Bel- 
mon, W. Antonis *, Ugo bajulus. Acta sunt hec anno Incar- 
nationis Dominice M^C°.XC^VIJ°, sedente in Urbe Celes- 
tino papa, régnante Henr(ico) serenissimo Roraanoruni im- 
peratore. 

Egô Jacobus, doniini episcopi notarius, decimo anno pon- 
tificatus ipsius, présentera cartam mandate ejus scripsi. 

1. Original parch. de 22 lig., N. 3; autre de 19 lig., G. 12. Extrait 
tiré de lx)rig., exhibé par noble Guill. de Gonar, chan. de St-Ruf pour 
l!abbé Guilh. de Manuel de la Fay, par Paul Chol en 1663. Gf. Eusebi, 
Repert., p. 389. 

2. A ooiima, — 3. B quoque, — 4. B omet Pro hoc. accepisse. 
— 5. B Anconis. 



LXXIV. Mai 1191, 

De dono quod pecit Gaucelinus de Naves *. 

NOTUM sit presentibus et futuris, quod ego Gaucelinus de 
Navis • scio et in veritate recognosco tibi, domno Fal- 
choni S(anct)i Rufi abbati *, me quicquid juris habe- 
bam in castris de Navis 2, de Maloboscho * et de Banna, 
noraine feudi accepisse a domno Willelmo * abbate Sancti 
Rufi : tali pacte ut nomine servicii darem ecclesie Sancti 
Rufi singulis annis très libras cere ; et pro hoc feudo debeo 
facere hominium abbati Sancti Rufi, quandocumque a me 



ORDINIS SANCTI RUFI. 85 

exegerit. Dedi etiam domui de Bonis Vallibus quicquid juris 
habebam in territorio castri de Mtrendol, et quemdam man- 
sum qui est in valle Sancti Theodoriti <*, cum omnibus perti- 
nenciis Ruis ; item recognosco quod pater meus dédit unum 
dimidium mansum apud "^ Chaçach « domui memorate, et 
fratres mei dederunt villani de Rivo Sico, cum horainibus et 
omnibus pertinenciis suis. Hec omnia, sicut in bac carta 
superius continentur et sicut sanius et melius potest intel- 
ligi ^, laudo et concedo et confirmo ecclesie Sancti Rufi et 
domui de Bonis Vallibus, sine omni retentione debiti vel 
indebiti servicii, sine exactione vel inquietatione aliqua, 
sine garda vel questa tranquille et libère perpetuis tempo- 
ribus possidenda. Et promitto, tactis sacrosanctis Evange- 
liis super altare capelle Sancti Rufi, quod predictam dona- 
tionem, quam pater meus fecit sive confirmacionem quam 
ego facio, de cetero nunquam moveam vel moveri faciam. 
Ad majorera autem firmitatem habendam , ego predictus 
Gaucelinus domnum Falchonem *• episcopum Valentinum 
rogo, ut présentera cartam per alfabetum divisam sigillo 
suo corroborari " faciat. Testes sunt R. prior claustri, W. 
de Nemauso, Pontius Sancti Michaelis ", Rainaldus, Ste- 
phanus " et Petrus de Lugduno, Giraudus de Barjach ** 
prior ** Bonarum Vallium, R. de Garda monachus et Petrus 
Eraclii miles. Actum est autem ^® hoc anno Dominice Incar- 
nationis M^'.C^.XC^.VII", mense madio, in capella Sancti 
Rufi. Ego Falco, abbas Sancti Rufi, et nos conventus, sicut 
vidiraus in carta sigillata et verum esse scimus, in bac carta 
sigillavimus ". 
ABGDEFGHI KL MNOPQ? 

1. Original parch. de 15 lig. ; autre de 14 lig., avec traces de deux 
sceaux. Copie dans Eusebi, Repert., p. 328. 

2. B Naves, — 3. B omet iibi... abbati. — 4. B Malbosco. — 
5. B Vi'O. — 6. B Te-L — 7. B aput. — 8. B Chacac. — 9. B i. p. — 
10. B Falconem. — 11. B ro-i, — 12. B Micas. — 13. B Ste/a-s. — 
14. B B-c — 15. A priorem. — 16. B omet. — 17. A omet Ego... si- 
gillavimus. 



86 CODEX DIPLOMATICUS 

LXXV. (Après U91), 

(DoNUM Galterii Brino apud Columbkrium) *. 

a • a • • a • V 

LABi solet rerum memoria cum lapsu temporis et noverca 
pacis calumpnia, quod prius in quiète fuerat, inquié- 
tât. Sciant ergo présentes ac posteri quod ego Galte- 
rius Brino, donc et concedo Deo et ecciesie S(anct)i R(uph)i 
me ipsum et quidquid habeo vel possideo ad Columberium, 
tam in terris cultis quam incultis, tani in domibus quam in 
nemoribus. Hoc donum concesserunt et confirmaverunt cum 
juramento filie mee Galteria et Maria, et earum mariti Ge- 
raldus et Ardencs. Actum est hoc ad Sanctum Ruphum, in 
caméra domni Falconis abbatis, ipso présente et aliis quam 
pluribus, videlicet P. Chais, magistro Helya, Ugone vicario, 
Ar. de Sancto Albano, fratre Stéphane, Nicholao, Durando, 
Habundo, Martino, Guichardo et aliis quam pluribus. Con- 
firmatum vero fuit ad Sanctum Jacobum, in presentia Ar- 
mandi prioris ejusdem loci et supra scriptorum virorum. Ex 
permissione vero domni F(alconis) abbatis habeo quod, dum 
fuero in laicali habitu, de predictis terris que coluntur aliéna 
manu fructum habeam, de illis autem quas domus S(anct)i 
R(uph)i coli faciet, nichil habeam : de assumptione vero re- 
gularis habitus, in arbitrio meo missum est. 

1. Original parch. de 10 lig. Cf. EusBsr, Repert., p. 386. 



LXXVI. 8 août 1198, 

fiNNOCENTII III PAP^ PRIVILEGIUM DE ORDINATIONIBUS) *. 

INNOCENCius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Falconi) abbati et conventui Sancti Ruffi, salutem et 
apostolicam benedictionem. Quociens a nobis requiritur 
quod a religione vel honestate discordare minime videatur, 
animo nos decet libenti concedere et justis petencium desi- 
deriis eflfectum congruum indulgere. Ea propter, dilecti in 
Domino filii, vestris justis postulacionibus gratum imper- 
ciantes assenssum, apostolica auctoritate statuimus ut vos 



ORDINIS SANCTI RUFI. 87 

et canonici vestri qui in ecclesiis vobis subdictis commo- 
rantur, crisma, oleum sanctum, consecraciones altarium 
seu basilicarum, ordinaciones clericorum, qui ad sacros or- 
dines fuerint promovendi, a diocesano suscipiatis episcopo : 
si quidem catholicus fuerit, et graciam atque communionera 
apostoiice sedi habuerit, et ea vobis gratis et absque pravi- 
tate voluerit exhibere ; alioquin liceat vobis quemcumque 
volueritis catholicum adiré antistitem, qui nostra fretus 
auctoritate vobis quod postulatis indulgeat. Datum Reate, 
VI idus augusti, pontifficatus nostri anno primo. 

l. Vidimus de Franc, du Puy(1487), f^ 3(n« viii). Copie dans Eusebi, 
Repert., p. 301. Cf. idem, p. 71. 



LXXVII. 15 mars 1199. 

(Ejusdem confirmatio sententi^ Lugdunensis 
archiepiscopi contra iiospitalarios) *. 

INNOCENTius opiscopus , sorvus servorum Dei, dilectis 
filiis (Falconi)] abbati et conventui Sancti Rufi, [salutem 
et apostolicam benedictionem]. Sententia que ex dele- 
gatione sedis apostoiice ratione previa promulgatur, firma 
débet et illibata consistere ; et, ne in posterum aliquorum 
temeritate valeat perturbari, apostolico est munimine robo- 
randa. Eapropter, dilecti in Domino filii, vestris postulatio- 
nibus grato concurrentes assensu, sententiam quam venera- 
bilis frater noster Rain(aldus) Lugdunensis archiepiscopus, 
in causa que inter vos ex una parte et Hospitalarios ex altéra, 
super ecclesia Sancti Jacobi de Valentia vertebatur, ex 
delegatione sedis apostoiice noscitur promulgasse, sicut juste 
lata est nec légitima appellatione suspensa, et in ipsius ar- 
chiepiscopi authentico plenius continetur, ad exemplar bone 
memorie Celestini pape, predecessoris nostri, auctoritate 
apostolica confirmamus et presentis scripti pagina commu- 
nimus. Nulli ergo, etc. 

Datum (Laterani), idibus martii, pontificatus nostri anno 
secundo. 

1. Innocenth III Regesta, lib. ii, ep. 22. Texte impr. dans Innoc. 
epist.M' Baluze, 1682,* t. I, part, ii, p. 344: éd. Bréquigny, 1791, t. II; 
PatroL latina, t. CCXIV, c. 552. Cff. Bréquigny, Table, t. IV, p. 271; 
PoTTHAST, Reg. pont. Rom,, n* 626. 



88 CODEX DIPLOMATICUS 

LXXVIII. 20 mars 1199. 

(Ejusdem prohibitio ne canonici Sancti Rufi ad 

AUUM ORDINEM TRANSEANT) *. 

INNOCENTius episcopus, servus servorura Dei, venerabili 
fratri (Mauritio)] Pictavensi episcopo, [salutem et aposto- 
licam benedictionem]. Proposita nobis dilectorum filio- 
rura (Falconis) abbatis et conventus Sancti Rufi querimonia 
demonstravit, quod A. Jordani eorum canonicus , habitu 
regularium canonicorum rejecto, sine abbatis sui licentia in 
monasterio Malleacensi suscepit ordinem et regulam mona- 
chorum. Cum igitur, juxta canonicas sanctiones, religiosi 
canonici non credantur a consortio sanctorum monachonim 
sejuncti, fraternitati tue per apostolica scripta mandamus 
quatenus, si tibi constiterit de premissis, jamdictum canoni- 
cum ad ecclesiam redire priorem, monitione premissa, per 
censuram ecclesiasticam, appellatione remota, compellas : 
ubi et memorialem cucullam eum déferre facias et ultimum 
in choro manere, ut exemplo ejus alii similia non attentent. 
Datum Laterani, xiii kalendas apriiis, pontificatus nostri 
anno secundo. 

l. Innocentii III Reg., lib. ii, ep. 11. Texte impr. dans Innoc. epist.^ 
éd. Baluze, t. I, p. ii, p. 340: éd. Bréquigny, t. II; Pa/r. /a/., t. GGXIV. 
c. 545. Gff. Brbquigny, Table, t. IV, p. 271; Potthast, Reg, pont, 
Rom., no 634. 



LXXIX. 1199. 

(Sententia inter priorem S' Felicis et Hospitale) K 

Nos Falco, Dei gratia Valentinensis episcopus, notum 
facimus universis présentes litteras inspecturis quod, 
cum discordia verteretur inter Gontardum prioreni 
Sancti Felicis, ex una parte, et Pentium de Blargaritis 2, pre- 
ceptorem domus Hospitalis Sancti Sepulchri Valentie, super 
eo quod prier Sancti Felicis dicebat quod totum hospitale et 
grangia eorum, que est in abbatia, excepta ecclesia Sancti 
Sepulchri et excepte refectorio et quadam parte coquine, 
erant in parrochia et infra limites parrochie Sancti Felicis : 
quod preceptor Hospitalis denegabat ; tandem, partibus in 



ORDINIS SANCTI RUPI. 89 

nostrapresentiaconstitutis, prior se obtulit probaturura quod 
hospitale et grangia erant in parrochia Sancti Felicis, humi- 
liter supplicando ut testes quos ipse vellet producere, pro 
limitatione parrochie Sancti Felicis, recipere dignaremur : 
maxime, cum quidam illorum testium essent senes et idcirco 
timebat ipse prior ne futuris temporibus subtraherentur 
copia probandi ipsi domini si necesse esset, vel si iterum 
inter domum Sancti Felicis et domura Hospitalis, seu inter 
alios de parrochia Sancti Felicis de cetero questio oriretur. 
Assignata igitur die partibus, prior testes produxit viros 
idoneos, perquos plene probavitquod parrochia Sancti Feli- 
cis protenditur a porta de Tordayo usque al chier de Fie- 
ratas, et vadit per violum inter cuneum Rayneve et cuneum 
Chambard usque ad caminum quo itur apud Alexianum, et ab 
illo camino Alexiani itur recto itinere sobre lo Cognier usque 
ad viam que dicitur Castelnovesa, et per illam viam usque 
ad caminum regalem quo itur recto camino usque ad Para- 
langes ; et a porta supradicta de Tordayo usque ad portam 
Sancti Sulpicii, et ab illa porta Sancti Sulpicii recta via us- 
que ad Favantinas, et ab illo loco sicuti ducit via qua itur 
vers la Ruella usque ad fossatum vinee de la Ruella, et ab 
eodem loco per las Crespolieras usque ad supradictas Para- 
langias : adjicientes tam prior supradictus quam testes quod 
sacrista Sancti Felicis per istam parrochiam visitabat. Nos 
vero Falco, Dei gratia predictus episcopus Valentie, habite 
consilio peritorum, sententiando judicamus Hospitale Sancti 
Sepulchri et grangiam abbatie, excepta ecclesia Sancti Se- 
pulchri et excepto refectorio et quadam parte coquine, 
esse de parrochia Sancti Felicis, cum dictum Hospitale 
Sancti Sepulchri sit infra limites inferius annotâtes ; conce- 
dentés de gratia speciali domui Sancti Felicis, ut sacrista 
dicte domus istam parrochiam, quam ipsi domui confir- 
mamus, de cetero possit de nostra licentia visitare. Actum 
est hoc anno Incarnationis Dominice M°C**XC° nono, in curia 
épiscopali, presentibus Guillelmo de Vaesco, Guillelmo de 
Liberone, canonicis Valentie, Lamberto priore de Cozau, 
Odilone sacrista Sancti Felicis, Vitali, Johanne d'Aiserant 
et Francisco, hospitalariis. Incujus rei testimonium sigillum 
nostrum presenti pagine duximus apponendum. 

1. Vidimus parch. pour « M* Guilhaume Manuel, docteur ez droictz, 
prieur du prieuré de Sainct Félix et de Sainct Pierre de Ternay, cha- 
noine de Tesglize de Nostre Dame de Paris, 4* sept. 1592 ». Deux au- 
tres en tête de terriers de St-Féliz. —2. Al. Margueritis. 



90 CODEX DIPLOMATICUS 

LXXX. Juin 1199, 

COMPOSITIO ECCLESIARUM DE TaULTGNANO *. 

1. Tituli Dienses (voir n* Lxxr), f* 28*», n* xviii. Texte impr. dans 
Acad. Delphin., Docum.yinéd. relat. au Dauph.,t. II, 3' livr.. p. 45-7. 

LXXXI t. 1200. 

Ademari Pictaviensis, comitis Valentinensis, privilegium 
in pergameno, quod incipit: « Notum sit omnibus... Actum 
anno 1200 » ; ubi ait : « Ego Ademarus Pictaviensis, Dei 
gratia cornes Valentinensis, ob remedium anime mee et pa- 
tris mei et d. Guillelmi Pictaviensis, ejusdem ecclesie cano- 
nici, dono et concède monasterio Sancti Rufi, et tibi Falconi 
abbati et canonicis ejusdem loci, in perpetuum omnimodam 
exemptionem in terris » suis, una cura jure pascendi. 

1. Analyse fournie par ëusebi, Repert., p. 81, diaprés une notifica- 
tion du 6 décembre 13*2), faite au juge des comtés de Valence et Die. 
à Etoile. 



LXXXI I. 1200. 

Carta de domo Ugonis de Aurosa juxta grangiam *. 

NOTUM sit omnibus, tam presentibus quam futuris, quod 
anno ab Incarnatione Domini M^.CC®, ego Lambertus, 
decanus Valentinus, concède vobis Falconi, ecclesie 
Sancti Rufi abbati, et fratribus ejusdem ecclesie et succès- 
soribus vestris, videliced dominium domus Ugonis de Aurosa, 
que est juxta grangiam vestram ab aquilone, in vico Sancti 
Victoris ; ita quod nullus homo possit eam emere vel ven- 
dere, sive inpignorare vel de ea aliquam transmutationem 
facere sine consensu et voluntate vestra, et vos recipiatis 
censura ejusdem domus termine constituto. Retineo taraen 
ut vos reddatis michi vi denarios censuales, quos michi per- 
solvetis pro eadem domo quando alium censura de grangia 
reddetis. Et si forte prephatam domum emptione vel pignore 
vel alio quolibet titulo adquirere poteritis, concède et laudo 
sicut raelius et sanius potest intelligi, ut sine consensu et 



ORDINIS SANCTI RUFI. 91 

omni contradictione et laudamento meo possitis eam habere 
et absque ulla difficultate pacifiée possidere. Et pro hoc lau- 
damento confiteor me a vobis habuisse xl** solides Vien- 
nensis monete. Testes sunt : W* de Nemauso, Ademarus de 
Valentia, Petrus Cortili et Johannes, canonici Sancti Rufi, 
W» de Mota, Lantelmus de Marchas, Ràinaldus de Petra, 
Andréas de Sancto Rufo, Johannes Rufus. 

Ut autem hoc ratum et firmum habeatur, ego Lambertus 
decanus Valentinus sigilli mei impressione presens instru- 
mentum facio roborari. 

1. Original parch. de 16 \ig. 1/2 ; trace de sceau sur lanière de cuir. 
Cf. EusEBi, Repert.^p. 383(insigillo legitur: LAMBERTVS'VALEN- 
DEGANVS). 



LXXXIII. (1200-), 

(Carta) de ecclesia de Marnau *. 

noverint universi, quorum conspectibus presens 
SCRIPTUM MONSTRANDUM VENERIT, QUOD UmBERTUS 
DE CAStrobucco dédit Deo et ecclesie Sancte Marie de 
Marnau ini, solides et un. denarios censuales, super portum 
Confluentis in perpetuum possidendos, ut feria secunda sin- 
gulis ebdomadis super uxorem suam dominam Fias, cum 
pro ceteris mortuis processiones fièrent, super sepulcrum 
ipsius orantes stacionem dicte ecclesie facerent sacerdotes. 
Multis autem effluxis annis, cum nominata ecclesia banc 
donationem quiète et absque calumpnia possideret, B. de 
Sancto Montano, prior Sancti Pétri de Burgo, et Odilio 
filius supradicti Umberti, composicionem talem inter se fece- 
Tunt : Odilio dédit dicto priori et successoribus suis xvi. 
denarios censuales in territorio de Castronovo ; prior vero 
guerpivit dicto Odilioni iju. solides et uu. denarios quos a 
predecessoribus suis super portum acceperat Confluentis. 
Consequenter ego Wfillelmus), filius dicti Odilionis, volens 
in bono antecessorum meorum vestigiis inherere, conside- 
rans quia sola misericordie opéra reos ante tribunal eterni 
judicis excusabunt, donavi et in perpetuum habere concessi 
dictes ijij. solides et uu, denarios ecclesie de Marnau, ut 
supradicte domine supradicta stacionum suffragia in eccle- 
sia de Marnau in perpetuum concedantur ; preterea dictos 



92 CODEX DIPLOMATICDS 

XVI. denarios censuales ego W. donavi Deo et ecclesie de 
Marnau in perpetuum possidendos. Acta sunt hec in ecclesia 
Sancti Felicis, ante majus altare. Idem vero W. super idem 
altare juravit, quod super hanc donationem per se sive per 
alium calumpniam non faciat, et quod si aliquis faceret pro 
posse suo defendere niteretur. Testes sunt Gontardus tune 
temporis prio[r Sancti Felicis], Lambertus prier de Marnau, 
W. sacrista, Bonafosus, B. Renco, Umbertus de Castro- 

bucco. W. de M[ , de] Cabeolo, B. monetarius, Lan- 

telmus de Alexano. Consequenter ego V. (Umbertus) Dei gra- 
tia Valentinus episcopus, ut ista donatio felici gaudeat fir- 
mitate, ad preces dicti W. hanc cartam sigilli nostri muni- 
mine roboravi. 

1. Original parch. de 17 Ug. ; trace de sceau sur lacs de soie rouge 
et jaune. Cf. Invent, de St-Félix, f- 406, n» 200. 



LXXXIV. (1200-2). 

(CONCORDIA INTER PRIOREM ET CANONICOS 8' FeLICIS) *. 

NosTRis gesta temporibus ex decursu temporis ne laban- 
tur, litterarura soient inditiis memoriter retineri et que 
possent in posterum cavillationes emergere, sola solet 
veracis scripti séries effugare. Eapropter ego Umbertus, 
Dei gratia Valentie episcopus, volens disceptationes et con- 
troversias, que inter Guntardum priorem Sancti Felicis et 
canonicos habebantur, fine legittimo terminare, veniens ad 
ecclesiam Sancti Felicis, rogavi priorem et canonicos ut su- 
per eorum controversias nostro starent mandate. Prier vero 
et canonici, nostris adquiescentes precibus, firmiter promi- 
serunt ut quicquid a nobis super eorum controversiis dicere- 
tur, ratum et firmum imperpetuum haberent. Prier siquidem 
sacramento prestito hoc confirmavit, et hoc idem sub eodem 
sacramento factum est a Willelmo sacrista et Odilone pro- 
curatore ejusdem ecclesie, et a Lamberto priore de Cossau 
et Lamberto priore de Marnau : ceteri vero canonici, de gra- 
tuite eorum consensu et ex mandate prioris, hoc idem fir- 
miter promiserunt. Assistentibus itaque nobis dom. V(mberto) 
Diensi episcopo et Petro Saonensi abbate et R. abbatibus 
Lionselli et A(lgoudo) Vallis Crescentis, Cisterciensis ordi- 



ORDINIS SANCTI RUFI. 93 

nis, présente etiam Lamberto decano Valentie et Ismidone 
fratre ejus, qui nobis ex parte prioris eititerunt fidejussores; 
auditis hinc inde eorum questioaibus, lecta et cognita qua- 
dam scriptura nostro sigillé et abbatis Saonensis munita, 
quibusdam additis etsubtractis, habite alioruni virorum pru- 
dentum corisilio, regulares institutiones et probabiles coq- 
suetudines, sicut in presenti littera continetur annexurn, in 

eadem ecclesia dudum cernimus observari : Hee sunt 

(ch. LUI). 

1. Original parch. dont il ne subsiste que 28 lig., les dernières en- 
dommagées. La date de cette pièce est circonscrite par la mention 
des principaux personnages qui y figurent: Humbert I", évoque de 
Valence ; Humbert !•% évéque de Die ; Pierre, abbé de Saou [CarL 
de Die, p. 46-7; Cart. de Léoncel, p. b'I); R., abbé de Léoncel (prédé- 
cesseur de Pierre 11 ?); Algoud, abbé de Yalcroissant (CarL des 
Ecouges, p. 105-6, « Algoudis ») ; et Lambert, doyen de Valence. 



LXXXV. Septembre 1200. 

ACHET DES TACHES DU RiVIER *. 

Vente faicte et passée en faveur du s"" prieur de Sainct 
Félix, des tasches du Rivier par s" Arnaud Imbert et Umbert 
Hugues frères, pour le prix de trois centz livres. 

1. Analyse fournie par VInvent, de St-Félix, f» 48, n* 253. 



LXXXVI. Juin 1201 *. 

Falconis abbatis S. Rufi concessio facta Pontio Chais, 
infirmario S. Rud ; est originalis in pergameno, cuin sigillis 
pendentibus abbatis et capituli, quorum quodlibet représen- 
tât imaginem sancti Rufi, circumscripto nomine. Incipit : 
« Quoniam varius est cçisus hominum, idcirco ego F(alco), 
ecclesie S. Rufi abbas... Actum in capitule S. Rufi, mense 
junio 1201 ». Ubi dicitur quod, de pecunia data per Pentium 
Chais ad emendos redditus infirmariae, Hugo abbas S. Rufi 
habuit pro causis ùrgentibus 4000 solides ; et assignati sunt 
infirmariœ pro fructu 2000 solid. sextarii 23 frumenti annui 
apud Cristam, et pro fructu aliprum 2000 solid. quatuor librœ 
cum dimidia in vineis quondam Marescalchi. Eidem Pontio 



94 CODEX DIPLOMATICUS 

coiicedit omniâ bona « que tenet apud Aleixan uomine nos* 
tre ecclesie, que fuerunt de patrimonio suo, et xv solidos 
censuales quos domus de Leoncello nobis annis singulis sol- 
vere tenetur in festo s. AppoUinaris, et quidquid in banco 
macelli Valentie annuatim ex conductione percipimus, toto 
tempore vite sue : ita quod post mortem suam ecclesie nos- 
tre remaneant. Quia vero laborem conventus corporis imbe- 
cillitate sustinere non potest, concedimus ei ut in caméra 
sibi et servienti suo de communi cibo conventus sibi neces- 
saria ministrentur ». Subscripti sunt R(aimundus) prier 
claustri , S(tephanus) Medici sacrista et alii 24 canonici 
S. Rufi. 

1. Extrait fourni par Eusebi, Repert.y p. 101. 



LXXXVII. Septembre 1202, 

(DoNATio ECCLESiy*: B. M. DE Insula subtus Viennam) *. 

1. On ne possède de cet acte que la traduction en français donnée 
par Charvet, Hist. de Vègi, de Vienne, p. 365-7 (ex archiv. eccl. 
Vienn.). Cf. Mermet, lîiaL de Vienne, t. III, p. 74. 

LXXXVIII. 120i. 

Carta de concambio facto a fratribus S' R(uph)i cum 

FRATRIBUS TeMPLI DE VaLENTIA, DE TERRIS DE GlSAIAS 
ET DE COLUMBERIO *. 

w iiojaaoav 

NOTUM sit, t[am presentibus quam futuris, quod domu]s 
militie de Valentia habebat très petias terre in Gisaias, 
de quibus dabat tascham ecclesie Sancti Ruphi et 

domui Sancti Jacobi de [Valentia ii]!!**" sexta- 

rios frumenti censuales ; et quiaidue specie predictarum trium 
terrarum infra terras ecclesie S' Ruphi erant, et multociens 
impedimentum fratrib[us S' Ruphi fuer]ant, Falco abbas 
S' Ruphi, cum consilio et voluntate tocius conventus, et 
Ugo de Rocha Fort, preceptor militie de Valentia, cum 
assensu et voluntate omnium fratrum suorum, de ipsis terris 
fecerunt concambium in hune modum : fratres militie dede^ 



ORDINIS SANCTI RUFI. 95 

runt ecclesie S' Ruphi libère et absolute quicquid juris vel 
proprietatis in duabus petiis predictarum trium terrarum 
habebant, ut ecclesia S' Ruphi eas in pace nunc et semper 
haberet et possideret ; quaruin una est infra viam que ducit 
ad Quart et ad Bellum Montem et boscum de Chastane ; alia 
vero in medio terrarum quas habet ecclesia S' Ruphi in 
Gisaias. Has duas petias terre donaverunt et laudaverunt 
ecclesie S» Ruphi fratres militie, ut eas libère haberet et sine 
contradictione aliqua perpetuis temporibus possideret. Eccle- 
sia vero S' R(uph)i donavit militie quicquid juris vel proprie- 
tatis habebat in sex sextariatis terre, que sunt juxta terras 
suas de Gisaias ex una parte et juxta terras ex alia parte 
quas tenet Andréas Ogerii pro nepote suo Bartolomeo, filio 
quondam Raimundi Ogerii. Has predictas sex sextariatas 
terre donavit, concessit et laudavit ecclesia S* R(uph)i fra- 
tribus militie, ut eas nunc et semper sine omni censu et usa- 
tico in pace et sine aliqua contradictione, sicut illa eas libère 
possidebat, ita eas libère et absolute haberet et possideret. 
De 1111°' vero sext(ariis) frumenti, quos fratres militie cen- 
suales Sancto Jacobo faciebant, fecit eis ecclesia S' R(uph)i 
ii°* sext(arios) et eminam pro isto concambio iudulgere. § 
Preterea sciendum quod controversia emerserat inter sepe- 
dictos fratres S' R(uph)i et fratres militie, super patrimonio 
Gauterii Bruinon et fratrum suorum Stephani et W(illelmi), 
filiorum quondam Pétri Bruinon. Fratres enim S' R(uph)i 
portionem sustantie fratris Stephani , ecclesie S' R(uph)i 
conversi, tanquam propriam requirebant ; fratres vero mi- 
litie ipsam portionem s(cilicet) fratris S(tephani) et aliam 
W. fratris ipsius habere volebant et possidere, asserentes 
quod ipse frater S. in domo militie habitum religionis susce- 
perat priusquam in ecclesia 8' R(uph)i, et iccirco res ipsius 
ad domum militie debebant devolvi. Tandem considérantes, 
videlicet Falco abbas S* R(uph)i et conventus, ex una parte, 
et Ugo de Rochafort preceptor et fratres militie, ex alia, 
quod nimium esse turpe et inconveniens ut inter ipsos con- 
troversia vel discordia aliqua verteretur, hujusmodi. inter 
se compositionem fecerunt : omne jus et omnem proprieta- 
tem quam fratres militie in dicto patrimonio predicti Gau(te- 
rii) et fratrum suorum S. et W., tam pro ipso S. quam pro 
W. fratre ejus, et etiam censum et dominium quod in toto 
patrimonio predictorum trium fratrum habebant vel requi- 
rebant, libère et absolute dederunt et concesserunt ecclesie 



96 CODEX DIPLOMATICUS 

S' R{uph)i, ut portiones amborum et censum consuetum ac 
dominium tocius patrimonii in pace et sine contradictione 
aliqua perpetuis temporibus haberet et possideret ; ecclesia 
vero S* R{uph)idonavit et concessit tratribus militie quicquid 
juris vel proprietatis habebat in toto nemore quod adjacet, 
ex una parte terre quam ipsi fratres militie a Sancto Jacobo 
pro concambio habuerunt, ex alia vie que dicitur dels Fossar, 
ex alia vero nemori Gontardi de Cabiolo ; et totam terram 
quam habebat prope ulmum dels Bancetz, et adjacet ex 
una parte strate que Regalis dicitur, ex alia vero terre Hum- 
berti du W.lan : et sciendum quod predictum nemus et 
dictam terram hujusmodiproGon(tardo), canonicoS* R(uphi) 
et priore Sancti Felicis, aliam etiam terram dédit eis, que est 
juxta predictam, set eas dividit predicta strata Regalis. To- 
tum predictum nemus et predictas duas petias terre, cum 
parvo nemore quod uni predictarum terrarum adjacet, con- 
cesserunt libère et absolute, absque omni dolo fratres S' 
R(uph)i fratribus militie, ut totum sine contraditione in per- 
petuum haberent et possiderent. Ut autem hec concambia 
illibata et inconvulsa possent perpetuis temporibus observari, 
presens instrumentum sigillis abbatis S' R(uph)i et conven- 
tus, et Ugonis preceptoris Templi de Valentia est insignitum; 
et promisit ipse V(go) quod quam cicius posset sigillé majo- 
ris magistri illud faceret communire. Factum [est hoc anno 
ab] Incarnatione Domini MoCG^'IIU". Testes sunt Pe(trus) 
de Solomniaco, W. de Chiroem, W. de Columbier, Pon. de 
Ruella, Bontos, Pe(trus) Airaudi, [Bernardus prior cjlaus- 
tralis, S. sacrista, Arnaldus procurator, Gontardus prier 
Sancti Felicis, Armannus prier Sancti Jacobi, Ar(naudus) 

prior de Burgo, Pon. Ch[ais de] Fontanis, 

canonici S* R(uph)i, Stephanus conversus et Gauterius fra- 
ter ejus. Item notum facimus quod predicti fratres Templi 

similiter fecerunt concambium es domui 

S' Jacobi (de) terra que adheret campo ipsius domus ad Sali- 
cem, unde prior remisit eis très eminas frumenti censuales. 

... us quod predicti fratres Templi habuerunt pro concambio 
ab ecclesia S' R(uphji, et domus Templi remisit xii denarios 
qu[os facie]bat. Hoc factum conces- 
sit Guillelmus Gatellus, magister provincie, et ad majorem 
firmitatem sigillum suum apposuit., 

1. Original parch. de 31 lig. ; trace de quatre sceaux pendants. Cf. 
EusEBi, Repert., p. 388 (ch. xii, n^ 14). 



ORDINIS SANCTI RUFI. 97 

LXXXIX 1 . 1204. 

Sentence arbitralle donnée entre le s' prieur de Sainct 
Félix d'une part et Guignes de Chaste d'aultre, touchant la 
disme appartenant audit s"" prieur de Sainct Félix près le 
pont de Faventines, d'une vigne joignant le chemin publicq 
qui va de Beaumont*; par laquelle est dict que ledit s'' prieur 
doibt prendre annuellement une sommée vin. 

t. Analyse fournie par VInvent. de St-FéliXt f* 45 v, n* 239. 



XC. Mai 1204. 

Cartade laudamento quod fecit Guntardus de Castro 

NOVO DE HONORE QUI FUIT GaUTERII BrUINON *. 

NOTUM sit omnibus hominibus, tam presentibus quam futu- 
ris, quod anno ab Incarnatione Domini M®.CC*.IIIJ% 
mense madio, ego Guntardus de Castro Novo, filius 
quondam Guinisii de Castro Novo, laudo et per hanc scriptu- 
ram confirmo Deo et ecclesie Sancti Rufi et tibi Falconi, 
ejusdem ecclesie abbati, et successoribus tuis in perpetuum. 
totura illum honorem qui fuit Galterii Brugnon et fratrum 
ejus Stephani et Vilelmi, qui honor est in territorio de 
Columbario. Hune itaque honorem ex integro, domos, vi- 
neas, campos, boscos, cultum et incultum, terras et arbores 
fructiferas et non fructiferas, pascuas et quicquid prorsus 
excogitari potest ad ipsum honorem pertinens, pro franco 
alodio, sine omni exactione mei et meorum et cujuscumque 
hominis, liberum et absolutum, absque omni censu, ser- 
vitio et usatico mobilis et immobilis rei, laudo et confirmo 
supradicte ecclesie ad habendum, tenendum et possidendum, 
et faciendum quicquid jamdicte ecclesie fratres facere vo- 
luerint, ad vendendum, donandura, infeudandum, concam- 
biandum, sine contradictione mei et meorum, et cujuscumque 
hominis vel femine, sicut melius et sanius intelligi potest. 
Verum hoc sciendum quod, si ipsa ecclesia alicui ad labo- 
randum concesserit, de ipsa laboratione vintenam cultores 
exsolvent ; si vero ipsius ecclesie habitatores propriis mani- 
bus vel sumptibus excoluerint^ inde neque vintenam vel ali- 



98 CODEX DIPLOMATICUS 

quod servitium vel usaticum persolvent. Pro hoc autem lau- 
damento habui a jamdicta ecclesia l. solides Viennensis 
monete, quos recognosco me récépissé ex iategro ab ipsa 
ecclesia, ita quod nichil apud ipsam remansit non solutum. 
Ut autem hec laudatio et confirmatio firma et incussa omni- 
bus futuris antea temporibus maneat et inconvulsa, juro 
super sancta iiii**'" Evangelia per me et per meos successo- 
res, quod nunquam, ego vel alius mea voluntate vel persua- 
sione aut instinctu, contra banc laudationem vel confirmatio- 
nem veniam : set omnia sicut supra scripta sunt et sanius 
et melius intelligi possunt servabo et pro posse meo servari 
faciam. Hec acta sunt et confirmata a me in ecclesia Sancti 
Thome juxta Castrum Novum, in presentia Odilonis, Lan- 
berti, Rostagni, canonicorum Sancti Felicis, Gravate mi- 
litis, Chatberti Fabri, bajuli Castri Novi, et Salveti filii 
ejus; Bonelli, Esdre, Nicholai, Duranti, Raimundi, Martini 
Barra. Sciendum etiam quod Guinisius filius meus hoc ad 
mandatum meum laudavit et confirmavit. 

l. Original parch. de 16 lig. 1/3. Cf. Eusebi, Repert.y p. 386 (ch. xii, 
n** 3 « sigillum dicti Guntardi, etc.- ») 



XGI. Mai nOk, 

CaRTA de terra que est in GiSAIIS, QUAM VENDIDERUNT 

Petrus de la Cort et soror ejus Borzesa *. 

NOTUM sit omnibus hominibus, tam presentibus quam 
futuris, quod ego Petrus de la Cort et soror mea Bor- 
zesa vendimus ecclesie Sancti Rufi et tibi Falconi, 
ejusdem ecclesie abbati, et successoribus tuis in perpetuum, 
pro LX. solidis Viennensibus et tribus sextariis annone, de 
quibus ego Borzesa duos habui et Petrus de Combelz con- 
sanguineus noster, cum cujus consilio banc venditionem faci- 
mus, tertium sextarium, de quibus nichil remansit indebitum, 
totam terram quam habemus in Gisaiis ; que terra est juxta 
terras vestras et adjacet ab austro strate que ducit ad Quart 
et ad Montem Bellum, ab aquilone terris vestris de Gisaias. 
Predictam terram vendimus, donamus, laudamus et confir- 
mamus bona fide, sine dolo, et absque omni retentione nostri 
et nostrorum, per nos et per omnes successores nostros, Dec 



ORDINIS SANCTI RUPI. 99 

et ecclesie Sancti Ruii et tibi Falconi, ejusdem ecclesie ab- 
bati, et successoribus tuis in perpetuum, ad habendum, pos- 
sidendum, vendendum vel donandum, et ad omnes voluntates 
vestras plenarie faciendas. Sciendum etiam quod nos et pre- 
decessores nostri predictam terram in pace, sine alicujus 
contradictione vel molestatione, sicut francum alodium ha- 
betur et possidetui% semper habuimus et possedimus, nec 
unquam pro ipsa alicui censum vel usaticum fecimus ; et 
sicut nos eam libère habuimus et possedimus, ita eam libère 
ecclesie Sancti Rufi concedimus et donamus. Promittiraus 
etiam et juramus, tactis sacrosanctis Evangeliis, quod banc 
venditionem ratam et firmam nunc et semper habebimus, et 
si aliquis pro bac terra inquietaret vel molestaret ecclesiam 
Sancti Rufi, debemus nos opponere et ipsam ecclesiam juste 
deffendere ; et tamdiu omnes res nostras eidem ecclesie obli- 
gamus, donec ipsam terram in pace possidere valeat et habere. 
Factum est hoc anno ab Incarnatione Domini M^.CC^^.IIIJ*», 
mense madio. Présentes fuerunt dom. abbas, Vilelmus 
prier de Insula et de Plateria, Armannus prier Sancti 
Jacobi, Arnaudus prier de Burgo, Alphannus prier de Armaz- 
(anicis), Uldricus prier de Buxa, Geraudus prier de Melgo- 
rio, Petrus prier de MeduUione, Stephanus sacrista, Pontius 
Cuniculi operarius, Arnaldus procurator, Pontius Chais, 
magister Johannes, magister Arnaldus, Raimundus Rufus, 
R. de Pilia, P. de Aurasica, B. de Fontanis, canonici Sancti 
Rufi, Ugo Mercier et S. Bruinon conversus, G. Bruinon, 
W. de Sancto Antonio, Ardencus, Guiraudus, Armannus de 
Gurin, Ar(mannus) de Platia, Ste. clericus, Pe(trus) clericus, 
Pe. de Gombelz, Nicholaus, Raimundus et Durandus cursores, 
Johannes famulus, P. Chais, Petrus Lombardi. Et ego Hum- 
bertus, Dei gratia episcopus Valentinus, rogatu predictorum 
Pétri s(cilicet) de la Cort et sororis ejus Burzese, ad majo- 
rem firmitatem presentem cartam sigilli mei feci munimine 
roborari. 

1 . Original parch. de 22 lig. 1/2. Cf. Euseui, Repert., p. 387 (ch. xii, 
II-8). 



100 CODEX DIPLOMATICUS 

XCII. i2 mars 1205, 

Carta qua Raymundus dux Narbonensis pedatico 

BXIMIT RES et BONA ECCLESI^E SaNCTI RuFFI *. 

ANNO ab Incarnatione Domini M. CC. quarto, quarto idus 
martii, régnante Philippo Francorum rege, nos Raymun- 
dus, Dei gratia dux Narbonensis, cornes Tholosanus, 
marchio Provincie, in reniissione(m) delictorum nostrorum, 
bona fide et sine dolo donamus et concedimus in perpetuum 
cum hac carta Deo et ecclesie Beati Ruffi et fratribus omni- 
bus ejusdem ecclesie, ut in omni terra et jurisdictione nostra 
fratres seu res proprie ipsius ecclesie nuUum usaticum vel 
pedaticum in terris vel in aquis prestent, sed predicte eccle- 
sie fratres et res omnes ab omni exactione pedaticorum ^ et 
universorum usaticorum perpétue immunes sint et absolute. 
Et si quis contra hoc indultum nostre munificentie venerit, 
sciât procul dubio contra nos fecisse. Ego Anricus notarius, 
ad majorem hujus facti certitudinem, sigillum domini comitis 
apposui, mandate Stephani Aldinarii, vicarii ipsius in Ne- 
mausensi. 

■ 

t. Copies dans Ollivier {J.\ Cari, de St-Ruf, fo66 (extrait de Tori- 
ginal en parch. avec le sceau dudit comte, ce 6 déc. 1702) : Arch. hi/tL 
du D&uph., t. XV, f» 248 (ex litter. original, eccl. S' Ruffi); Eusebi, 
Repert,, p. 84 (Privilegiura... sigillatum sigillo plumbeo, descripto 
cum integro tenore in transumpto solemniter facto in pergameno co- 
ram Joanne Artaudi, officiali Fayditi episcopi Avenionensis, ad ins- 
tantiam Stephani Richardi, canonici S. Rufi, procuratoris, die 5 aprilis 
1374, anno 1 Gregorii papse XI, ....)• 

2. B pedagioi^m. 



XCIII. Novembre 1205. 

Carta de nemore de Columbario *. 

NOTUM sit omnibus hominibus, quod anno ab Incarnatione 
Domini M^. CC<>. V*^, in mense novembris, ego Rai- 
mun[dus ]onis, consilio et voluntate fratris raei 

Ymberti et [am]ite mee Ticburgis, vende vobis F(alconi), 
ecclesie Sancti Rufi [ab]bati, et fratribus ejusdem ecclesie et 
successoribus vestris, quicquid juris habeo vel habere debeo 



OHDINIS SANCTI RUPI. 101 

pro frairesca in nemore de Columbario ; que frairesca con- 
frontât ab oriente in terra que dicitur Culvi[n : q]ue terra est 
inter me et vos fratres Sancti Rufi ; ab occidente et meridie 
et septentrione vestrum nemus, sicut via dlvidit. Et est pre- 
ciura hûjus venditionis xiii. libre Viejinenses, de qui[bus 
confiteo]r mihi plenarie satisfactum fuisse. Hanc venditio- 
nem facio sicut melius et sanius potest intelligi. Quam nun- 
quam movebo per me vel per alium ; quod si alius movere 
voluerit, me opponam et defendam pro posse meo : sic Deus 
me adjuvet et hec sancta iiip' Evangelia ; et si plus valet, 
illud plus dono Deo et ecclesie Sancti R(uf)i in perpetuum. 
Ego Guntardus de Castro Novo, per me et successores meos, 
laudo hanc venditionem et promitto me custodem et defen- 
sorem et fidejussorem esse bona fide vobis predictis fratri- 
bus S' R(uf)i ; pro quo laudamento sive promissione habui 
L. solidos, et ad majorera firmitatem habendara présentera 
cartam sigillo meo corroboravi. Quando Guntardus et Tic- 
burgis amita Raimundi hoc laudaverunt, présentes erant 
dora, abbas, W(illelra)us de Mirabel, procurator 8* R(uf)i, 
Armannus prior Sancti Jacobi, Galterius Bregnon, P. Gor- 
rigia, Ugo Reginaudi, Heudras, filius Jarentonis Vache, 
Porcel, Simon Gravata, W(illelm)us Foresters, Boso de 
Larnage, Adalardus. Quando Ymbertus Runini hoc lauda- 
vit in claustro Sancti Jacobi et etiam super iiij®' Evangelia 
juravit, présentes erant Armannus prior ejusdem loci, ma- 
gister Helias , Ymbertus , W(illelm)us Frenirs de Insula, 
Ugo Vicarius, c(anonic)i S* R(uf)i, P. Corrigia, Galterius 
Briguons, Arbertus de Chabreira, Nicholaus famulus dora, 
abbatis, Martinus famulus prioris Sancti Jacobi. Quando 
predictus Raimundus fecit hanc venditionem et juravit se 
non revocaturum, ante cameram abbatis Sancti R(uf)i, pré- 
sentes erant Bernardus prior claustralis, W(illelra)us de 
Nempsa, Pontius Chais, Bonetus, magister Johannes, cano- 
nici Sancti Rufi, et Andréas conversus et W(illelm)us Pelli- 
parius, et Gauterius Brignons et multi alii. 

1. Original parch. de 22 lig., « Sid'a ». Cf. Eusbbi, Repert, p. 387 
(ch. XII, n® 7). 



102 CODEX DIPLOMATIGUS 

XCIV. 6 mai 1206, 

(InNOCENTII III PAP^ CONFIRMATIO POSSESSIONUM 
ET PRIVILEGIORUM ORDINIS SaNCTI RuPHI) *. 

INNOCENTius episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
abbati Sancti Ruphi ^ ejusque fratribus, tara presenti- 
bus quam futuris, regularem vitam professis inperpe- 
tuum *. Regularem vitam eligentibus apostolicum convenit 
adesse presidium, ne cujuslibet temeritatis ihcursus eos a 
proposito revocet aut robur, quod absit, sacre religionis in- 
fringat. Eapropter, dilecti in Domino filii, vestris justis pos- 
tulationibus clementer annuimus et ecclesiam Beati Ruphi ^ 
in insula que dicitur Esparveria sitam, in qua divine estis 
mancipati obsequio *, felicis recordationis Alexandri et Ur- 
bani, predecessorum nostrorum, vestigiis inhérentes, sub 
beati Pétri et nostra protectione suscipimus et presentis 
scripti privilégie communimus. Inprimis * siquidem • sta- 
tuentes "^ ut • ordo canonicus, qui secundum Deum et beati 
Augustini regulam in ecclesia vestra institutus esse dinos- 
citur •, perpetuis in ea temporibus inviolabiliter observetur. 
Preterea quascuraque possessiones, quecumque bona eadem 
ecclesia inpresentiarum juste et canonice possidet, vel in 
futurum concessione pontificum, largitione regum vel prin- 
cipum, oblatione fidelium seu aliis justis modis, prestante 
Domino, poterit adipisci ", firra'a vobis vestrisque successo- 
ribus et illibata permaneant. In quibus hec propriis duximus 
exprimenda vocabulis : locum ipsum in quo memorata eccle- 
sia ** sita est, cum libertate et quiète ecclesiarum vestrarum, 
cimiteriis, prediis, terris, decimis et aliis ad eandem eccle- 
siam pertinentibus ; ecclesiam Sancte Marie intra urbem 
Lugdunensem, cum cimiterio, parrochia, decimis vinearum 
et capellis suis, videlicet Sancti Marcelli supra murum ip- 
sius urbis, Sancti Andrée de Corziaco et Sancti Marcelli ; 
ecclesiam de Comdoipso ", cum xvi' ** parte portus Rodani *• 
Lugdunensis ; ecclesiam de Buxa **, cum cimiterio, parro- 
chia et *• capellis suis, decimis de Gireu " et de Monloel *• ; 
ecclesiam Ordenacii '•, cum vu ^ ecclesiis suis, ecclesiam 
scilicet de Colomeo 2*, ecclesiam de Chillinio *, ecclesiam de 
Corbelino ^, cum capella de Favergiis ^, ecclesiam de 
Romaniaco ^, ecclesiam Sancti Simphoriani ^ ; ecclesiam 



ORDINIS SANCTI RUFI. 103 

Sancti Martini de Vienna, cumecclesiis sibi subjectis : eccle- 
siara Sancti Nicecii ", de Monte, de Cisilino * et de Ver- 
meello *•, cum appendiciis suis ; ecclesiam heremitarum ^ 
de Cumba **, cum appendiciis suis ; ecclesiam Sancte " Ma- 
rie in insula subtus Viennam, cum ecclesiis de Vilosco *• et 
de Losa, et omnibus aliis pertinenciis suis ; ecclesiam Sancti 
Andrée de Costa, cum ecclesia de Flacceriis ^ et appendi- 
ciis suis ; ecclesias de Peladru •*, cum appendiciis suis ^ ; 
ecclesiam Sancti Martini de Peirau *^, cum capellis et appen- 
diciis suis ; ecclesiam Sancte Marie de Annoniaco *®, cum 
ecclesiis Sanôti Johannis *•, Sancti Rustici, Sancti Michae- 
lis *• et Sancti Dionisii **, cum earum pertinenciis ; eccle- 
siam Sancti Jacobi in civitate Valentia *2; ecclesiam ** Sancti 
Pétri Diensis **, cum ecclesiis Sancti Pétri de Valle Drome ^ 
et de Chalancone ^ ; ecclesiam Sancte Marie de Claellis w, 
cum appendiciis suis ; ecclesiam de Tauliniaco ••, cum ca- 
pella et pertinenciis suis ; ecclesiam de Argentio ^', cum per- 
tinenciis suis ; ecclesiam de Volvento *•, cum pertinenciis 
suis ; ecclesiam de Medullione 5*, cum suis ^^ ecclesiis ** de 
Podio, de Rocheta, de Villafrancha, de Verz, de Ysone ^, 
cum appendiciis et pertinenciis suis ; ecclesiam de Sarre- 
riis 55, cum capellis de ^ Gaudesart *'' et Sancti Sepulcri, 
cum appendiciis suis ; ecclesiam Sancti Andeoli , ubi et 
corpus ipsius jacet, cum ecclesiis et pertinenciis suis : eccle- 
siam videlicet Sancti Michaelis, ecclesiam Sancti Policarpi *«, 
ecclesiam de Chalun ^ et ecclesiam de Chauzun <^, cum per- 
tinenciis suis ; ecclesiam Sancte Marie de Flacciano •• et 
ecclesiam Sancti Nazarii, cum <** decimatione et pertinenciis 
suis ; ecclesiam Sancti Johannis Vallis ^ Longe ; ecclesiam 
Sancte Marie de Albaniaco ^, cum pertinenciis suis ; eccle- 
sias de Betorita ^, Sancte Marie et Sancti Stephani, et eccle- 
siam de Barbaras <*, cum pertinenciis earum ; ecclesiam 
Sancti Johannis de Castro Novo ^, cum pertinenciis suis ; 
ecclesiam de Turre, cum ecclesiis Sancte Eulalie et Sancti 
Victoris et Sancti Pétri de Ansuis •*, cum pertinenciis suis ; 
ecclesiam Sancti Pétri de Venciis ^, cum ecclesia Sancte 
Cecilie et appendiciis suis ; ecclesia Sancti Veredemii ''•, cum 
tota parrochia sua et rébus ad ipsampertinentibus, et eccle- 
sia Sancte Marie de Aquariis ; ecclesiam Sancte Marie de 
Mandolio, cum ecclesia de Inano ''^ et earum pertinenciis ; 
ecclesiani Sancti Saturnini de Armazanicis '^^^ cum capella 
ipsius castri, et terciam partem ''^ decimarum ecclesie de Tel- 



104 CODEX DIPLOMATIGUS 

liano '"^ ; ecclesiam Sancti Martini de Cavairaco ''5, cum ca- 
pellis suis de Medio Campo, de Canois "'^ cum pertiaenciis 
suis ; ecclesiam Sancti Jacobi de Melgorio, cum pertinencii» 
suis ; ecclesiam de Seta, cum pertinenciis suis ; ecclesiam 
Sancti Pétri de Castro Novo, cum honore et pertinenciis 
suis ; ecclesias Sancte Marie et Sancti Felicis, cum perti- 
nenciis suis ; ecclesiam Sancte Marie de Bisulduno ^, cum 
eoelesiis suis Sancti Vincentii, Sancte Marie Nove, Sancti 
Martini de la Pellada '*, de Saras ''®, de Socoaras •• et de 
Balbis ", Sancti Cornelii, Sancti Silvestri, Sancti Quintini 
et ecclesia de Ribellis *2, cum omnibus earum 'pertinenciis ; 
ecclesias Sancte Marie de Terracia **, cum ecclesiis Sancti 
Pétri, Sancti Michaelis, Sancti Fructuosi, Sancti Juliani, 
Sancte Eulalie, cum earum pertinenciis ; ecclesiam Sancti 
Ruphi extra muros civitatis Ilerde w, cum pertinenciis suis ; 
ecclesiam Sancti Michaelis de Scalada ^^, cum ecclesia Sancti 
Fructuosi in eodem loco sita ; ecclesiam Sancti Martini de 
Ponte , cum ecclesia Sancte Marie in eadem villa sita ; 
ecclesiam Sancti Felicis, cum ecclesia Sancte Marie ; eccle- 
siam Sancti Cipriani •• de Villa Mors ^ ; ecclesias de Sca- 
lada w ; ecclesiam de Villa Morli * ; ecclesiam de Robolar ••; 
ecclesiam Sancti Pétri de Canafaia •*, cum ecclesia Sancti 
Mauritii, Sancti Ylarii •* de MoUerone w, capella de Fossa, 
ecclesia de Lodorderia wi, ecclesia de Lilio ••, ecclesia de 
Brolio ••, ecclesia Sancti Sulpicii et ^ de Taluc •*, eccle- 
sia Sancte Gemme •", cum omnibus pertinenciis suis ; ec- 
clesiam Sancti Mauritii de Cesai *••, cum pertinenciis suis ; 
ecclesiam de Mornaco *•*, cum ecclesiis suis de Matis "•^, de 
Bacia *•*, de Colione, de Caleveda '^, cum omnibus earum 
pertinenciis ; ecclesiam Sancti Michaelis de Janua *••, extra 
muros civitatis, cum pertinenciis suis ; ecclesiam Sancti Ni- 
colai *•• in Colle Montis *•'', cum pertinenciis suis; ecclesiam 
de Lovadisio *<*, cum pertinenciis suis ; ecclesiam Sancti Ste- 
phani in Campania, extra muros civitatis Papie, cum ecclesiis 
suis Sancte Marie in Campo, Sancti Pétri in Silva *w^ cum 
omnibus earum pertinenciis ; ecclesiam Sancte Marie de 
Pilia, cum capellis suis ; ecclesiam Sancti Simphoriani **® et 
Sancte Tecle***, cum "» earum pertinenciis ; ecclesiam Sancti 
Pétri de Ouchis "*, cum pertinenciis suis ; ecclesiam Sancte 
Marie de Belle Joco ***, cum capella et aliis pertinenciis 
suis ; ecclesiam de Marialdo ***, cum pertinenciis suis ; eccle- 
siam Sancte Marie de Calonio ^^<^, cum capella Sancti Jacobi 



ORDINIS SANCTI RUFI. 105 

de Âlbarii *", cum aliis pertinenciis suis ; ecclesiam Sancte 
Marie de Valle Clusa *•*, cum pertinenciis suis ; ecclesiam 
Sancte Marie Bonarum Vallium, cum pertinenciis suis ; ec- 
clesiam Sancti Andrée post Rocham "• et Sancti Martini de 
Aviac "Oj cum pertinenciis earum ; ecclesiam Sancte Marie 
de Insula juxta castrura Chireu "i, cum pertinenciis suis ; 
ecclesiam Sancti Mauricii *m de Uzone, cum parrochia de 
Charnas et aliis pertinenciis suis ; ecclesias de Cuilach *^ et 
deNior *^, cum pertinenciis earum. Nichilominus venditio- 
nem insuie Esparverie, que subtus Valenciam sita est, quam 
bone memorie Odo Valent(inensis) episcopus vobis et ecclesie 
vestre, cum assensu et conivencia "* canonicorum suorum, 
rationabiliter fecisse dinoscitur, et alias adquisitiones ves- 
tras vobis et ecclesie vestre auctoritate apostolica confirma- 
mus. Sane laborum vestrorum , quos propriis manibus aut sum- 
ptibus colitis, seu de nutrimentis vestrorum animalium nullus 
a vobis décimas exigere vel extorquere présumât. Nulli quo- 
que episcoporum fas sit sine Romani pontificis vel legati 
ejus audiencia, vos vel ecclesias vestras interdicto vel ex- 
communicationi subicere aut judicio pregravare. Cetera 
quoque omnia, que vobis a predecessoribus nostris felicis 
memorie Urbano et Alexandro, Romanis pontificibus, con- 
cessa et privilegiis confirmata sunt, nos etiam concedimus 
et presenti pagina confirmamus. Sepulturam quoque ipsius 
loci et ecclesiarum vestrarum, que cimiteria noscuntur ha- 
bere, ad exemplar pie recordationis Paschalis •** pape, pre- 
decessoris nostri, liberam esse decernimus, ut eorum, qui se 
illic sepeliri deliberaverint, devotioni et extrême voluntati,nisi 
forte excommunicati vel interdicti sint, nullus obsistat : salva 
justicia illarum ecclesiarum aquibus mortuorum corpora as- 
sumuntur. Liceat preterea vobis clericos vel laicos e seculo 
fugientes, liberos et absolutos ad conversionem recipere et 
absque contradictione aliqua retinere. Cum autem générale 
interdictum terre fuerit, liceat vobis clausis januis, exclusis 
excommunicatis et interdictis, non pulsatis campanis, sup- 
pressa voce divina officia celebrare. Prohibemus insuper ut 
nulli fratrum vestrorum post factam in eodem loco profps- 
sionem, absque abbatis et sanioris partis vel majoris capi- 
tuli permissione, liceat de claustro vestro discedere ; diace- 
dentem autem, sine comunium litterarum cautione, nullus 
audeat retinere. Decernimus ergo ut nulli omnino hominum 
liceat in vestris ecclesiis indebitas et novas exactiones impo- 



106 CODEX DIPLOMATICUS 

nere, possessiones vel bona auferre vel ablata retinere, mi- 
nuere seu quibuslibet vexationibus fatigare ; sed illibata 
omnia ac intégra conserventur, eorum pro quorum guber- 
natione ac sustentatione concessa sunt, usibus oninimodis 
profutura : salva sedis apostolice auctoritate et in predictis 
ecclesiis diocesanorum episcoporum servata secundum pres- 
criptam formam canonica ratione. Si qaa igitur in futurum 
ecclesiastica secularisve persona hanc nostre constitutionis 
paginam sciens contra eam venire temptaverit, secundo ter- 
ciove commonita, nisi presumptionemsuamcongruasatisfac- 
tione correxerit, potestatis sue honorisque dignitate careat, 
reamqne se divino judicio existere de perpetrata iniquitate 
cognoscat, atque a sacratissimo Corpore et Sanguine Dei et 
Domini rederaptoris nostri Jhesu Xpisti aliéna fiât, atque in 
extremo examine divine ultioni subjaceat: cunctis autem ei- 
dem loco sua jura servantibus, sit pax Domini nostri Jhesu 
Xpisti, quatinus et hic fructum bone actionis percipiant et 
apud districtura judicem premia eterne pacis inveniant. 

Amen. Amen. Amen. 

Ego Innocentius, catholice ecclesie episcopus, s(ub)s(cripsi). 

f Ego Petrus, Portuensis et Sancte Rufine *" episcopus, ss. 

t Ego Johannes, Sabinensis episcopus, ss. 

f Ego Nicholaus "*, Tusculanensis* episcopus. 

f Ego Petrus, t(i)t(uli) Sancte Cecilie **• presbiter cardina- 
lis "«. 

f Ego Guido, presbiter cardinalis Sancte Marie trans Tibe- 
rim tituli *** Calixti, ss. 

f Ego Johannes, tituli Sancti Stephani in Celio Monte pres- 
biter cardinalis, ss. 

f Ego Cinth(ius) ••*, tituli Sancti Laurentii in Lucina pres- 
biter cardinalis, ss. 

f Ego Soffredus , tituli Sancte Praxedis presbiter cardi- 
nalis, ss. 

f Ego Gregorius, tituli Sancti Vitalis presbiter cardina- 
lis, ss. 

f Ego Léo •", tituli Santé Crucis in Jerhusalem presbiter 
cardinalis. 

Afa* Ego Rotgirius *•*, tituli Sancte Anastasie presbiter 
cardinalis. 

f Ego Gregorius, Sancti Georgii ad Vélum Aureum diaco- 
nus cardinalis. 



ORDINIS SANCTI RUPI. 107 

f Ego Guido, Sancti Nicolai *•* in Carcere Tulliano diaconus 

cardinalis. 
7 Ego Petrus, Sancti Angeli diaconus cardinalis *^. 

Datum Rome, apud Sanctum Petrum, per manuin Johan- 
nis Sancte Marie in Cosmidin **'' diaconi cardinalis, sancte 
Romane ecclesie cancellarii **•, pridie **• nonas raaii, indic- 
tione viij' *••, Incarnationis Dominice anno Mo.CC'^.VP "•, 
pontificatus vero domini Innocentii pape III anno viiu** ***. 

!. Original parch. à Paris, Bibl. Nat., ms. lat. 9071, Variae chartœ 
(Â). Vidimus de Tofficial de Valence, du 26 sept. 1355, aux Arch. du 
Rhône, fonds de la Platière (B) ; autre de Frnnç. du Puy (1487), f» 
l*»-2, n* II (G). Copies dans: Peiresc, ms. LXXV (à Carpentras), 
t. II (D); Ollivier (J.). Cart. de St-Ruf, fo 68 (E) : Arch, liist. du 
Dauph., t. XV, f" ?53-6, ex litt. originalib. eccles. S" Ruffi F); Eo- 
SEBi, Reperi., p. 291-2, incomplet (G). Texte impr. dans: Petit, 
Theodori Pœnitent.j t. II, p. 616-21, ex Ghartul. ecclebiae S. Ruffi (H); 
Brbquigny, Diplomata, 1797, t. Il, pars ii, p. 897 (J) ; PatroL lalina 
(Migne), t. CGXV, c. 885-8 (K) ; Gdigue, CartuL Lyonnais, t. 1, p. 
132-7, d'après B (L). Gflf. Fontanieu, Cart. du Dauph., t. I, f* 154»; 
EuKEBi, Repert.f pp. 61, 63, 70, 77 ; Bréquiony, Table chronol., t. IV, 
p. 385; PoTTHAST, Reg. pont. Rom, y n® 2768. 

2. Al. Ruffi, Rufi, — 3. GL imp-m. — 4. EFH e. d, o, m. — 
5. EF Imp-s. — 6. H omet. — 7. EF statuimus. — 8. L quod. — 
9. Al. dign-r. — 10. EF adhi-i. — 11. EFKL e. m., H e vestra m. — 
12. G Condoyso, FH G-sso. — 13. Al. sexta décima. — 14. FGHK 
Rhodani. — 15. K Busca. — 16. Al. om. — 17. G Buxeu, G Buxia, 
K Giren. — 18. GL Monluel, EF Montluel, H Monthoel. — 19. G 
0-natii, EK Ordin-i. Hi^ 0-nacii. — 20. Al. septem. — 21. L. Gal-o, 
K Golumneo, EF Colonico, H om. — 22. F Ghilinio, L Chilluno, K Ghi- 
millino. — 23. GGH G-llino, K Gorbil-o. — 24. K Fone-s. — 25. L 
R-naco.— 26. Al. Sym-i.— 27. GHK Nicetii, E Nicescii, F Nicesii.- 28. G 
Ces-o, EF Sisil-o, H Sicill-o, K Gilizino. — 29. L Vermeollo, FGH 
V-ello, KVernicello. — 30. HK e-m. — 31. FKGomba.— 32. H Beatae. 

— 33. L Bi-o. — 34. EF Flace-s,GH Flaveriis.-35. KPeludru.— 36.Hom. 

— 37. L Peyrau, EFH Perau. G P-udo. — 38. K Amm-o. —39. Al. Joa-s. 

— 40. F Micahelis. -41. GH Dionysii, K Dyonisii. — 42. G V-iœ, L 
V-inensi. — 43. F e-as. — 44. CG Dyensis. — 45. K V-ed-e. — 46. A C-fl, 
EF C-n, L C-nio, H Ghalençon, K Galancon. —47. K Cha-s.— 48. G T-ano, 
L Cauliniaco. — 49. G A-ncio, E Argontio, F Arguntio. — 50. E V-te, 
F V-nco, L Bolvenvo, H om. — 51. E M-ulione. — 52. GFHL tribus. — 
53. K c. e. sibi subjectis. — 54. Al. P., de Verz (Fil Verez, L Vers) 
et de Roca (K Rocha, L Rota, H Bota). K P., de V., de R. et de 
V-a-F-a. — 55. F 8er-s, K Sairrariis. — 56. Al. de Isone (L Izone, 
H lione) et de. — 57. K G-eisart, F Gaudissart, H Goudesiart. — 
58. H Polyc-i. —59. K Chalo. — 60. C Ghaurun, H Ghazun, K om. — 
61. F Flaci-o, K Flacti-o. — 62. CEFH c. ea, K c. vinea, li c. ejus 

— 63. L J. de V. — 64. L A-c, EFH A-at. — 65. EF B-rrita, K Buor- 
zita. — 66. K Barbairaz, H om. — 67. K G-o-N-o, H om. — 68. EF 
Ansuys, K Aurvis, L Ausins. — 69. EFK Ventiis. — 70. EF V-dinii, 



108 CODEX DIPLOMATICUS 

H V-dimii, K V-duni, L V-denni, C Verendemii. — 71. FH Ivano, EK 
Juano. — 72. H Ama-s, L Arm-itis, EF A-ncas. — 73. K t-a p-e. — 
74. F Tal-o, H Til-o, K Tei-o, L Cellian. — 75 FL Cavayraco, E Ca- 
vey-o, H Caucyraco. — 76. EFH Canoys. ~ 77. K Bisanduno. — 
78. H Lap-a, K Gap-a. — 79. A S. e de. — 80. A Sic-s, CK Sac-s, 
EF Socoras. — 81. K Babis. - 82. L Rab-s, H Ribillis. — 8.3.EFH 
Tar-a.— 84. EFK Ylerdae. — 85. L Sta-a. H Desca-a. — 86. HK Cypi. 

— 87. FHK V-am-. - 88. H S-do, L Stalada.-89. FK V-am-, L V. 
Morh.— 90. E R-llar, F R-rd, H R-lo, L Robolart. — 9t. H Cavafaya. 

— 92. F Yll-i, E Hilarii. — 93. A M-fi. L M-n, F Mollaone. G Mau- 
1-ne. F Mollaone. — 94. K Loto-a. — 95. F Lelio. — 96. EF BroUo, 
L Brulio, — 97. HL om. — 98. L Talut, EF Daliet. — 99. EF Geniviœ, 
K Gennuse, L Gerane. — 100. EF Cezay, L Testu. H om. — 101. H 
Mopniaco. — 102. EFHL Mans. — 103. K Batia. — 104. EF Calevida, 
HL Caleneda, K Caloveda. — 105. H lanna. — 106. L Nicholay. — 
107. HL C-em s. — 108. F L-desio. — 109 H Sylva.— 110. Al. Sym-. 

— 111. EFK Redœ, H Rhedœ. — 112. ACEHL et. — 113. F 0-iis, 
H Onchis, K Cuchis. — 114. HK Belloloco. — 115. H Marioldo. — 
116. EF C-is, L Calomo. — 117. EF A-ris, H A-iis. — 118. Al. V-ec-a. 

— 119. EFH Rocam, L Rotem. — 120. L Jamac. — 121. EK Chiren, 
F C-nc. — 122. AG Martini. — 123. H Cuihac, K Ciulac, L Gurlach. 

— 124. EF Nier, H Niose, L Mop. — 125. EFHK conn-a, AL conve- 
niencia. — 126 EFL Pascalis.- 127. EFHL Ruffine. — 128. EH Nico-. 

— 129. EF ecclesiae. — 130. H om. E^/o... — 131, etc. H titulo. — 
132 EF Eustachius. L Guich. — 133. EFH Bo. — 134. EFHL Roge- 
rius. — 135. L Nicholay. — 136. K om. Ego Innoc, cardin.— 137. H 
Gosmindin, K Gomesdin, L Gosmidon. — 138. EF om. — 139. HKL ii 

— 140. K octava. — 141. KL millesimo ducentesimo sexto. — 142. H ix, 
KL nono. 



XCV. ^1207-;. 

(Carta Guillelmi de Chandieu et fratrum ejus) *. 

ABCDEFGHIKLMNOPQR 

NOTUM sit omnibus, tam presentibus quam futuris, quod 
Guillelmus de Chandieu et fratres ejus habebant très 
solidos censuales ab ecclesia Sancti Victoris, in ortis 
qui sunt ante domum Sancti Emiliani, quos donat Guigo 
d'Aleissa. Istos m. solidos dederunt et laudaverunt omnino 
ecclesie Sancti Victoris ; pro quibus ecclesia Sancti Victoris 
dédit et concessit Guillelmo de Chandieu et fratribus ejus 
III. solidos censuales, quos douant: Ugo de Aosta xii. dena- 
rios pro hoc quod habet apud Cereum, Petrus Stephani xir. 
den. pro hoc quod habet in Frenataria veteri, Johanc Robous 
VIII. den. pro hoc quod habet in Ouchis, Nicholaus Chapota 



ORDINIS SANCTI RUFI. 109 

iiii. den. prodomo sua. Retinuit tamen sibi dominium eccle* 
sia, hoc pacto quod medietas venditioQum et placitorum sit 
ecclesie et medietas Guillelmi et suorum. Sciendum quoque 
quod Guillelmus de Chandieu et sui defendere debent ab 
omni querela et injuria predictos m. solides apud Sanctum 
Emilianum ecclesie Sancti Victoris ; similiter et ecclesia 
débet defendere ab omni querela et injuria Guillelmo de 
Chandieu et fratribus ejus illos très solides quos eis con- 
cessit infra urbem. Guillelmus autem et fratres ejus pro hac 
re homines ecclesie esse debent. Ilec coramutatio facta est 
in presentia domni Arnaldi abbatis et Reimundi Âdemari, 
prioris, et Vitalis et Girberti de Meseras et Poncii Arveu, 
et Rotllandi monachi et Raimundi de la Plaza, et Pétri 
Audrâ et Poncii d'Alavart, et Ymberti Valentie et Pétri 
Cellarer, et Bernardi de Mont Mira et filii ejus. 

1. Original parch. de 14 lig., très grosse écriture. Cf. Eusebi, Re- 
péri, f p. 384 (est cum alfabeto). 



XCVI. 1207. 

Carta de dono quod fecit domina Johanna ecclesie 

s* RUFI, VIDELICET DE MANSO DE FrANCOEL QUOD EST 
APUD CASTRUM DE SeUZA *. 

UNiVERSis hec legentibus et audientibus notum sit quod, 
annoab Incarnatione Domini M°.CCo.VII«,ego Johanna 
dono Deo et ecclesie S(anct)i Rufi filium meum P(etrum) 
pro fratre et canonico ; et consilio et voluntate filiorum 
meorum Amedei et Eudonis, per me et per omnes successo- 
res meos, pro remissione peccatorum meorum, dono Deo et 
ecclesie S' Rufi et ejusdem ecclesie fratribus in perpetuum 
omne jus et dominium et omnem proprietatem quam habeo 
vel habere debeo in manso de Francoel, qui est apud cas- 
trum Seuza, videlicet homines, census, domos, vineas, ter- 
ras cultas et incultas, prata, pascua, arbores fructiferas et 
non fructiferas, et quidquid prorsus excogitari potest ad ip- 
sum mansum vel aliud jus meum, si quod est, in toto territo- 
rio predicti castri pertinens ; libère et absolute, pro franco 
allodio, sine omni exactione mei et meorum, et absque omni 
censu, servitio et usatico, bajulatione vel custodia alicujus, 
dono predictis fratribus, ad habendum, possidendum et fa- 



110 CODEX DIPLOMATICUS 

ciendum quidquid fratres predicti facere voluerint , sine 
omni contradictiorie mei et meorum, sicut melius et sanius 
iatelligi potest. Et ad majorem firmitatem habeudam rogo 
dom. V(iiibertum) Diensem episcopum, utpresentem cartam 
sigilli sui munimine corroboret. Nos Amedeus et Eudo, filii 
predicte dom. Johanne, predictam doaationem laudamus et 
confirmamus, et proraittimus quod per nos vel per aliuni 
(querelam) non movebimus ; et si aliquis illam moveret, nos 
pro sensu et posse nostro contra opponemus et domum S' Rufl 
manutenebimus. Sic Deus nos adjuvet et hec sancta nu®"" 
Evangelia. Quando Amedeus, filius dom. Johanne predicte, 
laudavit et confirma vit predictam donationem et juravit super 
iiij***' Evangelia quod nunquam per se vel per alium moveret, 
présentes erant dom. A(rnaldus) abbas S* Rufi, Disderius 
prier de Crista, Avundus socius ejus, Guigo de Seuza, Paga- 
nus, Arnaldus Willelmi, Umbertus Espallart, Arbertus de 
Cornilio, Willelmus Silvestre. Quando Eudo, filius dom. 
Johanne predicte, laudavit et confirmavit prefatam dona- 
tionem et juravit super iiij°' Evangelia quod nunquam per 
se vel per alium moveret, présentes erant Stephanus sa- 
crista, W.de Nemauso, W. de Bonis Vallibus, procurator, 
W. Rainoardus, Arnaldus de Tornone, P. de Comellis, hos- 
pitalarius, Gotafridus, P(etrus) vêtus, Aimerions de Bonis 
Vallibus, canonici S* Rufi, Aimo conversus, W. frater 
Chavais. Ego Umbertus Diensis episcopus , rogatu dom. 
Johanne et filiorum ejus Amedei et Eudonis, ad majorem 
firmitatem habendam presentem cai*tam sigillé meo cor- 
robore. 

1. Original parch. de 18 lig. 1/2 ; au dos: Château Seras, Cf. ëusbbf, 
ReperL, p. 386. 



XGVII. 19 septembre 1208. 

(Carta) de terra Ogerii prope prioratum *. 

scripta rerum gestarum memoriam transmittunt ad 
postbros et certius vendicant, si fiant SOLLEMP- 
NiTER, siBi FIDEM. Quapropter presens testatur pa- 
gina quod, cum Orgerius * tenementum suum, quod habebat 
prope monasterium Sancti Felicis , vendidisset Gontardo 
priori ejusdem monasterii et capitule, ego Umbertus, Dei 



ORDINIS SANCTI RUFI. 111 

gratia Valentinus episcopus , super veadicione illa movi 
querelam, credeas quod niei juris et dominii esset. Unde 
dictus prior et capitulum accedens cum eo, per cartas 
dom' Odonis predecessoris nostri et W(illelmi) de Clairiaco, 
qui tuQC temporis vicem gerebat abbatis, eorum sigillis 
[munijtas nobis ostenderunt et certos nos fecerunt , quod 
Orgerius *, quondam bajulus dotnus Sancti Felicis, tam pre- 
seûtibus quani futuris canonicis ibidem degentibus, pro re- 
demptione anime sue, dictum tenementum cum aliis suis 
possessionibus donavit, prefato dom° Odone episcopo et W** 
jaradicto, qui tune temporis vicem gerebat abbatis, laudan- 
tibus et confirmantibus, et post ipsos dom* Falcone prede- 
cessore nostro laudante et confirmante. Sicut in utrorumque 
autenticis vidimus et legimus, ratum babemus, laudamus, 
concedimus et confirmamus, et predecessorum nostrorum 
vestigiis inherere volentes et quod ab ipsis rationabiliter 
facta sunt pro posse nostro illibata conservantes, tenemen- 
tum dicti Orgerii * et quicquid infra murum coherentem fos- 
sato civitatis et portas ^ ipsorum canonicorum continetur, 
sicut tendit a porta civitatis usque ad portam ipsoinim, to- 
tum eisdem canonicis libère, absque ullo censu, absque ullo 
usati[co laudjamus, concedimus et donamus, et auctoritate 
qua fungimur probibemus ne quis in bac donatione nobis 
succédons de cetero aliquid querat, et ipsa ecclesia habeat 
et teneat, et ei liceat sicut de re propria facere et in pace 
perhenniter possidere ; et ut hoc donum perpétue firmitatis 
robur obtineat , presentem cartam sigillo nostro fecimus 
communiri. Acta sunt in curia nostra bec apud Valenciam, 
juxta majorem portam curie nostre, anno Domini M** CC® 
VIJP, xiji° kalendas octobris, indictione xu •, concurrente 
ij, sedente in Urbe Innocentio papa. Testes sunt ipse prior, 
Odilio procurator dicte domus, W. sacrista,W. de Miribello, 
canonicus Sancti Ruphi, W. de Bello Monte, J. Gauterii, 
W. Chamarlenc, Andréas de Memoraz '^, W. de Geneves, 
Baudoinus. Ego Jacobus, domini episcopi notarius, ix anno 
pontificatus ipsius, presentem cartam mandate ejus scripsi. 

1. Original parch. de 16 lig.; trace de sceau sur lacs de soie rouge 
et jaune. Autre orig.; copie. Texte impr. dans S. Congreg, consiat, 
(1764), Summar. n* 6 (ex origin ). — 2. B Triverius, — 3. B Otg-s. — 
4. B Triverii. — 5. B capias. ~ 6. Cette charte offre un exemple 
assez rare de l'indiction de Gonstantinople, qui commence au 1*' sep- 
tembre. — 7. S Melioran, 



112 CODEX DIPLOMATICUS 

XCVIII. 1209. 

(DONATIO DECIMARUM CASTRI MONTILIENSIS) *. 

NOS Larabertus decanus et capitulum Valentinense notum 
facimus universis quod nos, habito consilio et con- 
sensu, donamus et concedimus pro utilitate ecclesie 
S* Apollinaris in perpetuum domui S^ Felicis Valentie, ad 
habendum vel possidendum vel quidquid ei placuerit facien- 
dum, decimara seu décimas présentes vel futuras quas ha- 
bet vel habere débet vel imposterum potest habere in Castro 
Montilliensi et in toto mandamento ejusdem castri, excepta 
décima de Pontignac : (ita) tamen quod, pro décima castri et 
mandamenti Montiliensis, faciat annuatim domus Sancti 
Felicis ecclesie S' Apollinaris 40 sextarios frumenti ad 
mensuram veterem, ad faciendas michas, et decem sexta- 
rios ordei ad eamdem mensuram. Si vero décime supra- 
dicte plus valent vel erunt imposterum valiture quam valet 
census quem faciet domus Sancti Felicis ôcclesiae S* Apol- 
linaris, totum illud plus valons, quantumcumque sit vel fue- 
rit. donamus donatione irrevocabili domui Sancti Felicis 
supra nominate. Hec autem omnia et jura superius expressa 
sunt in capitule Valentinensi unanimiter approbata et a 
capitulo Sancti Felicis acceptata. Predictus vero census 
solvi débet in festo sancti Apollinaris. Huic autem facto 
intervenerunt, ex parte capituli Valentinensis Petrus vica- 
rius, Ismido, Amblardus, Bertrandus de Stella, Guglielmus 
de Liberon, Hugo de Stella, Guglielmus de Valle, magister 
Aymardus et plures alii ; ex parte vero capituli Sancti Feli- 
cis interfuerunt Gontardus ejusdem loci prior et Lancellinus 
prior de Cosau et Lancellus prior de Mancau, Guglielmus 
sacrista, Bertrandus Monotarius, Bonafollus, Guglielmus 
de Morelles, Petrus del Parère et plures alii. Acta fuerunt 
hec in capitulo Valentinensi, anno Domini 1209. In cujus 
testimonium presens charta sigillé 8* Apollinaris fuit muni- 
mine corroborata. 

1. Insérée dans la pièce suivante; texte altéré. 



ORDINIS SANCTI RUFI. 113 

XCIX. 1209. 

(CONFIRMATIO HuMBERTI EPISCOPi VaLKNTINEN.) *. 

UMBERTUS, Dei gratia Valentinus episcopus,] notum faci- 
mus universis présentes litteras inspecturis quod Gon- 
tardus, prior Saacti Felicis Valentie, presentavit no- 
bis chartam sigillatam sigillo Sancti Apollinaris, quam nos 
vidimus etc., cujus ténor talis est : « Nos Lambertus.... (ch. 
XCVIII)... corroborata ».Supplicavit itaque nos dictas prior 
ut compositionem seu assensationem decimarum Montilisii, 
factam ab ecclesia Valentinensi domui Sancti Felicis, ratam 
haberemus. Nos vero, audito (a) decano et capitulo Valenti- 
nensi ita esse, sicut iu eorum litteris continetur, predictam 
compositionem et assensationem decimarum Montilesii fac- 
tura ab ecclesia Valentinensi domui Sancti Felicis, ad 
instantiam partium ratam habemus et etiam confirmamus, 
etc, Actum anno Domini 1209, in nostra curia. In cujus tes- 
timonium sigillum nostrum presentibus est appensum. 

1. Insérée dans un vidimus du 19 septembre 1264. 

C. 30 octobre 1210. 

(InNOCENTII III PAPiE LICENTIA INSTITUENDI CANONICOS 

Sancti Rufi in ecclesia Patracensi) *. 

INNOCENTius episcopus, servus servorum Dei, venerabili 
fratri] archiepiscopo Patracensi [,salutem et apostolicam 
benedictionem]. Cum ecclesia cathedralis extra civita- 
tem posita Patracensem, occasione ssecularium clericorum, 
qui jam in ea pluries ordinati, motu demum propriae volun- 
tatis dereliquerunt eamdem, debito servitio fraudaretur, 
nobis humiliter supplicasti ut licentiam instituendi conven- 
tum regularium canonicorum in ipsa, de collegio Sancti 
Ruffi, tibi concedere dignaremur; quibus ita es poUicitus 
providere : in primis siquidem terras eis et vineas assigna- 
bis, de quibus frumentum et annona sufficiens quinquaginta 
et vinum sufficiens sexaginta personis percipiant, sine suis 
laboribus aut expensis in eorum cellarium deferenda ; prœ- 
terea statues ut eis pisces et sal ad sufficientiam sine pretio 

8 



114 CODEX DIPLOMATIGUS 

ministrentur, daturus ipsis nihilominus olivetum de quo per- 
cipiant oleum quod ad opus ecclesiœ nec non etiam ad vic- 
tum sexaginta sufficiat personarum, conférons eis quoque 
villanos trecentas gallinas, ducentas oves, triginta porcos 
et centum libras cerae ipsis annualiter tributuros, in prsesen- 
tiarum ipsis ducentos porcos et oves largiens septingentas ; 
pro vestibus autem assignabis eis in certis locis ducentos 
perperos ( hyperperos ) annualiter persolvendos ; cœterum 
pro recipiendis pauperibus et hospitibus dabis eis quinqua- 
ginta carrugatas bonae terrae, quadraginta boves et totidem 
vaccas, bubulosque triginta, et tantum vinese de qua vinum 
pro decem personis proveniat annuatim, assignans nihilo- 
minus eis rusticos qui sine mercede vel expensis eorum in 
domo sua labores exerceant universos : omnium proven- 
tuum archiepiscopatus in decimis, mortuariis et eleemosynis 
eisdera medietate concessa. Quod si haec omnia non duxe- 
rint acceptanda, dimidiabis cum eis cunctas possessiones 
ecclesise Patracensis : sic tamen quod ipsi persolvant cros- 
ticam annuatim, quam principi terrée ipsa ecclesia persol- 
vere consuevit. Nos igitur piis tuis precibus inclinât!, coQsi- 
derato quod non solum ecclesia memorata poterit in reli- 
gione sic in se plantanda proficere, verum etiam ad alias 
quae nuper sunt ad ritum Latinitatis adductœ propagationis 
suae palmites dilatare, de consilio fratrum nostrorum hoc 
tibi duximus concedendum : ita nimirum ut, si qui de cano- 
nicis asBCularibus qui sunt ad prsesens in ipsa volueriut or- 
dinem suscipere regularem, hoc eis libère concedatur ; illis 
autem qui ordinem ipsum suscipere recusaverint, dummodo 
per continuam residentiam ecclesiae ipsi curaverint deser- 
vire, provideatur de proventibus ejus in congrua portione. 
Ad haec praesentium auctoritate statuimus ut fratres ipsi 
tantum priorem sibi regulariter eligentes, ipsum tibi vel 
tuis représentent successoribus conflrmandum, jure apud 
ipsos in perpetuum résidente Patracensem archiepiscopum 
secundum statuta canonum eligendi. NuUi ergo, etc, nostrœ 
concessionis et constitutionis infringere vel ei ausu terne- 
rario contraire. Si quis autem, etc. usque incursurum. 

Datum Laterani , m kalendas novembris , pontificatus 
nostri anno tertio decimo. 

t. Innocentii III Reg., lib. xiii, ep. 159. Texte impr. dans Innoc. 
episl., éd. Bosquet, 1635, p. 133 : éd. Baluze, t. II, p. 48); Patr, tat., 
t. GGXVI, c. 336-7. Cf. Potthast, Reg. pont. Rom., n* 4lt9. 



ORDINIS SANGTI RUPI. 115 

CI. 30 octobre 1210. 

(Ejusdem super eodem abbati Sancti Rupi) ^. 

1NN0CENTIUS episcopus, servus servorum Dei, dilectis filiis 
(Arnaldo)] abbati et conventui Sancti Rufi [,sal.et apost. 
bened.]. Cum ecclesia cathedralis, etc, ut in aiia usque 
fraudaretup, venerabilis frater noster Patracensis archie- 
piscopus nobis humiliter supplicavit ut licentiam, etc. ni in 
alla usque de collegio ecclesiae vestrae sibi concedere di«- 
gnaremur; quibus ita est poUicitus providere : in primis 
siquidem terras eis et vineas assignabit, de quibus, etc. 
usque deferenda ; i>r8Dterea statuet ut eis pisces, etc, u^que 
pro vestibus autem assignabit eis in certis locis, etc. usque 
pauperibus et hospitibus dabit eis quinquaginta carrugatas, 
etc. ut in alia per totum usque acceptanda, dimidiabit 
cum eis cunctas possessiones, etc. usque consuevit. Nos 
igitur piis ejus precibus inclinati, etc. usque de consilio fra- 
trum nostrorum hqc sibi duximus concedendum : ita nimi- 
rum, etc. usque regulariter eligentes, ipsum sibi vel suis 
représentent successoribus conftrmandum, etc. usque eli- 
gendi. Quocirca devotionem vestram rogamus attentius et 
monemus, per apostolica vobis scripta mandantes quatenus 
hujusmodi propositum prompto prosequentes favore, con- 
ventum de fratribus vestris eidem archiepiscopo, in suis 
deducendum expensis, propter hoc assignare curetis. 
Datum, ut in âlia per totum. 

1. iNNOGBiiTn III Reg.^ iib. xin, ep. 160. Texte impr. dans Innoc, 
epist., éd. Bosquet, p. 134 : éd. Baluze, t. II, p. 485; Pair, lat., t. 
GCXVI. c. 337-8. Cf. Potthast, Reg. pont. Rom., n» 4120. 

CIL 5 février I2li. 

Carta de aqua Sancti Victoris *. 

ABC DEF GHI KLM NOP QTR STU X Y Z & 

NOTUM sit universis ad quorum noticiam presens carta 
devenerit, quod inter ecclesiam Sancti Ruphi et mo* 
nasterium Sancti Theofredi ' et domum Sancti Vie*- 
toris facta est composicio in hune modum. Dictum est ut 
domuâ Sancti Ruphi habeat alveum Sancti Victoris a prin-^ 



116 CODEX DIPLOMATIGUS 

cipio usque ad insulam, et ducat aquam alvei per viam que 
ducit ad Sanctura Victorem, vel per vineas vel terras adja- 
centes, usque ad locum qui dicitur Campus Capionetus : ita 
tamen quod terras vel viueas per quas alveus factus fuerit 
emat a dominis suis. Pro placitamentis vero vel pro diminu- 
cione census facienda secundum quantitatem terrarum illa- 
rum, domus S* Victoris nichil possit exigere ; de terris seu 
vineis quas domus S* Victoris nuUo mediante possidet, pro 
faciendo alveo nichil habeat. Antiquus alveus remanebit li- 
ber domui S' Victoris : salvo tamen quod, si recompensa- 
cionem facere potuerît hominibus per quorum terras vel 
vineas alveus factus fuerit, arbitrio boni viri facere teneatur. 
Domus S* Ruphi transferet molendina ad locum qui dicitur 
Campus Capionetus, ubi melius sibi in illo loco placuerit ; 
et totus locus ille, a vinea que est Andrée de Villa Nova 
usque ad vineam Raynaldi de Pineto, liber et sine omni 
questione remanebit ecclesie S' Ruphi ; et vineam illam 
Raynaldi de Pineto ecclesia S' Ruphi libère, quandocumque 
voluerit, adquirere possit sine placitamento, et in toto loco 
illo nuUus omnino possit accipere lapidés vel arenam, nisi 
ad opus molendinorum vel ofRciorum que ibi fient, et habebit 
omnia que sunt in antiquis molendinis, tam in lignis quam 
in lapidibus et omnibus utehsilibus, exceptis quod de molis 
fiet ad cognicionem W Arnaldi. Similiter habebit omnes 
alias officinas usque ad alveum insuie, quas émet a dominis 
suis, tamen sine placitamentis. § Pro molendinis et aliis 
omnibus supradictis dabit ecclesia S' Ruphi quinquaginta 
sestarios frumenti comunis ad molendinum Album, ad men- 
suram vendentem ad petram Valencie ; alios quinquaginta 
ad eandem mensuram dabit de sigalo vel grano quod valeret 
sigalum annuatim. Sciendum eciam quod domus S' Viiîtoris 
in predictis molendinis granum mense sue, quantumcumque 
ei neccesse fuerit et quandocumque, et molendinarii molen- 
dini gratis et sine omni expensa a domo S' Victoris bladum 
usque ad molendinum portabunt et a molendino reporta- 
bunt, et in molendino officium suum libère exercebunt : con- 
grua tamen oportunitate captata. § Pro illo spacio quod erit 
a molendinis usque ad insulam, sive sint ibi officine vel offi- 
cia sive remaneat vacuum, domus 8' Ruphi dabit annuatim 
XL. solides Viennenses domui S' Victoris. Hanc autem li- 
bertatem habebit domus Sancti Ruphi, quod in illo spacio 
poterit facere quicquid voluerit, sive in molendinis sive in 



ORDINIS SANCTI RUFI. 117 

batitoribus vel eciara aliis quibuslibet officiis, et nullo me- 
diante semper si voluerit poterit possidere ; si vero vendide- 
rit aliquid quod in illo spacio contineatur, domus S* Victoris 
habebit placitameata : ille tamen vel illi qui ement, ha- 
bebunt super illud ab ecclesia S» Ruphi et persolvent ei cen- 
sum, quantuscumque sit : salvo tamen dominio et jure do- 
mus S* Victoris, sicut supradictum est. Si vero contigeret 
quod domus Sancti Ruphi vellet differre vel noUet, vel non 
posset nunc emere illas ofïicinas vel officia que sub molen- 
dinis sunt modo vel erunt, quantumcumque differatur de 
prima vice qua émet sive unum sive omnia, non dabit placi- 
tamentum. Locus in quo sunt molendina antiqua remanebit 
liber domui S» Victoris. De orto de quo est questio ita fiet : 
si domus S' Victoris probare potuerit, ad cognicionem W(il- 
lelm)i Arnaldi, per ostensionem cartarum vel alia que sibi 
fidem faciant, quod in predicto orto vi. denarios habeat cen- 
suales, ecclesia S» Ruphi persolvat illos vi. denarios domui 
S' Victoris annuatim et ab ea dominium recognoscat : ita 
tamen quod, nisi voluerint, nunquam vendere teneatur. 
Iliis omnibus completis, domus S' Victoris totum alveum et 
omnia huic operi pertinencia bona Me pro omni posse suo 
semper custodiet et defendet : quod si quis super hiis omni- 
bus questionem moveret, secundum justiciam se opponet ; 
et si contingeret quod domus S* Victoris non posset aquam 
de jure defendere, sicut usque modo consuevit habere, ec- 
clesia 8* Ruphi non tenereturei de censu. Ecclesia S* Ruphi 
sumet de aqua ubi voluerit et quantum voluerit ad intro- 
ducendum in insiilam et in monasterium, ad omnia que sibi 
intus et extra utilia poterunt apparere. De aqua ipsius alvei 
nuUus poterit aliquid sumere a principio usque in finem , 
sive voluntate ecclesie S» Ruphi : salvo quod domus S» Vic- 
toris ad opus orti mense sue, sine omni dampno molendino- 
rum et officiorum, accipere poterit ; et hoc idem alii facere 
poterunt, ad eundem modum ad quem aqua in veteri alveo 
percipere consueverunt. Si domus S' Ruphi nunc vel aliquo 
tempore molendina vel officia vel aliquod horum ad vitam 
unius hominis dare voluerit, si aliquid ab illo acceperit vel 
in denariis vel aliquo alio servicio, quantumcumque sit, pla- 
citamentum non tenebitur dare. Si contigeret quod per al- 
veum novum quem faciet ecclesia 8* Ruphi non posset aqua 
venire sicut creditur, ecclesia S' Ruphi de omnibus supra- 
dictis non teneretur. Verumtamen postquam ecclesia S* Ru- 



118 CODEX DIPIjOMATIGUS 

phi aquam acciperet, de moltura quam ammiteret domus S* 
Victoris, si factum sicut creditur cotnpleri non posset, ei 
satisfaceret arbitrio boni viri. Dimidium census predicti, 
tara frumenti quam sigali et denariorum, persolvetur in 
festo sancti Johannis et dimidium in Natali Domini. Scien- 
dum eciam quod si domus S* Ruphi non posset ducere aquam 
per alveum novum, terras emptas ad opus alvei libère pos- 
set vendere : salvo censu S* Victoris. Sane notandum quod 
totus alveus et omnia qua in eo fient, domui S» Victoris pro 
predicto precio tenebuntur. Ad bec, si super facto aque vel 
molendinorum a principio alvei usque in insulam aliquo 
tempore questio moveretur, prier S» Victoris débet se oppo- 
nere et juste ecclesiam Sancti Ruphi defendere : ita quod, 
si causa secundum jus tractaretur, idem prier unum advo- 
catum sub expensis suis usque ad decisionem cause habere 
teneatur ; si vero plures advocatos cause difficultas deside- 
raverit, uno excepto domus S* Ruphi suis expensis alios 
tenebitur procurare ; nec poterit occasione querimonie an- 
nuum censum retinere, dummodo ecclesia S^ Victoris eam 
juste defendere sit parata. § Acta sunt bec anno ab Incarna- 
cione Domini Mo.CC«>.X*, in capitulo S(anct)i R(uph)i, nonis 
febroarii ', die sabbati. Ego P(etrus) Gasdinus, abbas S(anct)i 
Theofredi *, in capitulo 8' Ruphi, présente conventu, quic- 
quid in hoc instrumente continetur, consilio omnium fra- 
trum nostrorum monachorum ecclesie 8* Theofredi qui 
présentes aderant et absentes, laudavi et approbavi, atque 
sigilli nostri munimine et conventus présentera cartam ro- 
boravi. Et ego Ar(naldus), ecclesie 8* Ruphi abbas, hoc 
idem laudavi etconfirmavi, et sigillum nostrum et conventus 
apponi feci. Testes ex parte abbatis S* Ruphi fuerunt : R. 
Rufus, prier claustralis, Ar. de Castilon, prier 8* Martini de 
Vienna, 8. medicus, sacrista, V. de Annonayco, prier 8* Ja- 
cobi, P. Chays, W^ de Nemaso, B.' Pétri, Helias, Alfandus, 
Falco de Monte Mira, camerarius, G. de la Para, procurator, 
Jo. de Alvernia, Jo. de Vienna, B. filius Ay. de Navas, S. 
d'Ayrolas, heleraosinarius, Eustorgius, W' de Monfri,V. de 
Moyfo, G. del Bizage, F. de Sancto Géorgie, W^ de Anno- 
nayco ; ex parte abbatis S» Theofredi * : Aymarus de Tribus 
Gerris, Bertrandus Maletus, Stephanus de Lesinnas, Falco 
prier S* Victoris, Raymundus de la Noiol, W* de Cobo, 
Icterius de Chapio, Poncius de Montels, Ugo de Mont Re- 
vel. § Eodem anno, in capitulo S* Theotfredi présentes fue-